L’ accompagnement d’école ou le Consensus Autoritaire.

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La notion « d’accompagnement d’équipes d’école » surgit au détour de la « Charte pour l’école du XXI e siècle » du couple Mérieu-Allègre ; les géniteurs politiquement déclassés, leur rejeton est encore virulent, en voici les manifestations.

Nous nous baserons sur des exemples récents ainsi que sur un document du rectorat d’Aix-Marseille intitulé « De l’inspection individuelle à l’accompagnement d’équipes d’école ; présentation d’une expérimentation en cours dans le premier degré à l’échelle du département des Hautes-Alpes dans l’académie d’Aix-Marseille- mars 2001 » ; document consultable sur le site du rectorat ; l’astérisque * indique un extrait du dit document.

Les symptômes : Au détour d’une inspection, l’IEN de circonscription propose benoîtement au directeur d’une école de travailler, lui et ses collègues en coopération avec l’équipe de circonscription ( IEN, conseillers pédagogiques, personnes ressources ) afin de faire émerger « une expertise que l’enseignant a du mal à construire* » ; au passage l’IEN désireux de susciter la motivation du directeur peut bonifier substantiellement sa note contre un acquiescement de principe, car il doit « engager un climat de confiance où l’on accepte de se montrer tel que l’on est* ».
La démarche, au départ, se présente comme « une réflexion autour du fonctionnement de l’école en vue de l’améliorer », puis les objectifs s’affinent car il s’agit « d’engager la réflexion sur le projet d’école ou de réseau d’écoles, de conseil de cycle, de la journée de l’élève » : tous thèmes pouvant aboutir à un Contrat Educatif Local, un CLAS, une fusion ou un regroupement d’écoles, voire à une mise en réseau qui préfigurera la mise en place « d’Etablissement Public Local d’Enseignement » ( des exemples nous montrent que des structures d’usages collectifs, comme des BCD, sont organisées à cheval sur deux écoles afin de rendre évident et nécessaire le caractère fusionnel de l’opération). Bien sûr à l’occasion tous les collègues de l’école sont inspectés.
Améliorer le fonctionnement d’une école, qui pourrait avoir le cœur assez dur pour s’insurger contre ? En fait, la volonté est ailleurs, « le dispositif d’accompagnement des équipes d’école n’a pas de raison d’être pour lui-même, il n’est qu’un outil au service de la réussite de la politique ministérielle* ». Plus qu’un simple outil, il est une arme par destination à l’usage de l’IEN contre les enseignants récalcitrants, pour appliquer la politique de décentralisation-territorialisation de l’enseignement mise en place par Jospin et que Raffarin veut mener à terme.

La base réglementaire : Elle se trouve dans « La mise en œuvre pour bâtir la charte du XXI e siècle » – « Les formes de cet accompagnement seront multiples : aide à l’élaboration et au suivi des projets, groupes d’analyse de pratiques, groupes de recherche-action, réseaux coopératifs et formation ». Il est à rappeler que cet accompagnement n’a de sens que si « la communauté éducative » désire entrer dans un « processus d’innovation », en ce cas « le volontariat doit être la règle, l’accord de toute la communauté éducative étant souhaitable » . « L’inspecteur de l’éducation nationale et les conseillers pédagogiques de la circonscription fourniront les aides sollicitées ».
Donc nulle obligation formelle de se plier à « l’accompagnement d’école », l’aide de l’équipe de circonscription doit être sollicitée de la part des enseignants et non l’inverse ; un IEN précise dans une lettre aux enseignants d’une école visée par une mesure d’accompagnement , qu’il s’agit d’une « concertation tout à fait facultative ». La disposition des paragraphes de la « mise en œuvre de la Charte » conditionne les « dispositifs d’accompagnement » à « l’entrée dans le processus d’innovation » et non l’inverse ; ( 3.1 L’entrée dans le processus d’innovation ; 3.2 L’accompagnement proposé aux écoles ). Il est flagrant que dans la charte l’innovation crée le besoin d’accompagnement.
En son temps M. Allègre chargeait l’INRP ainsi que les rectorats de travailler sur les processus d’innovation, certains syndicats ont pris les devants et se félicitent en ces termes : « Dans les Hautes-Alpes, une expérimentation d’évaluation d’équipe s’est mise en place. Les propositions du SGEN gagnent du terrain » (Profession Education n° 121), le document que nous avons étudié est le fruit d’une telle collaboration.

Le document de l’IA des Hautes Alpes et son contenu : Nous ne développerons pas sur les passages lénifiants de l’ « adhésion des enseignants à l’esprit et aux visées de la loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989* » dont « la mise en oeuvre au quotidien demeure, dix ans après la promulgation des textes officiels, une réelle difficulté qui culpabilise les enseignants* ».Défense de rire ! Surtout si l’on sait que cette mise en bouche figure comme prémisses à la nécessité de « l’accompagnement d’école » ; ainsi « un accompagnement de proximité des équipes d’école apparaît alors comme indispensable* » pour déculpabiliser les enseignants ! Il n’est plus besoin d’entrer dans un processus d’innovation, l’accompagnement s’impose .
Admirez chers collègues le glissement rhétorique, de volontaire, l’accompagnement d’école devient indispensable, il est enfin exigé :
« L’inspecteur de l’éducation nationale ne s’interdit pas de susciter chez les enseignants réticents à cette démarche…, une implication bien comprise. S’il devait se heurter à un refus catégorique, après avoir mis tout en oeuvre pour aider l’enseignant à comprendre tout l’intérêt professionnel qu’il peut attendre du dispositif proposé, il devrait alors utiliser tous les moyens institutionnels à sa disposition pour sanctionner une attitude d’opposition de principe* ».
Ce dispositif est même incontournable : « Il a donc été admis que les premières écoles impliquées dans le dispositif soient celles qui décideraient d’elles-mêmes de faire acte de candidature. Désormais, après trois mois de mise en oeuvre, ce positionnement n’apparaît plus comme nécessaire …. Au terme de trois ans, quatre tout au plus, toutes les écoles du département auront été ainsi visitées et certaines d’entre elles, plusieurs fois *».

L’arme décrite n’est pas tactique, elle est de l’ordre du stratégique. Il ne s’agit pas seulement de réduire des enseignants récalcitrants, mais d’imposer un fonctionnement à l’échelle d’un département ou d’une région. Cette mesure procède de la notion de « contrat endogène », c’est une coquille vide dont le cadre imposé vise à restructurer le paysage éducatif vers une territorialisation de l’enseignement (notion de contrat local) et à adopter des statuts dérogatoires pour les personnels (postes à profil, emplois précaires/associatifs) et les enseignements ( langues régionales, collations de compétences en référence à un bassin d’emploi ).
Il est à noter que le processus d’accompagnement est une démarche supplétive au plan de formation continue ; celle-ci n’est plus dispensée dans les IUFM (depuis la gestion autonome des IUFM, l’IA doit rémunérer la prestation de formation) mais au sein des écoles avec le recours aux personnes ressources voire aux collègues engagés dans une pédagogie « innovante » : les « maîtres-ressources repérés sur le terrain… pourraient ainsi, à moindre frais, intervenir en renfort de l’équipe de circonscription, auprès des enseignants, dans un secteur de proximité* ».

Concernant le positionnement dérogatoire des enseignants, la réflexion est bien avancée :
« Comment seront valorisés les enseignants qui s’investissent plus que les autres, si la note est la même pour tous ? (et comment seront accordées les promotions ?) Il existe plusieurs façons de valoriser l’investissement professionnel des enseignants. cette valorisation ne passe pas nécessairement par la seule augmentation de la note. Pour beaucoup, c’est plus une reconnaissance« en actes » qui importe. Elle peut prendre la forme d’une implication dans l’équipe de circonscription ou d’une participation à des groupes de réflexion mis en place au niveau du réseau d’écoles (R.R.E.) ou du département. Elle devrait aussi passer par un accompagnement plus personnalisé dans l’évolution de la carrière tel que la préparation aux examens ou aux concours professionnels* ».
L’arbitraire le plus complet se met en place, promotions en vertu de la soumission de l’enseignant (ce facteur sera d’autant aggravé que les pouvoirs territoriaux exerceront leur subsidiarité sur les « services publics »), cooptations déguisées par des simulacres de concours.
Mais heureusement les CAPD veillent au maintien de l’équité républicaine, aussi…. : La C.A.P.D se transforme à chacune de ses séances en instance
paritaire de régulation : elle s’informe sur l’avancement du travail réalisé
sur le terrain et sur la perception qu’en ont les enseignants. Elle émet enfin des avis qui permettent à l’inspecteur d’académie de piloter le dispositif.
Les auteurs n’ont pas voulu écrire que la CAPD se transforme en instance d’accompagnement aliéné à l’IA… mais le cœur y est.


Conduite à tenir :
Informer votre syndicat (si vous êtes au SGEN-CFDT, vous savez ce qu’il vous reste à faire…)
Refuser le processus d’accompagnement qui demeure réglementairement une démarche volontaire des enseignants (quoiqu’en pense l’IA des Hautes Alpes).