Éducation: le grand business de la rentrée scolaire

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Article paru dans l’Humanité du 28 août 2004.

À quelques jours de la  » reprise « , marchands de révisions et autres producteurs de cédéroms éducatifs se frottent les mains.

L’info est tombée deux fois et mérite d’être soulignée : à coût constant, la rentrée 2004 ne reviendra pas plus cher aux parents que la rentrée 2003. Familles de France d’abord, la Confédération syndicale des familles (CSF) ensuite ont confirmé l’annonce. Mi-août, la première notait même une légère – très légère – baisse du prix des fournitures scolaires : – 0,03 % par rapport à l’an passé. Cette semaine, la CSF relevait quant à elle une hausse de 1,78 %,  » conforme à la hausse du coût de la vie « , précisait-elle d’emblée (lire l’Humanité du 26 août). Bonne nouvelle, donc. Mais plutôt courte. Car pour le reste rien ne change, au contraire. Non seulement la scolarité coûte cher, mais elle pèse de plus en plus lourd sur les budgets. Quoique stabilisés, les frais de rentrée prennent une part plus importante dans les postes de dépenses des ménages. Une famille de trois enfants (4e, 6e et CM2) leur consacrait 38,4 % de son porte-monnaie en 2003 contre 39,2 % cette année, note la CSF qui a fait le calcul.

UN EURO PAR-CI, DEUX EUROS PAR-LÀ

Si elle continue de focaliser les inquiétudes des associations familiales, la rentrée n’est par ailleurs plus seule à faire s’agiter les radars. Les frais s’étalent sur toute l’année. Et elle est longue. Insidieuses, les plus petites dépenses passeraient presque inaperçues.  » Dans les écoles élémentaires, les professeurs proposent de plus en plus de sorties scolaires « , relève Myriam Naël, de la CSF. Un euro par-ci, deux euros par-là. Aux parents de mettre la main à la poche.  » Dès le CP, on arrive à des sommes frisant les 30 euros par an.  » Pour peu que la tribu compte de nombreux membres, cela chiffre vite. Quant aux voyages scolaires, ils se facturent, parfois, à 400 euros la semaine. Transports, cantine, assurances scolaires. Les frais s’enfilent, en même temps que les trimestres, comme des perles onéreuses. Et le collier s’allonge. Alors que la peur de l’échec scolaire rivalise avec la course à l’excellence, le budget consacré aux cours particuliers n’a plus rien d’anecdotique et se chiffre désormais en centaines, voire en milliers d’euros.  » Nous avons des exemples de familles qui dépensent jusqu’à 2 000 euros par an dans des heures de soutien « , illustre Myriam Naël.

Exploitant les aspirations et les peurs, le marché profite désormais au privé. Fini l’artisanat. La traditionnelle heure de soutien donnée par le jeune étudiant d’à côté se fait phagocyter par l’offre des grosses boîtes. Pour elles, le marché est juteux. Plus de trois millions d’enfants entreront au collège cette année, et près d’un million et demi d’adolescents intégreront les lycées généraux et technologiques. Les établissements suppriment peu à peu les heures d’aides individualisées, faute de profs pour les assurer.  » On peut raisonnablement estimer qu’un collégien sur cinq prendra des leçons particulières. Au lycée, ils seront un sur trois « , relève Jean-François Cochet, responsable de Domicours. La société propose, depuis un an, des cours particuliers. Seule entreprise d’économie sociale dans ce secteur, ses actionnaires sont la MATMUT, la MACIF ou encore les Chèques déjeuner.  » Dès que nous ferons des bénéfices, ils seront réinvestis dans des actions sociales « , assure le responsable. Contrairement aux autres, Domicours a par ailleurs opté pour un statut de prestataire et non de mandataire : les enseignants y sont salariés et les charges sociales versées. Cela posé, Jean-François Cochet n’est pas dupe quant au caractère élitiste du service.  » D’autant que les mesures fiscales prises dans ce domaine ne s’adressent qu’aux ménages imposables.  » Autrement dit, aux revenus les plus élevés. Et l’heure de cours, chez Domicours, n’est pas moins chère qu’ailleurs. 25 euros, en moyenne. Nationalement, à raison d’une trentaine d’heures par an et par élèves, les fruits de la traite des cancres sont plus qu’alléchants.  » Selon la façon dont on calcule, ils varient de 500 millions d’euros à 1,5 milliard d’euros « , estime, au pied levé, Jean-Françis Cochet.

DES MARCHÉS JUTEUX

Première à en bénéficier, Acadomia, leader du secteur, affiche ainsi un volume d’affaire égal à 45 millions d’euros l’an passé. Mais l’entreprise n’est pas seule sur le marché. Cours Legendre, Complétudes ou encore Abas proposent également à grands frais des stages de révision, singulièrement à la veille d’examens. Les boîtes à bac n’hésitent plus à facturer une année 4 500 euros. Et les maisons d’édition scolaire ne sont pas non plus en reste. Coûtant en moyenne 7 euros pièce, les ouvrages consacrés aux révisions représentent un marché d’environ 15 millions d’euros. Là encore, les familles déboursent lourd, souvent encouragées par les enseignants qui n’hésitent pas à conseiller l’achat de tel ou tel manuel. Et à l’heure des nouvelles technologies, les possibilités de vendre le savoir s’étendent. QCM et autres fiches de révision sont disponibles via le téléphone portable, à raison de 0,56 centime la minute.

Marie-Noëlle Bertrand

 

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