À l’heure où les enseignants se mobilisent pour défendre la qualité de notre système éducatif, le livre que publient ce mois-ci Cécile Gorré et Nico Hirtt arrive à point nommé. « À l’école du capitalisme » nous alerte sur les graves menaces que font peser la « néolibéralisation » de l’école, tant sur la démocratie que sur l’équité sociale. L’ouvrage constitue aussi un puissant plaidoyer pour une école publique forte, qui recentre son objectif sur l’apprentissage au lieu d’imposer aux élèves leurs futures places dans le modèle capitaliste.
Les politiques éducatives européennes ont fait reculer la démocratisation de l’enseignement et partant, la démocratie dans la société. Car on ne peut isoler la question scolaire du cadre économique, social et politique dans lequel elle s’inscrit : les contradictions que traverse l’école traversent aussi toute la société. On ne changera pas l’une sans changer l’autre.
Les réformes qui frappent les systèmes d’enseignement européens depuis les années 1990 marquent une étape importante dans le glissement progressif de l’école depuis la sphère idéologique et politique vers la sphère économique. Nous faisons face à une transformation de l’ordre scolaire, de ses fondements comme de ses modes d’organisation. Cette « nouvelle école capitaliste » est le fruit d’une entente entre décideurs politiques et grands patrons.
Après avoir favorisé le développement quantitatif de l’enseignement, les milieux économiques concentrent désormais leur attention sur son développement qualitatif. L’instabilité des évolutions économiques, l’adéquation des formations aux besoins du marché du travail, les crises récurrentes des finances publiques, les bouleversements des rapports techniques de production et l’exacerbation des luttes concurrentielles imposent, aux yeux du patronat et de ses relais politiques, une réforme fondamentale de l’enseignement sur le plan des structures, des contenus enseignés et des méthodes.
Leur réponse : des réseaux flexibles d’« initiatives éducatives », des « lieux de formation » diversifiés et différenciés, des institutions souples et en situation de forte concurrence mutuelle. Et leur programme : la réduction de l’éducation à la double logique de l’accumulation du capital et de la reproduction de la force de travail ; la transposition aux institutions scolaires et universitaires du modèle de l’entreprise capitaliste et de ses normes de rentabilité.
Ce projet n’aurait pu atteindre son objectif sans l’ouverture de l’enseignement à la sphère privée, et sans le développement des « nouvelles technologies de l’information et des communications ». La réduction du financement du public a détérioré les conditions de scolarisation des enfants des classes populaires, premières victimes de la ségrégation sociale des établissements. L’abandon d’objectifs cognitifs au profit des seules compétences liées à l’employabilité prive les enfants d’origine populaire de l’accès à des savoirs généraux indispensables pour comprendre le monde et donc pour le changer.
Ce livre est une version entièrement retravaillée et mise à jour de l’ouvrage de Nico Hirtt «Les nouveaux maîtres de l’école » (première édition en 2000). Il fourmille de nouvelles citations, de nouveaux exemples concrets puisés dans les politiques éducatives belge, française et européenne.
Cécile Gorré est la présidente de l’Aped. Nico Hirtt est l’un de ses membres fondateurs.
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À L’ÉCOLE DU CAPITALISME
Cécile Gorré, Nico Hirtt
Éditions Agone, collection Contre-feux
Format : 13 x 19.5 cm264 pages
ISBN : 9782748906110
Prix papier : 16€
Préface de Christian Laval







