Prenez un salon de l’armement belge flambant neuf. Versez-y des fabricants d’armes aux intérêts sulfureux. Ajoutez quelques ministres MR et N-VA va-t-en-guerre, ainsi qu’un président du Sénat Engagés qui trouve tout cela fantastique. Saupoudrez de têtes blondes auxquelles on a réservé un tarif préférentiel. Mélangez. Vous obtenez probablement l’évènement « jeunesse admise » le moins ragoûtant de l’année.
Un article initialement publié dans L’École démocratique, n°105, mars 2026 (p. 22).
La première édition du salon belge de l’armement — dites BEDEX, pour Brussels European Defense EXhibition — se tenait du 12 au 14 mars au Heysel. Le projet, appelé à se répéter, est porté par Joan Condijts (ex-L’Echo, co-fondateur de LN24, autrefois chef de cabinet d’Hadja Lahbib, actuellement directeur éditorial du magazine Forbes et CEO du groupe Deficom) et Yassine Rafik (ancien porte-parole de David Leisterh, et conseiller influent de Georges-Louis Bouchez). L’initiative est appuyée par un gouvernement fédéral enthousiaste. Outre celle de Théo Francken, ministre N-VA de la Défense, le salon aura reçu les visites de Bart De Wever (N-VA), de Pierre-Yves Jeholet, de Boris Dilliès, ou du décidément très sympathique David Clarinval (tous MR), chacun y allant de sa petite allocution. En guest star, Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, lequel, il n’y a pas si longtemps, envoyait de doux textos à Donald Trump pour le féliciter « pour la Syrie et pour Gaza » (Dubernet de Boscq, 2026). Parmi les fabricants d’armes présents, les géants américains Lockheed Martin et General Dynamics, mais aussi d’autres exposants impliqués dans la vente d’armes utilisées contre des civils en Palestine, en Papouasie ou au Nigéria par exemple (Wasinski, 2026). Rien que du beau monde…
Comme l’explique Christophe Wasinski (2026), professeur en sciences politiques à l’ULB, les objectifs de ce salon sont multiples. Pour le gouvernement fédéral et l’Armée belge, il s’agit de promouvoir une « culture de la guerre », de « créer la croyance en la nécessité d’acheter et vendre des armes et de se préparer à faire la guerre » (Wasinski, 2026). Pour l’industrie de l’armement, il s’agit de se légitimer et à terme de booster les ventes et les exportations.
Comme pour démontrer qu’il est toujours possible de faire un pas de plus dans l’abject, une journée « grand public » est organisée : dix euros pour les adultes, cinq euros pour les enfants, apprend-on dans Le Soir (Hofmann & Santkin, 2026). Deux maitres-mots pour la journée, relatent les journalistes : « dédramatiser et éduquer ». C’est vrai que ce n’est pas si dramatique, une guerre ; ça fait bien quelques dizaines, centaines voire millions de morts, mais bon, d’aucuns estiment sans doute que la préservation de la domination atlantiste vaut bien quelques vies écrasées de l’autre côté du globe. L’Engagé Vincent Blondel se veut quant à lui rassurant, soulignant les vertus de l’ « encadrement pédagogique » du salon. L’Armée belge, qui veut pratiquement doubler ses effectifs d’ici 2035, est comblée. Et les organisateurs promettent la création de 4.000 emplois dans le secteur de l’armement en Belgique. De belles perspectives d’avenir, assurément…

Le directeur du Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix (GRIP), quelque peu rabat-joie, dénonce quant à lui une « logique de propagande, d’autopromotion et de banalisation d’un commerce qui a pour vocation la violence politique armée » (Yannick Quéau, cité par Hofmann & Santkin, 2026). Des militants de divers collectifs et associations se sont rendus sur place pour protester contre la frénésie militariste, dénoncer tout à la fois la tenue du salon et ceux qui tirent de juteux profits de la guerre et de la mort. Assurément, nos jeunes méritent un autre avenir que ces desseins guerriers. Et l’avenir, menacé par l’explosion des inégalités, les périls environnementaux et les guerres impérialistes, exige que l’Ecole apprenne aux jeunes à résister aux sirènes bellicistes[1]. Ceci passe par exemple par l’enseignement de connaissances historiques critiques solides, ou par la lecture des « Principes élémentaires de la propagande de guerre » d’Anne Morelli, précieuse ressource pour aider les jeunes à exercer un regard critique vis-à-vis des discours militaristes actuels. Une Ecole qui permette de penser un monde multipolaire pacifié, fondé sur la coopération, respectueux des peuples et du droit international. Dans cette perspective, rappelons aussi la ressource pédagogique que peut constituer la réponse à la lettre de Théo Francken rédigée par un collectif d’organisations de jeunesse réunies au sein de la plateforme Service for Peace[2].
Références:
Dubernet de Boscq, M. (2026, 21 janvier). « Donald, ce que vous avez accompli est incroyable » : Trump partage un message privé du secrétaire général de l’OTAN. En ligne sur le site du Figaro : https://www.lefigaro.fr/international/donald-ce-que-vous-avez-accompli-est-incroyable-donald-trump-partage-un-message-prive-du-secretaire-general-de-l-otan-20260120
Hofmann, P. & Santkin, U. (2026, 11 mars). Têtes blondes et blindés militaires : des enfants dans les allées du salon de l’armement à Bruxelles. En ligne sur le site du journal Le Soir : https://www.lesoir.be/733962/article/2026-03-11/tetes-blondes-et-blindes-militaires-des-enfants-dans-les-allees-du-salon-de
Wasinski, C. (2026, 10 mars). BEDEX, une vitrine pour les marchands de canons. En ligne sur le site de la Revue Politique : https://www.revuepolitique.be/bedex-une-vitrine-pour-les-marchands-de-canons/
Notes:
- … et aux 2.118 € nets mensuels promis par la Défense à qui s’engagera pour un an de service militaire. ↑
- www.serviceforpeace.be ↑


