Assurer la maîtrise par chaque enfant des compétences minimales en lecture à la sortie de l’école primaire constitue un des défis majeurs de notre système d’enseignement. Malgré de nombreuses années de scolari-sation, bon nombre d’enfants rencontrent cependant sur le chemin qui conduit au savoir-lire des difficultés telles qu’ils ne les surmonteront jamais tout à fait (ALVES-MARTINS, BESSE, CHAUVEAU, INIZAN & ROGOVAS-CHAUVEAU, 1993 ; DEGUELLE, 1992 ; GOFFINET & VAN DAMME, 1990). En France, une étude récente (ERNST, 1994) indique que 12% des élèves inscrits en 6e primaire ne maîtrisent pas les compétences de base permettant de saisir les in-formations explicites d’un texte écrit. Bien qu’ils adoptent d’autres cri-tères, TEFNIN (1989) et l’équipe de l’inspection de Bruxelles (1987) ob-tiennent, pour la Belgique et pour le même niveau d’études, des ré-sultats comparables, quoique légèrement supérieurs. TEFNIN (1989) souligne par ailleurs la grande diversité des résultats entre les élèves à l’intérieur d’un même niveau. Cette variabilité inter-individuelle carac-térise aussi les ac-quisitions en lecture des enfants plus jeunes, comme en témoignent les données recueillies récemment en deuxième année primaire (BRAIBANT, 1994). Après 1 an et demi d’en-seignement, les enfants qui maîtrisent par-faitement les mécanismes de base en lecture côtoient sur les bancs de l’école des camarades de classe qui présentent des lacunes telles qu’elles ne leur permettent pas d’at-teindre un score supérieur à celui qu’ils peuvent es-pérer obtenir en ré-pondant par hasard. Près de 12% des élèves sont dans ce cas.
Les élèves ne sont donc pas égaux face à l’apprentissage de la lec-ture. Même si ce constat n’est pas neuf, il n’en est pas moins alar-mant dans le cadre d’un système d’enseignement qui a inscrit la démo-cratisation et l’égalisation des chances de réussite au rang de ses objec-tifs prioritaires. Dans cette situation, l’échec scolaire en général - et l’échec en lecture en particulier - ne peut plus être considéré comme un phénomène exception-nel dont les explications devraient être recherchées uniquement au niveau individuel, sauf si on admet que plus de 10% des enfants sont des "cas pathologiques", ce qui n’est accep-table ni statistiquement ni moralement. Il faut aussi interroger l’école elle-même, son fonctionnement institutionnel et ses pratiques pédagogiques. En Belgique, le rendement pédagogique en général - et les ré-sul-tats en lecture en particulier - varient dans des proportions considé-rables d’une école à l’autre ou d’une classe à l’autre (CRAHAY, 1992 ; GRISAY, 1984a, 1984b, 1988 ; OCDE, 1991). Traditionnellement, cette variabilité est at-tribuée à des différences entre élèves, soit internes à l’individu en termes de "capacités cognitives", soit externes en termes de "niveau socio-économique". Ces variables explicatives sont néanmoins à confronter à une autre hypothèse, liée non pas à des différences inter-individuelles, mais à des différences inter-écoles ou inter-classes qui s’expliqueraient par l’inégale qualité de l’enseignement qui y est pratiqué
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