L’université en danger, les étudiants de milieux populaires premiers visés

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Si elles s’inscrivent dans la continuité des ministres précédents, Ferry accélère les réformes. En quoi consistent-elles ?

 

Réduction des niveaux de sortie

Les seuls diplômes qui seront délivrés seront les Licence (bac+3), Mastère (bac+5) et Doctorat (bac+8). Après une période transitoire, les autres diplômes (bac+2, etc.) vont disparaître. Les étudiants qui avaient des difficultés à obtenir un bac + 2 devront réussir une année supplémentaire pour ne pas sortir avec le seul bac en poche. D’autant que la Licence étant ouverte en droit aux bacheliers et le Mastère aux licenciés, la sélection va se faire « de l’intérieur », après un ou deux ans d’études pouvant n’être pas validés. Les étudiants de milieux populaires qui hésitent déjà à s’engager dans des études vont encore plus y réfléchir à deux fois.
 

Filiarisation étanche, élitisme, torpillage du premier cycle

L’objectif annoncé est d’harmoniser les diplômes européens afin qu’ils soient reconnus par des employeurs au-delà de chaque pays. C’est un premier aspect de la soumission des formations à la loi du marché, à la préparation de la main d’œuvre désormais pensés à l’échelle européenne.
Il y aura 2 licences, « professionnalisantes » OU « générales ». Celle-ci permettra l’entrée en Mastère « recherche » menant lui-même au Doctorat. Les licences « pro » mèneront directement au travail et éventuellement en Mastère professionnalisant, mais l’entrée en Mastère recherche (donc en Doctorat) sera quasi impossible. Qui, au sortir du bac, pourra prendre le risque de ne pas faire une licence « pro », la seule menant à un doctorat ? Les enfants de milieux populaires à faire de la recherche vont se raréfier encore plus.
L’objectif annoncé est d’harmoniser les diplômes européens. Mais les autres pays d’Europe ont à ce jour des universités qui ne sont pas massifiées comme en France. Si l’égalité effective de réussite est loin d’être à l’œuvre dans notre système actuel, harmoniser sur l’exemple de ce qui est le plus répandu signifie revenir à une université élitiste, renoncer à l’ambition de la démocratisation. 
L’harmonisation proposée ne parle que des formations, pas des populations d’étudiants. Mais la modification du contenu des formations va vers plus d’élitisme. En premier cycle, les enseignements ne seront plus en lien avec la recherche (ce ne seront plus des profs de fac qui enseigneront) : en devenant un lycée-bis, la formation ne préparera pas les étudiants à continuer en Mastère. La réforme cède sur l’accès en premier cycle, mais en le torpillant pour rendre le second cycle élitiste.
L’université française est structurée sur des disciplines scientifiques. Chaque étudiant doit s’approprier une discipline, apprendre à raisonner selon le regard spécifique sur le monde qui la structure. A partir de ce regard spécifique, la recherche étudie de nouveaux objets.
Désormais, dès le début, les formations seront organisées autour d’objets thématiques, sans formation disciplinaire : sans assise solide dans une discipline à partir desquelles élargir ses connaissances, « l’interdisciplinarité » risque d’être un imbroglio, surtout pour les étudiants les moins familiers des attentes universitaires. Ce n’est pas un hasard si les pays qui fonctionnent déjà ainsi (la plupart en Europe) ont conservé un système universitaire qui ne s’est pas démocratisé. Si l’égalité effective de réussite est loin d’être à l’œuvre dans notre système actuel, harmoniser sur l’exemple de ce qui est le plus répandu signifie revenir à une université élitiste, renoncer à l’ambition de la démocratisation. 
Les étudiants de milieux populaires échouent aujourd’hui faute de s’approprier la cohérence générale des formations. Or, la réforme libérale transformera les « cours » en « crédits » capitalisables entre différentes facs européennes : qui pourra comprendre qu’une formation, c’est plus que l’addition de contenus isolés ? De plus, qui pourra se permettre cette mobilité ?
 

« Autonomie »

L’harmonisation européenne est prévue en cassant le cadre national des diplômes, en renvoyant à l’autonomie des universités, à l’expansion des potentats locaux. Si les crédits seront « européens », chaque licence, chaque mastère ou doctorat sera différent : quelle reconnaissance des diplômes d’une université à l’autre ? Le risque est grand de spécialiser chaque fac en réduisant l’offre de formation dans chaque université. L’offre de formation devient implicitement encore plus inégale selon les régions : il n’y a même plus l’ambition de l’égalité et de la répartition. D’autant que les diplômes doivent explicitement évoluer en fonction des « bassins d’emploi », donc des besoins du patronat.
Une plus grande autonomie signifie également une plus grande mise en concurrence, dont on imagine qui seront les perdants.
 

Statut des enseignants-chercheurs

Au même moment, est prévue une réforme du statut des enseignants-chercheurs. Encore plus qu’aujourd’hui, leurs différentes tâches vont être mises en concurrence : enseignement, recherche, administration… Les étudiants comme la recherche ont peu à y gagner.
 
Existant insuffisant, risques d’aggravation et perspectives autres 
Sur chacun des points, le système universitaire français actuel est loin d’être idéal. Mais il a par ailleurs des qualités indéniables. En s’appuyant sur les dysfonctionnements actuels, les projets de réformes cherchent à démanteler ces qualités. D’où la pertinence à conjuguer d’une part la résistance à la casse pour éviter une aggravation et d’autre part à porter d’autres perspectives pour combattre les inégalités de réussite, améliorer les formations et les conditions de la recherche, et porter une ambition « d’harmonisation » internationale dans une perspective de démocratisation. 

6 COMMENTS

  1. > L’université en danger, les étudiants de milieux populaires premiers visés
    Bravo de diffuser ces informations qui mériteraient d’attirer l’attention du grand public. Je me demande pourquoi les étudiants ne sont pas plus sensibles à ces prochaines réformes. Nous devrions tous réagir!!!
    Christine.

    • > L’université en danger, les étudiants de milieux populaires premiers visés
      Tout d’abord je tiens à remercier Stephane Bonnery pour son article; ses propos m’ont pousser à prendre le clavier et à poster un commentaire:

      Selon moi, le débat sur les universités en France, ne doit pas écarter l’apparition d’une nouvelle « commision » et la mise en avant de la Loi de Modernisation sociale que représente la VAE 2002 ( validation des acquis de l’expérience; de nombreuses informations cette année, de nouveaux financements européens, de nouvelles prestations et de nouveaux financements régionaux…) et donc la formation continue, c’est – à – dire la reprise d’études des adultes:

      En effet, a été mis en place une « Commission Nationale de la Certification Professionnelle (CNCP) » qui vise la transparence des qualifications » par l’instauration d’un répertoire national des certifications ( un chantier européen qui rejoint les « crédits points » puisque ce chantier a pour but de favoriser la circulation des personnes) et comme vous le verrez, cette commission intégre totalement la VAE.

      Les questions peuvent – être?:

      – Qui composent cette commission? Son rôle aujourd’hui et son rôle sur le long terme…Son rattachement à l’éducation nationale….

      – Pour l’instant, les formations universitaires sont inscrites de droit au « grand répertoire des certifications »: c’est à dire que les formations universitaires n’ont pas besoin de répondre aux critères sélectifs , d’avis « d’homologations »; ces critères « d’homologations » sont réservés aux autres centres de formation – comme ceux relatifs aux CCP , centres de formation privé et consulaires… Cependant, on dit que cela peut évoluer… Il ne faut pas oublier que les centres soumis à la « labellisation » pourront invoquer un critère inégalitaire dans le traitement… Cette évolution vers une obligation à « l’homologation » pour tous, et donc y compris pour l’université, semble d’ailleurs convenue par les têtes de la commision nationale( arguments entendus).

      – Apparaît dés lors une mise en concurrence évidente des titres – des diplômes… Alors , quel impact cela va t-il avoir sur la mission de l’éducation nationale…? Un bien – Service – Public ou une marchandisation?

      – Pourquoi « certifications »… Le diplôme n’existe plus? Ou Peut – être parce que Certificats… Modularisation…Tronçonnage (comme évoqué par Stephane Bonnery )?

      Ce qu’il faut savoir ici, c’est que la VAE implique la réécriture des diplômes selon une « approche par compétences »… ( ce sont les directives) . Argument évoqué:nécessité de rendre plus lisible les formations… Plus lisible dans leur critére professionalisant, marchand?…
      En effet, actuellement, des chantiers universitaires sont mis en place pour « réécrire » les diplômes. Loin de toucher uniquement la forme, ce travail vise à faire aussi évoluer les contenus de formation. Les personnes qui s’occupent – les « responsables » – de ces chantiers sont les personnes qui sont « responsables » des secteurs relatifs à la formation continue… Mais les contenus de Formation , cela concerne aussi les étudiants.
      Les étudiants sont-ils présents dans tous les comités de pilotage? Quels rôles ont-ils? Consultatifs? Et les enseignants…Leur responsabilité?

      Il faut aussi ajouter que La VAE, c’est la possibilité d’une part, de raccourcir son temps de formation – un temps de formation plus court, c’est la possibilité aux OPCA ( organisme collecteur de fonds pour la formation professionnelle) et aux ASSEDICS de faire des économies: Qui payent? Quels seront les critères sélectifs d’aide au financement: pourquoi telle formation plutôt que telle autre? Cette formation est-elle en adéquation avec le marché de l’emploi? Il faut savoir qu’El Gringo – Jean -pierre Raffarin presse la signature des accords ( http://www.centre-inffo.fr/v2/actualite/ , lire les articles sur négociation de la formation…).
      Et d’autre part , la VAE , c’est une réponse – soit disant – au probléme de la chute des effectifs étudiants: que penser de cet argument démographique? L’université un atelier de formation à entrée et sortie permanente?

      De plus , – Michel Feutrie – aime volontiers exposer dans ses conférences ( j’y étais) sur le répertoire des certifications et sur la VAE qu’il y aura de moins en moins de formateurs ( comprendre professeurs, enseignants…) et que leur rôle va de plus en plus évoluer ( accompagnateur…Ingénierie de formation…Formation à distance).
      Ceci se rapproche des combats actuels canadiens où l’évolution des pratiques enseignantes à été conjointe à une nouvelle didactique : l’approche par compétences.
      Celle ci a été vendue comme une révolution pédagogique … Révolution à la solde des demi-dieux que sont l’efficacité, le professionalisme, la modernité, et …une meilleure gestion! Cependant, la grogne se fait entendre , et le modèle innovant québécois, commence à battre de l’aile … La grogne est de plus en plus évidente!
      Quant à Michel Feutrie, il aime à préciser que la validation des acquis ce n’est pas un modèle anglo-saxon, puisque les ingénieurs ont été les premiers à la pratiquer avec les ouvriers et techniciens; ah l’histoire ! ( on peut lire:
      http://www.centre-inffo.fr/v2/produits/ouvrages/afp_sommaire_182.htm , un numéro spécial )

      Selon moi ce qui se passe au niveau de cette commission – et son organisation – est important, cela concerne les étudiants, les enseignants, les adultes tout venant, bref la Société:

      – Je pense que la certification, l’homologation, renvoie aux problémes de rémunération de la qualification, cela renvoie aussi à la notion de transparence, et donc de responsabilité des individus dans leur parcours de formation, jusqu’où? Combien ça coûte et à qui?

      – L' »autonomie » des universités: Quelle « autonomie »? Quand on sait que l’on donne beaucoup plus de subventions quand une formation universitaire est dite « professionnelle »? ( ce terme mérite d’être préciser… A y réflechir toutes les formations sont professionnelles!)

      – Quelle « autonomie » de l’université sur le « choix des contenus de ses formations » si l’on prend en compte l’apparition de ce répertoire, les procédures évolutives d’homologation et aussi, la mise en concurrence des différents titres? Oserais – je rapprocher cela de la réforme des universités ( loi en préparation) avec la fameuse création « des Conseils d’Orientation Stratégique ».

      On ne peut aujourd’hui ignorer que les étudiants, les adultes sont préssés de plus en plus à la « professionalisation »; la « professionalisation » apparaît comme le seul remède efficace pour ne pas être toucher par le « monstre-chomâge ».
      Cependant, je ne peux me résoudre à cette position simpliste qui accentue les peurs au détriment des vraies questions. Oui ,le monde bouge. Mais, quels sont nos besoins? quelle citoyenneté souhaitons nous? La politique de formation doit -elle être à la solde du cynisme libéral?
      Et enfin, comment donner tord à cette affirmation : »Ainsi, le développement de la formation tout au long de la vie ouvre-t-elle la porte à la conquête de l’enseignement par les marchés  » (http://www.lesgensduvillage.org/modules/news2/article.php?storyid=120 )

      • > L’université en danger, les étudiants de milieux populaires premiers visés
        Ce texte est rempli de raccourcis et d’inexactitudes qui servent – est-ce un hasard ? – un discours préconçu et dogmatique.

        Encore une illustration de la théorie du complot selon laquelle tout se qui vient de l’étranger est mal, très en vogue chez les réactionaires de l’extême droite comme de l’extrême gauche.

        Affligeant.

      • > L’université en danger, les étudiants de milieux populaires premiers visés
        Bonjour,

        Monsieur Fillon n’est pas un tortionnaire comme on le décrit et les lois fonctionnent. C’est en excellente voie.

        A Bac + 2, j’ai fais un BTS
        ensuite un bachelor of arts (d’origine anglaise)
        Bourse tope partenaire accepté par Monsieur FILLON.
        suivi d’un MBA que j’ai remboursé, un an et demi plus tard.24 ans.

        Ce qui est bien justement, c’est que les BBA sont formés pour etre fondamentalement apliqué dès le départ en un seul cursus. que ce soit des L ou des S. Il n’y a aucune logique de disparition des Bac +2. C’est entièrement faux.

        Les français sont trop arrogants et malpolis. Mes parents sont divorcés. Milieu ouvrier. actuellement au RMI,je monte ma boite.

        La logique Phd ou doctorat,ou cumul de BSc peut se faire à n’importe quel age sans idée préconçue vis à vis d’un mec de 63 ans qui apprend l’espagnol avec des français en langue anglaise tout en sachant qu’on lui avait appris une langue morte étant petit. Une vrai mascotte devenu fondamentalement appliqué et mignon (genre DEA ou LEA). mais lui n’avait pas la chance d’avoir des parents riches. Il a connu la seconde guerre mondiale. Son père, mort pour la France. La france, sans reconnaissance…

        Les lois pour la retraite sont fonctions des finances et de l’espérance de l’espérance de durée de vie. et là dedans, on inclue pas le niveau de vie, seulement une espérance..financière. EXPERIENCE.

        on ne se rend pas compte de la chance que l’on a, meme si c’est difficile, il faut s’accrocher, clés en main. ACQUIS.

        et une certaine forme d’élitisme, il en faut pour réussir et pour maintenir un équilibre.il y en a marre des grèves en France, c’est la honte à l’étranger. Ce qui marche c’est L ENTREPREUNARIAT.

        &&&
        hand in hands.
        ciao

  2. > L’université en danger, les étudiants de milieux populaires premiers visés
    Le syndicat étudiant dont je fais parti, la Fse (fédération syndicale étudiante), revendique le retrait de ces réformes depuis le début, c’est-à-dire le printemps 2001. Voir nos analyses sur l’autonomie, sur la casse du cadre national des diplômes, sur le 3/5/8, etc :

    http://www.luttes-etudiantes.com/publications/index.htm

    rubrique « réforme Lang » (car c’est Lang qui a lancé ces réformes, que Ferry poursuit et complète avec l’autonomie. Marre de ceux qui étaient dans la « gauche plurielle » et qui ne disaient rien sur ces réformes à l’époque – rappelons que l’unef s’est abstenue sur le principal décret de cette réforme).

    En terme d’action, de nombreux Conseils d’Administration ont été bloqués au cours de l’année universitaire passée par des étudiants (pour empêcher le vote de la casse des diplômes), des AGs se sont tenues sur de nombreuses facs, et des grèves exigeant le retrait de ces réformes ont eu lieu (surtout à Toulouse en novembre 2002).

    Sur ces mobilisations, voir : http://www.luttes-etudiantes.com/mobilisation

  3. > L’université en danger, les étudiants de milieux populaires premiers visés
    il y a dans cet article une phrase répétée à l’identique à quelques lignes d’intervalle et une phrase qui ne veut rien dire. pour le reste, il est mentionné des « qualités » et des « défauts » de notre système. lesquels ?

    je partage l’inquiétude sur le fond, mais si l’on doit se faire le défenseur d’une autre université que celle de l’accord de bologne et de la réforme lmd il nous faudrait des articles plus détaillés qui nous enseignent vraiment sur les contenus des réformes et exposent clairement les critiques et les contre-arguments, ce qui n’est pas le cas dans cet article manifestement écrit trop vite et dont l’auteur a abusé des copier-coller.

    antoine aufray

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