C’est avec cette métaphore que j’ai envie de revenir sur le décret qui vient d’être voté ce 18 mars au Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles (FDW). Il consiste à remonter les niveaux de réussite aux épreuves centralisées certificatives à 60 %. En commençant par le CEB. Mais ce sera aussi très vite le cas pour le CE1D (une seule fois puisque l’épreuve centralisée passera ensuite en 3ème…) et en fin de secondaire.
Un article initialement publié dans L’École démocratique, n°105, mars 2026 (p. 16).
Arguments du gouvernement ? Il faut être ambitieux et remonter le niveau. Et d’ailleurs de nombreuses études montrent que les systèmes éducatifs exigeants sont ceux qui obtiennent les meilleurs résultats et sont même moins inégalitaires que les autres. Tout cela est-il faux ? Non, mais incomplet.
Être ambitieux ? Remonter le niveau ? C’est un des leitmotiv de l’Aped. Nous y avons même consacré une étude et un dossier dans cette revue. Nous n’allons donc certainement pas remettre en question cet objectif. Les systèmes éducatifs exigeants sont moins inégalitaires ? Nous n’avons aucune difficulté à le croire. Et oui, nous sommes pour l’exigence. Comme nous l’avons écrit à plusieurs reprises, ce sont les classes populaires qui devront prendre en main le sauvetage de la planète, résoudre les problèmes énergétiques, sociaux, économiques, auxquels nous sommes et serons confrontés. Car manifestement, les classes dominantes actuelles nous dirigent droit dans le mur. Et ce sont aussi les plus exploités qui ont le plus besoin de défendre leurs droits tant collectifs qu’individuels. Pour cela, ils auront besoin de beaucoup de connaissances et de compétences dans des domaines très variés, allant de l’histoire aux sciences en passant par la philosophie, l’économie, les langues étrangères et bien d’autres choses. Donc oui à l’exigence.
Mais là où la majorité MR/Engagés nous trompe, c’est qu’en citant ces études, elle omet de dire qu’aucune d’entre elles ne recommande d’augmenter les seuils de réussite. Et que la plupart précisent que les systèmes les moins inégalitaires sont les plus exigeants à condition qu’ils soient soutenants. Et là, on est loin du compte. Certes quelques heures d’accompagnement personnalisé ont été prévues pour donner le change. Mais quand on voit les coupes budgétaires de ces quarante dernières années et encore les plus récentes dans l’enseignement qualifiant, quand on sait qu’on se dirige vers une augmentation de charge des enseignants et que, par ailleurs, les heures d’accompagnement soi-disant personnalisé sont régulièrement utilisées pour combler la pénurie, on comprend qu’on est loin d’un système soutenant. Car oui, des profs surchargés ont moins de temps pour l’accompagnement.
Donc ce gouvernement utilise ce qui l’arrange pour faire passer une mesure qui correspond à son idéologie : sélectionner et trier davantage. Produire plus d’échecs et donc plus de relégations. Car sans mesures fortes pour soutenir les élèves en difficulté, c’est la seule conséquence possible de ce genre de décision. Et ça n’a rien d’étonnant car l’idéologie libérale correspond bien à cette vision d’un enseignement qui sélectionne une élite et qui ne s’embarrasse pas trop longtemps des autres. Et qui en tout cas ne souhaite pas les maintenir ensemble. Si la volonté de ce gouvernement était de lutter contre les inégalités, il prendrait des mesures fortes pour diminuer la taille des classes, organiser un tronc commun général et polytechnique de longue durée et lutter contre le marché scolaire. Et il ne ferait surtout pas de coupes budgétaires. Ce n’est pas du tout ce qu’on observe. Cette mesure ne doit donc être comprise que pour ce qu’elle est : une mesure élitiste destinée à renforcer les inégalités.






