Du libéralisme social au socialisme humaniste, cherchez la différence !

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Les compétences communautaires étant ce qu’elles sont, nous ne nous étonnerons pas que l’enseignement tienne une place importante dans l’accord de gouvernement de la Communauté Française entre les nouveaux amis du PS et du cdH. Il est impossible de mentionner dans ce cadre tous les aspects « enseignement » de cet accord (+ 30 pages). Nous nous focaliserons donc sur les éléments les plus importants, ceux que la nouvelle majorité met en exergue et ceux aussi qui, malheureusement, nous semblent les plus pertinents pour illustrer la soumission des politiques aux pouvoirs économiques.
Passons en revue les éléments principaux de l’accord, assortis des commentaires de l’Aped (en italiques).

I Enseignement obligatoire

1. Recentrer l’enseignement sur les savoirs de base

a) Un encadrement renforcé dans le fondamental : « Le Gouvernement renforcera progressivement l’encadrement des élèves de l’enseignement fondamental, en mettant l’accent sur le premier cycle de l’enseignement primaire où l’objectif sera d’aboutir dès que possible à des classes de 20 élèves maximum »

Le principe est bon mais l’ambition est faible : se limiter à 20 élèves par classe uniquement dans les deux premières années du fondamental, ça ne changerait pas grand chose à la situation actuelle. A ce niveau, il faudrait viser 15 élèves. Surtout, cet engagement très peu ambitieux n’est associé à aucun calendrier : « dès que possible » !

b) Une remédiation immédiate pour combler les lacunes dès leur apparition : « Dans chaque classe, la remédiation en cas de décrochage des élèves doit s’opérer immédiatement. C’est pour cette raison que le gouvernement renforcera l’encadrement des classes ». Et même : « Dans les écoles qui accueillent plus que d’autres une part importante d’enfants issus de milieux défavorisés et dans les écoles de petite taille qui ont moins de marge, le Gouvernement envisagera l’attribution de périodes supplémentaires consacrées à la remédiation.

Très bien une nouvelle fois au niveau du principe. Mais quand l’encadrement sera-t-il renforcé ? Quels moyens seront dégagés ? (voir notre dernier commentaire)

c) Priorité aux apprentissages de base : « Le Gouvernement renforcera prioritairement les apprentissages de base : (lire, écrire, calculer) »

Nous ne nous opposons pas, bien au contraire, à ce que des efforts soient réalisés pour faire acquérir ces apprentissages de base. Mais ici, il s’agit de tout l’enseignement primaire, pas seulement des premières années. Il ne faudrait pas sacrifier des cours comme l’histoire et la géographie qui ont un rôle important si on parle de citoyenneté.

d) Un tronc commun jusqu’au premier degré du secondaire : « Ainsi, jusqu’à l’âge de 14 ans, tous les élèves bénéficieront du même apprentissage de base »

Ce serait une réelle avancée s’il s’agissait d’un vrai tronc commun. Même si, rappelons-le, 16 ans nous semble un minimum. Mais que va-t-on prendre comme mesure pour qu’il en soit ainsi ? Va-t-on supprimer les 1ere accueil ? Ca ne se trouve nulle part dans l’accord. Sinon, comment va-t-on donner le même enseignement à des élèves qui sortent d’une école primaire élitiste et à ceux qui n’ont pas leur diplôme de primaire (CEB) ? Même l’enseignement primaire, officiellement de tronc commun, n’en est pas vraiment un puisque les mécanismes de quasi – marché que le gouvernement dénonce lui-même (voir plus loin) y sont à l’oeuvre et ont comme résultante l’apparition d’écoles de niveaux très différents.

2. Revaloriser les enseignements qualifiants

« Les enseignements techniques et professionnels comme l’enseignement en alternance sont à la charnière entre l’école et l’emploi, entre l’enseignement et la formation. Pour offrir le maximum d’opportunités à leurs élèves, il s’indique d’augmenter leur attractivité et être davantage en contact avec le monde du travail ». Pour cette raison, les gouvernements Communautaire et Régionaux « réorganiseront l’enseignement technique et professionnel en les ancrant plus solidement dans la réalité du monde du travail ».

Les filières technique et surtout professionnelle sont des filières de relégation. Le gouvernement ne le nie pas, même s’il le dit plus pudiquement. Par quel miracle va-t-il les rendre attractives ? En étant plus en contact avec le monde du travail ? Il s’agit de ravaler les ambitions d’excellence pour tous et de décréter artificiellement une équivalence dont personne n’est dupe et certainement pas les jeunes qui se voient forcés à une « réorientation » après plusieurs échecs. Pourquoi ce contact avec le monde du travail serait-il attractif en soi ? Si on répond qu’il y a des « intellectuels » et des « manuels » et que ceux-ci sont plus attirés par le concret, il reste à expliquer pourquoi cette séparation « naturelle » dépend des origines sociales. En réalité, il serait intéressant, entre autres choses, pour tous les élèves d’entrer en contact avec la réalité du monde du travail. Ca éviterait aux « intellectuels » de raconter n’importe quoi sur bien des choses …

a) Une orientation au profit de l’élève : « L’orientation scolaire est décisive tant pour l’avenir personnel des jeunes que pour la lutte contre la hiérarchisation des filières ». Pour cette raison, le Gouvernement fera tout ce qui est en son pouvoir pour « aider le jeune à construire son projet de vie et d’études et son projet professionnel ». A cette fin différents services seront mis en place avec « pour mission de faire émerger les attentes et les besoins des élèves, d’y répondre et de les aider à concrétiser leur projet »

Mon petit doigt me dit que chez les élèves obtenant de bons résultats, la tendance sera de faire « émerger » des vocations d’ingénieurs, médecins, avocats, informaticiens, etc. Pour les élèves en difficulté, je mets ma main au feu que le travail consistera à leur faire découvrir que leur « projet personnel » se situe quelque part entre la mécanique auto, la plomberie ou la maçonnerie …

b) Des savoirs communs à l’ensemble des filières : « Le Gouvernement définira un noyau de compétences communes à l’ensemble des filières ».

Très bien. C’est un pas vers le tronc commun. Mais comment va-t-on réaliser cela en sortant davantage des écoles les jeunes de l’enseignement qualifiant et en saucissonnant leurs apprentissages (voir les points d et e) ?

c) Synergies fortes avec les Régions : « Les Gouvernements doivent réussir la transformation des enseignements techniques et professionnels en les ancrant dans la réalité du monde du travail »

Voir le commentaire général sur la « revalorisation » des filières qualfiantes.

d) Modularisation : « A côté d’un tronc commun relatif aux savoirs nécessaires à la formation générale de base, l’acquisition de savoirs qualifiants, que ce soit via l’enseignement ou via la formation professionnelle, doit être organisée via des modules de formation capitalisables. Ce système permettra l’obtention de qualifications intermédiaires … »

Le système de module permet de saucissonner les apprentissages : je n’ai pas acquis toutes les compétences et connaissances nécessaires pour être un bon menuisier, mais je sais faire une porte. Un patron qui n’a besoin que de cette compétence peut ainsi m’engager. Mais ce sera au détriment d’un menuisier diplômé qu’il aurait dû payer plus cher (conventions collectives liées au diplôme). Dès qu’il n’aura plus besoin de moi, il me virera. Moralité : ce système s’oppose à la stabilité de l’emploi et ne profite globalement qu’aux patrons qui peuvent tirer les salaires vers le bas. Sans compter qu’il s’agit d’encore un peu plus renoncer aux ambitions de formation commune puisque la modularisation incite les jeunes à se passer de diplôme et donc de la maigre formation générale qui y reste attachée. On s’oppose donc en réalité au point b ci-dessus. Ce qui montre bien qu’il s’agit d’un voeu pieux.

e) Améliorer la qualité des enseignements qualifiants : « Démultiplication de l’offre de stage en entreprise. Les élèves et les établissement seront encouragés à recourir à ces stages ». Mais également : « Recours plus fréquents à des formateurs extérieurs »

En étant plus souvent à l’extérieur et face à des formateurs provenant du monde de l’entreprise, càd formatés à ne réfléchir qu’en termes économiques, comment encore une fois réussir l’ambition affichée en b ?

f) Apprentissage en alternance : « Les Gouvernements Communautaire et Régionaux encourageront le développement de cette méthode d’apprentissage »

Dans la formation en alternance, la formation générale est réduite à la portion congrue (plus encore que dans le professionnel). Comment peut-on à la fois vouloir renforcer cet enseignement et déclarer que l’on veut des « savoirs communs » ?

g) Adapter l’offre de formation et d’enseignement qualifiant aux réalités du marché du travail : « Il existe un bon nombre de situations dans lesquelles il y a un manque réel de personnes qualifiées. Pour y remédier, les Gouvernements feront en sorte que l’offre de formation et d’enseignement qualifiant soit mieux adaptée au marché de l’emploi. Pour cela, tout en renforçant le tronc de formation générale, le Gouvernement instaurera une étroite collaboration entre les acteurs du marché de l’emploi, du monde de l’enseignement et de la formation et les partenaires sociaux notamment via les fonds sectoriels ».

Dans un article de ce dossier, nous réfutons qu’une meilleure adaptation de l’école aux attentes patronales puisse être source de création d’emplois.

h) Augmenter l’offre de formation et d’enseignement qualifiant : « Notamment en développant l’enseignement et la formation à distance grâce aux TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) »

Qui contrôlera et fournira ces formations ? N’y a-t-il pas un risque de marchandisation de l’enseignement à laquelle la majorité dit par ailleurs vouloir s’opposer ? L’enseignement à distance, à ce niveau, ne constitue-t-il pas un recul en terme de socialisation ?

3. Une école mieux organisée, mieux régulée, mieux pilotée

a) « Systématiser l’évaluation externe. Elles seront organisées dans chaque établissement au moins une fois tous les trois ans »

C’est plutôt une bonne chose d’inciter à harmoniser les exigences. Mais comment demander à des écoles qui ne travaillent pas du tout dans les mêmes conditions d’obtenir des résultats semblables. Ne va-t-on pas fustiger ceux qui acceptent de travailler durement pour « sortir » un maximum de jeunes de leurs difficultés ?

b) Libre choix : « Le libre choix doit être organisé de manière telle qu’à un moment déterminé de leur parcours scolaire, les élèves puissent choisir leur école future sans être entravés par un cloisonnement entre les niveaux ou réseaux »

Je suis intéressé par un module de formation qui me permette de comprendre cette phrase … En attendant, je retiens que le « libre choix » reste un credo malgré ses effets néfastes dénoncés par plusieurs études (voir notre numéro consacré à la « catastrophe scolaire belge »)

c) Un débat sur les finalités et les moyens : La Commission de pilotage aura comme troisième mission (les deux premières étant les point a) et b) ci-dessus) de permettre « un débat démocratique sur l’éducation, ses finalités et les moyens qu’on lui affecte »

L’Aped demande à être invitée à ce débat …

d) Harmoniser l’offre : « A cet égard, il faut notamment renforcer les capacités d’action au sein des bassins scolaires. Le Gouvernement envisagera d’organiser la gestion de l’offre d’enseignement par bassins scolaires pour valoriser les complémentarités et éviter la dispersion de l’offre d’enseignement. Une incitation financière à la coordination de l’offre sera envisagée. Cette meilleure coordination permettra de dégager des moyens en vue de réinvestir dans l’encadrement des élèves (…) La Gouvernement s’attaquera aux effets pervers du quasi – marché dénoncés tant par les professionnels de terrain que par les études universitaires. Dans la logique du pilotage, le Gouvernement renforcera toutes les synergies entre réseaux et limitera la concurrence entre établissements, trop souvent source d’improductivité. Toute action de publicité ou d’information pour un établissement scolaire, qui s’apparente à de la réclame, sera interdite »

Où se trouve la définition d’un « bassin scolaire » ? On affiche sa volonté de vouloir s’opposer au quasi – marché de l’enseignement après avoir pourtant glorifié le « libre choix » et « les acteurs du marché de l’emploi ». Comprenne qui pourra. Beaucoup de déclarations d’intention mais rien de concret là-dedans. A part la volonté de s’opposer à la publicité pour les écoles (sauf s’il ne s’agit pas de réclame (!)) Nous soutenons évidemment toute mesure d’interdiction de ce type. Mais imaginer qu’il suffit de ça pour s’opposer au quasi-marché est risible : la bourgeoisie n’a pas besoin de publicité pour savoir quelles écoles elle réserve à ses enfants.

e) « Une amplification des mesures de discrimination positive » : Cela signifie une prise en compte de l’origine socio-économique des élèves dans l’attribution des moyens alloués aux établissements.

OK. Mais encore une fois avec quels moyens ? A moins que ce ne soit au détriment des autres écoles ?

4. L’école au coeur de la société

a) Apprentissage dans la sérénité : « La plus grande inégalité, c’est celle-là : ne pas pouvoir bénéficier d’une éducation dans des conditions paisibles. La plus grande inégalité, c’est celle qui donne aux uns l’accès à des écoles où l’on peut travailler en toute sérénité et condamne les autres à l’école où chacun, enseignant comme élève, est confronté à la peur, à l’insulte, à la nécessité incessante de résoudre des conflits renaissants à tout moment, qui provoquent un désordre constant ».

Tout cela est juste. Mais l’accord ne parle que de renforcer les plans de lutte du Gouvernement précédent. Nous ne disons pas que tout est mauvais. Mais enfin, il est quand même évident que c’est à la source de la violence à l’école qu’il vaut mieux agir. Soit en développant un système éducatif plus juste et efficace. Ce n’est pas ce que nous trouvons dans cette déclaration.

b) Formation à la citoyenneté : « Le Gouvernement promouvra la rédaction et la mise à disposition de l’ensemble de la communauté éducative d’un outil pédagogique spécifique »

A quelle citoyenneté ? Voir notre dossier dans le n° 15 de l’ED et … notre atelier sur le sujet le 16 octobre prochain.

c) Accessibilité : « Le Gouvernement assurera progressivement une gratuité d’accès effective »

Quand la gratuité d’accès sera-t-elle effective ?

d) Sport et Culture : « Afin de répondre aux besoins de développement complet de l’enfant, le Gouvernement lancera une réflexion sur les rythmes scolaires journaliers en vue d’augmenter le temps consacré aux activités sportives et culturelles à l’école, en début d’après midi, sans nouvelle charge horaire pour les enseignants »

Nous sommes pour le fait d’augmenter le temps consacré aux activités sportives et culturelles à l’école. Mais pas si c’est au détriment de la formation générale. Or quelle alternative y a-t-il si on songe à modifier les rythmes scolaires (moins de cours « classiques » en début d’après midi) sans alourdir la charge des enseignants (ce que nous ne souhaitons pas non plus bien sûr) ? Sans encadrement supplémentaire, il faudra inévitablement faire un choix douloureux.

5. L’enseignement à distance

« Le Gouvernement augmentera l’offre de formation à distance et poursuivra le développement des nouvelles approches pédagogiques (cours multimédia, tutorat à distance, etc). Il veillera tout particulièrement à développer le recours aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.

La remarque faite en 2 h) s’applique évidemment ici aussi.

II Enseignement supérieur

« La création d’emplois dépendra de notre insertion dans la société de la connaissance dont l’émergence a été reconnue par l’Europe lors de la Conférence des Ministres de Lisbonne en 2000. L’ambition du Gouvernement est de proposer un des enseignements les plus performants en Europe afin d’assurer à ses diplômés une formation du plus haut niveau, (…) »
Mais par ailleurs « l’enseignement en ce compris l’enseignement supérieur n’est pas une marchandise et, à ce titre, il relève du secteur public. Pour cette raison le Gouvernement mettra tout en oeuvre pour l’exclure clairement du champ d’application des accords relatifs à la libéralisation du commerce (AGCS) ou d’une éventuelle directive relative à la libéralisation des services dans l’Union Européenne »

Il faudrait savoir. On nous dit partout que nous sommes des « Européens ». Soit. Les Allemands, les Italiens, les Espagnols, etc. sont tous nos frères. Personnellement, je l’ai toujours pensé, même si je pense que les Soudanais, les Thaïlandais et autres Argentins le sont aussi. Mais, au fait, pourquoi faut-il que notre enseignement supérieur soit un des plus performants en Europe ? Pour que nos diplômés puissent se battre plus efficacement sur le marché européen de l’emploi. Au détriment de qui ? De nos frères allemands, italiens, espagnols… Entendons-nous bien. Il n’est pas question de réclamer un piètre enseignement supérieur. Mais qui déterminera les critères de qualité ? Le patronat ou les peuples européens qui veulent prendre leurs dirigeants au mot et être solidaires dans la lutte contre le chômage et contre la dégradation des conditions de travail ?
Nous ne pouvons évidemment que nous réjouir de la volonté du Gouvernement de s’opposer à la marchandisation de l’enseignement supérieur. Mais peut-on vraiment y croire quand on voit les volontés affichées par ailleurs ? Rappelons également que la commercialisation n’est qu’un aspect de la marchandisation de l’enseignement. Le Gouvernement insisterait-il sur celui-là pour occulter le fait que sur le reste il se met à plat ventre (mise en adéquation des contenus par rapport aux attentes patronales, etc) ?

1. Garantir l’accès du plus grand nombre

« Le Gouvernement veillera à ce que les minervals et droits d’inscription légaux réduits ne fassent l’objet d’aucune augmentation »
Mais également : « Le Gouvernement généralisera à tout le supérieur le mécanisme des ECTS et la modularité y associée » (le mécanisme des ECTS est un système d’accréditation européen de modules de formations capitalisables, ndlr)

Et les autres droits d’inscription ? Beaucoup de jeunes, issus des classes moyennes, éprouvent de plus en plus de difficultés à payer leurs études. Par ailleurs, est-ce sciemment que le Gouvernement parle des droits « légaux » ? Et les droits d’inscription « illégaux » ? Tout le monde sait qu’ils existent, mais aussi que les Hautes Ecoles ne pourraient pas fonctionner sans eux.
Tout ce qui a été dit sur le système de modularisation dans l’enseignement qualifiant reste valable ici. Qui va contrôler les formations ? Qui va les certifier ? Pour l’instant, les Etats ou les entités fédérées ont la mainmise sur les diplômes. Que se passera-t-il quand le système de modularisation permettra aux patrons de choisir non pas parmi les jeunes possédant tel diplôme mais parmi les jeunes possédant telle formation spécifique (par exemple, utiliser un certain programme informatique) ? Le système des diplômes et toutes les protections qui l’accompagnent pourrait ainsi être contourné. Ce serait aussi la porte ouverte au privé pour les offres de formation. C’est beau de se dire opposé à la marchandisation, mais dans les faits…

2. Renforcer la cohérence

« Le Gouvernement veillera à favoriser l’offre d’enseignement supérieur en fonction des besoins de la société »

Quelle société ? Les multinationales européennes ou les peuples européens et du Tiers Monde qui ont besoin d’une société plus juste et plus solidaire ?

3. Renforcer la sensibilisation à l’entreprenariat

« Le Gouvernement incitera les institutions à organiser des formations spécifiques et interdisciplinaires à l’entreprenariat »

Comme si les problèmes de chômage étaient dus au manque d’esprit d’entreprise. Ne serait-ce pas plutôt à la crise économique mondiale ? Combien de faillites l’an dernier déjà ?

4. Mobilité

« Le Gouvernement accordera une priorité à la mobilité des jeunes en Europe »

Personne ne songerait à s’opposer à la mobilité des jeunes en Europe. Mais si on les interroge, que disent-ils ? Que leur problème principal est le manque de mobilité ou bien que les droits d’inscription sont trop élevés, que les taux d’échec sont effrayants ? La mobilité est une revendication patronale et une directive européenne nécessaire comme préalable à la mise en concurrence des institutions d’enseignement. Encore une fois, le Gouvernement réalisera avec zèle ce à quoi il dit vouloir s’opposer.

5. Améliorer les infrastructures

« Le Gouvernement incitera les différents acteurs à mettre en place des instruments juridiques qui permettent de faire appel à des financements alternatifs »

Qui dégagera des fonds ? Sans contrepartie ?

6. Pour les Universités :

« Le Gouvernement sera particulièrement attentif à la carrière académique afin de la maintenir concurrentielle au niveau international »

Cela signifie-t-il qu’une partie des maigres moyens sera utilisée pour augmenter le salaires des seuls professeurs d’Université ?

III Perspectives budgétaires

Et pour financer tout ça ? « Pour la période 2005 – 2010, le Gouvernement s’engage dans une politique rigoureuse de réduction du taux d’endettement ». Pour « optimaliser la gestion des finances communautaires », il est prévu des « synergies avec la Région Wallonne ».

Nous ne nous opposons évidemment pas à la réduction de la dette. Mais d’où viendront les moyens nécessaires pour réaliser les quelques mesures positives énumérées (remédiations, etc) ? Rien à part de vagues « synergies » et un espoir d’économies d’échelle par la lutte contre le quasi – marché scolaire. C’est tout simplement risible.

Conclusions

On le voit, il y a loin de la coupe aux lèvres. Certes, on constate que les partis gouvernementaux ont pris conscience d’un certain nombre de problèmes ou plus exactement qu’ils se rendent compte qu’il n’est plus possible de les nier. La reproduction des inégalités sociales par le système éducatif n’est plus occultée. La plupart des thèmes abordés par la plate-forme de lutte contre l’échec scolaire – à laquelle appartient l’Aped – se retrouvent d’une manière ou d’une autre dans l’accord. Mais, au-delà des déclarations d’intention, il n’y a rien. Ou plutôt rien qui puisse permettre de s’attaquer réellement aux problèmes. Et ce pour deux raisons. La première est le manque évident de moyens de la Communauté Française. Manque de moyens considéré comme un fait accompli au nom de sordides raisons belgo – belges. La deuxième est la volonté de se mettre coûte que coûte au service de la compétition économique. Tout se passe comme si une sorte de rouleau compresseur était en marche et qu’il était impossible de l’arrêter. Seule une lame de fond permettra de s’y opposer. Elle viendra nécessairement de l’unité des enseignants, des élèves et de leurs parents. Ce sera la seule manière de se rapprocher d’un système d’enseignement plus juste et efficace et parallèlement de dire non à cette spirale sans fin qui nous entraîne toujours plus bas au niveau social et ce partout en Europe.