La nuit de la Saint-Sylvestre nous verra basculer d’une année de lutte… à la suivante, qui pourrait être déterminante, mais assurément pas la dernière.
Cet article est la reproduction de l’édito du n°104 de L’École démocratique, décembre 2025
En effet, même si nous parvenons à faire reculer le gouvernement, à maintenir l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles dans son état d’« avant Glatigny », cela ne pourra en aucun cas nous satisfaire, notre système scolaire se distinguant hélas par une reproduction record des inégalités sociales et par la misère des savoirs citoyens critiques
des jeunes qui en sortent. Quoiqu’il advienne dans les prochains mois, nous devons nous préparer à une lutte au long cours, dont l’issue sera d’autant plus favorable que nous parviendrons à faire des liens.
Travailleurs de l’éducation, nous ne sommes ni les seules ni les principales cibles des gouvernements : les travailleurs des autres services publics comme du secteur privé, les allocataires sociaux, les malades, les retraités… vont voir leurs conditions de vie se dégrader au moins autant que les nôtres. Entre toutes les mesures d’austérité dont nous
assomment les différents niveaux de pouvoir, il y a des liens à établir.
Travailleurs de l’éducation, nous avons pour mission de construire des savoirs et de faire vivre l’esprit critique, condition sine qua non de la démocratie. Nous nous le devons à nous-mêmes, à nos élèves, à leurs parents… et à la société tout entière. Le mouvement social, ce temps où l’on fait des pas de côté – des arrêts de travail, des grèves, des
assemblées, des meetings, des manifestations, etc. -, est justement propice à ce travail d’éducation populaire permanente. Il peut d’ailleurs être mis à profit dans les deux sens, si nous écoutons ce que disent les citoyens que nous rencontrons.
Il est, ces derniers temps, des indices qui invitent à l’optimisme. L’analyse des manifestants déborde largement du cadre de l’enseignement et fait des liens avec des enjeux et des réalités beaucoup plus systémiques. Ainsi, à Liège, le mercredi 10 décembre dernier, Saint-Nicolas se désolait-il de devoir distribuer des avions F-35 à l’Etat belge et des
cadeaux fiscaux aux ultra-riches, et de n’avoir en revanche rien à offrir aux écoliers et aux enseignants, pourtant si sages.
Dans un groupe de solidarité inter-écoles entre profs en colère, une enseignante se demande : « Suis-je la seule à trouver la synchronisation entre « fermer la porte de l’enseignement supérieur à des milliers de jeunes du technique et du professionnel » et la lettre « pour le service militaire volontaire » particulièrement nauséabonde ? »
Parmi les slogans, celui-ci enfin : « Briser ce qui nous fait grandir pour mieux nous asservir ».
Nous en sommes là. Face à la fuite en avant ultra-droitière du capitalisme à l’échelle mondiale, seul un basculement systémique peut nous promettre « des jours heureux ». Etablir des liens avec tous les secteurs concernés, unir les luttes, est certainement la meilleure résolution que nous puissions prendre à l’aube de l’année 2026 !
« A la fin on va gagner ! Donc, si on ne gagne pas… c’est que ce n’est pas fini ! » (slogan, mars 2023)













