Médias, finance et politique: des liaisons dangereuses

Facebooktwittergoogle_plusmail

Automne 2001, Geoffrey Geuens était venu animer un atelier lors d’une journée d’étude de l’APED. Assistant et doctorant en Information et Communication à l’Université de Liège, ses investigations ont abouti à la publication de deux ouvrages qui méritent de figurer dans la bibliothèque de tout enseignant ou citoyen désireux de comprendre dans quel monde il vit.

Deux livres au fort potentiel explosif, que la presse belge a d’ailleurs à peine salués, alors qu’elle se délectait de la polémique née en France autour de La face cachée du Monde. Sans doute est-il plus facile de voir la paille dans l’œil du voisin que la poutre dans le sien…

L’information sous contrôle: Médias et pouvoir économique en Belgique

Ce petit bouquin, 94 pages, publié aux éditions Labor / éditions Espace de Libertés, Bruxelles 2002, ne tourne pas autour du pot. Son propos est de montrer combien, bien plus que le pouvoir politique, c’est le pouvoir économique qui tient entre ses mains les rênes du « 4ème pouvoir ». La lecture est aisée, l’exposé est construit de manière quasi didactique : énoncé de la thèse, exposé des preuves – l’auteur « balance » des noms, des faits, des chiffres éloquents et analyse plus particulièrement des cas symptomatiques -, et, pour finir, quelques perspectives en forme de « que faire ? ».
Sont ainsi passées en revue les baronnies de la presse belge, dont la litanie des noms donne le tournis : capitaines d’industrie, aristocrates, puissants financiers … et, au détour, quelques « hommes d’Etat » entrelacent leurs participations aux conseils d’administration des différents groupes. Des liaisons dangereuses car elles influencent la ligne éditoriale et idéologique de tous les journaux belges (qui leur appartiennent de fait). Des liaisons dangereuses aussi car le pouvoir économique, via les relations qu’il entretient avec le politique et le médiatique, assoit son règne sur le social. Les exemples cités par G. Geuens ? Pan, L’Eventail, Le Soir, La Libre-Entreprise, RTL, Trends et Vers l’Avenir. Très révélatrice, la façon dont les médias ont couvert les événements de Clabecq, la grève des Tec en octobre 2000 ou encore les mouvements altermondialistes. Plus ou moins consciemment, les journalistes participent au même objectif : préserver le capitalisme et son allié, l’Etat. En criminalisant les résistances sociales, en peignant des portraits élogieux des patrons, en exaltant le marché et l’esprit d’entreprise.
Et Geoffrey Geuens d’en appeler à une déprivatisation de la presse. Journalistes précaires, intellectuels et grand public ont là un combat à mener pour une presse indépendante des intérêts économiques. Long combat, sans doute, mais l’enjeu démocratique en vaut la peine.

Tous pouvoirs confondus: Etat, Capital et Médias à l’ère de la mondialisation

Voici un livre plus volumineux, 472 pages, publié chez EPO, Anvers, Belgique, en 2003. Son titre dit tout : contrairement à ce que nous croyons naïvement, le Nouvel Ordre Mondial, dominé par les pouvoirs économiques, ne se fait pas au détriment de nos gouvernements, mais bien avec la complicité active de bon nombre de décideurs politiques et militaires, et ce, sous l’œil bienveillant de médias prétendument démocratiques. G. Geuens élargit donc son champ d’investigation et, au prix d’un véritable travail de bénédictin, nous livre les preuves tangibles de la thèse qu’il avance. En effet, en étudiant la composition des conseils d’administration et autres directoires des « clubs privés de l’élite » (par exemple, le désormais célèbre Forum Economique Mondial de Davos), des chambres internationales de commerce, des organisations économiques internationales, des sociétés américaines et européennes appartenant au Top 100 des compagnies industrielles mondiales ou au Top 20 des oligopoles financiers mondiaux et en se penchant sur les cas de la France, de la Grande-Bretagne et de la Belgique, il nous montre non seulement le puissant travail de lobbying du monde des affaires envers le monde politique, mais aussi l’engagement d’hommes politiques, et non des moindres, et pas seulement des libéraux, dans le milieu économique. Ces gens se fréquentent assidûment, s’apprécient et se renvoient fréquemment l’ascenseur. Ajoutons-y des médias sous la coupe des marchés et des liens privilégiés avec les milieux de l’armement, et nous voici en présence d’une des explications plausibles des aventures militaires de l’Empire de ce début de XXIème siècle.

Bonnes lectures !

4 COMMENTS

  1. > Médias, finance et politique: des liaisons dangereuses
    certes les médias constituent un 4ème pouvoir.Mais il sont aussi soumis à des presssions vis à vis d’autre agents de la société.
    Par exemple, un problème se pose à tous les rédacteurs: ils doivent définir leur publique.Ainsi, tel journal ou telle annonce publicitaire doit correspondre à un public donné.Ainsi, l’on constate que les médias fournissent leurs information en fonction du public qu’ils veulent atteindre? Plus ils se donnent une fourchette importante de population à atteindre, moins ils devront complexifier leurs information. Dès lors, le public inflence fortement l »es médias.

  2. > Médias, finance et politique: des liaisons dangereuses
    L’information tout comme l’eau appartient à celui qui détient les tuyaux.
    Qui aurait aurait alerté les Français au sujet de Dreyfus, avec une concentration des média commenous la voyons aujourd’hui?

    • Les nouveaux journaux sur iinternet
      Il y a tout de même aujourd’hui de plus en plus de media indépendants grâce entre autre à l’avènement des nouvelles technologies qui font ce travail d’investigation. Même si je ne porte pas Plenel dans mon coeur, il faut bien avouer que son journal mediapart fait le travail, qu’il sait dénoncer les hommes politiques et le monde de la finance qui utilisent des produits spéculatifs très dangeureux (options binaires, Forex, CFD, trackers, etc.)

      Gabriel de tradingcomparator.com

  3. > Médias, finance et politique: des liaisons dangereuses
    Beaucoup de monde parle de « l’Ordre mondial » de « Gouvernement Mondial » mais personne a le courage de nommer les personnages qui sont au sommet de cette pyramide qui porte comme nom « Les Bilderberg, le Bohémian Club, le Trilatéral ou encore les Illuminati.

    Ces hommes, dont leur fortune leur permet de décider la vie ou la mort d’un peuple voire d’une Nation, et ceci pour accroître les profits. Les gouvernements sont à leur solde sans compter que les politiques sont leur porte-parole en nous abreuvant de sornettes. Ils abusent les populations qui, aujourd’hui sont illéttrées. Ils peuvent jouer sur ce terrain, puisqu’ils en sont les ferments et les instigateurs.

    La finance permet de créer toutes les conditions, de vider un pays de son potentiel économique, de faire croire aux nations fragiles qu’ils vont s’en sortir car ils seront aidé et par ce procédé ils seront encore plus dans la misère.

    Quand trouvera-t-on un groupe, un parti politique ayant le courage d’annoncer qu’il est responsable de cette déchéance !
    Quand aurons-nous des hommes capables de penser à l’avenir, aux futur, aux enfants !

    L’argent est un produit très éphémère, ce n’est pas en se couchant sur un matelat de billet de Banque, que ce monstre de la posséssion sera assuré d’avoir la santé, de pouvoir écarter d’avoir un cancer, de pouvoir payer un esclave pour supporter la souffrance du mal.

    La planète est dans un état de dégradation avancée, tout le monde le dit, mais le Maître du Monde, en la personne de BUSH va détruire sa forêt de Séquoias, donner les Roches Rouges etc..

    C’est triste de constater qu’un homme d’Etat aussi influent soit aussi fou !

Comments are closed.