Tour d’Europe de la marchandisation

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Les étudiants de Mirail (France) ont réalisé ce petit résumé des réformes en cours dans l’enseignement et, en particulier, dans l’enseignement supérieur.

Le gouvernement français à récemment fait passer des réformes qui suscitent de profondes inquiétudes dans toute la communauté universitaire (étudiant-e-s, professeurs, et personnel). Elles pourraient amener à se mettre en place un système éducatif très inégalitaire en France, analogue au système éducatif américain. Malgré le caractère majeur de ces réformes dont nous appréhendions | l’arrivée, depuis 1998, aucun débat publique n’a eu lieu avant leur discrète application le 8 avril 2002, pendant les présidentielles…. Etudiants, professeurs, parents d’élèves, lycéens, ou tout simplement si vous vous sentez concernés par le devenir de notre système éducatif, cette information vous concerne. Devant le manque de relais d’informations – parfois volontaire – des médias, les étudiant-e-s de l’université Toulouse 2 le Mirail ont décidé de lancer ce message d’information, pour tenter d’éveiller l’attention sur ces réformes et sur les véritables enjeux qui pouraient se cacher derrière. Nous appelons à la solidarité des internautes pour nous aider à transmettre ce message. Nous vous invitons à prendre quelques minutes pour le lire, à en discuter avec votre entourage, et à transmettre cet e-mail à un maximum de personnes. Ces réformes instaurent:

– LMD, ou 3/5/8 : Les seuls diplômes reconnus sont la licence (bac + 3), le master (bac + 5), et le doctorat (bac + 8): Ce recul du premier diplôme universitaire peut pénaliser ceux pour qui le DEUG (bac + 2) représentait déjà un investissement important.
– Les ECTS :
– Les diplômes ne seront plus délivrés suite à la validation d’un certain nombre d’enseignements correspondants chacun à un certain nombre fixe d’heures de cours, mais par un cumul de points ECTS (European Credit Transfer System). Ainsi, le cumul de 180 crédits ECTS donnera accès au grade de la licence, 300 à celui du master, etc…
– Ces crédits ne sanctionneront plus forcément la validation d’un certain nombre d’acquis mais un « volume de travail », ainsi du travail à la bibliothèque universitaire, un stage en entreprises pourront par exemple donner des crédits ECTS.
– Les diplômes sont dorénavant accompagnés d’une annexe descriptive qui individualise le diplôme en révelant l’historique complet du cursus de l’étudiant: Dans quelle université a t’il | fait ses études quelles matières a t’il choisi, les notes qu’il a obtenu, ses échecs précédents…)
– Chaque université définie elle-même l’affectation des crédits. Il n’y a plus de nombre d’heures de cours fixé nationalement. La qualité de l’enseignement pourra alors varier très fortement d’une fac à l’autre, cassant ainsi le cadre national des diplômes. On entrerait dans un système éducatif concurrentiel avec des établissements plus ou moins prestigieux, ou la qualité des études dépendra plus que jamais du budget de l’étudiant.
– Régionalisation du financement des universités: Cela risque renforcer les inégalités budgétaires entre | établissements des régions « riches » et ceux des régions « pauvres ». Parallèlement à cela, on observe un désengagement financier croissant de l’état dans l’enseignement. Les universités doivent régulièrement augmenter leur frais d’inscription mais aussi faire de plus en plus appel à des fonds privés provenant d’entreprises locales, avec, en contre partie, la mise en place d’enseignements directement orientés vers celles-ci. Ce financement sélectif se fait au détriment des filières « non économiquement rentables » (sciences humaines, lettres, art, philosophie…) qui risquent de redevenir rapidement le privilège d’une fine tranche de la société. De plus, ce financement s’effectuant par les entreprises locales, | celui-ci varira fortement selon l’activité économique de la région.

Vous pouvez trouver les textes officiels correspondant à ces réformes sur internet:

Le rapport Attali, écrit en 1998, il est le fil directeur des réformes en cours
Décret du 8 avril 2002 de Jaques Lang, instaurant les ECTS
La conférence de presse du Luc Ferry (ministre de l’éducation et membre du conseil d’administration de Vivendi-Universal), donnant les grandes lignes du système éducatif tel qu’il l’envisage avec ces réformes
– De nombreuses informations sur les réformes et sur le mouvement sont disponibles sur le site du Mirail en lutte

Ailleurs en Europe

La France n’est malheureusement pas, avec ces réformes, un cas isolé. On ressent depuis quelques temps, sous la pression des lobbies industriels, une politique de marchandisation et rentabilisation de l’enseignement qui se met en place et s’accroît partout en Europe. De plus en plus d’écoles et d’universités en Europe sont privatisées. Des frais de scolarité sont mis en place et augmentent dangereusement. Le droit à disposer d’une bonne éducation est de plus en plus une question d’argent. Les droits démocratiques des étudiant-e-s sont réduits au strict minimum.

– Au Royaume Uni, un nombre grandissant de responsables de l’éducation et de dirigeants économiques parlent ouvertement d’un système entièrement privatisé et de la dérégulation des frais d’inscription.
– En Irlande, on discute de mettre en place des frais de scolarité de trois à quatre mille euros.
– En Allemagne, instauration des frais de scolarité, restructuration du système d’éducation selon les propositions de groupes néolibéraux (comme le C.H.E) (Centre Pour le Développement des Universités, centre lié au groupe Bertelsmann)
– En Autriche, mise en place de frais de scolarité.
– Aux Pays-Bas, le ministre Jorritsma a déclaré que les universités devraient être jugées en fonction de leurs capacités à s’adapter au marché.
– Au Danemark volonté du gouvernement de réduire les budgets de l’éducation de 15% sur trois ans. Six mille étudiant-e-s sont entrés en plus dans le système SANS financement supplémentaire.
– En Espagne, instauration de la L.O.U (Ley Organica de Universidades), qui veut faire fonctionner les universités sous un strict critère de management (faire entrer les entreprises dans les universités, et encourager les Universités à se financer en se mettant en concurrence pour de fonds privés); restriction des bourses; augmentation des aides des universités prouvées; chaque année, baisse du pourcentage du P.I.B. destiné à l’enseignement supérieur (0.8% en Espagne, contre 1.33% en moyenne, en Europe)
– En Italie, préparation d’un plan pour privatiser les Universités et les écoles.
– Au Portugal, depuis cinq ans, droits d’inscription de 300 (salaire minimum imposé: 350 euros); réduction considérable du budget de l’enseignement supérieur. A l’université de Coimbra, budget réduit de 4% alors que le précédant étais tout juste suffisant pour payer les profs).
– En Turquie, de nouvelles lois sont en préparation, afin d’être prêts pour les A.G.C.S.

CES REFORMES NE SONT PAS UNE FATALITE

Face ces réformes, de nombreuses grèves et des actions étudiantes se mettent en place un peu partout en Europe. Comme vous en avez peut être entendu parler, les étudiant-e-s de l’université Toulouse le Mirail sont en grève depuis le 5 novembre, D’autres fracs ont rejoint le mouvement. De nombreuses Assemblées Générales, accompagnées d’actions informatives se tiennent un peu partout (cela concerne environ 25 universités); Des comités de lutte s’activent dans les facs de Caen, Besançon, Bordeaux, Brest, Marseille, Montpellier, Toulouse, Paris, Poitiers et Rennes. La mobilisation se met aussi en place du coté des lycéen-e-s, qui se réunissent, informent leurs camarades (beaucoup ne sont même pas au courant que le deug (bac+2) qu’ils comptaient préparer va etre suprimé) et agissent. Si vous vous sentez concernés par ses réformes, et que vous voulez faire Bouger les choses, IL EXISTE DES MOYENS : L’information étant très mal relayée par les moyens officiels, il est important d’attirer l’attention de tous sur ces réformes. Nous appelons à la solidarité des internautes pour nous aider à faire passer cette information. Vous pouvez :

– Lancer le débat autour de vous. Quel système éducatif veut on en France? Quels seraient les conséquences d’un système éducatif | concurrentiel? Doit on professionaliser les filières générales? Est t’il raisonnable de parler d’une éducation « rentable »?
– Faire suivre cet e-mail à un maximum de personnes.
– Envoyer – éventuellement de façon massive – des courriers, mails, fax… Aux instances officielles et aux médias, pour leur signifier votre désaccord avec ces réformes. Vous pourrez trouvez les | coordonnées de ceux-ci, ainsi que comment envoyer gratuitement des fax via Internet sans télécopieur, à la fin de ce mail.
– ETUDIANTS:
– Participer aux Assemblées générales d’informations et aux comités de lutte sur votre fac, ou en organiser s’il n’y en a pas. Si vous êtes intéressés pour monter un mouvement sur votre fac, nous pouvons vous donner toutes les informations nécessaires pour vous aider, pour | cela, prenez contact avec les étudiant-e-s en lutte de Toulouse le Mirail | en appelant le 05-61-50-38-34, ou par mail: mailenlutte@ouvaton.org
– En discuter avec les autres étudiant-e-s, vous pouvez vous organiser en petits groupes et passer des les salles de cours et amphithéâtres pour informer et lancer le débat sur ces réformes.
– Créer et distribuer des tracts d’information.
– Occuper ou bloquer systématiquement l’accès de la salle ou siège le conseil d’administration de votre fac dès que celui-ci doit se tenir. En empêchant ainsi la tenue de votre conseil d’administration, vous l’empêchez de décider l’application des réformes sur votre fac.
– PROFESSEUR DU SECONDAIRE ET DU SUPERIEUR:
– Prendre quelques minutes en cours pour informer vos élèves ou étudiants de ce qu’il se passe, les appeler à s’informer, et à en discuter autour d’eux. L’information étant très mal relayée, Nous comptons sur votre role pour sensibiliser vos élèves ou étudiants sur ce qui peut les attendre.
– Faire passer ce message à vos collègue, vous pouvez aussi l’imprimer et l’afficher en salle des professeurs.
– LYCEENS:
– Vous informer sur ces réformes, et en discuter autour de vous.
– Essayer de passer dans les salles de cours pour expliquer aux autres ce qui les attend avec ces réformes.
– Si vous souhaitez monter un mouvement, et que vous voulez de l’aide, nous pouvons vous donner toutes les informations utiles, les contacts avec les autres groupes de lycéens mobilisés en France, pour cela prenez contact avec la commission lycéens du Mirail en appelant le 05-61-50-38-34, ou en nous envoyant un mail a: mirailenlutte@ouvaton.org

Ce que revendiquent les étudiants de Mirail:

1. Pour éviter une mise à disposition de l’université aux entreprises et la mise en concurrence des facultés, des filières et des étudiants, qu’induisent les décrets n°2002-481 et 482 relatifs aux LMD (licence, master, doctorat ou 3/5/8) et aux ECTS, qui créeraient des conditions pédagogiques encore plus inégales, nous demandons leur abrogation ; nous réaffirmons notre opposition à la privatisation en cours de l’enseignement supérieur ;
2. Le maintien du cadre national des diplômes, qui garantit les conditions de travail et de salaire dans les entreprises et les administrations :  » En premier lieu, il faut fonder sur le dispositif d’évaluation la valeur du diplôme national [?] La qualité d’un diplôme national ne saurait être reconnue sur la base de critères purement formels ; c’est la consistance réelle qui doit être appréciée, consistance des projets de formation comme des résultats déjà obtenus  » (Circulaire du Ministère de la Jeunesse, de l’éducation Nationale et de la Recherche du 14 novembre 2002 aux présidents d’université et aux recteurs d’académie, chanceliers des universités) ;
3. La reconnaissance européenne des diplômes ;
4. En réaction au projet visant à amener l’étudiant à financer de plus en plus ses études :  » Internationalisation of Higher Education  » (Rapport de l’OCDI 1996), un rapport qui préconise  » un engagement | plus important de la part des étudiants dans le financement d’une grande partie de coûts de leur éducation « , nous demandons la gratuité de l’enseignement, un véritable réengagement de l’état, et un véritable service public de l’éducation ;
5. Nous refusons la suppression du statut des MI /SE (pions), qui apporte aux étudiants une aide sociale adaptée (ce poste ne leur serait plus réservé, mais également ouvert aux jeunes retraités et femmes aux foyers), et demandons au contraire leur embauche massive (ils sont, du fait de leur age et de leur condition d’étudiant, les plus à même d’apporter un soutien scolaire et moral aux élèves de collège et de lycée);
6. La titularisation de tout le personnel précaire dans l’enseignement (ces titularisations sont la condition nécessaire pour restaurer la qualité pédagogique et humaine d’un véritable enseignement public) ;