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	<title>L'&#233;cole d&#233;mocratique</title>
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		<title>L'&#233;cole d&#233;mocratique</title>
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		<title>L'Ecole et le Capital : deux cents ans de bouleversements et de contradictions</title>
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		<dc:date>2013-05-13T14:06:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nico Hirtt</dc:creator>


		<dc:subject>Missions de l'&#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire de l'enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Economie</dc:subject>
		<dc:subject>exclure_articles_recents</dc:subject>

		<description>Pourquoi a-t-on &quot;d&#233;cid&#233;&quot;, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, qu'il fallait envoyer les enfants du peuple &#224; l'&#233;cole ? Comment ont &#233;volu&#233;, depuis lors, les relations complexes entre le syst&#232;me &#233;conomique et le syst&#232;me &#233;ducatif des pays capitalistes ? Quelles fonctions l'&#233;cole a-t-elle &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; jouer dans ces pays ? Comment est-on pass&#233; d'un instrument essentiellement id&#233;ologique &#224; l'actuelle machine &#224; former de la main d'&#339;uvre ? Voil&#224; quelques unes des questions auxquelles nous r&#233;pondons dans ce volumineux dossier. (...)

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;5. Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Missions de l'&#233;cole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot20" rel="tag"&gt;Histoire de l'enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Economie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot225" rel="tag"&gt;exclure_articles_recents&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L150xH150/arton1558-65a09.jpg&quot; width='150' height='150' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi a-t-on &quot;d&#233;cid&#233;&quot;, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, qu'il fallait envoyer les enfants du peuple &#224; l'&#233;cole ? Comment ont &#233;volu&#233;, depuis lors, les relations complexes entre le syst&#232;me &#233;conomique et le syst&#232;me &#233;ducatif des pays capitalistes ? Quelles fonctions l'&#233;cole a-t-elle &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; jouer dans ces pays ? Comment est-on pass&#233; d'un instrument essentiellement id&#233;ologique &#224; l'actuelle machine &#224; former de la main d'&#339;uvre ? Voil&#224; quelques unes des questions auxquelles nous r&#233;pondons dans ce volumineux dossier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cliquez sur l'ic&#244;ne ci-dessous pour t&#233;l&#233;charger cet article au format PDF, avec illustrations et graphiques&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_479 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:120px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.skolo.org/IMG/pdf/L_e_cole_et_le_capital.pdf&quot; title='PDF - 890.3 ko' type=&quot;application/pdf&quot;&gt;&lt;img src='http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L52xH52/pdf-eb697.png' width='52' height='52' alt='PDF - 890.3 ko' style='height:52px;width:52px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion d'un cours donn&#233; r&#233;cemment &#224; de futurs instituteur et r&#233;gents, je leur demandai de but en blanc : &#171; &#224; quoi sert donc l'&#233;cole ? Pourquoi oblige-t-on les enfants &#224; s'asseoir pendant de longues heures chaque jour sur les bancs d'une classe ? &#187; Les r&#233;ponses fus&#232;rent : &#171; pour former des citoyens responsables &#187;, &#171; pour permettre &#224; chacun de prendre sa place dans la soci&#233;t&#233; &#187;, &#171; pour &#233;manciper &#187;, &#171; pour ouvrir l'esprit &#187;, &#171; pour offrir aux jeunes la possibilit&#233; de choisir leur voie professionnelle en connaissance de cause &#187;, &#171; pour assurer l'&#233;galit&#233; des chances &#187;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah les braves ! Ils avaient bien &#233;tudi&#233; leurs le&#231;ons ! Au bout de quelques minutes j'arr&#234;tai le d&#233;luge. &#171; Tout cela est fort bien, dis-je, mais ce n'est pas du tout ce que je vous demandais &#187;. D&#233;ception et &#233;tonnement palpables ! Je pr&#233;cisai donc : &#171; La question &#233;tait : &#8216;&#224; quoi sert l'&#233;cole ?' et non : &#8216;&#224; quoi voudriez-vous que serve l'&#233;cole ?' &#187;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et de leur expliquer la diff&#233;rence entre attentes, discours et fonctions. Les attentes que nous pouvons avoir par rapport &#224; l'&#233;cole sont forc&#233;ment subjectives, influenc&#233;es par notre exp&#233;rience, les valeurs que nous privil&#233;gions, nos convictions id&#233;ologiques, notre position sociale. Les discours que chacun tient sur l'&#233;cole peuvent &#234;tre un reflet, plus ou moins fid&#232;le, de ces attentes ; mais ils peuvent aussi dire le contraire, par exemple lorsqu'on a des raisons de camoufler ou de d&#233;former ce que l'on pense vraiment. Enfin, les fonctions de l'&#233;cole ne disent pas ce que je voudrais que l'&#233;cole fasse mais ce que l'&#233;cole fait r&#233;ellement. Elles sont une donn&#233;e objective, ind&#233;pendante de nos attentes et de nos discours. Pour les d&#233;voiler il nous faut concevoir l'&#233;cole, non comme une cr&#233;ation consciente de quelques hommes, mais comme le produit n&#233;cessaire du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Un peu comme nos organes &#8212; main, jambes, yeux... &#8212; et leurs fonctions &#8212; saisir, marcher, voir... &#8212; apparaissent aujourd'hui comme le produit n&#233;cessaire de l'&#233;volution biologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est donc &#224; une histoire un peu singuli&#232;re des syst&#232;mes &#233;ducatifs que je vous convie ici. D'abord parce que les mutations de l'&#233;cole n'y seront pas expliqu&#233;es par les lubies de p&#233;dagogues ou les ambitions d'hommes politiques, mais par le d&#233;veloppement des conditions mat&#233;rielles qui dictent l'organisation et les contradictions de nos soci&#233;t&#233;s : les sciences, la technologie et leur impact sur les rapports de production. Deuxi&#232;mement, parce qu'&#224; l'encontre de tous les usages en la mati&#232;re, je ne remonterai pas &#224; l'antiquit&#233;. Depuis Ath&#232;nes et Sparte jusqu'aux Lumi&#232;res, l'histoire de l'&#233;cole institutionnalis&#233;e, c'est l'histoire de la formation d'&#233;lites sociales et politiques. Sauf rares exceptions, ni les esclaves de Rome ni les paysans flamands ou wallons du XVIIIe si&#232;cle n'allaient &#224; l'&#233;cole. Or, c'est &#224; la scolarisation des &#171; enfants du peuple &#187; que je veux m'int&#233;resser. Comprendre son origine et ses mutations, pour mieux appr&#233;hender les changements qu'elle traverse aujourd'hui. Cette histoire-l&#224; commence avec la R&#233;volution industrielle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Grandes familles rurales et apprentissage ouvrier : quand socialisation et formation allaient de pair&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avant la R&#233;volution industrielle, la tr&#232;s grande majorit&#233; des enfants des classes populaires ne fr&#233;quentaient pas l'&#233;cole. En Belgique, une &#233;tude portant sur les ann&#233;es 1779 &#224; 1792 indique que 39% des hommes et 63% des femmes, villes et campagnes confondues, &#233;taient incapables de signer autrement qu'en apposant une croix au bas des actes paroissiaux de mariage ou de bapt&#234;me [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Bruneel, Claude. L'Ecole primaire en Belgique depuis le moyen &#226;ge, Catalogue (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Encore s'agissait-il l&#224; d'une situation relativement exceptionnelle en Europe. A la m&#234;me &#233;poque, dans la Haute Vienne (la r&#233;gion de Limoges), seuls 8,2 % des hommes et 5 % des femmes signaient leur acte de mariage. [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Guibert, Louis. L'instruction primaire en Limousin sous l'ancien r&#233;gime. (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, ces enfants des campagnes qui n'allaient pas &#224; l'&#233;cole ne restaient pas pour autant ignorants. Paradoxalement, le faible niveau de technicit&#233; de la production agricole faisait appel &#224; un haut degr&#233; de qualification. Il ne suffisait pas de conna&#238;tre la terre et les saisons, il fallait aussi savoir utiliser et entretenir les nombreux outils que requ&#233;rait la vie &#224; la ferme, ceux propres &#224; l'activit&#233; agricole ainsi que ceux des artisanats, qui constituaient souvent le principal revenu &#224; la saison morte. Dans les r&#233;gions foresti&#232;res, l'hiver venu, le paysan se transformait en ouvrier b&#251;cheron pay&#233; &#224; la t&#226;che ou en scieur de long. Or, l'affutage des lames, par exemple, n&#233;cessitait un savoir-faire difficile, qui se transmettait au fil des g&#233;n&#233;rations. D'autres se faisaient charbonniers de bois : ils savaient couper les branches, dresser le fourneau, recouvrir celui-ci de feuilles et de terre, y am&#233;nager une chemin&#233;e correctement dimensionn&#233;e, allumer un feu uniforme et en surveiller la combustion pendant cinq jours et cinq nuits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut visiter un mus&#233;e de l'outil ou un mus&#233;e ethnographique rural pour se convaincre de l'extraordinaire vari&#233;t&#233; de talents et de qualifications que requ&#233;rait jadis l'artisanat des campagnes. Dans les caricatures de la presse urbaine, le sabot du paysan a longtemps symbolis&#233; l'ignorance. Mais on ferait bien de se souvenir que le sabotier fut un jour l'artisan le plus en vue du village. Son savoir-faire requ&#233;rait la ma&#238;trise d'innombrables outils et des connaissances vari&#233;es. Apr&#232;s avoir choisi l'arbre qui convenait et l'avoir d&#233;bit&#233; en billes, il fallait le fa&#231;onner &#224; sec &#224; la hache, &#224; l'herminette puis au paroir ; on entreprenait ensuite de creuser le sabot avec des tari&#232;res et des cuillers afin de l'adapter petit &#224; petit au pied ; on achevait le travail avec le boutoir, la rouanne et la rogne &#224; talon. Pour la seule r&#233;gion du Limousin, on a relev&#233; ainsi plus de cent seize petits m&#233;tiers et artisanats, souvent saisonniers, donc exerc&#233;s par des paysans n'ayant jamais &#233;t&#233; scolaris&#233;s. Leur diversit&#233; m&#234;me t&#233;moigne de l'extr&#234;me sp&#233;cialisation des connaissances et savoir-faire qu'ils exigeaient [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Robert Guinot, M&#233;tiers et petits m&#233;tiers d'autrefois en Limousin. Lucien (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La formation technique se faisait en famille. C'&#233;tait souvent de p&#232;re en fils que l'on devenait agriculteur, berger, tonnelier, charpentier ou couvreur. Parfois, plus rarement, un jeune &#233;tait plac&#233; comme apprenti chez un artisan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En ville, au contraire, la formation des futurs ouvriers ou compagnons de l'artisanat se r&#233;alisait essentiellement par l'apprentissage. Dans certains cas, on exigeait que l'apprenti ait pr&#233;alablement appris &#224; lire et &#224; &#233;crire, qu'il ait donc &#233;t&#233; scolaris&#233;. Mais cela ne concernait que les m&#233;tiers les plus nobles, comme l'imprimerie ou l'orf&#232;vrerie, ceux o&#249; les parents devaient d&#233;bourser des sommes consid&#233;rables pour placer le jeune en apprentissage. Le plus souvent, c'&#233;tait au ma&#238;tre qu'il appartenait d'instruire l'enfant, de lui apprendre parfois &#224; lire et &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La famille rurale de l'Ancien r&#233;gime, tout comme le noyau familial urbain o&#249; &#233;tait accueilli l'apprenti ne constituaient pas seulement des lieux de formation et d'instruction. Ils comptaient un grand nombre de jeunes et d'adultes de diverses g&#233;n&#233;rations, vivant sous le m&#234;me toit. L'enfant y &#233;tait int&#233;gr&#233; d&#232;s le plus jeune &#226;ge dans le travail agricole, domestique ou artisanal. Cette famille pr&#233;-industrielle, qu'elle soit rurale-agricole ou urbaine-artisanale, &#233;tait tout &#224; la fois une communaut&#233; de vie et une unit&#233; de production. C'est par le travail &#224; la ferme ou &#224; l'atelier, que les enfants &#233;taient instruits dans les techniques de la production et socialis&#233;s par l'apprentissage des r&#232;gles de base de la vie commune.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Machinisme et ali&#233;nation : &#171; ouvrir une &#233;cole, c'est fermer une prison &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le passage au machinisme, c'est-&#224;-dire au capitalisme industriel, va radicalement transformer la nature du travail et, partant, la formation des travailleurs. L'ancienne grande famille rurale se trouve d&#233;sarticul&#233;e et remplac&#233;e par un petit noyau familial urbain. Et m&#234;me ce noyau-l&#224; se d&#233;sagr&#232;ge rapidement avec l'avanc&#233;e du travail des femmes et des enfants. A l'usine, le vieux paternalisme des patrons des fabriques rurales c&#232;de la place &#224; la froide, in&#233;gale et &#233;ph&#233;m&#232;re relation contractuelle qui lie le propri&#233;taire des moyens de production et le propri&#233;taire d'une force de travail, le capital et l'ouvrier. La d&#233;composition du travail complexe qu'effectuait jadis un seul ouvrier dans l'atelier ou la manufacture, son remplacement par une multitude d'ouvriers encha&#238;n&#233;s aux nouveaux outils de production et charg&#233;s de r&#233;p&#233;ter chacun une t&#226;che simple, parcellaire, au rythme impos&#233; par la machine, tout cela implique une formidable d&#233;qualification des prol&#233;taires. &#171; En substituant les proc&#233;d&#233;s m&#233;caniques &#224; l'habilet&#233; manuelle et &#224; la formation professionnelle co&#251;teuse, en permettant &#224; long terme le remplacement des artisans et des travailleurs du domestic system par la foule des manoeuvres de l'usine moderne, [le machinisme] ouvre vraiment une &#232;re nouvelle dans l'exploitation et la rentabilit&#233; du travail humain &#187; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Rioux, Jean-Pierre. La R&#233;volution Industrielle. Paris : Ed. du Seuil, (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans Le Capital, Karl Marx illustre d'un exemple concret, celui des imprimeries londoniennes, comment le machinisme a engendr&#233; cette d&#233;qualification du travail ouvrier. &#171; [Jadis,] dans les imprimeries anglaises, les apprentis s'&#233;levaient peu &#224; peu, des travaux les plus simples aux travaux les plus complexes. Ils parcouraient plusieurs stages avant d'&#234;tre des typographes achev&#233;s. On exigeait de tous qu'ils sussent lire et &#233;crire. La machine &#224; imprimer a boulevers&#233; tout cela. Elle emploie deux sortes d'ouvriers : un adulte qui la surveille et deux jeunes gar&#231;ons, &#226;g&#233;s, pour la plupart, de onze &#224; dix-sept ans, dont la besogne se borne &#224; &#233;tendre sous la machine une feuille de papier et &#224; l'enlever d&#232;s qu'elle est imprim&#233;e. Ils s'acquittent de cette op&#233;ration fastidieuse, &#224; Londres notamment, quatorze, quinze et seize heures de suite, pendant quelques jours de la semaine, et souvent trente-six heures cons&#233;cutives avec deux heures seulement de r&#233;pit pour le repas et le sommeil. La plupart ne savent pas lire. Ce sont, en g&#233;n&#233;ral, des cr&#233;atures informes et tout &#224; fait abruties. (&#8230;) D&#232;s qu'ils sont trop &#226;g&#233;s (&#8230;) on les cong&#233;die et ils deviennent autant de recrues du crime. Leur ignorance, leur grossi&#232;ret&#233; et leur d&#233;t&#233;rioration physique et intellectuelle ont fait &#233;chouer les quelques essais tent&#233;s pour les occuper ailleurs &#187;. [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Marx, Le Capital' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'industrialisation capitaliste a ainsi radicalement transform&#233; le rapport entre l'homme et la technique, en asservissant le travailleur &#224; des processus techniques impos&#233;s de l ?ext&#233;rieur et inaccessibles. L ?industrialisation et le machinisme ont &#233;tabli une barri&#232;re, &#224; la fois sociale et intellectuelle, entre la conception des techniques de production et leur utilisation. D&#233;sormais, le prol&#233;taire n ?agit plus que sous les imp&#233;ratifs de lois (&#233;conomiques, techniques, scientifiques...) qui &#233;chappent &#224; sa compr&#233;hension. Il n ?impose plus son rythme &#224; la machine, c ?est la machine qui lui impose le sien. La non-qualification de l ?ouvrier, son ignorance, son abrutissement intellectuel, deviennent la condition m&#234;me de son &#171; employabilit&#233; &#187; dans les nouveaux processus de production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marx :&#171; La machine, qui poss&#232;de le merveilleux pouvoir d ?abr&#233;ger le travail et de le rendre plus productif, suscite l ?&#233;tiolement de la force de travail en m&#234;me temps qu ?elle la suce jusqu ?&#224; la moelle. (...) Il appara&#238;t m&#234;me que la sereine lumi&#232;re de la science ne puisse briller que sur l'arri&#232;re-fond de l'ignorance. Toutes nos inventions et tous nos progr&#232;s ne paraissent avoir d'autre r&#233;sultat que de doter de vie et d'intelligence les forces mat&#233;rielles, et d'ab&#234;tir l'homme en le ravalant au niveau d'une force purement physique &#187;. [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Marx, K., Discours prononc&#233; lors de la comm&#233;moration de l'anniversaire de (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une double &#171; ali&#233;nation &#187; que subit ainsi l'ouvrier de l'&#232;re industrielle. Comme tous les prol&#233;taires avant lui, il doit vendre une partie de soi-m&#234;me, sa force de travail, pour survivre. Mais cet ouvrier nouveau se trouve &#233;galement spoli&#233; de la ma&#238;trise intellectuelle du processus de production. Il n'est plus qu'un auxiliaire de la machine. Il se trouve soumis au patronat, non seulement parce qu'il ne poss&#232;de pas de moyens de production, mais parce qu'il ne poss&#232;de m&#234;me plus la capacit&#233; de ma&#238;triser cette production industrielle nouvelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est frappant de constater que, dans un premier temps, le machinisme et la r&#233;volution industrielle n'induisirent aucunement un d&#233;veloppement rapide de l'enseignement scolaire. Les donn&#233;es disponibles pour l'Angleterre, premi&#232;re nation &#224; s'engager dans cette r&#233;volution, sont &#233;clairantes. Au milieu du XVIIIe si&#232;cle, deux tiers des hommes anglais et 40% des femmes savaient lire. Or, pr&#232;s d'un si&#232;cle plus tard, en 1840, on observe que ces taux sont &#224; peu pr&#232;s identiques. Il semble m&#234;me qu'entre ces deux dates on ait connu d'abord un d&#233;clin de l'instruction puis une reprise &#224; partir du d&#233;but du XIXe si&#232;cle. [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='More, Charles. Understanding the Industrial Revolution. Routledge, (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parall&#232;lement on observait fort logiquement un recul du mode de formation traditionnel que constituait l'apprentissage. Proportionnellement, de moins en moins d'emplois n&#233;cessitaient une v&#233;ritable qualification et, lorsqu'elle &#233;tait n&#233;anmoins indispensable, elle s'acqu&#233;rait souvent &#171; sur le tas &#187;. L'apprentissage continuait certes d'exister et il se d&#233;veloppa m&#234;me dans certaines petites occupations comme la fabrication d'instruments. Mais il d&#233;clina rapidement dans les m&#233;tiers conquis par l'industrialisation et le machinisme, comme le travail du fer et le textile. L'apprentissage perdit &#233;galement son ancien caract&#232;re de lieu de socialisation. D&#233;sormais il se r&#233;duisait, au mieux, &#224; l'acquisition d'un savoir-faire technique rudimentaire, en un temps que les parents du jeune souhaitaient voir aussi court que possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand, &#224; partir du milieu du XIXe si&#232;cle, les soci&#233;t&#233;s capitalistes en voie rapide d'industrialisation d&#233;cid&#232;rent enfin d'envoyer massivement les enfants des classes populaires &#224; l'&#233;cole, ce ne fut donc pas d'abord pour r&#233;pondre &#224; un besoin de formation technique ou professionnelle. Encore moins par souci de d&#233;mocratie ou d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La v&#233;ritable raison &#233;tait &#224; chercher dans cette superbe phrase de Victor Hugo : &#171; Ouvrir une &#233;cole c'est fermer une prison &#187;. L'ali&#233;nation intellectuelle du prol&#233;tariat, la perte brutale des rep&#232;res culturels pour une population arrach&#233;e de la vie rurale et plong&#233;e dans la mis&#232;re urbaine, la d&#233;sagr&#233;gation des lieux traditionnel d'&#233;ducation et de socialisation,... tout cela avait fini par provoquer un abrutissement moral des classes populaires. Dans les grandes entit&#233;s urbaines, o&#249; le contr&#244;le social et cl&#233;rical &#233;tait moins contraignant qu'&#224; la campagne, o&#249; les tentations &#233;taient nombreuses, o&#249;, surtout, l'exploitation, la mis&#232;re et les in&#233;galit&#233;s sociales criantes tendaient &#224; l&#233;gitimer tout moyen de grappiller un peu de bonheur, une partie du prol&#233;tariat s'enfon&#231;a dans le vice, l'alcoolisme, la violence, la criminalit&#233;, la prostitution. Ce faisant, la classe ouvri&#232;re ne faisait que refl&#233;ter la brutalit&#233; qu'elle subissait au travail et dans ses conditions de vie, mais elle devint aussi une menace pour &#171; l'ordre public &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A d&#233;faut de vouloir s'attaquer aux causes r&#233;elles de cette d&#233;ch&#233;ance, &#224; savoir les conditions de vie sordides et l'exploitation &#233;hont&#233;e de la classe ouvri&#232;re, la bourgeoisie du XIXe si&#232;cle envisagea de r&#233;soudre le probl&#232;me par l'&#233;ducation. &#171; L'&#233;ducation est la meilleure branche de la police sociale &#187;, d&#233;clarait John Wade en 1835, &#171; parce qu'elle s'attaque aux principaux germes du crime de l'envie et de l'ignorance (...) L&#226;cher un enfant non &#233;duqu&#233; dans la vie ne vaut gu&#232;re mieux que de l&#226;cher un chien enrag&#233; ou une b&#234;te sauvage dans la rue &#187;. [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Wade, John. History of the Middle and Working Classes. Wilson, 1835, p (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;] Quant au Belge Edouard Ducp&#233;tiaux, il estimait que &#171; le degr&#233; d'instruction d'un pays repr&#233;sente toujours d'une mani&#232;re plus ou moins exacte l'&#233;tat de sa moralit&#233; &#187;. [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Edouard Ducp&#233;tiaux, Des progr&#232;s et de l'&#233;tat actuel de la r&#233;forme p&#233;nitentiaire (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Socialiser et &#233;duquer les enfants du peuple : telle fut, historiquement, la premi&#232;re fonction de la scolarisation de masse. Qu'y enseignait-on ? De la morale et de la religion, lire et &#233;crire, calculer, le syst&#232;me des poids et mesures. C'est tout. Pas d'histoire, de sciences naturelles ou de g&#233;ographie. &#171; Lire &#233;crire compter, voil&#224; ce qu'il faut apprendre &#187;, d&#233;clarait Adolphe Thiers, &#171; quant au reste, cela est superflu. Il faut bien se garder surtout d'aborder &#224; l'&#233;cole les doctrines sociales, qui doivent &#234;tre impos&#233;es aux masses. &#187; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Terral, Herv&#233;. Les Savoirs Du Ma&#238;tre. Editions L'Harmattan, 1998' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;cole est n&#233;e, non parce que le capitalisme triomphant avait besoin de travailleurs instruits, mais pr&#233;cis&#233;ment pour la raison contraire : parce qu'il avait besoin d'ouvriers non qualifi&#233;s et dociles.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Guerres et r&#233;voltes autour des conglom&#233;rats industriels : l'&#233;cole au service de la patrie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux de beaucoup de progressistes fran&#231;ais, Jules Ferry passe encore, de nos jours, pour le brillant fondateur de l'&#233;cole la&#239;que et r&#233;publicaine. Mais quelles furent ses motivations ? Ecoutons-le : &#171; Si cet &#233;tat de choses [l'emprise cl&#233;ricale sur l'&#233;cole] se perp&#233;tue, il est &#224; craindre que d'autres &#233;coles se constituent, ouvertes aux fils d'ouvriers et de paysans, o&#249; l'on enseignera des principes diam&#233;tralement oppos&#233;s, inspir&#233;s peut-&#234;tre d'un id&#233;al socialiste ou communiste emprunt&#233; &#224; des temps plus r&#233;cents, par exemple &#224; cette &#233;poque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871 &#187;. [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; par Foucambert, 1986' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;] C'est en effet apr&#232;s avoir v&#233;cu la d&#233;b&#226;cle des troupes fran&#231;aises en 1870 et apr&#232;s avoir particip&#233; &#224; l'&#233;crasement sanglant de la Commune de Paris que Ferry fonda l'&#233;cole r&#233;publicaine en vue, disait-il, de &#171; maintenir une certaine morale d'&#201;tat, certaines doctrines d'&#201;tat qui importent &#224; sa conservation &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au m&#234;me moment, le Roi des Belges, Leopold II, plaidait la cause de l'enseignement obligatoire en ces termes : &#171; L'enseignement donn&#233; aux frais de l'&#201;tat aura pour mission, &#224; tous les degr&#233;s, d'inspirer aux jeunes g&#233;n&#233;rations l'amour et le respect des principes sur lesquels reposent nos libres institutions. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le dernier tiers du XIXe si&#232;cle, la mission d'&#233;ducation de l'&#233;cole prit ainsi un contenu de plus en plus marqu&#233; sur le plan id&#233;ologique. L'origine profonde de ces changements doit &#234;tre cherch&#233;e dans de puissantes avanc&#233;es technologiques. Avant la c&#233;sure des ann&#233;es 1870-1880, nous &#233;tions dans l'&#233;poque d'une industrialisation fond&#233;e sur la vapeur, le fer et le coton. &#171; Au del&#224;, c'est l'&#233;conomie de la chimie, de l'&#233;lectricit&#233;, de l'acier et de l'aluminium, du t&#233;l&#233;phone et de l'automobile &#187; (Broder 1993 p 59).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les nouveaux proc&#233;d&#233;s de la sid&#233;rurgie et de la chimie n&#233;cessitent des installations industrielles gigantesques. La production et la productivit&#233; explosent : un haut fourneau Thyssen du d&#233;but du XXe si&#232;cle produit en une trentaine d'heures ce qu'un haut fourneau sil&#233;sien produisait en une ann&#233;e cent ans plus t&#244;t [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Hilferding, Rudolf. Das Finanzkapital ; Eine Studie &#220;ber Die J&#252;ngste (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]. Le ph&#233;nom&#232;ne de concentration est g&#233;n&#233;ral. De 1866 &#224; 1896, malgr&#233; l'extraordinaire croissance de la production, le nombre des &#233;tablissements m&#233;tallurgiques en Europe est tomb&#233; de 1.786 &#224; seulement 171 unit&#233;s. Dans la m&#234;me p&#233;riode, le nombre des &#233;tablissements textiles a diminu&#233; de 75%. Mais alors que le nombre des entreprises diminue, leur production et leurs effectifs gonflent d&#233;mesur&#233;ment. Les entreprises m&#233;tallurgiques fran&#231;aises du groupe Schneider employaient 2.500 personnes en 1845, 6.000 en 1860, 10.000 en 1870. [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Dupeux, G., 1976. French society, 1789-1970, Taylor &amp; Francis' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; qui finit par donner une dangereuse consistance au &#171; spectre &#187; qui, depuis plusieurs d&#233;cennies, hantait la vieille Europe : une classe ouvri&#232;re nombreuse, disciplin&#233;e par l'industrie, de mieux en mieux organis&#233;e, et qui se dotait d'une id&#233;ologie dangereuse pour le pouvoir : le socialisme. La Commune de Paris avait d&#233;j&#224; r&#233;sonn&#233; comme un coup de tonnerre. Mais entre 1880 et 1910 les partis socialistes r&#233;volutionnaires voient grandir sans arr&#234;t leurs effectifs (et leurs voix, l&#224; o&#249; ils sont autoris&#233;s &#224; se pr&#233;senter aux suffrages).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A cette menace interne vint rapidement s'ajouter une menace ext&#233;rieure : la concentration industrielle des ann&#233;es 1870 &#224; 1914, a fait entrer le capitalisme dans l'&#232;re des grandes puissances imp&#233;rialistes. A l'aube du XXe si&#232;cle, l'&#233;conomiste allemand Rudolf Hilferding, &#233;crivait : &#171; La n&#233;cessit&#233; d'une politique expansionniste r&#233;volutionne la vision du monde de la bourgeoisie, qui cesse d'&#234;tre pacifiste et humaniste. Les vieux libre-&#233;changistes croyaient que la libert&#233; du commerce &#233;tait non seulement le meilleur des syst&#232;mes &#233;conomiques, mais aussi le d&#233;but d'une &#232;re de paix. Mais le capital financier a abandonn&#233; cette croyance depuis longtemps. Il n'a aucune confiance dans l'harmonie des int&#233;r&#234;ts capitalistes ; il ne sait que trop bien que la comp&#233;tition est devenue une question de lutte de pouvoir politique. L'id&#233;al de paix a perdu de son lustre et en lieu et place de l'id&#233;al humaniste nous voyons l'&#233;mergence d'une glorification de la grandeur et du pouvoir de l'Etat &#187;. [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='Brewer, Anthony. Marxist Theories of Imperialism. Routledge, (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne suffisait plus, dans ces conditions, que l'&#233;cole apprenne &#224; lire, &#224; &#233;crire et &#224; respecter les pr&#233;ceptes moraux ou religieux. D&#233;sormais, elle devait enseigner l'amour de la patrie et des institutions. L'histoire, la g&#233;ographie font donc leur entr&#233;e dans les programmes. En Allemagne, l'empereur Guillaume II, aux prises avec la mont&#233;e des forces socialistes d&#233;crivait en ces termes comment il voyait les nouvelles missions de l'enseignement obligatoire : &#171; Voil&#224; longtemps que me pr&#233;occupe l'id&#233;e d'utiliser l'Ecole, dans chacune de ses subdivisions, en vue de contrecarrer la propagation des id&#233;es socialistes et communistes. L'Ecole devra en tout premier lieu jeter les bases d'une saine conception des relations publiques et des relations sociales, en instillant la crainte de Dieu et l'amour de la patrie &#187;. [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='Erla&#223; Kaiser Wilhelms II. vom 1.5.1889, in : Verhandlungen &#252;ber Fragen des (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En France, le r&#233;publicain radical Paul Bert, membre de l'Acad&#233;mie des sciences, c&#233;l&#232;bre pour ses travaux sur la physiologie de la plong&#233;e sous-marine, mais &#233;galement pour ses th&#232;ses racistes, se fend en 1883 d'un manuel pratique portant sur &#171; L'instruction civique &#224; l'&#233;cole (notions fondamentales) &#187;. &#171; Il faut &#187;, &#233;crit-il dans l'introduction de cet ouvrage destin&#233; &#224; &#233;clairer les &#171; Hussards noirs &#187; de la R&#233;publique, &#171; que l'amour de la France ne soit pas pour (l'enfant) une formule abstraite, impos&#233;e &#224; sa m&#233;moire comme un dogme de religion, mais qu'il en comprenne les motifs, qu'il en appr&#233;cie la grandeur et les cons&#233;quences n&#233;cessaires. Car c'est en l'aimant et en raisonnant cet amour qu'il apprendra &#224; se donner tout &#224; elle, et, accomplissant jusqu'au bout son devoir de citoyen, &#224; se d&#233;vouer, s'il le faut, soit pour le salut de la Patrie, soit pour la d&#233;fense des principes dont le triomphe a fait de lui un homme libre et un citoyen. Ainsi sera r&#233;ellement fond&#233;e l'Education nationale &#187; (Bert, p6)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les charniers de 14-18 portent devant l'Histoire le t&#233;moignage de l'efficacit&#233; dramatique qu'eut l'&#233;cole dans sa nouvelle fonction, celle d'un appareil id&#233;ologique d'Etat.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La m&#233;ritocratie, enfant de l'automobile et de l'&#233;lectricit&#233; : s&#233;lectionner et former l'&#233;lite ouvri&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'elle avait &#233;t&#233;, au XIXe si&#232;cle, un appareil de socialisation et un appareil id&#233;ologique au service de l'Etat, l'&#233;cole du peuple se transforma progressivement, au cours du si&#232;cle suivant, en instrument de s&#233;lection et de formation au service direct de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s avant la premi&#232;re guerre mondiale, les progr&#232;s des technologies industrielles, la croissance des administrations publiques et le d&#233;veloppement des emplois commerciaux firent rena&#238;tre une demande de main d'&#339;uvre davantage qualifi&#233;e. Certes, pour la majorit&#233; des travailleurs, une socialisation de base suffisait toujours ; mais un nombre croissant d'entre eux devaient d&#233;sormais acqu&#233;rir un savoir-faire sp&#233;cialis&#233; : m&#233;caniciens, &#233;lectriciens, dactylos, op&#233;rateurs de TSF...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela pourrait surprendre. N'est-on pas justement en plein &#171; fordisme &#187;, qui fut sans doute la forme la plus pouss&#233;e de d&#233;coupage parcellaire des t&#226;ches ouvri&#232;res et donc de d&#233;qualification ouvri&#232;re ? Certes, mais la production n'est pas tout. Dans son Histoire du travail et des travailleurs, Lefranc nous rappelle qu'en 1948, sur 315.000 travailleurs de l'industrie automobile en France, 110.000 seulement sont actifs dans la production, 25.000 fabriquent des accessoires, 30.000 sont carrossiers et 150.000 sont employ&#233;s dans les entreprises de r&#233;paration (dont deux tiers sont des entreprises artisanales). [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='Lefranc, G., 1957. Histoire du travail et des travailleurs, Paris : (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;] Or, le r&#233;parateur automobile ou le travailleur d'une entreprise d'installation &#233;lectrique doivent ma&#238;triser intellectuellement les technologies sur lesquelles ils travaillent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Dans l'entre-deux-guerres &#187; &#233;crivent Th&#233;venin et Compagnon, &#171; l'enseignement technique va conna&#238;tre un essor remarquable. (...) Le r&#233;glage et l'utilisation des machines, le contr&#244;le et la finition des produits, r&#233;clament des ouvriers &#224; la fois habiles manuellement et sachant manipuler des instruments de mesure pr&#233;cis, lire des croquis et des gammes d'usinage con&#231;us par les bureaux d'&#233;tudes... &#187; [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='Compagnon, B. &amp; Th&#233;venin, A., 1995. L'&#233;cole et la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, (...)' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/p&gt; &lt;p&gt;La demande &#233;tait telle qu'un retour aux vieilles formes de l'apprentissage traditionnel n'aurait pu suffire. D'ailleurs, les exigences th&#233;oriques de ces nouvelles qualifications ne pouvaient se satisfaire d'une formation exclusivement pratique. Le syst&#232;me &#233;ducatif s'ouvrit alors &#224; des sections &#171; modernes &#187;, techniques ou professionnelles. On y recruta la &#171; cr&#232;me &#187; des fils et des filles de la classe ouvri&#232;re, afin d'en faire les ouvriers sp&#233;cialis&#233;s, les techniciens, les employ&#233;s et les fonctionnaires que r&#233;clamait la soci&#233;t&#233;. Ce fut l'&#232;re de la &#171; promotion sociale &#187; par l'&#233;cole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre les deux guerres mondiales, l'&#233;cole devint ainsi un instrument essentiel dans la production des forces de travail qualifi&#233;es. Mais &#233;galement dans leur s&#233;lection et leur hi&#233;rarchisation, sur une base m&#233;ritocratique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les robots des trente glorieuses : l'illusion des chances &#233;gales&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la deuxi&#232;me guerre mondiale, le capitalisme conna&#238;t une p&#233;riode de croissance &#233;conomique extraordinaire. Elle est bien entendu le r&#233;sultat des reconstructions d'apr&#232;s-guerre ainsi que du progr&#232;s social arrach&#233; par une classe ouvri&#232;re qui sort politiquement renforc&#233;e de ces quatre ann&#233;es de conflit. Mais elle r&#233;sulte &#233;galement d'innovations technologiques lourdes et de long terme &#8211; &#233;lectrification des chemins de fer, infrastructures portuaires et a&#233;roportuaires, autoroutes, nucl&#233;aire, t&#233;l&#233;phonie, p&#233;trochimie. L'emploi non qualifi&#233; est en recul constant par suite de la m&#233;canisation de l'agriculture et de l'automatisation croissante des t&#226;ches r&#233;p&#233;titives en industrie. Ces emplois perdus sont largement compens&#233;s par la dynamique de croissance : on cr&#233;e des postes d'employ&#233;s dans l'administration et dans les services, le d&#233;veloppement technologique exige des ouvriers toujours plus qualifi&#233;s pour la construction navale, l'a&#233;ronautique, l'&#233;nergie...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, en Belgique, l'agriculture perd 52% de ses emplois salari&#233;s entre 1953 et 1972. Les charbonnages (-78%) et les carri&#232;res (-39%) suivent le m&#234;me mouvement. Mais ces pertes sont largement compens&#233;es par la sid&#233;rurgie (+10%), la chimie (+36%), l'&#233;lectronique et l'&#233;lectrotechnique (+99%), l'imprimerie (+39%), les banques (+131%), les garages (+130%), les administrations publiques (+39%).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le succ&#232;s &#233;conomique et l'&#233;volution de la structure du march&#233; du travail exigeaient donc d'&#233;lever le niveau g&#233;n&#233;ral de formation des travailleurs. Et il fallait aller vite. Dans l'urgence, ce qui avait &#233;t&#233;, jadis, l'&#233;cole secondaire de l'&#233;lite, &#224; savoir l'enseignement g&#233;n&#233;ral des ath&#233;n&#233;es et des lyc&#233;es, ouvrit ses portes &#8212; du moins celles de ses premi&#232;res ann&#233;es &#8212; aux enfants d'extraction populaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;poque est propice &#224; un g&#233;n&#233;reux discours sur la d&#233;mocratisation de l'enseignement. Pour Leo Collard, ministre belge de l'Education en 1957, &#171; il s'agit de faire en sorte que l'enfant du peuple, au sortir de la voie unique de l'&#233;cole primaire, trouve un milieu scolaire tel qu'il puisse y poursuivre sans contrainte et sans embarras d'aucune sorte n'importe quelle section d'&#233;tudes qu'il trouve conforme &#224; ses go&#251;ts et &#224; en changer &#233;ventuellement sans grande difficult&#233; &#187; [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='footnote' title='Collard L., Un programme d'&#233;ducation nationale d&#233;mocratique, cit&#233; par Van (...)' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]. En France, le Plan Langevin-Wallon proclame d&#232;s 1946 qu'il faut en finir avec la m&#233;ritocratie : &#171; l'enseignement doit offrir &#224; tous d'&#233;gales possibilit&#233;s de d&#233;veloppement, ouvrir &#224; tous l'acc&#232;s &#224; la culture, se d&#233;mocratiser moins par une s&#233;lection qui &#233;loigne du peuple les plus dou&#233;s que par une &#233;l&#233;vation continue du niveau culturel de l'ensemble de la Nation. &#187; [Plan Langevin-Wallon, 1946].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ces r&#234;ves ne r&#233;sisteront pas &#224; la r&#233;alit&#233;. Certes, on cessera &#171; d'&#233;loigner du peuple les plus dou&#233;s &#187; en les s&#233;lectionnant en fin de primaire. Mais cette s&#233;lection, il faudra alors l'effectuer plus tard. C'est-&#224;-dire &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'enseignement secondaire. Cela signifiera la mise en place d'une s&#233;lection n&#233;gative, d'une s&#233;lection bas&#233;e sur l'&#233;chec scolaire. On n'oriente plus vers l'enseignement qualifiant les &#171; meilleurs &#233;l&#233;ments &#187; des classes populaires, mais &#171; les moins bons &#233;l&#232;ves &#187; de l'enseignement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, par un miracle p&#233;dagogique remarquable, cette s&#233;lection continue d'&#234;tre une s&#233;lection bas&#233;e sur l'origine sociale. La sociologie &#8212; Bourdieu, Passeron &#8212; d&#233;couvre soudain que l'&#233;cole est devenue &#8212; au m&#234;me titre que l'h&#233;ritage et le mariage &#8212; une instance de la reproduction, d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre, des in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Crises et TIC's : l'&#233;cole marchande, au service des march&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin des ann&#233;es 1980, avec l'entr&#233;e du capitalisme mondial dans l'&#232;re de la globalisation et des cycles de crises &#224; r&#233;p&#233;tition, les demandes du monde &#233;conomique par rapport au syst&#232;me d'enseignement connaissent de nouvelles mutations. L'&#233;cole est somm&#233;e de changer, afin de mieux s'adapter aux attentes des employeurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois &#233;l&#233;ments essentiels marquent cette rupture, d&#233;j&#224; souvent analys&#233;e dans ces colonnes et que je me contente donc de r&#233;sumer bri&#232;vement ici. [&lt;a href='#nb19' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour une analyse globale de la marchandisation de l'enseignement, on lira (...)' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premi&#232;rement, la mondialisation a induit une comp&#233;tition entre les Etats pour attirer les investisseurs, donc pour diminuer la charge fiscale sur les capitaux, les revenus mobiliers, les hauts salaires et les b&#233;n&#233;fices des entreprises. Ainsi, les marges de manoeuvre budg&#233;taires de l'Etat diminuent, ce qui soumet les politiques d'enseignement &#224; une forte contrainte d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, le glissement des emplois de l'industrie vers les services ainsi que le d&#233;veloppement technologique induisent, dans les &#233;conomies &#171; avanc&#233;es &#187;, une polarisation du march&#233; du travail. &#171; Les plus fortes cr&#233;ations d'emplois doivent &#234;tre attendues, d'une part, dans les postes de management et les emplois professionnels et techniques de tr&#232;s haut niveau, mais, d'autre part, &#233;galement dans les emplois du secteur des services exigeant une qualification moyenne ou faible &#187;. [&lt;a href='#nb20' class='spip_note' rel='footnote' title='Sels, L. et al., 2006. Inzetten op competentieontwikkeling. Discussietekst (...)' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, troisi&#232;mement, l'instabilit&#233; &#233;conomique ainsi que le rythme effr&#233;n&#233; de l'innovation technologique, mais surtout le caract&#232;re anarchique de l'&#233;conomie capitaliste, rendent impossible toute politique pr&#233;visionnelle en mati&#232;re de formation et de qualification.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte, la majorit&#233; des employeurs sont moins demandeurs de qualifications pr&#233;cises et pointues que d'une vague &#171; employablit&#233; &#187;, que doivent garantir les &#171; comp&#233;tences de bases &#187; et la flexibilit&#233; des travailleurs. Nous avons d&#233;j&#224; vu pr&#233;c&#233;demment comment l'OCDE et son enqu&#234;te PISA servent pr&#233;cis&#233;ment &#224; pousser les syst&#232;mes &#233;ducatifs sur cette voie. Nous comprenons mieux aussi, dans ce cadre, l'engouement officiel pour la conception &#233;ducative [&lt;a href='#nb21' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous disons &#171; conception &#233;ducative &#187; et non &#171; p&#233;dagogie &#187; parce que la plupart (...)' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;] fond&#233;e sur l' &#171; approche par les comp&#233;tences &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour illustrer cette exigence de flexibilit&#233;, consid&#233;rons par exemple l'employ&#233; de bureau &#171; moderne &#187;. Sur son PC, il doit pouvoir utiliser un traitement de texte, une bo&#238;te mail, un tableur type Excel, une base de donn&#233;es et un logiciel de dessin, il doit pouvoir r&#233;pondre au t&#233;l&#233;phone en deux ou trois langues, il doit avoir une voiture pour faire une course urgente pour son patron, il doit &#234;tre disponible en soir&#233;e et le week-end... Bref, on attend de lui qu'il fasse le travail (ou une partie du travail) effectu&#233; jadis par une st&#233;no-dactylo, un op&#233;rateur t&#233;lex, une t&#233;l&#233;phoniste, un graphiste, un chauffeur, une secr&#233;taire dipl&#244;m&#233;e... et qu'il soit disponible comme un cadre sup&#233;rieur. Mais sans en avoir ni la qualification des premiers, ni le salaire du second.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette mise en ad&#233;quation de l'enseignement avec les attentes des employeurs constitue l'une des formes de la &#171; marchandisation &#187; de l'&#233;cole, &#224; savoir sa mise au service des march&#233;s. Ce mouvement englobe de multiples aspects : la privatisation marchande de l'enseignement, l'investissement priv&#233; dans des activit&#233;s de soutien scolaire, la mise en concurrence des &#233;tablissements, leur gestion manag&#233;riale sur le mode de l'entreprise priv&#233;e, la conqu&#234;te de l'&#233;cole par les annonceurs publicitaires et autres sp&#233;cialistes du marketing, etc...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Capitalisme et &#233;ducation : une relation p&#233;trie de contradictions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sous l'effet complexe du d&#233;veloppement des techniques de production &#8212; vapeur, machine, &#233;lectricit&#233;, chimie, m&#233;canique, &#233;lectronique, automatisation, robotique, informatique, communication &#8212; les fonctions de l'enseignement ont &#233;volu&#233; : &#233;duquer et socialiser l'enfant, lui inculquer l'amour de la patrie et des institutions en place, s&#233;lectionner et former la main d'oeuvre sp&#233;cialis&#233;e dont les entreprises ont besoin, assurer la reproduction des classes sociales d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre, assurer les comp&#233;tences de base qui doivent constituer le socle de qualification commun &#224; tous les travailleurs, pr&#233;parer le consommateur &#224; l'utilisation des nouveaux produits, devenir enfin un vecteur du commerce et un secteur d'investissement lucratif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour simplifier, nous avons pr&#233;sent&#233; chacune de ces fonctions comme apparaissant &#224; une &#233;poque donn&#233;e. L'image est sans doute un peu caricaturale. Il est plus exact de consid&#233;rer que toutes ces missions sont pr&#233;sentes conjointement depuis qu'existe l'&#233;cole de masse, donc depuis le 19&#232;me si&#232;cle, mais leur importance relative a chang&#233; au fil du temps : ce qui &#233;tait l'aspect principal de l'&#233;cole &#224; une &#233;poque donn&#233;e, devient secondaire &#224; une autre &#233;poque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre nuance s'impose. L'&#233;cole dont nous avons parl&#233; est le syst&#232;me &#233;ducatif con&#231;u pour l'instruction, l'&#233;ducation et la formation des enfants du peuple, les enfants du prol&#233;tariat, cette classe d'hommes qui font vivre le capitalisme en lui vendant leur force de travail. Mais &#224; c&#244;t&#233; de cette &#233;cole-l&#224;, il en est une autre. Celle charg&#233;e de former les &#233;lites sociales, les futurs dirigeants des entreprises et de l'Etat. Or, lorsque nous disons que cette deuxi&#232;me &#233;cole est &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187; de la premi&#232;re, il faut l'entendre de fa&#231;on purement th&#233;orique. En r&#233;alit&#233;, il arrive fr&#233;quemment que ces deux syst&#232;mes d'enseignement s'entrem&#234;lent durant un certain temps ou en certains lieux. M&#234;me si, par le jeu de la s&#233;gr&#233;gation sociale entre les &#233;tablissements scolaires, par la m&#233;canique complexe des r&#233;seaux et des fili&#232;res, les classes sociales et les destins sociaux restent clairement s&#233;par&#233;s, il arrive n&#233;anmoins que riches et pauvres, classes moyennes et classes populaires, classes moyennes et classes bourgeoises, se retrouvent sur les m&#234;mes bancs d'&#233;cole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Troisi&#232;me nuance : on pourrait retenir l'impression, de cet historique trop succinct, que les besoins du syst&#232;me &#8212; donc de ses classes dirigeantes &#8212; seraient uniformes. Or, le capital et le patronat sont multiples. Leur soif commune de profit g&#233;n&#232;re autant d'opposition et de concurrence entre eux que d'unit&#233; &#224; combattre et dominer le monde du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout cela ne manque pas de susciter des contradictions, qui furent souvent au coeur des d&#233;bats &#233;ducatifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a, par exemple, contradiction entre les conceptions qui pr&#233;valent pour l'&#233;ducation de l'&#233;lite et celle du peuple. &#171; L'&#233;cole bourgeoise, disait Anatole Lounatcharski, est tiraill&#233;e entre l'id&#233;al de l'individualiste chez lequel poussent des crocs de fauve, et l'id&#233;al de l'homme disciplin&#233;, alias esclave, et elle ne peut pas s'en d&#233;p&#234;trer &#187; [&lt;a href='#nb22' class='spip_note' rel='footnote' title='Lounatcharski A., De l'&#233;cole de classe, in A propos de l'&#233;ducation, Editions (...)' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;]. Comment concilier dans un m&#234;me syst&#232;me d'enseignement, l'&#233;ducation aux valeurs fondamentales que r&#233;clame la bourgeoisie pour ses propres enfants &#8212; libert&#233; individuelle, assurance et r&#233;ussite personnelle &#8212; avec la n&#233;cessit&#233; d'inculquer aux futurs travailleurs des valeurs comme la discipline de travail, l'ob&#233;issance, la modestie dans les aspirations sociales ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il peut &#233;galement y avoir contradiction entre les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et les besoins politiques. Comment accorder suffisamment d'importance &#224; l'&#233;ducation id&#233;ologique et &#224; la socialisation du citoyen, si n&#233;cessaires &#224; la survie politique du syst&#232;me, alors que cela devra se faire au d&#233;triment de la qualification professionnelle, si vitale pour la comp&#233;titivit&#233; ? Et comment amener tous les travailleurs &#224; un haut niveau de savoir et de technicit&#233; tout en reproduisant une stricte hi&#233;rarchie au sein m&#234;me de la main-d'oeuvre ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contradiction encore entre les besoins &#224; court terme et &#224; long terme : faut-il favoriser l'exploitabilit&#233; imm&#233;diate de la main-d'oeuvre ou son adaptabilit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les int&#233;r&#234;ts collectifs de la classe poss&#233;dante peuvent parfois &#234;tre oppos&#233;s aux int&#233;r&#234;ts particuliers des familles qui la composent : la bourgeoisie belge contemporaine peut fort bien souhaiter collectivement une meilleure &#233;cole pour les enfants des classes populaires (parce qu'elle en a besoin en termes de formation de la main d'oeuvre et de paix sociale), mais aucune famille bourgeoise particuli&#232;re n'est pr&#234;te &#224; en faire les frais par l'abandon des privil&#232;ges dont elle jouit sur le march&#233; scolaire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Surtout pas trop d'instruction !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, bien plus encore que de tous ces tiraillements entre les diverses fonctions du syst&#232;me &#233;ducatif bourgeois, il faut prendre conscience de ce que d'autres besoins importants, d'autres int&#233;r&#234;ts vitaux des classes dominantes, s'opposent diam&#233;tralement aux progr&#232;s de la scolarisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le capitalisme a besoin que son syst&#232;me d'enseignement lui fournisse les travailleurs et les citoyens adapt&#233;s &#224; son &#233;conomie, il n'est pas pr&#234;t pour autant &#224; ce que ce soit au prix de d&#233;penses excessives. Investir dans l'&#233;ducation ? D'accord, mais juste ce qu'il faut !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le frein au d&#233;veloppement du syst&#232;me &#233;ducatif peut &#233;galement participer d'une volont&#233; politique visant &#224; limiter strictement le r&#244;le de l'Etat. La bourgeoisie a besoin d'un appareil d'Etat pour asseoir et prot&#233;ger sa domination ainsi que pour r&#233;guler la soci&#233;t&#233; sur le plan &#233;conomique, social et politique. Mais elle a surtout besoin d'espaces de libert&#233; pour y d&#233;velopper son commerce et son industrie. Voici en quels termes le Belge De Brouck&#232;re s'opposait, en 1859, &#224; l'instruction obligatoire : &#171; Si vous obligez le p&#232;re de famille &#224; envoyer d&#232;s le matin son enfant &#224; l'&#233;cole, vous ne pouvez pas l'obliger &#224; l'y envoyer &#224; jeun ; vous devez tout au moins lui assurer un morceau de pain ; avant qu'on puisse exercer l'intelligence, il faut commencer par nourrir le corps. Or, ce serait l&#224; du socialisme, du communisme, dont je ne veux &#224; aucun point de vue. &#187; [&lt;a href='#nb23' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; par De Clerck K., Momenten uit de geschiedenis van het Belgisch (...)' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, la peur de manquer de main-d'oeuvre peut aussi faire craindre l'exc&#232;s d'instruction. Tant que l'enfant fr&#233;quente l'&#233;cole, il n'est pas disponible sur la march&#233; du travail. Cette v&#233;rit&#233; toute simple fut, dans la majorit&#233; des pays capitalistes modernes, le frein principal &#224; l'introduction de l'enseignement primaire obligatoire au XIX&#232;me si&#232;cle. Le capitalisme en expansion r&#233;clamait des enfants pour ses fabriques et ses mines. Il n'en fallut pas plus, en Belgique notamment, pour que les portes des &#233;coles leur restent ferm&#233;es pendant longtemps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais surtout, aux yeux des classes dirigeantes, l'exc&#232;s d'enseignement et de savoir peuvent repr&#233;senter des dangers pour l'ordre &#233;tabli. La scolarisation ne va-t-elle pas faire na&#238;tre, dans le chef des travailleurs, des &#171; aspirations inconsid&#233;r&#233;es &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1816, le clairvoyant ministre fran&#231;ais Guizot estimait que &#171; l'ignorance rend le peuple turbulent et f&#233;roce, elle en fait un instrument &#224; la disposition des factieux empress&#233;es &#224; se servir de cet instrument terrible. (...) Alors se manifestent, dans les classes inf&#233;rieures, ce d&#233;go&#251;t de leur situation, cette soif de changement, cette avidit&#233; d&#233;r&#233;gl&#233;e que rien ne peut plus ni contenir ni satisfaire &#187; [&lt;a href='#nb24' class='spip_note' rel='footnote' title='Guizot, F., 1816. Essai sur l'histoire et sur l'&#233;tat actuel de l'instruction (...)' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;] Mais trente ans plus tard, apr&#232;s la r&#233;volution de 1848, Adolphe Thiers, le futur massacreur de la Commune, r&#233;torquait que [ce sont] &#171; les ouvriers les plus instruits et qui gagnent le plus qui sont tout &#224; la fois et les plus d&#233;r&#233;gl&#233;s dans les moeurs et les plus dangereux pour la paix publique &#187; [&lt;a href='#nb25' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; par Cogniot, G., 1948. La question scolaire en 1848 et la loi Falloux, (...)' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Belgique, Charles Woeste, le pr&#233;sident du parti catholique, partageait les m&#234;mes craintes en 1908, quand il intervint &#224; la Chambre pour tenter encore de s'opposer &#224; l'in&#233;luctable enseignement obligatoire : &#171; Nous voulons pr&#233;server l'intelligence et l'&#226;me de nos enfants de la contagion des mauvaises doctrines ; nous avons peur de leur empoisonnement &#187; [&lt;a href='#nb26' class='spip_note' rel='footnote' title='De Clerck, op. cit. p 86' id='nh26'&gt;26&lt;/a&gt;]. Et quand Guillaume II voulut moderniser le syst&#232;me scolaire allemand, des conseillers l'avertirent : &#171; Votre majest&#233;, vous risquez de commettre une &#233;norme erreur. Des &#233;coles professionnelles sortiraient sans doute de meilleurs sp&#233;cialistes mais de bien plus mauvais sujets de la couronne &#187; [&lt;a href='#nb27' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; par Lounatcharski, op. cit., p. 40' id='nh27'&gt;27&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De tout temps, la bourgeoisie a ainsi cherch&#233; &#224; limiter l'acc&#232;s de la classe ouvri&#232;re &#224; l'enseignement, parce que, comme le dit si bien Bernard Charlot, &#171; la qualification donne force &#224; l'ouvrier pour revendiquer sur le salaire et les conditions de travail et nourrit les aspirations sociales et politiques de la classe ouvri&#232;re &#187; [&lt;a href='#nb28' class='spip_note' rel='footnote' title='Charlot B., L'Ecole en mutation, Payot, Paris, 1987, p. 64.' id='nh28'&gt;28&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette derni&#232;re contradiction prend une forme sp&#233;cifique s'agissant de la formation technique des futurs travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s le milieu du XIXe si&#232;cle, de nombreux auteurs tels Karl Marx annonc&#232;rent que l'&#232;re du machinisme et de la grande industrie allait entrainer un besoin en main d'oeuvre beaucoup plus polyvalente. D'un point de vue strictement technique et &#233;conomique, il serait de l'int&#233;r&#234;t des industriels de disposer de travailleurs ayant une vue d'ensemble sur les processus de production, sur leur int&#233;gration dans la production globale, capables de r&#233;agir aux situations impr&#233;vues avec l'intelligence n&#233;cessaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, les technologies de la production ont connu un d&#233;veloppement extraordinaire. Parfois ces progr&#232;s ont entra&#238;n&#233; de nouveaux besoins en mati&#232;re de qualifications de masse &#8212; dans l ?&#233;lectricit&#233; et la m&#233;canique aux ann&#233;es 1900 &#224; 1940 ou dans l ?&#233;lectronique &#224; l ?&#233;poque des Trente Glorieuses. Parfois, au contraire, ils ont tendu davantage &#224; induire une d&#233;qualification du travail &#8212; avec le machinisme au d&#233;but du XIXe si&#232;cle ou avec les technologies de l ?information et de la communication aujourd'hui. Il peut donc arriver, selon les &#233;poques, les lieux, les secteurs, que le capitalisme lui-m&#234;me exprime le souhait d ?une formation technique plus d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais jamais il ne s ?est engag&#233; sur la voie d ?un v&#233;ritable enseignement polytechnique, qu ?il juge inutile et dangereux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Inutile parce que les besoins &#224; court terme en formation technique ont toujours &#233;t&#233; des besoins en main d ?oeuvre sp&#233;cialis&#233;e (&#233;lectriciens, m&#233;caniciens, &#233;lectroniciens...). A long terme le capitalisme pourrait sans doute trouver son int&#233;r&#234;t dans une formation polytechnique, mais l ?essence m&#234;me du capitalisme est de n ?envisager des d&#233;cisions qu ?&#224; l ?horizon des perspectives de rendement &#224; court terme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une formation polytechnique est &#233;galement fondamentalement dangereuse pour le syst&#232;me : elle ouvre &#224; la compr&#233;hension du monde, parce qu ?elle &#233;claire l ?influence des &#233;volutions techniques sur les &#233;volutions de la soci&#233;t&#233; ; elle sensibilise les jeunes, d&#233;veloppe leur sens critique, leur capacit&#233; de comprendre l'environnement technologique et les r&#233;volutions &#233;conomiques et sociales dont il est potentiellement porteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi, malgr&#233; quelques timides tentatives d ?introduction de cours de technologie pour tous, le rapport scolaire &#224; la technique a &#233;t&#233; souvent r&#233;duit &#224; la ma&#238;trise passive des outils et confin&#233; dans les fili&#232;res de rel&#233;gation. L ?acte productif se trouve stigmatis&#233; comme &#171; vulgaire &#187;, r&#233;serv&#233; &#224; ceux qui n ?auront pas r&#233;ussi dans les fili&#232;res r&#233;put&#233;es &#171; nobles &#187;. Seules quelques &#233;lites universitaires ont droit &#224; une formation de type &#171; polytechnique &#187;, qui reste essentiellement th&#233;orique, mais qui permet aux futurs dirigeants de jeter un regard d ?ensemble sur les processus de production. Ils s ?en servent pour assurer leur domination de classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et voil&#224; pourquoi, &#171; la classe bourgeoise n'a pas les moyens ni l'envie d'offrir au peuple une &#233;ducation v&#233;ritable &#187; (Karl Marx). [&lt;a href='#nb29' class='spip_note' rel='footnote' title='Marx K., Travail salari&#233; et Capital (manuscrit annexe) ; in Marx et Engels, (...)' id='nh29'&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Bruneel, Claude. L'Ecole primaire en Belgique depuis le moyen &#226;ge, Catalogue de l'exposition. Bruxelles : CGER, 1986&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Guibert, Louis. L'instruction primaire en Limousin sous l'ancien r&#233;gime. Limoges : Ducourtieux, 1888, p. 38&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Robert Guinot, M&#233;tiers et petits m&#233;tiers d'autrefois en Limousin. Lucien Souny, 1998&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Rioux, Jean-Pierre. La R&#233;volution Industrielle. Paris : Ed. du Seuil, 1971.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Marx, Le Capital&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Marx, K., Discours prononc&#233; lors de la comm&#233;moration de l'anniversaire de l'organe chartiste People's Paper, 19 avril 1856, in Werke, 12.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] More, Charles. Understanding the Industrial Revolution. Routledge, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Wade, John. History of the Middle and Working Classes. Wilson, 1835, p 496&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Edouard Ducp&#233;tiaux, Des progr&#232;s et de l'&#233;tat actuel de la r&#233;forme p&#233;nitentiaire et des institutions pr&#233;ventives aux Etats-Unis, en France, en Suisse en Angleterre et en Belgique (Bruxelles : Hauman, Cattoir et cie, 1837), Tome 3, p 82&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Terral, Herv&#233;. Les Savoirs Du Ma&#238;tre. Editions L'Harmattan, 1998&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Cit&#233; par Foucambert, 1986&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Hilferding, Rudolf. Das Finanzkapital ; Eine Studie &#220;ber Die J&#252;ngste Entwicklung Des Kapitalismus. Frankfurt : Europ&#228;ische Verlagsanstalt, 1968.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Dupeux, G., 1976. French society, 1789-1970, Taylor &amp; Francis&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Brewer, Anthony. Marxist Theories of Imperialism. Routledge, 1990.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Erla&#223; Kaiser Wilhelms II. vom 1.5.1889, in : Verhandlungen &#252;ber Fragen des h&#246;heren Unterrichts. Berlin, 4.-17. Dezember 1890. Im Auftrage des Ministers der geistlichen, Unterrichts- und Medizinal- Angelegenheiten, Berlin 1891, S. 3-5.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh16' id='nb16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Lefranc, G., 1957. Histoire du travail et des travailleurs, Paris : Flammarion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh17' id='nb17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Compagnon, B. &amp; Th&#233;venin, A., 1995. L'&#233;cole et la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, Editions Complexe&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh18' id='nb18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Collard L., Un programme d'&#233;ducation nationale d&#233;mocratique, cit&#233; par Van Haecht A., L'enseignement r&#233;nov&#233;, de l'origine &#224; l'&#233;clipse, Editions de l'ULB, Bruxelles, 1985, p. 172.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh19' id='nb19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Pour une analyse globale de la marchandisation de l'enseignement, on lira notamment Nico Hirtt, Les nouveaux ma&#238;tres de l'&#233;cole, ed. Aden, Bruxelles 2005. Pour une critique de la conqu&#234;te commerciale de l'&#233;cole, on lira Nico Hirtt et Bernard Legros, L'&#233;cole et la peste publicitaire, &#233;ditions Aden, Bruxelles, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh20' id='nb20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Sels, L. et al., 2006. Inzetten op competentieontwikkeling. Discussietekst gericht op de ontwikkeling van een Competentieagenda&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh21' id='nb21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Nous disons &#171; conception &#233;ducative &#187; et non &#171; p&#233;dagogie &#187; parce que la plupart des d&#233;fenseurs de l'APC eux-m&#234;mes se d&#233;fendent d'&#234;tre les porte-paroles d'une p&#233;dagogie. Et en effet, l'APC ne dit nullement comment il convient d'enseigner mais apporte une r&#233;ponse &#224; la question &#171; que faut-il enseigner ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh22' id='nb22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Lounatcharski A., De l'&#233;cole de classe, in A propos de l'&#233;ducation, Editions du Progr&#232;s, Moscou, 1984.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh23' id='nb23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Cit&#233; par De Clerck K., Momenten uit de geschiedenis van het Belgisch onderwijs, De Sikkel, Antwerpen, 1975 p. 32.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh24' id='nb24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] Guizot, F., 1816. Essai sur l'histoire et sur l'&#233;tat actuel de l'instruction publique en France, Paris : Maradan&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh25' id='nb25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Cit&#233; par Cogniot, G., 1948. La question scolaire en 1848 et la loi Falloux, &#201;ditions Hier et aujourd'hui&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh26' id='nb26' class='spip_note' title='Notes 26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] De Clerck, op. cit. p 86&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh27' id='nb27' class='spip_note' title='Notes 27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] Cit&#233; par Lounatcharski, op. cit., p. 40&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh28' id='nb28' class='spip_note' title='Notes 28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] Charlot B., L'Ecole en mutation, Payot, Paris, 1987, p. 64.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh29' id='nb29' class='spip_note' title='Notes 29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] Marx K., Travail salari&#233; et Capital (manuscrit annexe) ; in Marx et Engels, Critique de l'&#233;ducation et de l'enseignement, Maspero, Paris, 1976.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Technologies de l'information et de la communication &#224; l'&#233;cole (TICE) : le passage en force</title>
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		<dc:creator>Bernard Legros</dc:creator>


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		<description>Tic : manie inconsciente dans le langage et les gestes (Petit Larousse 1996) ; TIC : technologies de l'information et de la communication. Cette homophonie n'&#233;tant peut-&#234;tre pas enti&#232;rement due au hasard, nous remarquerons que le conscient et l'inconscient sont m&#234;l&#233;s dans notre actuelle adoration des technologies et notre incapacit&#233; &#224; en prendre toute la mesure, &#224; en interroger les finalit&#233;s. Cela soul&#232;ve des questions philosophiques essentielles : l'&#234;tre humain est-il appel&#233; &#224; se conformer &#224; la (...)

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L150xH101/arton1556-6297a.jpg&quot; width='150' height='101' style='height:101px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tic : manie inconsciente dans le langage et les gestes (Petit Larousse 1996) ; TIC : technologies de l'information et de la communication. Cette homophonie n'&#233;tant peut-&#234;tre pas enti&#232;rement due au hasard, nous remarquerons que le conscient et l'inconscient sont m&#234;l&#233;s dans notre actuelle adoration des technologies et notre incapacit&#233; &#224; en prendre toute la mesure, &#224; en interroger les finalit&#233;s. Cela soul&#232;ve des questions philosophiques essentielles : l'&#234;tre humain est-il appel&#233; &#224; se conformer &#224; la machine, &#224; en devenir une simple excroissance ? La d&#233;shumanisation, totale et d&#233;finitive, est-elle en marche ? On entend dire que la &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187; annonce un monde nouveau, voire une nouvelle utopie, disent les plus enthousiastes. Peut-&#234;tre. Mais comme l'ancien monde n'a pas encore totalement disparu, il est encore temps de questionner le sens et les valeurs que porte cette &#171; r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Certains argumentent que nous avons franchi un cap irr&#233;versible. Il n'y a plus de choix, le destin technologique s'impose &#224; nous et seule l'ignorance du plus grand nombre rend d&#232;s lors supportable le tragique. Nous sommes condamn&#233;s &#224; un d&#233;veloppement technologique sans cesse plus risqu&#233; supposant que le citoyen soit d&#233;chu de ses droits : exclusion du savoir, du pouvoir. Bien s&#251;r des masques sont &#224; conserver (scolarisation, vote,&#8230;), mais sur l'essentiel &#8211; enjeux, incertitude, choix &#8211; le citoyen ne doit plus avoir prise. La n&#233;cessit&#233; technologique impose pareille n&#233;cessit&#233; politique.&lt;/i&gt; &#187;, Patrick Lagadec (1)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; It's one more way to dumb down the school, giving the appearance of teaching futuristic projects while dodging truly challenging topics. &#187;&lt;/i&gt;, Clifford Stoll (2)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Commen&#231;ons ce tour de la question par un clich&#233; : en mati&#232;re de &#171; progr&#232;s &#187;, les &#201;tats-Unis continuent &#224; donner le ton. Ainsi, j'apprends dans &lt;i&gt;Le Soir&lt;/i&gt; du 13 mars 2013 la nouvelle suivante : une quarantaine d'&#233;tats ont d&#233;cid&#233; de rendre optionnel l'enseignement de l'&#233;criture manuelle &#224; l'&#233;cole primaire ; &#224; la place, la ma&#238;trise du clavier d'ordinateur sera privil&#233;gi&#233;e. Pour Steve Graham, professeur de p&#233;dagogie &#224; l'Universit&#233; d'Arizona, &#171; &lt;i&gt;la comp&#233;tence la plus importante maintenant, c'est de taper &#224; l'ordinateur&lt;/i&gt; &#187;(3), et cela d&#232;s l'&#226;ge de cinq ans. Au coll&#232;ge, les &#233;l&#232;ves devront ma&#238;triser l'&#233;criture au clavier et l'utilisation d'internet, mais resteront dispens&#233;s de savoir tenir un crayon. Face &#224; cela, il y a les inquiets, comme la neuroscientifique Marieke Longcamp, qui voit l'aptitude des &#233;coliers &#224; la lecture faire les frais de cette r&#233;forme. Mais il y a aussi les &#171; technoptimistes &#187;, comme le psychiatre Roland Jouvent (CNRS), qui nous sert le techno-discours rab&#226;ch&#233; de &#171; l'homme s'ajustera &#224; l'&#233;volution technique, comme il l'a toujours fait &#187;. En F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles, la ministre de l'&#201;ducation Marie-Dominique Simonet a l'intention de maintenir &#224; &#233;galit&#233; les deux types d'&#233;criture&#8230; pour l'instant. Qui sait si nous n'allons pas assister &#224; une nouvelle pol&#233;mique scolaire. Faute de cela, une solide critique est &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; indispensable, vu l'empressement de certains acteurs institutionnels et priv&#233;s &#224; faire passer la num&#233;risation de l'&#201;cole comme une lettre &#224; la poste (pardon, comme un courriel par Internet). En appelant &#224; l'&#233;thique de la responsabilit&#233;, beaucoup r&#233;citent l'antienne de la n&#233;cessaire et d'ailleurs in&#233;vitable adaptation de l'enseignement aux changements technologiques (4). Ils pr&#233;conisent d'&#171; accompagner &#187; le vaste mouvement num&#233;rique de la soci&#233;t&#233; par la p&#233;dagogie, en r&#233;pandant les TIC &#224; l'&#233;cole. &#201;trange, cette m&#233;thode consistant &#224; soigner une addiction &#8211; car il s'agit bien de cela &#8211; par l'augmentation massive des doses, selon l'expression d'Alain Finkielkraut (5). Parmi eux, des dialecticiens bien intentionn&#233;s y voient une ruse pour couper l'herbe sous les pieds des entreprises de soutien scolaire (6) : &#224; partir du moment o&#249; l'&#201;cole publique sera num&#233;ris&#233;e, elle ne craindra plus la concurrence de celles-ci qui ne pourront plus se targuer d'offrir des outils plus performants &#8211; interactifs &#8211; et plus s&#233;duisants que les tristes tableaux noirs &#171; mono-passifs &#187;. Soit la strat&#233;gie habituelle consistant &#224; retourner l'arme des adversaires contre eux&#8230; sans trop r&#233;fl&#233;chir sur la dangerosit&#233; de l'arme en question. Sans devoir recourir aux dites entreprises, un &#233;l&#232;ve absent pour cause de maladie pourra suivre les cours &#224; distance sur la plateforme Internet de son &#233;cole, celle-ci assurant la &#171; continuit&#233; du lien p&#233;dagogique &#187;, les possibilit&#233;s de r&#233;ussite scolaire et, au bout du compte, l'&#233;galit&#233; (7). Pas besoin d'&#234;tre grand clerc ni parano&#239;aque pour deviner la suite. Pourquoi s'arr&#234;ter aux &#233;l&#232;ves malades ? Une fois que l'habitude sera prise, elle sera g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Un jour, faute d'alternative, tous les &#233;l&#232;ves se satisferont de la st&#233;rilit&#233; des cours &#224; distance, sans plus conna&#238;tre l'impact intellectuel et &#233;motionnel d'un cours en direct, oubliant que l'enseignement via un professeur est socialement ancr&#233;, alors qu'un cours ubiquitaire flotte dans l'&#233;ther, laisse penser que tous les probl&#232;mes peuvent se r&#233;soudre &#224; distance en cliquant sur la bonne ic&#244;ne, d&#233;tourne les &#233;l&#232;ves de leurs ressources culturelles locales au profit du cyber-espace, encourage le rapport aux choses plut&#244;t que le rapport aux autres et finalement isole les enfants les uns des autres. Apr&#232;s les poulets et les cochons, la parfaite recette pour &#233;lever les jeunes humains &#171; hors sol &#187; ! En transf&#233;rant les contenus sur des outils nomades, le pouvoir veut d&#233;mat&#233;rialiser l'&#233;cole en tant que lieu de rassemblement (8), rendre progressivement obsol&#232;tes les enseignants et leur formation, jusqu'&#224; liquider leur statut au bout du compte. Rien de nouveau sous le soleil de l'ultra-lib&#233;ralisme depuis trente ans. Ajoutons-y aujourd'hui le &#171; capitalisme cognitif &#187;, cette &#233;ni&#232;me m&#233;tamorphose du syst&#232;me en vue de sa survie au XXI&#232;me si&#232;cle (9).&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;[&#8230;] &#192; l'int&#233;rieur de chacun des champs des savoirs et des pratiques, plus c'est technique et num&#233;rique, plus c'est &#8220;appr&#233;ci&#233;&#8221; &#224; la bourse des valeurs de l'&#233;pist&#233;mologie, des programmes de recherches et de leurs financements&lt;/i&gt; &#187;, remarque le psychanalyste Roland Gori dans son dernier essai (10). Or, un salutaire pas de c&#244;t&#233; s'impose. Au minist&#232;re et au sein des &#233;tablissements, le d&#233;bat risque bien de se d&#233;rouler entre fanaTIC &#8211; les quelques profs &quot;&lt;i&gt;geek&lt;/i&gt;&quot; pr&#233;sents dans chaque &#233;cole, pr&#234;ts &#224; num&#233;riser leur &#233;tablissement &#224; marche forc&#233;e &#8211; et pragmaTIC, les progressistes technophiles voyant dans les TIC une &#171; &#233;volution naturelle &#187; trop massive pour &#234;tre frein&#233;e, mais qui restent prudents quant &#224; leurs modalit&#233;s d'application &#224; l'&#233;cole et r&#233;clament des garde-fou (11). Tous se coulent dans le &lt;i&gt;Zeitgeist&lt;/i&gt; (l'esprit du temps), contrairement &#224; la minorit&#233; d'h&#233;r&#233;TIC qui tient une position critique radicale sur le &lt;i&gt;bien-fond&#233; m&#234;me&lt;/i&gt; des TIC, et qui aura fort &#224; faire pour donner de la voix. Je suis de ceux qui insistent depuis des ann&#233;es pour faire admettre cette &#233;vidence : le d&#233;veloppement technique n'est pas neutre (12), il porte intrins&#232;quement des valeurs et des projets de soci&#233;t&#233; &#233;ventuellement non d&#233;sirables. N'en d&#233;plaise &#224; Bernard Stiegler, il n'est pas davantage un &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt; (&#224; la fois poison et rem&#232;de) puisqu'il comporte, &#224; mon sens, beaucoup plus d'inconv&#233;nients que d'avantages. Les technocrates et les technophiles ont la f&#226;cheuse tendance &#224; toujours voir la technologie comme une solution, jamais comme un probl&#232;me. Ils ignorent la contre-productivit&#233; qu'Ivan Illich avait d&#233;j&#224; mise en &#233;vidence dans les ann&#233;es 1970 (13). Quelques exemples ? L'automobile individuelle a amen&#233; la mobilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e et obligatoire, avec son lot d'embouteillages, ainsi que la dispersion de l'habitat ; l'&#233;nergie nucl&#233;aire civile a permis l'&#233;lectrification int&#233;grale du corps social, la gabegie des ressources et a affermi la centralisation du pouvoir (sans parler de son sinistre versant militaire) ; le t&#233;l&#233;phone portable a renforc&#233; le culte de l'urgence &#8211; et paradoxalement l'escamotage de la dimension du temps au profit de celle de l'espace &#8211;, de l'hyper-connectivit&#233; &#8211; au d&#233;triment des contacts humains directs &#8211; et rempli l'environnement d'ondes nocives (14). Etc. &#171; &lt;i&gt;Chaque nouveaut&#233; technique est beaucoup plus qu'un moyen ; elle est une puissance culturelle. [&#8230;] Les technologies mod&#232;lent les sentiments et fa&#231;onnent les conceptions du monde. Les traces spirituelles qu'elles laissent sont probablement plus profondes que les traces mat&#233;rielles.&lt;/i&gt; &#187;(15) Il ne suffit donc pas que l'arsenal technologique tombe dans des mains &#171; raisonnables &#187; et &#171; responsables &#187; pour que, du coup, tout aille mieux. Cela irait juste un peu moins mal un peu moins vite. Prenons un exemple. M&#234;me si la nanoscience est &#171; g&#233;r&#233;e &#187; par des scientifiques d&#233;mocrates appoint&#233;s par l'&#201;tat, et sans aucun coup de pouce des multinationales, les risques qui lui sont li&#233;s ne dispara&#238;tront pas pour autant et continueront &#224; pr&#233;senter des menaces inacceptables pour la sant&#233; (physique, psychique) des humains et des &#233;cosyst&#232;mes. Mais la foi dans le Progr&#232;s (technique), la Puissance et la Rationalisation a la peau dure ! Philosophiquement, c'est l'&lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; &#8211; la d&#233;mesure chez les Anciens Grecs &#8211; et l'arraisonnement de la soci&#233;t&#233; et de la nature par la technoscience qui sont &#224; mettre en cause. Pour cela, une m&#233;tamorphose du paradigme culturel serait n&#233;cessaire, et nous en sommes toujours loin ! Le philosophe Bertrand M&#233;heust parle de &#171; n&#233;o-domestication &#187; de l'homme par les technologies et l'&#233;conomie : &#171; &lt;i&gt;Il [l'homme] a de plus en plus de mal &#224; entrer en relation avec l'autre, et donc avec lui-m&#234;me, sans la m&#233;diation des machines [&#8230;]&lt;/i&gt; &#187;(16) Le plaisir d'&#234;tre connect&#233; se transforme vite en d&#233;pendance &#224; la connection. Comme l'affirmaient d&#233;j&#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs Jean-Jacques Rousseau au XVIII&#232;me si&#232;cle et Martin Heidegger au XX&#232;me si&#232;cle, la question de la technique n'a absolument rien de technique. Les usages sociaux de la science et des techniques, c'est une question &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; que les citoyens ont le pouvoir et le droit de s'approprier. Deux ouvrages r&#233;cents nous aident &#224; y voir plus clair.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'emprise num&#233;rique&lt;/i&gt; (17), C&#233;dric Biagini d&#233;crit, &#224; l'aide de nombreux exemples, le monde cybern&#233;tique que nous pr&#233;pare la techno-caste, en misant sur notre passivit&#233; ou sur notre sid&#233;ration enthousiaste : disparition du livre de papier au profit de l'e-book ; la folie Facebook, avec son flicage participatif, sa &#171; transparence &#187;, sa fragmentation sociale et son hypercommunication (entre autres) ; les nouvelles utopies technologiques comme l'e-gouvernement, le cyber-militantisme, les prouesses des &lt;i&gt;hackers&lt;/i&gt; ; le mythe de l'e-revolution, de celle des printemps arabes &#224; l'affaire Wikileaks. L'auteur montre en quoi les TIC remettent au go&#251;t du jour les th&#233;ories ultra-individualistes libertariennes, comment le capitalisme, en se mettant au num&#233;rique, va encore monter en puissance, et enfin pourquoi les machines vont prendre le pas sur l'&#234;tre humain, pulv&#233;risant tout espoir de d&#233;mocratie et effa&#231;ant des si&#232;cles d'humanisme pour aboutir au cyborg, l'&#171; homme augment&#233; &#187; par la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, des sciences de l'information et de la cognition, auxquelles s'ajoute maintenant la biologie de synth&#232;se, le tout pour donner l'acronyme NBICS. Un chapitre est consacr&#233; &#224; l'invasion des TICE (E pour enseignement) : tablettes tactiles, tableaux blancs interactifs, manuels num&#233;riques et g&#233;n&#233;ralisation des espaces num&#233;riques de travail (ENT), TICE dans lesquelles &#233;l&#232;ves et enseignants seront embrigad&#233;s, car &#171; &lt;i&gt;l'absence de ma&#238;trise des ordinateurs et des diverses proth&#232;ses techniques revient [donc] &#224; se marginaliser, &#224; s'exclure du syst&#232;me de production et, surtout, chose bien plus d&#233;terminante, de celui de la consommation et de l'ersatz de vie sociale qui pr&#233;vaut aujourd'hui&lt;/i&gt; &#187; (p. 140). Pour le moment, les &#233;tablissements belges et fran&#231;ais sont toujours en phase d'exp&#233;rimentation, mais attention &#224; l'effet de cliquet ! Expos&#233;s dans la novlangue du rapport Fourgous (18) en France, ces choix technocratiques ne rel&#232;vent pas de la discussion politique mais sont impos&#233;s au nom de la concurrence &#233;conomique mondiale, dans laquelle l'&#233;conomie de la connaissance et l'&#233;conomie immat&#233;rielle (19) sont cens&#233;es jouer un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant depuis le lancement de la Strat&#233;gie de Lisbonne en 2000. Une vision utilitariste &#233;troite de l'&#201;cole est en train de s'imposer, qui met &#224; mal son r&#244;le de socialisation et de transmission des savoirs au profit de ce qui devient la comp&#233;tence (20) la plus valoris&#233;e : la capacit&#233; d'adaptation aux incessantes mutations technologiques et &#233;conomiques (21). Traditionnellement consid&#233;r&#233;e comme un outil d'&#233;mancipation des peuples, l'&#233;ducation est aujourd'hui vue comme une technique parmi d'autres d'adaptation au n&#233;o-management qui attend les futurs salari&#233;s dans les entreprises et les administrations (22).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marchandisation num&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les TICE s'inscrivent aussi plus largement dans la marchandisation de l'enseignement. Exemples. En f&#233;vrier 2013, Apple Education Belgium a offert une formation &#171; pour permettre aux enseignants de s'approprier les nouvelles technologies et de les utiliser en classe &#187;, une fa&#231;on pour cette entreprise de capter l'&#233;norme march&#233; de l'&#233;ducation en app&#226;tant les professeurs, sous le pr&#233;texte de les &#171; aider &#187;. Le projet &#201;cole num&#233;rique pr&#233;voit &#171; &lt;i&gt;la formation des enseignants &#224; l'utilisation de l'ipad, en passant par &lt;i&gt;l'appropriation du langage publicitaire&lt;/i&gt; pour exprimer sa vision du monde en images et en ligne&lt;/i&gt; &#187;(23) &#171; &lt;i&gt;L'appropriation du langage publicitaire&lt;/i&gt; &#187;&#8230; On ne peut &#234;tre plus clair ! Du c&#244;t&#233; des enseignants, la technicisation, la quantification, la fragmentation, la rationalisation, la formalisation num&#233;rique et les normes gestionnaires aboutiront &#224; leur prol&#233;tarisation, c'est-&#224;-dire l'affaiblissement de leur autonomie et la disparition de leurs savoir-faire, jusqu'&#224; leur r&#233;trogradation en simples &#171; animateurs num&#233;riques &#187; (pp. 150-154) ou en &#171; personnes-ressources en e-learning &#187;(24), dont l'autorit&#233; finira par s'&#233;vanouir d&#233;finitivement, cons&#233;quence de l'horizontalit&#233; promue par l'id&#233;ologie lib&#233;rale, et incarn&#233;e dans la soci&#233;t&#233; en r&#233;seau (25). Du c&#244;t&#233; des &#233;l&#232;ves, la situation n'est gu&#232;re plus enviable : &#171; &lt;i&gt;En conditionnant les individus d&#232;s leur plus jeune &#226;ge, y compris dans le cadre scolaire, &#224; l'usage des nouvelles technologies, on les pr&#233;pare &#224; &#234;tre de parfait e-consommateurs, au sens d'acheteurs bien s&#251;r, mais aussi d'usagers fr&#233;n&#233;tiques des objets high tech. Le remplacement progressif des manuels et des livres en papier par des versions num&#233;riques ne laissera plus aux &#233;l&#232;ves la possibilit&#233; de conna&#238;tre d'autres univers que ceux produits par les marchands de bits&lt;/i&gt; &#187; (p. 149). Nous assistons &#224; une inqui&#233;tante &#233;volution cognitive, qui peut &#234;tre constat&#233;e par les enseignants de mani&#232;re clinique : les adolescents pratiquent le &lt;i&gt;zapping&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;jumping&lt;/i&gt; (26), sont constamment &#224; l'affut de sollicitations visuelles et d'&#233;v&#233;nements &#8211; &#224; peu pr&#232;s tout et n'importe quoi faisant &#233;v&#233;nement au bon moulin du divertissement m&#233;diatique &#8211; qui emp&#234;chent leur concentration ; ils vivent dans l'urgence, se noient dans le moment pr&#233;sent, sont victimes des cha&#238;nes bris&#233;es du temps (selon l'expression de R&#233;gis Debray) ; alors qu'ils versent volontiers dans le narcissisme, ils ont des difficult&#233;s &#224; rentrer en eux-m&#234;mes. Ces ph&#233;nom&#232;nes annoncent que l'int&#233;riorit&#233;, qui rend(ait) possible l'individuation et la socialisation, devient une dimension difficilement accessible et/ou d&#233;laiss&#233;e chez les jeunes. Les TIC sont un puissant acc&#233;l&#233;rateur de destruction de l'attention (27), tant chez les enfants que chez les adultes, au point que les psychiatres parlent du syndrome clinique d'&#171; &lt;i&gt;attention deficit disorder&lt;/i&gt; &#187;, d&#251; &#224; une exposition pr&#233;coce &#224; la t&#233;l&#233;vision, aux DVD &#8211; jusque dans les cr&#232;ches ! &#8211; et aux jeux vid&#233;o (28). Or l'attention est un enjeu majeur, elle &#171; &lt;i&gt;lib&#232;re l'&#233;nergie, &#8220;d&#233;sembue&#8221; l'esprit, rend ind&#233;pendant, vivant, et permet de trouver un centre en soi&lt;/i&gt; &#187;(29), rappelait le psychologue Erich Fromm. Les jeunes consid&#233;rant le monde sous l'angle du ludique, les entreprises ont saisi la balle au bond en mettant au point des &#171; &lt;i&gt;serious games&lt;/i&gt; &#187; qui int&#232;grent un sc&#233;nario p&#233;dagogique dans un jeu vid&#233;o, parfait exemple d'&#171; &lt;i&gt;edutainment&lt;/i&gt; &#187;, fusion de l'enseignement avec les industries de loisirs. Au fur et &#224; mesure que se r&#233;pandront le simplisme des proc&#233;dures 2.0 et la &#171; taylorisation int&#233;grale de l'espace-temps scolaire &#187; (Jean-Pascal Alcantara, 2009), quelle place restera-t-il pour l'aspect orphique de notre existence, &#224; savoir l'imagination, la po&#233;sie, le langage, l'argumentation discursive, la sensibilit&#233; esth&#233;tique, l'&#233;motion, l'autonomie morale, tout ce qui fait notre belle subjectivit&#233; (30), notre troublante singularit&#233;, notre insondable humanit&#233; ? Le risque est grand de voir la m&#233;diation technique prendre le pas sur les autres m&#233;diations, imaginaires et symboliques, alors que les trois devraient se trouver dans un rapport &#233;quilibr&#233;, comme cela a toujours &#233;t&#233; le cas dans l'histoire de la civilisation&#8230; jusqu'il y a une quinzaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; R&#233;volution &#187; cognitive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son dernier essai (31), le linguiste Raffaele Simone a d&#233;crit ces transformations fondamentales r&#233;centes dans les processus de cognition, en constatant que &#171; [&#8230;] &lt;i&gt;nous nous trouvons au milieu d'une temp&#234;te culturelle sans &#233;gal, dont personne n'est en mesure de pr&#233;voir le r&#233;sultat&lt;/i&gt; &#187; (p. 29). Les &#171; natifs num&#233;riques &#187; que sont les jeunes n&#233;s apr&#232;s 1990 ont grandi immerg&#233;s dans la m&#233;diasph&#232;re (t&#233;l&#233;vision, t&#233;l&#233;phones portables, ordinateur, web), devenue une redoutable concurrente de l'enseignement qui &#171; &lt;i&gt;a chang&#233; notre esprit, notre intelligence et leurs op&#233;rations&lt;/i&gt; &#187; (p. 31). &#192; l'&#233;coute lin&#233;aire &#8211; en faveur avant l'imprimerie &#8211; et &#224; la vision alphab&#233;tique &#8211; dominante depuis l'imprimerie &#8211; se substitue depuis une vingtaine d'ann&#233;es la vision non alphab&#233;tique, &#171; &lt;i&gt;c'est pourquoi nous sommes pass&#233;s d'une modalit&#233; de connaissance o&#249; c'&#233;tait la lin&#233;arit&#233; qui pr&#233;valait &#224; une modalit&#233; o&#249; c'est la simultan&#233;it&#233; des stimuli et de leur &#233;laboration qui pr&#233;domine&lt;/i&gt; &#187; (p. 60) ou, autrement dit, d'une intelligence s&#233;quentielle &#8211; celle de la lecture &#8211; &#224; une intelligence multisensorielle &#8211; celle de la m&#233;diasph&#232;re. L'&lt;i&gt;homo videns&lt;/i&gt; jouisseur est en train de d&#233;passer l'&lt;i&gt;homo legens&lt;/i&gt; asc&#233;tique. Simone apporte aussi d'autres concepts int&#233;ressants : l'&lt;i&gt;exaptation&lt;/i&gt;, lorsque des fonctions et des besoins auparavant inexistants surgissent et deviennent m&#234;me pressants d&#232;s qu'un moyen technique capable de les satisfaire est rendu disponible ; la &lt;i&gt;d&#233;r&#233;alisation&lt;/i&gt; du monde par le num&#233;rique, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; la dissolution de l'objet r&#233;el (pp. 218-228). Ici, il semble faire la part des choses : &#171; [&#8230;] &lt;i&gt;la simulation num&#233;rique est certes indispensable dans les domaines pour lesquels on doit &#233;tablir un contact avec des r&#233;alit&#233;s qui sont inatteignables ou non repr&#233;sentables par d'autres moyens, mais elle constitue d'un autre c&#244;t&#233; un moteur effrayant de d&#233;r&#233;alisation et de d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard de la r&#233;alit&#233; chez celui qui l'utilise pour simuler (c'est-&#224;-dire remplacer) des objets r&#233;els qui seraient parfaitement accessibles par eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187; (p. 227). Signe des temps, les enseignants ont pu remarquer que les &#233;l&#232;ves, en visite scolaire dans les mus&#233;es, pr&#233;f&#232;rent &#171; d&#233;couvrir &#187; leur contenu sur des &#233;crans plut&#244;t que de regarder les objets r&#233;els expos&#233;s dans les vitrines (32). Peut-&#234;tre Simone est-il encore trop complaisant ; a-t-on vraiment besoin d'univers virtuels, et le cas &#233;ch&#233;ant, quelle serait leur utilit&#233; sociale ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#201;cole est de moins en moins consid&#233;r&#233;e comme &#233;tant &#224; l'origine de la connaissance, au fur et &#224; mesure de l'inflation des informations disponibles en dehors d'elle, dans les m&#233;dias. Pour diffuser le savoir initial, elle n'est plus qu'une institution parmi d'autres, et certainement pas la plus attirante. Ce constat fait, trois options s'offrent &#224; nous les acteurs de l'&#201;cole : soit, en bons cyniques, nous nous appr&#234;tons &#224; fermer progressivement la boutique et &#224; nous recycler en envoyant notre C.V. &#224; Google ; soit nous mettons l'&#201;cole au diapason de la m&#233;diasph&#232;re &#8211; c'est le choix fait par des pouvoirs publics sous influence de l'id&#233;ologie pro-num&#233;rique &#224; la mode et/ou des groupes de pression ; soit nous entrons en r&#233;sistance en assumant le fait que l'&#233;ducation &#171; entre les murs &#187; rec&#232;le sa part de peine, de patience, de r&#233;p&#233;tition et m&#234;me d'ennui, qu'elle est lente sur les plans cognitifs et m&#233;thodologiques, mais que les savoirs qu'elle dispense le sont sous une forme structur&#233;e et syst&#233;matique, rattach&#233;e &#224; l'historicit&#233;, alors que ceux de la m&#233;diasph&#232;re sont &#233;clat&#233;s, disjoints et anhistoriques. Enfin, soyons un peu utopiques : l'&#201;cole devrait devenir un sanctuaire contre l'oubli, un conservatoire d'id&#233;es philosophiques, et m&#234;me de savoirs pratiques qui nous seront un jour tr&#232;s utiles, lorsque la civilisation industrielle s'effondrera pour de bon (33). Pendant ces dures journ&#233;es-l&#224;, la &#171; r&#233;alit&#233; r&#233;elle &#187; fera son retour fracassant et balayera les chim&#232;res virtuelles qui avaient model&#233; l'&#233;conomie psychique des g&#233;n&#233;rations r&#233;centes, lesquelles, priv&#233;es de leurs b&#233;quilles num&#233;riques, se retrouveront totalement d&#233;munies, puisque tous les actes de leur vie quotidienne auront &#233;t&#233; tributaires du &#171; bon fonctionnement &#187; du macro-syst&#232;me technique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cet article, je me suis concentr&#233; sur les cons&#233;quences anthropologiques de l'utilisation p&#233;dagogique des TICE, mais &#233;voquons bri&#232;vement les autres aspects, qui m&#233;riteraient un article s&#233;par&#233;. Parlons de la fonction de contr&#244;le social des TIC : la biom&#233;trie et la vid&#233;o-surveillance se r&#233;pandent dans les &#233;tablissements au nom de la sacro-sainte &#171; s&#233;curit&#233; &#187;, nouvelle vertu cardinale des &#171; soci&#233;t&#233;s de contrainte lib&#233;rales &#187;. Parlons de leurs cons&#233;quences financi&#232;res en ces temps de disette budg&#233;taire : en raison de l'obsolescence programm&#233;e, les &#233;tablissements se verront forc&#233;s de renouveler leur parc informatique &#224; &#233;ch&#233;ance r&#233;guli&#232;re. &#192; l'autre bout, le co&#251;t pour les familles d&#233;favoris&#233;es sera-t-il supportable ? Parlons des probl&#232;mes techniques : les in&#233;vitables bogues, avec des malentendus, de l'&#233;nervement et des conflits en perspective. Parlons de leurs cons&#233;quences &#233;cologiques et sociales dans un monde globalis&#233; : les d&#233;chets informatiques sont envoy&#233;s par cargos entiers sur des plages d'Asie du sud-est pour y &#234;tre d&#233;soss&#233;s par des petites mains mis&#233;reuses. Enfin, parlons de la d&#233;pl&#233;tion, dans les prochaines d&#233;cennies, des ressources naturelles (terres rares, coltan, lithium,&#8230;) n&#233;cessaires &#224; la fabrication des objets technologiques. L'industrialisme s'engouffre dans une impasse, mais il se trouvera toujours des millions de technoptimistes ordinaires, accoud&#233;s ou non &#224; un comptoir, pour clamer que &#171; on [qui ?] trouvera toujours quelque chose [quoi ? Comment ? Avec quelles retomb&#233;es pour l'individu et la collectivit&#233; ?] pour nous [les classes populaire et moyenne ?] tirer d'affaire. &#187; Si nous consid&#233;rons les nouvelles technologies &#171; bien pratiques &#187; &lt;i&gt;hic et nunc&lt;/i&gt;, n'oublions pas, comme l'&#233;crivait Bertrand de Jouvenel, que &#171; &lt;i&gt;les facilit&#233;s d'une p&#233;riode font les difficult&#233;s de la suivante&lt;/i&gt; &#187;, ce qui nous ram&#232;ne &#224; la question morale des g&#233;n&#233;rations futures et des modes de vie soutenables. Le &#171; g&#233;nie humain &#187; &#8211; l'un des &lt;i&gt;dei ex machina&lt;/i&gt; pr&#233;f&#233;r&#233;s dans la modernit&#233;, toujours brandi comme la solution &#224; tout &#8211; ferait bien d'&#234;tre remplac&#233; d&#232;s que possible par la sagesse humaine&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moins de machines, plus d'humain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est temps que l'&#201;cole r&#233;inscrive son action dans une &#233;thique d&#233;ontologique-humaniste, plut&#244;t qu'une &#233;thique utilitariste dans laquelle elle s'est engouffr&#233;e depuis une vingtaine d'ann&#233;es, quand la Table ronde des industriels europ&#233;ens (&lt;i&gt;European Round Table&lt;/i&gt;) a commenc&#233; &#224; se m&#234;ler de l'enseignement, avec la b&#233;n&#233;diction de la Commission europ&#233;enne (34). Il est temps qu'elle se repolitise face &#224; une politique se r&#233;duisant &#224; la r&#233;alisation d'objectifs gestionnaires relevant de la seule rationalit&#233; instrumentale qui (con)forme des normopathes (35) &#224; la cha&#238;ne. Il est temps qu'au lieu de servilement s'adapter, elle apprenne &#224; anticiper, qu'elle refuse de s'incliner devant la colonisation technologique du monde v&#233;cu &#8211; la technologie laiss&#233;e &#224; elle-m&#234;me ne connaissant aucun principe d'autolimitation. Qu'elle n'aie pas de complexe &#224; &#234;tre d&#233;connect&#233;e. Sur fond de d&#233;sinstitutionnalisation et de d&#233;traditionnalisation, les TIC ont des effets &#224; la fois uniformisants et in&#233;galitaires, en plus d'inscrire les agents dans l'h&#233;t&#233;ronomie (36). Imposant des transformations sociales trop rapides pour &#234;tre assimil&#233;es par l'ensemble du corps social, elles comportent le risque d'anomie &#8211; le sociologue Emile Durkheim nous avait pr&#233;venu (37). Les TIC auxquelles l'oligarchie veut formater la masse apprenante de l'&#201;cole publique revient &#224; &#171; &lt;i&gt;donner &#224; des inf&#233;rieurs juste le degr&#233; de savoir que r&#233;clame une consciencieuse ob&#233;issance&lt;/i&gt; &#187;, selon l'analyse d&#233;j&#224; ancienne de Proudhon, mais toujours d'actualit&#233; (38). Faute de r&#233;action, la soci&#233;t&#233; glissera progressivement dans une forme de totalitarisme mou technologique, et l'&#201;cole n'aura rien fait pour l'emp&#234;cher. Au contraire, elle y aura apport&#233; son concours en ent&#233;rinant &#171; &lt;i&gt;le d&#233;calage entre la formidable m&#233;canique d'invention scientifique-technique-industrielle qui ne cesse d'imposer des mutations toujours plus rapides [aux] soci&#233;t&#233;s, et l'absence relative d'invention sociale, les citoyens se bornant &#224; subir les mutations qui leur sont impos&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;(39)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bernard Legros&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;NOTES&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1.	Patrick Lagadec, &lt;i&gt;La civilisation du risque. Catastrophes et responsabilit&#233; sociale&lt;/i&gt;, &#233;d. du Seuil, 1981, p. 223.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2.	Clifford Stoll, &lt;i&gt;High tech heretic. Reflections of a computer contrarian&lt;/i&gt;, Anchor Books Edition, 2000, p. 5.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3.	Cette offensive pro-technologies remonte aux ann&#233;es 1990 : en 1995, Barry Munitz, recteur de la California State University, proposait de construire un nouveau campus sans librairie ; en 1998, l'ultra-conservateur Newt Gingrich voulait tout simplement remplacer les livres scolaires par des ordinateurs, etc. Cf. Clifford Stoll, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 35-38.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4.	Dont la liste s'allonge en F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles : les pouvoirs publics lan&#231;ant et finan&#231;ant le projet Ecole num&#233;rique, le Plan individuel d'apprentissage passant aussi par le num&#233;rique, le Passeport pour les TIC avec le plan Cyber&#233;cole, le Plan multim&#233;dia b&#233;n&#233;ficiant de trente millions d'euros d'investissement, jusqu'aux &#171; dispositifs p&#233;dagogiques multim&#233;dia interactifs mobiles &#187;, rien moins que cela !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5.	&#192; &#233;couter, l'&#233;mission &lt;i&gt;R&#233;pliques&lt;/i&gt; d'Alain Finkielkraut sur France Culture du samedi 27 avril 2013 : &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/emission-repliques-la-revolution-numerique-2013-04-27&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.franceculture.fr/emissio...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6.	Comme Acadomia, Profadom, Compl&#233;tudes, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7.	Pour peu que la famille dispose d'un ordinateur domestique, ce qui est le cas de 77% des foyers belges. Que fait-on alors des 23% restants ? &#171; Ils seront bient&#244;t connect&#233;s ! &#187;, r&#233;pondront les technoptimistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;8.	Certes, les h&#233;ritiers de Michel Foucault verraient dans la disparition de cette &#171; institution disciplinaire &#187; un signe positif&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;9.	Cf. Yann Moulier Boutang, &lt;i&gt;Le capitalisme cognitif. La nouvelle grande transformation&lt;/i&gt;, &#233;d. Amsterdam, 2007. Ambigu, cet ouvrage ne d&#233;crit pas seulement le ph&#233;nom&#232;ne, mais en fait une subtile apologie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;10.	Roland Gori, &lt;i&gt;La fabrique des imposteurs&lt;/i&gt;, &#233;d. Les liens qui lib&#232;rent, 2013, p. 132.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;11.	Appartiennent &#224; cette cat&#233;gorie Denis Kambouchner, Bernard Stiegler et Philippe Meirieu, auteurs de &lt;i&gt;L'&#233;cole, le num&#233;rique et la soci&#233;t&#233; qui vient&lt;/i&gt;, &#233;d. Mille et une nuits, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;12.	Comme tant d'autres, Christophe Dubois affirme le contraire dans l'&#233;ditorial de &lt;i&gt;Symbioses&lt;/i&gt; n&#176; 97, dont le dossier s'intitule &#171; TIC : nouvelle ErE ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;13.	Cf. Ivan Illich, &lt;i&gt;La convivialit&#233;&lt;/i&gt;, &#233;d. du Seuil, 1973.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;14.	Cf. le dossier &#171; Ondes &#233;lectromagn&#233;tiques &#187; dans &lt;i&gt;Kairos&lt;/i&gt; n&#176; 5, f&#233;vrier-mars 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;15.	Wolfgang Sachs &amp; Gustavo Esteva, &lt;i&gt;Des ruines du d&#233;veloppement&lt;/i&gt;, &#233;d. Ecosoci&#233;t&#233;, 1996, p. 35.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;16.	&lt;i&gt;La d&#233;croissance&lt;/i&gt;, n&#176; 97, mars 2013, pp. 8 &amp; 9.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;17.	C&#233;dric Biagini, &lt;i&gt;L'emprise num&#233;rique. Comment internet et les nouvelles technologies ont colonis&#233; nos vies&lt;/i&gt;, &#233;d. L'&#201;chapp&#233;e, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;18.	Cf. &lt;a href=&quot;http://www.missionfourgous-tice.fr/&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.missionfourgous-tice.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;19.	L'expression &#171; &#233;conomie immat&#233;rielle &#187; est un oxymore &#8211; un de plus : l'empreinte &#233;cologique des objets technologiques est &#233;norme (en terres rares, coltan, lithium, consommation d'eau, &#233;lectricit&#233; nucl&#233;aire, recyclage, etc.) et donc non durable. Ajoutons-y l'obsolescence programm&#233;e, et le tableau est complet ! Cf. Serge Latouche, &lt;i&gt;Bon pour la casse. Les d&#233;raisons de l'obsolescence programm&#233;e&lt;/i&gt;, &#233;d. Les liens qui lib&#232;rent, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;20.	Comp&#233;tence sp&#233;cifique englob&#233;e dans le nouveau credo de l'approche par comp&#233;tences. Cf. sur ce site l'article de Nico Hirtt &#171; L'approche par comp&#233;tences : une mystification p&#233;dagogique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;21.	Et l'on peut encore ajouter d'autres comp&#233;tences pris&#233;es du monde &#233;conomique : gestion des ressources, travail en &#233;quipe, acquisition et utilisation de l'information, compr&#233;hension des relations complexes, etc. Cf. Christian Laval, &lt;i&gt;L'Ecole n'est pas une entreprise. Le n&#233;o-lib&#233;ralisme &#224; l'assaut de l'enseignement public&lt;/i&gt;, &#233;d. La D&#233;couverte, 2003 et 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;22.	Cf. Philippe Nassif, &#171; Le process de Kafka &#187; dans &lt;i&gt;Philosophie Magazine&lt;/i&gt;, n&#176; 68, avril 2013, pp. 58-61. Le n&#233;o-management fonctionne &#224; partir de trois concepts-cl&#233; : performance, &#233;valuation, responsabilisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;23.	&lt;i&gt;Prof&lt;/i&gt; n&#176; 13, mars 2012, p. 26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;24.	&lt;i&gt;Prof&lt;/i&gt; n&#176; 15, septembre 2012, p. 24. Preuve s'il en est que ce p&#233;riodique, envoy&#233; gratuitement &#224; tous les enseignants belges francophones, est une courroie de transmission de l'id&#233;ologie dominante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;25.	Dans un premier temps, on peut imaginer que les &#171; animateurs num&#233;riques &#187; parviendront &#224; refonder une certaine autorit&#233; sur la base de leurs comp&#233;tences techniques, mais ils seront vite rattrap&#233;s puis d&#233;pass&#233;s par les plus geek de leurs &#233;l&#232;ves, &#224; moins de se lancer dans une course sans fin vers le &#171; plus num&#233;rique que moi, tu meurs &#187;. Rappelons, avec Hannah Arendt, qu'une autorit&#233; digne de ce nom se fonde sur la diff&#233;rence g&#233;n&#233;rationnelle et sur l'exp&#233;rience de la vie, pas sur des comp&#233;tences techniques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;26.	Biais cognitif consistant &#224; partir d'une pr&#233;misse en &#171; sautant &#187; directement &#224; la conclusion, la d&#233;monstration passant &#224; la trappe ; comme si le but &#233;tait chaque fois de &#171; gagner &#187; du temps. Cf. Hartmut Rosa, &lt;i&gt;Acc&#233;l&#233;ration. Une critique sociale du temps&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;27.	L'attention d&#233;signe &#224; la fois la capacit&#233; &#224; se concentrer sur une t&#226;che, un propos, et la capacit&#233; &#224; &#234;tre pr&#233;venant &#224; l'&#233;gard des autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;28.	Selon une &#233;tude n&#233;erlandaise, un tiers des enfants &#226;g&#233;s d'un an utilise r&#233;guli&#232;rement une tablette num&#233;rique, que leur pr&#234;tent leurs parents. Le temps du hochet, jouet convivial par excellence, est d&#233;j&#224; loin. In &lt;i&gt;Le Soir&lt;/i&gt;, 24 avril 2013, p. 9.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;29.	Erich Fromm, &lt;i&gt;L'art d'&#234;tre&lt;/i&gt;, &#233;d. Descl&#233;e de Brouwer, 2000, p. 79.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;30.	&#171; [&#8230;] &lt;i&gt;les managers vilipendent la subjectivit&#233;. Pour eux, tout ce qui est subjectif s'oppose aux techniques productives d'efficacit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, in Dominique Jacques Roth, &lt;i&gt;Economie et psychanalyse. Le progr&#232;s en question&lt;/i&gt;, &#233;d. L'Harmattan, 2011, p. 112.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;31.	Raffaele Simone, &lt;i&gt;Pris dans la toile. L'esprit au temps du web&lt;/i&gt;, &#233;d. Gallimard/Le D&#233;bat, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;32.	On peut aussi se poser &#224; bon droit la question suivante : pourquoi les conservateurs se tirent-ils une balle dans le pied en installant des &#233;crans dans leurs institutions mus&#233;ales ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;33.	Et l&#224;, ce n'est pas utopique ! &#192; ce sujet, cf. deux ouvrages r&#233;cents : Hugues Stoeckel, &lt;i&gt;La faim du monde. L'humanit&#233; au bord d'une famine globale&lt;/i&gt;, &#233;d. Max Milo, 2012 ; Christian Araud, &lt;i&gt;Pr&#233;ludes &#224; la transition. Pourquoi changer le monde ?&lt;/i&gt;, &#233;d. Sang de la Terre, 2012. Cf. &#233;galement le site &lt;a href=&quot;http://www.testadepibou.com/&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.testadepibou.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;34.	Cf. l'article de Nico Hirtt &#171; L'&#233;tau num&#233;rique se resserre autour de l'&#233;cole &#187; sur ce site.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;35.	La normopathie est le d&#233;tachement de la raison pratique du sens moral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;36.	Et inversement, le syst&#232;me technicien devient autonome. Comme rien n'est simple, il a n&#233;anmoins besoin d'actions humaines pour fonctionner et se d&#233;velopper, d'o&#249; notre responsabilit&#233; &#224; le freiner ou &#224; le d&#233;velopper encore davantage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;37.	Pour une &#233;tude du concept d'anomie &#224; la lumi&#232;re du contexte contemporain, cf. Hartmut Rosa, &lt;i&gt;Ali&#233;nation et acc&#233;l&#233;ration. Vers une th&#233;orie critique de la modernit&#233; tardive&lt;/i&gt;, &#233;d. La D&#233;couverte, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;38.	Car l'informatique &#224; l'&#233;cole, c'est pour les classes domin&#233;es ! Plusieurs professionnels de la Silicon Valley envoient leurs enfants dans des &#233;coles priv&#233;es &lt;i&gt;d&#233;connect&#233;es&lt;/i&gt; o&#249; ils apprennent le jardinage et l'artisanat. CQFD ! Le meilleur argument contre les TICE ? Cf. &lt;a href=&quot;http://www.neoprofs.org/t47105-usa-une-ecole-sans-pc-ni-tele-dans-la-silicon-valley-pour-20-000-par-an&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.neoprofs.org/t47105-usa-...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;39.	Isabelle Stengers, &lt;i&gt;Sciences et pouvoir. Faut-il en avoir peur ?&lt;/i&gt;, &#233;d. Labor, 1997, p. 84.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Merci &#224; Michel Weber, Philippe Godard et Maurizio Disoteo pour leur pr&#233;cieuse relecture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour aller plus loin :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ANDERS G&#252;nther, &lt;i&gt;L'obsolescence de l'homme. Sur l'&#226;me &#224; l'&#233;poque de la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle&lt;/i&gt;, L'Encyclop&#233;die des Nuisances, 1956/2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BENSAUDE-VINCENT Bernadette, &lt;i&gt;Les vertiges de la technoscience. Fa&#231;onner le monde atome par atome&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BESNIER Jean-Michel, &lt;i&gt;L'homme simplifi&#233;. Le syndrome de la touche &#233;toile&lt;/i&gt;, Fayard, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CEREZUELLE Daniel, &lt;i&gt;La technique et la chair. Essai de philosophie de la technique&lt;/i&gt;, Parangon, 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;EDGERTON David, &lt;i&gt;Quoi de neuf ? Du r&#244;le des techniques dans l'histoire globale&lt;/i&gt;, Seuil, 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ELLUL Jacques, &lt;i&gt;Le bluff technologique&lt;/i&gt;, Hachette, 1988.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HOTTOIS Gilbert, &lt;i&gt;Le signe et la technique. La philosophie &#224; l'&#233;preuve de la technique&lt;/i&gt;, Aubier, 1984.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;JARRIGE Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Face au monstre m&#233;canique. Une histoire des r&#233;sistances &#224; la technique&lt;/i&gt;, Radicaux libres, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;JONAS Hans, &lt;i&gt;Le principe responsabilit&#233;&lt;/i&gt;, Flammarion, 1990.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEBEAU Andr&#233;, &lt;i&gt;L'engrenage de la technique. Essai sur une menace plan&#233;taire&lt;/i&gt;, Gallimard, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; sous une forme raccourcie dans le bimestriel &lt;i&gt;Kairos&lt;/i&gt;, n&#176; 7, avril/mai 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Education aux m&#233;dias : selon que vous soyez Am&#233;ricain ou Bangladaise...</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Peltier</dc:creator>


		<dc:subject>Citoyennet&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;curitaire</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Proposition d'exercice : observer la diff&#233;rence de traitement m&#233;diatique de l'attentat terroriste &#224; Boston aux USA et de l'effondrement d'un b&#226;timent abritant une usine textile &#224; Dacca au Bangladesh...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1555-8133d.jpg&quot; width='150' height='100' style='height:100px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tout le monde le dit - et je ne ferai pas exception : toutes les victimes innocentes d'accidents ou d'attentats sont des victimes de trop ; toutes ont droit au respect ; il n'est pas question de discuter la peine que la disparition cr&#233;e &#224; leurs proches ; et il n'est pas question non plus de tenir une comptabilit&#233; morbide pour savoir si certaines victimes le sont plus que d'autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jetons donc sur un coup d'oeil sur l'actualit&#233; r&#233;cente pour voir comment ces nobles principes se vivent et s'appliquent dans les m&#233;dias ces derniers jours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une des r&#232;gles de base qu'on enseigne dans les &#233;coles de journalisme est que &quot;&lt;i&gt;L'int&#233;r&#234;t d'un fait divers en un point du monde est directement proportionnel au nombre de morts et inversement proportionnel &#224; la distance qui nous s&#233;pare de ce point&lt;/i&gt;&quot;. Et on y ajoute deux autres crit&#232;res qui peuvent peser lourd dans la balance : la notori&#233;t&#233; des personnes impliqu&#233;es et le c&#244;t&#233; spectaculaire de l'incident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En termes plus simples, cela signifie qu'un mort &#224; Charleroi m&#233;rite plus d'int&#233;r&#234;t que dix morts en Argentine - sauf s'il y a parmi eux un Pr&#233;sident, ou un Pape, ou un international de football... ou deux Belges (mais ce dernier crit&#232;re ne vaut que pour la Belgique !). Et qu'on ne parlera d'un mort au Cameroun que s'il a re&#231;u une m&#233;t&#233;orite de cinquante kilos sur la t&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;De Boston &#224; Dacca&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur cette base bien scientifique, examinons un peu la mani&#232;re dont les m&#233;dias ont rendu compte de deux informations r&#233;centes : l'attentat terroriste &#224; Boston aux USA et l'effondrement d'un b&#226;timent abritant une usine textile &#224; Dacca au Bangladesh.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La distance, d'abord. Boston est &#224; six heures de d&#233;calage horaire de chez nous, Dacca est &#224; quatre heures. Mais, au d&#233;part de Bruxelles-National, on arrive plus vite en avion &#224; Boston qu'&#224; Dacca. Egalit&#233; grosso modo donc sur ce point.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La c&#233;l&#233;brit&#233; des personnes impliqu&#233;es. Des spectateurs d'un marathon et deux immigr&#233;s tch&#233;tch&#232;nes, d'un c&#244;t&#233;, des ouvriers du textile et leur patron, tous bangladais, de l'autre. Bref, de parfaits inconnus. Egalit&#233; parfaite sur ce point.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le c&#244;t&#233; spectaculaire. Explosion de cocottes-minutes bourr&#233;es de billes d'acier et de clous contre effondrement d'un immeuble de huit &#233;tages de l'autre, c'est une question de go&#251;t. Quelques images film&#233;es en direct &#224; Boston avec des victimes &#233;tendues sur le sol (important pour les JT du premier jour - avantage Boston) contre images des ruines fumantes et des secours qui s'affairent pendant des jours (id&#233;al pour tenir dans la dur&#233;e - avantage Dacca). Egalit&#233; au final, donc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reste le nombre de morts. L&#224;, par contre, il n'y a pas photo. 4 morts (dont un des terroristes) et 270 bless&#233;s &#224; Boston. 400 morts (mais pas le patron de l'usine), 900 disparus et plus d'un millier de bless&#233;s &#224; Dacca. Et un nombre de morts qui augmente d'heure en heure. Et des disparus qui se rapprochent &#224; grands pas du moment o&#249; ils vont quitter la colonne des disparus pour entrer discr&#232;tement dans celle des morts. Donc, &#224; la grosse louche, entre 100 et 400 fois plus de morts &#224; Dacca qu'&#224; Boston.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;sultat : &#224; la grosse louche aussi, entre 100 et 400 fois plus d'infos, de dramatisation, de directs et d'&#233;motion t&#233;l&#233;vis&#233;e &#224; Boston qu'&#224; Dacca.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La science journalistique n'expliquerait-elle pas tout ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Quel int&#233;r&#234;t y aurait-il &#224; ce que vous sachiez que...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quelle raison peut-on bien trouver pour expliquer une r&#233;ponse aussi compl&#232;tement contraire aux r&#232;gles journalistiques de base ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re serait notre proximit&#233; affective avec les Am&#233;ricains. Il est vrai que si vous passez ne serait-ce qu'une semaine compl&#232;te devant votre TV, toutes cha&#238;nes grand public confondues, la prolif&#233;ration de films et surtout de s&#233;ries &quot;made in USA&quot; fait que vous vous sentirez plus en terre de connaissance dans les rues de San Francisco ou les bayous de Floride que dans les rues de Hanovre (ou m&#234;me de Malines) pour ne pas parler de celles de Dacca. Difficile quand m&#234;me de trouver cette explication suffisante pour expliquer le d&#233;s&#233;quilibre m&#233;diatique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me serait l'id&#233;e que &quot;&lt;i&gt;On en parle beaucoup parce cela pourrait vous arriver un jour&lt;/i&gt;&quot;. Personne ne peut se dire en effet &#224; l'abri d'une action terroriste. Il n'emp&#234;che que le nombre de personnes assistant &#224; des marathons est en Belgique nettement inf&#233;rieur au nombre de personnes travaillant en usine. Il n'emp&#234;che surtout qu'en 2012 le nombre d'attentats terroristes en Belgique a &#233;t&#233; de z&#233;ro, provoquant logiquement z&#233;ro mort. Cette m&#234;me ann&#233;e, par contre, il y a eu dans notre pays 150.000 accidents sur les lieux de travail qui ont fait 80 morts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par contre, la vraie raison pourrait bien &#234;tre tout simplement &quot;&lt;i&gt;On en parle beaucoup parce qu'on veut que vous ayez peur que certaines choses vous arrivent un jour&lt;/i&gt;&quot;. Et l&#224;, bingo, tout devient un peu plus clair.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il devient tout &#224; fait logique d'&#233;voquer dans les moindres d&#233;tails les souffrances des bless&#233;s, la douleur des familles, l'efficacit&#233; des secours, le courage des sauveteurs b&#233;n&#233;voles, la d&#233;termination des autorit&#233;s et l'efficacit&#233; des forces de l'ordre dans la traque des terroristes &#224; Boston. Et tout &#224; fait logique aussi de mettre en &#233;vidence et en valeur le bon droit et la retenue d'une nation (chr&#233;tienne) frapp&#233;e dans sa chair par la folie et la f&#233;rocit&#233; de deux jeunes Tch&#233;tch&#232;nes fanatis&#233;s par un Islam r&#233;trograde (ce qui est tr&#232;s exactement le discours tenu par tous les m&#233;dias grand public).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notez bien que vous ne devez avoir peur que de certaines choses. Quel int&#233;r&#234;t y aurait-il &#224; ce que vous sachiez que le propri&#233;taire du b&#226;timent de Dacca a ajout&#233; sans autorisation trois &#233;tages aux cinq qu'il &#233;tait autoris&#233; &#224; construire ? Que le patron n'a tenu aucun compte des rapports des ouvriers d&#233;non&#231;ant l'apparition de fissures de plus en plus grandes dans les murs ? Qu'il n'a m&#234;me tenu aucun compte du rapport de police lui enjoignant de fermer l'usine &#224; cause du risque d&#180;&#233;croulement ? Que la plupart des portes des issues de secours &#233;taient ferm&#233;es parce qu'il ne fallait pas que les ouvriers puissent sortir sans contr&#244;le de l'usine pendant leurs heures de travail ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quel int&#233;r&#234;t y aurait-il &#224; ce que vous vous mettiez apr&#232;s cela &#224; regarder l'&#233;tat des murs de votre entreprise ? Ou &#224; demander si toutes les proc&#233;dures de s&#233;curit&#233; sur les lieux de travail sont bien respect&#233;es ? Ou &#224; vous inqui&#233;ter du fait que des camions qui sont des bombes chimiques circulent sur nos autoroutes et que des trains charg&#233;s de d&#233;chets nucl&#233;aires hautement radioactifs traversent r&#233;guli&#232;rement notre pays ? Et quel int&#233;r&#234;t y aurait-il &#224; ce que vous vous posiez ces questions devant votre TV &#224; l'heure o&#249; il est essentiel que vous ayez l'esprit disponible pour les pubs de Coca-Cola et de Benetton ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s lors, il est tout &#224; fait logique que l'attentat de Boston soit trait&#233; pendant 20 minutes en entame du journal t&#233;l&#233;vis&#233; (apr&#232;s une &#233;mission sp&#233;ciale en primetime) et que ce sujet soit pr&#233;sent&#233; comme LE fait politique essentiel de la semaine, analys&#233; sous toutes les coutures avec le concours d'une kyrielle d'experts en terrorisme. Et il est tout aussi logique que l'&#233;croulement de l'usine de Dacca soit rel&#233;gu&#233; dans les faits divers en fin de journal, au rayon des &quot;catastrophes naturelles en Asie&quot;, entre un tremblement de terre en Chine et un glissement de terrain aux Philippines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah oui, encore deux d&#233;tails. On a retrouv&#233; des T-shirts marqu&#233;s Benetton dans les ruines de l'usine. Et la grande majorit&#233; des travailleurs de l'usine &#233;taient en fait de jeunes ouvri&#232;res, &#233;videmment musulmanes (comme la quasi-totalit&#233; de la population du pays). Quel int&#233;r&#234;t y aurait-il donc que vous sachiez que les T-shirts que vous portez sont produits par des jeunes filles musulmanes - et portant tr&#232;s certainement le voile - qui ne r&#234;vent absolument pas de se faire sauter avec une bombe en plein milieu de votre supermarch&#233; mais qui esp&#232;rent simplement pouvoir nourrir un peu mieux leur famille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai commenc&#233; cet article en &#233;crivant que tout le monde vous dira, la main sur le coeur, que toutes les victimes innocentes ont droit au respect et qu'il serait ind&#233;cent de les &quot;analyser&quot; et de les &quot;peser&quot; en fonction de crit&#232;res dont elle n'ont que faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et bien cette r&#232;gle ne s'applique pas &#224; nos m&#233;dias. Sur le march&#233; de la compassion int&#233;ress&#233;e, il vaut beaucoup mieux &#234;tre un amateur de sport aux Etats-Unis, blanc et chr&#233;tien si possible, que d'&#234;tre une jeune ouvri&#232;re, musulmane de surcro&#238;t, au Bangladesh.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Danemark : les profs jet&#233;s &#224; la rue </title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article1554</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article1554</guid>
		<dc:date>2013-04-26T11:13:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Peltier</dc:creator>


		<dc:subject>Luttes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;37 h/semaine &#224; l'&#233;cole, moins de temps pour la pr&#233;paration et le suivi, ou alors faire ce travail pendant leur temps libre : ce serait la contribution de dizaines de milliers d'enseignants danois &#224; une am&#233;lioration de l'enseignement...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1554-13ee0.jpg&quot; width='150' height='100' style='height:100px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le 1er avril, pr&#232;s de 70,000 profs de l'enseignement public danois sont priv&#233;s de leur travail suite au lock-out impos&#233; par leur employeur, la Conf&#233;d&#233;ration des pouvoirs locaux. Ce lockout est le dernier acte d'une s&#233;rie de mesures d'aust&#233;rit&#233; prises par le gouvernement de centre-gauche dirig&#233; par le premier ministre social-d&#233;mocrate Helle Thorning-Schmidt.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s une premi&#232;re ann&#233;e de mandat pendant laquelle le nouveau gouvernement avait mis en oeuvre quelques changements de politique bienvenus, comme des droits accrus pour les immigr&#233;s et pour les homosexuel(le)s, l'enthousiasme est fortement retomb&#233; et a fait place &#224; la r&#233;signation dans une partie de la population mais aussi &#224; l'indignation et &#224; la r&#233;sistance - notamment apr&#232;s que le gouvernement ait fait bloc avec l'opposition de droite au parlement et accept&#233; de baisser les taux d'imposition pour les plus riches tout en coupant dans les allocations des ch&#244;meurs et des handicap&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;37 heures &#224; l'&#233;cole ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le conflit qui s'est d&#233;velopp&#233; dans l'enseignement est maintenant au centre du d&#233;bat dans le pays. Au Danemark, les conventions collectives dans l'enseignement ont une dur&#233;e de quatre ans et la derni&#232;re arrivait &#224; &#233;ch&#233;ance le 1er avril. Dans le cadre de la pr&#233;paration de la nouvelle convention, la ministre de l'Enseignement a propos&#233; en d&#233;cembre une r&#233;forme du syst&#232;me scolaire, projet qui s'est encore durci suite &#224; l'intervention de la Conf&#233;d&#233;ration des pouvoirs communaux (KL) qui est le pouvoir organisateur pour les niveaux du primaire et du secondaire inf&#233;rieur de l'enseignement public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'objectif affirm&#233; de ces r&#233;formes est d'am&#233;liorer la qualit&#233; de l'enseignement en donnant plus d'heures de cours aux &#233;l&#232;ves. Mais ce sont les profs qui vont payer le prix de ces r&#233;formes. Actuellement, les enseignants donnent au minimum 16 et au maximum 25 heures de cours par semaine. A ceci s'ajoutent &#233;videmment les heures de pr&#233;paration, de correction (en g&#233;n&#233;ral &#224; la maison, apr&#232;s leurs heures) et d'encadrement. La KL veut d&#233;sormais que le nombre d'heures ne soit plus l'objet d'une d&#233;cision collective nationale mais que les directions d'&#233;cole puissent d&#233;cider individuellement. Les enseignants ne pourraient donc plus organiser eux-m&#234;mes leur travail. En outre, la KL veut que les enseignants prestent tout leur horaire &#8211; fix&#233; &#224; 37 heures &#8211; &#224; l'&#233;cole et qu'ils donnent davantage d'heures de cours. Ce qui veut dire que les enseignants auraient moins de temps pour la pr&#233;paration et le suivi, ou alors qu'ils devraient faire ce travail pendant leur temps libre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La direction du Syndicat National des Enseignants (DKL) avait marqu&#233; son accord sur plusieurs de ces mesures mais, lors du vote d&#233;cisif, la majorit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s ont vot&#233; contre le paquet global de mesures. Suite &#224; quoi la KL a d&#233;cr&#233;t&#233; le lock-out, c'est-&#224;-dire la fermeture pure et simple des &#233;coles, les enseignants ne recevant plus le moindre salaire. Pour le moment, le gouvernement n'est pas encore intervenu directement dans le conflit mais comme la ministre est sur la m&#234;me ligne que les employeurs, il ne faut pas s'attendre &#224; ce que le &quot;compromis&quot; qu'elle pourrait proposer soit tr&#232;s diff&#233;rent des exigences de la KL.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Actions quotidiennes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec l'actuel lock-out &#224; dur&#233;e illimit&#233;e contre les syndicats d'enseignants, les partis au gouvernement (qui contr&#244;lent bon nombre de communes) ont franchi une nouvelle &#233;tape dans l'attaque contre leur propre base &#233;lectorale parmi les travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour que les enseignants aient une chance de l'emporter, il faut que la solidarit&#233; avec les enseignants s'&#233;tende aupr&#232;s des autres groupes de travailleurs, tout particuli&#232;rement dans les services publics. Le syndicat de ce secteur a annonc&#233; des actions de gr&#232;ve en solidarit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du mois, les 70.000 enseignants lock-out&#233;s ont lanc&#233; une campagne massive aupr&#232;s du public, en menant des actions de protestation quotidiennes avec affiches, chansons, vid&#233;os sur YouTube, des flashmobs dans tous les coins du pays et surtout une cha&#238;ne humaine de plus de 30 kilom&#232;tres entre Copenhague et Roskilde. Pendant ce temps, 780.000 enfants et adolescents passent leurs journ&#233;es &#224; la maison ou sur les lieux de travail de leurs parents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que les derniers sondages annoncent un score historiquement bas de 17% pour le Parti Social-D&#233;mocrate et un quasi-effondrement pour le Parti Socialiste du Peuple, suppos&#233; &#234;tre plus &#224; gauche que son partenaire gouvernemental social-d&#233;mocrate, les d&#233;put&#233;s danois de la majorit&#233; devraient s'inqui&#233;ter pour leur avenir s'ils ne changent pas de politique...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article bas&#233; sur des informations de Bjarke Friborg, de l'Alliance Rouge-Verte (la coalition de la gauche radicale danoise) parues sur workersliberty.org et de Nikolaj M&#248;ller Kofod, du Parti Communiste Danois, parues sur solidaire.org.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Traduction et adaptation pour avanti4.be et skolo.org par Jean Peltier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chili : nouvelles manifestations &#233;tudiantes</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article1553</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article1553</guid>
		<dc:date>2013-04-22T16:34:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jason Farbman</dc:creator>


		<dc:subject>Marchandisation</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Peu de pays sont all&#233;s aussi loin dans la marchandisation de l'enseignement que le Chili de Pinochet. Les &#233;tudiants se mobilisent de nouveau pour un enseignement gratuit et de qualit&#233; pour tous.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;Luttes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1553-511d4.jpg&quot; width='150' height='100' style='height:100px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; La lutte continue &#187; peut-on lire sur une banderole qui flotte au-dessus des rues bond&#233;es de manifestants &#224; Santiago lors de la derni&#232;re en date des journ&#233;es de mobilisation au cours de laquelle pr&#232;s de 250.000 &#233;tudiants, enseignants et profs d'universit&#233; ont protest&#233; &#224; travers tout le Chili.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette affirmation prend tout son sens au moment o&#249; le mouvement massif lanc&#233; par les &#233;tudiants pour exiger un enseignement gratuit et de qualit&#233; pour tous et toutes entre maintenant dans sa troisi&#232;me ann&#233;e. Temps fort d'un mouvement apparemment in&#233;puisable, la premi&#232;re grande mobilisation de 2013 a &#233;t&#233; l'une des plus importantes depuis la chute du dictateur Pinochet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de ce mouvement, les &#233;tudiants ont organis&#233; d'innombrables manifestations et actions locales et r&#233;gionales ainsi que des manifestations nationales massives - dont la plus importante a regroup&#233; 600.000 personnes - et ils ont &#233;t&#233; &#224; l'initiative d'une gr&#232;ve de 48 heures qui a re&#231;u le soutien de plus de 80 associations du mouvement ouvrier et co&#251;t&#233; &#224; l'&#233;conomie chilienne pr&#232;s de 400 millions de dollars !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'enseignement comme machine &#224; profit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aussi impressionnantes qu'aient &#233;t&#233; ces actions, le mouvement n'a cependant pas encore atteint son but ultime : un enseignement public de qualit&#233; qui soit accessible &#224; tous. Les Chiliens doivent encore assumer eux-m&#234;mes 75% de leurs frais d'enseignement tandis que l'Etat n'en subventionne que 25%. Le Chili ne consacre en effet que 4,4% de son Produit Int&#233;rieur Brut (PIB) &#224; l'enseignement, bien loin des 7% recommand&#233;s par les Nations-unies pour les pays d&#233;velopp&#233;s. 90% des lyc&#233;ens et &#233;tudiants fr&#233;quentent ainsi des &#233;coles sous-financ&#233;es, ce qui exacerbe encore le foss&#233; d&#233;j&#224; tr&#232;s profond entre riches et pauvres. S'ajoute &#224; cette injustice le fait que les &#233;coles des quartiers les plus riches re&#231;oivent un financement beaucoup plus &#233;lev&#233;. Le Chili a ainsi le syst&#232;me &#233;ducatif le plus in&#233;galitaire du monde - ce que certains appellent un &quot;apartheid &#233;ducatif&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les revendications du mouvement vont de mesures tr&#232;s pr&#233;cises (comme la r&#233;duction de l'importance des tests standardis&#233;s dans les examens d'admission &#224; l'universit&#233;) &#224; des exigences de plus grande ampleur, comme le refinancement des universit&#233;s publiques, le r&#233;tablissement du contr&#244;le de l'Etat sur les universit&#233;s publiques qui ont &#233;t&#233; privatis&#233;es, l'augmentation des imp&#244;ts pour les riches et la fin d'une organisation de l'enseignement qui consid&#232;re celui-ci comme une entreprise &#224; but lucratif. &#171; &lt;i&gt;L'enseignement est un droit et non un privil&#232;ge pour quelques-uns&lt;/i&gt; &#187;, a expliqu&#233; un porte-parole des organisations de parents et de tuteurs, qui soutiennent les &#233;tudiants. &quot;&lt;i&gt;Et il ne doit &#234;tre non plus ni une entreprise, ni une machine &#224; fabriquer du profit, ce qu'il a &#233;t&#233; pendant toutes ces ann&#233;es.&lt;/i&gt;&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'administration du pr&#233;sident de droite - et milliardaire - Sebasti&#225;n Pi&#241;era a &#233;t&#233; incapable de venir &#224; bout des manifestations, ne parvenant pas &#224; trouver une r&#233;ponse qui renverrait les &#233;tudiants en classe tout en laissant intacte la structure de l'enseignement privatis&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant les manifestations du d&#233;but avril, le ministre de l'&#233;ducation de Pi&#241;era a annonc&#233; une augmentation des bourses d'&#233;tudes qui seraient disponibles pour un plus grand nombre d'&#233;tudiants. Il a &#233;galement appel&#233; &quot;&lt;i&gt;les jeunes, puisqu'ils ont exprim&#233; leur inqui&#233;tude au sujet de la qualit&#233; de l'enseignement, &#224; continuer &#224; travailler tr&#232;s dur parce que c'est de leur responsabilit&#233; de construire leur avenir.&lt;/i&gt;&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans surprise, ces exhortations &#224; &#171; travailler dur &#187; dans un syst&#232;me o&#249; les opportunit&#233;s sont de toute &#233;vidence in&#233;gales sont tomb&#233;es dans l'oreille d'un sourd aupr&#232;s de la grande majorit&#233; des &#233;tudiants chiliens...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le retour de Bachelet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le soutien au parti de Pi&#241;era a sombr&#233; &#224; seulement 23% dans les sondages en f&#233;vrier et Pi&#241;era lui-m&#234;me a la cote d'approbation la plus faible de tous les pr&#233;sidents chiliens depuis que la dictature de Pinochet a pris fin en 1990. La l&#233;gislation chilienne interdit &#224; un pr&#233;sident de se repr&#233;senter &#224; la fin de son mandat, ce qui &#233;vite &#224; Pi&#241;era l'embarras de recevoir ce qui serait sans doute une v&#233;ritable racl&#233;e &#233;lectorale s'il devait concourir pour sa r&#233;&#233;lection.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec en vue les prochaines &#233;lections nationales en novembre, l'ancienne pr&#233;sidente Michelle Bachelet est revenue au Chili pour annoncer sa candidature. Bachelet a quitt&#233; le Chili apr&#232;s son mandat alors qu'elle b&#233;n&#233;ficiait d'une excellente cote de popularit&#233; personnelle et elle est partie &#224; New York diriger l'organisation des Nations-Unies pour les femmes. Elle est maintenant de retour et est d&#233;j&#224; la favorite avec une large avance sur ses adversaires potentiels, selon de r&#233;cents sondages d'opinion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reconnaissant la popularit&#233; des demandes des &#233;tudiants, Bachelet a promis que si elle est &#233;lue, son premier geste sera de mettre fin &#224; l'&quot;enseignement pour le profit&quot; &#224; tous les niveaux du syst&#232;me. &quot;&lt;i&gt;Nous devons garantir &#224; chacun un enseignement public qui assure son int&#233;gration &#224; tous les niveaux, qui &#233;limine l'app&#226;t du gain dans le syst&#232;me &#233;ducatif et qui progresse vers la gratuit&#233; universelle &lt;/i&gt; &#187;, a-t-elle dit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La promesse de mettre fin aux m&#233;canismes de profit dans l'enseignement est emballante. Mais comme le faisait observer l'hebdomadaire britannique The Economist, &#171; &lt;i&gt;La r&#233;plique &#233;vidente est : pourquoi Mme Bachelet n'a-t-elle pas mis &#224; ces m&#233;canismes quand elle &#233;tait au pouvoir ?&lt;/i&gt;&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une bonne question. En fait, le mouvement &#233;tudiant massif au Chili aujourd'hui est un descendant de celui qui a explos&#233; en 2006 sous la pr&#233;sidence de Michelle Bachelet. Beaucoup de gens attendaient alors de celle dont le p&#232;re a &#233;t&#233; assassin&#233; dans une cellule de torture de l'&#232;re Pinochet qu'elle inverse les politiques mises en place pendant la dictature.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Pinochet et la privatisation de l'enseignement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces politiques ont &#233;t&#233; mises en &#339;uvre tr&#232;s vite apr&#232;s le coup d'Etat pro-am&#233;ricain de Pinochet en 1973. Sur les conseils des &#233;conomistes de l'Universit&#233; de Chicago, le dictateur a commenc&#233; le d&#233;mant&#232;lement de l'enseignement d'Etat. Les mesures qui ont alors &#233;t&#233; prises, avec d'autres du m&#234;me type dans d'autres secteurs, ont marqu&#233; l'introduction du capitalisme n&#233;olib&#233;ral au Chili.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant Pinochet, l'Etat chilien avait pour devoir de fournir un enseignement &#224; ses citoyens. Ceux-ci avaient droit &#224; un enseignement primaire presque universel, les frais de scolarit&#233; universitaire &#233;taient calcul&#233;s sur base d'une &#233;chelle mobile des revenus des parents, et les contrats et les conditions de travail des enseignants &#233;taient garantis par l'Etat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sous Pinochet, les syndicats d'enseignants et les organisations &#233;tudiantes ont &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;s, leurs dirigeants pers&#233;cut&#233;s et, en de nombreuses occasions, sommairement ex&#233;cut&#233;s. Toute r&#233;sistance ayant &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e, Pinochet put mettre en oeuvre la privatisation. Les &#233;coles &#233;taient d&#233;sormais financ&#233;es diff&#233;remment selon qu'elles &#233;taient publiques ou priv&#233;es, les &#233;coles des quartiers les plus riches obtenant g&#233;n&#233;ralement un meilleur financement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'enseignement public, qui &#233;tait presque g&#233;n&#233;ralis&#233; dans les ann&#233;es 1960, ne touchait plus que 78% des enfants en 1981 et ce pourcentage est tomb&#233; &#224; 50 % en 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les politiques que ceux qui veulent r&#233;former l'enseignement au service des grandes entreprises introduisent aujourd'hui aux Etats-Unis - avec le soutien de fondations financ&#233;es par des milliardaires - ont &#233;t&#233; impos&#233;es pour la premi&#232;re fois avec brutalit&#233; au Chili sous Pinochet.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La renaissance du mouvement &#233;tudiant&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis la chute de la dictature en 1990, aucun pr&#233;sident de l'&#232;re d&#233;mocratique n'a tent&#233; d'abroger la privatisation de l'enseignement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quasiment chaque ann&#233;e, les &#233;tudiants et les enseignants se sont mobilis&#233;s pour y mettre fin mais ces mouvements - &#224; l'image de toute la gauche chilienne - ne se remettaient que lentement des coups port&#233;s par la dictature. Tout au long de ces ann&#233;es, ils n'ont pu obtenir de r&#233;sultats significatifs, si ce n'est organiser des manifestations symboliques et reconstruire patiemment leurs forces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant ce temps, la privatisation n&#233;olib&#233;rale s'est poursuivie. En 2005, les banques chiliennes ont re&#231;u le feu vert pour accorder des pr&#234;ts aux &#233;tudiants devant financer leurs &#233;tudes, for&#231;ant ainsi les &#233;tudiants &#224; s'endetter encore plus profond&#233;ment pour obtenir un dipl&#244;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque Bachelet a &#233;t&#233; &#233;lue en 2006, elle ne s'est pas montr&#233;e diff&#233;rente de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, puisqu'elle a refus&#233; de remettre en cause la privatisation. Les &#233;tudiants qui refusaient un enseignement soumis au march&#233; sont descendus dans les rues et ont occup&#233; les &#233;coles. Lorsque la police a essay&#233; de les r&#233;primer, ils ont r&#233;sist&#233; courageusement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2006 marque ainsi un tournant pour le mouvement &#233;tudiant. Ce qui caract&#233;rise la nouvelle g&#233;n&#233;ration &#233;tudiante, c'est l'absence de la peur omnipr&#233;sente depuis plus de 30 ans. C'est la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration &#224; grandir en ne portant plus le poids des ann&#233;es Pinochet, &#224; ne plus &#234;tre taraud&#233;e en permanence par la peur instill&#233;e par la vie sous une dictature qui n'avait pas h&#233;sit&#233; &#224; assassiner des milliers de militants et de sympathisants de gauche et &#224; continuer par la suite d'arr&#234;ter et de torturer les opposants. Interrog&#233; en 2006 sur ce que repr&#233;sentait pour lui la dictature, un dirigeant du mouvement &#233;tudiant avait simplement r&#233;pondu &quot;&lt;i&gt;Rien. Je suis n&#233; en 1987.&lt;/i&gt;&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que les &#233;tudiants commen&#231;aient &#224; surmonter la peur et &#224; d&#233;velopper de nouveaux r&#233;seaux de coop&#233;ration et de coordination, leur mouvement a explos&#233; en taille et en militantisme. Ils ont organis&#233; une gr&#232;ve nationale des &#233;tudiants qui a impliqu&#233; &#224; son apog&#233;e pr&#232;s de 900.000 &#233;tudiants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce mouvement &#233;tudiant ainsi renforc&#233; a pu obliger le pouvoir &#224; des concessions, sous la forme d'un paquet de bourses, de subventions et d'abonnements scolaires. C'&#233;tait quelque chose de nouveau pour les &#233;tudiants, et pour une bonne partie de la gauche chilienne de l'apr&#232;s-Pinochet. Si ces concessions &#233;taient loin de r&#233;tablir un enseignement public de qualit&#233; accessible &#224; tous, elles repr&#233;sentaient beaucoup plus que ce qui avait &#233;t&#233; obtenu auparavant. Une minorit&#233; au sein du mouvement &#233;tait consciente que ces victoires ne pourraient &#234;tre concr&#233;tis&#233;es, et d'autres gagn&#233;es, sans le maintien d'une mobilisation et d'une pression fortes, mais la majorit&#233; des &#233;tudiants sont retourn&#233;s en classe, d&#233;bordant de joie et s'attendant &#224; ce que Bachelet donne suite &#224; leurs autres revendications.
Ce ne fut pas le cas et, apr&#232;s un reflux, le mouvement a red&#233;marr&#233; au d&#233;but 2011. La participation aux actions et aux manifestations a vari&#233; suivant les moments mais il y a eu cette ann&#233;e-l&#224; plus de 40 manifestations de masse. Et le mouvement s'est maintenu tout au long de l'ann&#233;e suivante. En 2012, la manifestation la plus importante a r&#233;uni 130.000 personnes &#224; Santiago. Et, apr&#232;s les vacances d'hiver, le mouvement est maintenant reparti de plus belle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Etudiants, travailleurs et &#233;lections&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont Bachelet et son gouvernement ont trahi les espoirs a enseign&#233; aux &#233;tudiants une le&#231;on pr&#233;cieuse pour la suite. Tandis qu'ils d&#233;filaient dans les rues de Santiago la semaine derni&#232;re, beaucoup scandaient &quot;&lt;i&gt;Bachelet, Pi&#241;era, m&#234;me mis&#232;re.&lt;/i&gt;&quot; Ce sentiment semble aujourd'hui g&#233;n&#233;ralis&#233; dans la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233; chilienne : si la cote de popularit&#233; du parti de Pi&#241;era a plong&#233; &#224; 23%, le parti d'opposition &quot;de gauche&quot; de Bachelet fait encore moins bien (19%). &#192; l'oppos&#233;, 80% des Chiliens soutiennent les &#233;tudiants dans les rues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les nombreuses le&#231;ons apprises au cours de longues ann&#233;es d'organisation, de bonds en avant et de reflux ont maintenant plac&#233; les &#233;tudiants &#224; la pointe d'une radicalisation croissante parmi les travailleurs &#224; travers le Chili. Comme l'explique le chercheur am&#233;ricain Jeffrey Webber, &quot;&lt;i&gt;Au fur et &#224; mesure que le mouvement &#233;tudiant prend de l'ampleur, il polarise et accumule les forces autour de lui ; et, avec ces nouvelles forces, le mouvement rencontre de nouvelles causes, fait siennes de nouvelles exigences et acquiert de nouvelles sources de r&#233;flexion sur la mani&#232;re dont les diff&#233;rents secteurs sociaux sont, de mani&#232;res diverses, confront&#233;s &#224; un ennemi commun, qui s'exprime en fin de compte &#224; travers l'&#201;tat n&#233;olib&#233;ral, &#233;tabli des d&#233;cennies plus t&#244;t pendant la dictature mais jamais d&#233;mantel&#233; sous la d&#233;mocratie &#233;lectorale&lt;/i&gt;&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre facteur qui peut s'av&#233;rer important, c'est l'abrogation du vote obligatoire, qui intervient &#224; un moment o&#249; s'exprime un m&#233;contentement de masse envers les deux principaux partis. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du Chili, il pourrait y avoir une abstention significative lors du prochain scrutin en raison des d&#233;sillusions face aux choix propos&#233;s.
La politique &#233;lectorale pourrait ainsi ne pas repr&#233;senter une entrave aussi forte que d'habitude sur les mouvements sociaux et la poursuite de la mobilisation pendant une ann&#233;e &#233;lectorale pourrait forcer Bachelet &#224; &quot;pencher &#224; gauche&quot; pour tenter de capitaliser en sa faveur le large soutien aux &#233;l&#232;ves et &#224; leurs revendications. Si cela se passe ainsi et si la confiance, la d&#233;termination et le militantisme des &#233;tudiants se maintiennent, ils pourraient obtenir enfin le r&#233;tablissement de l'&#233;galit&#233; dans l'enseignement pour laquelle ils se battent depuis des ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, tout aussi important, des victoires attendues depuis si longtemps pourraient enhardir les autres secteurs de la classe travailleuse chilienne. Comme le pr&#233;sident Pi&#241;era lui-m&#234;me l'a affirm&#233;, &#171; &lt;i&gt; L'enseignement est la m&#232;re toutes les batailles, et c'est dans le secteur de l'enseignement que nous allons gagner ou perdre notre bataille pour l'avenir.&lt;/i&gt;&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bas&#233; sur deux articles de Jason Farbman publi&#233;s sur le site am&#233;ricain &lt;a href=&quot;http://www.socialistworker.org/&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.socialistworker.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Traduction fran&#231;aise pour avanti4.be et skolo.org : Jean Peltier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La loi de refondation &#224; la question de l'histoire des r&#233;formes scolaires. </title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article1552</link>
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		<dc:date>2013-04-02T15:02:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Roche</dc:creator>


		<dc:subject>Missions de l'&#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>

		<description>Comment comprendre la loi fran&#231;aise de refondation de l'&#233;cole ? Quels enseignements peut-on tirer de l'examen d' un si&#232;cle de r&#233;formes scolaires, des principaux documents &#224; valeur de programme et de projet qui ont pris la forme de loi depuis le projet des Compagnons de l'apr&#232;s Premi&#232;re guerre mondiale jusqu'&#224; aujourd'hui ? Quelles politiques scolaires dominantes durant ce si&#232;cle ? Comment rendre compte de cette succession de discours avec ses continuit&#233; et ses ruptures r&#233;elles ou apparentes ? Pourquoi (...)

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Missions de l'&#233;cole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L117xH150/arton1552-b1534.jpg&quot; width='117' height='150' style='height:150px;width:117px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment comprendre la loi fran&#231;aise de refondation de l'&#233;cole ? Quels enseignements peut-on tirer de l'examen d' un si&#232;cle de r&#233;formes scolaires, des principaux documents &#224; valeur de programme et de projet qui ont pris la forme de loi depuis le projet des Compagnons de l'apr&#232;s Premi&#232;re guerre mondiale jusqu'&#224; aujourd'hui ? Quelles politiques scolaires dominantes durant ce si&#232;cle ? Comment rendre compte de cette succession de discours avec ses continuit&#233; et ses ruptures r&#233;elles ou apparentes ? Pourquoi assiste-t-on &#224; fin de la d&#233;mocratisation de l'enseignement avec ses dimensions politiques ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Plans, projets et r&#233;formes de 1918 &#224; 2005.
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, dans les d&#233;buts du vingti&#232;me si&#232;cle la m&#233;ritocratie domine et porte un projet politique alternatif, construire une hi&#233;rarchie sociale l&#233;gitime. C'est, tout d'abord, apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale, en 1918-1920, le projet de r&#233;forme de la soci&#233;t&#233;, le programme des anciens combattants, les Compagnons fond&#233; sur trois principes : &#233;cole unique, gratuit&#233;, s&#233;lection et le slogan : &#171; Place au talent !Place aux meilleurs ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il se poursuit avec le projet de r&#233;forme de l'enseignement, adopt&#233; en 1937, sur proposition de Jean ZAY, un projet de loi pour l'&#233;cole unique &#171; &#339;uvre de justice et [&#8230;] instrument de progr&#232;s social. &#187; qui &quot;vise &#224; unifier l'enseignement primaire public (...) instaure la gratuit&#233; dans le second degr&#233; et la s&#233;lection &#224; son entr&#233;e (...) met en place une coordination des ordres d'enseignement dont la condition premi&#232;re est la cr&#233;ation d'une classe d'orientation&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un second temps intervient un nouveau principe, la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;l&#233;vation de tous au service d'une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire. Il caract&#233;rise le plan de r&#233;forme de l'enseignement LANGEVIN WALLON, &#233;labor&#233; de 1944 &#224; 1947 qui conjugue deux principes fondamentaux, l'un de justice (mettre chacun &#224; la place que lui assignent ses aptitudes) et l'autre de d&#233;veloppement (&#233;lever le niveau de l'ensemble de la nation). L'enseignement doit &#171; offrir &#224; tous d'&#233;gales possibilit&#233;s de d&#233;veloppement, [&#8230;]se d&#233;mocratiser moins par une s&#233;lection qui &#233;loigne du peuple les plus dou&#233;s que par une &#233;l&#233;vation continue du niveau culturel de la nation &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Suivent trois &#233;tapes de reformulation du principe m&#233;ritocratique : le d&#233;cret Berthoin de janvier 1959 &#171; portant r&#233;forme de l'enseignement public &#187; propose la prolongation de la scolarit&#233; &#171; sous la r&#233;f&#233;rence du r&#233;alisme et de l'efficacit&#233; &#187;, une expansion humaine en accord avec l'expansion &#233;conomique ; la loi de 1975, dite loi Haby, envisage une modernisation du syst&#232;me &#233;ducatif, un coll&#232;ge en voie d'unification, un syst&#232;me &#233;ducatif bas&#233; sur l'&#233;galit&#233; des chances et la justice sociale recherchant les talents dans toutes les cat&#233;gories sociales ; la loi du 10 juillet 1989, d'orientation sur l'&#233;ducation indique que l'&#233;ducation est la premi&#232;re priorit&#233; nationale, elle place l'&#233;l&#232;ve au centre du syst&#232;me &#233;ducatif, d&#233;finit un droit &#224; l'&#233;ducation et &#224; la formation et fixe l'objectif de conduire 80 p. 100 d'une classe d'&#226;ge au niveau du baccalaur&#233;at.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Loi du 23 avril 2005 d'orientation et de programme pour l'avenir de l'&#233;cole vise &#224; assurer la &#171; r&#233;ussite de tous les &#233;l&#232;ves &#187;, l'acc&#232;s de 80% des jeunes au niveau du baccalaur&#233;at,
l'acquisition du socle de connaissances et de comp&#233;tences dans le cadre du projet europ&#233;en d'une &#233;conomie de la connaissance la plus dynamique du monde. Le mot d'ordre des 80% au baccalaur&#233;at maintenu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De 1918 &#224; 1989, le caract&#232;re commun &#224; tous ces textes c'est de laisser penser que le progr&#232;s social interviendra &#224; partir d'une r&#233;forme de l'&#233;cole avec un jeu sur un certain nombre de notions : &#233;ducation des chances, &#233;cole unique, prolongation de la scolarit&#233;, coll&#232;ge unique,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'exception d' un cycle r&#233;duit de moins de dix ans entre le projet de Jean Zay et celui de la commission Langevin et Wallon, explicable par l'effondrement de 1940 et la R&#233;sistance, cet intervalle assez constant d'une quinzaine d'ann&#233;es interroge. Comment l'expliquer en le r&#233;f&#233;rant &#224; la succession des g&#233;n&#233;rations ?
Est-ce n&#233;cessaire pour cimenter la coh&#233;sion sociale ?
A-t-il pas pour fonction de compliquer la t&#226;che des parents ?
Faut-il tout changer en apparence pour que tout reste au fond pareil ?
Doit-on ainsi, en permanence relancer la croyance en une &#233;cole lib&#233;ratrice ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, aujourd'hui, faut-il comprendre, apr&#232;s le chant du cygne de 1989, la loi de 2005 comme la derni&#232;re &#171; sur la lanc&#233;e &#187; du rythme des quinze ans ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La rupture du d&#233;but des ann&#233;es 1990
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour de nombreux auteurs on assiste depuis vingt ans, avec des termes diff&#233;rents au m&#234;me fait : l'ach&#232;vement d'un cycle ou la stabilisation d'un dispositif , une situation bloqu&#233;e ou la r&#233;gression vers une situation ant&#233;rieure, la fin du compromis entre les besoins du patronat et les aspirations populaires incarn&#233;es dans le Plan Langevin-Wallon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une nouvelle p&#233;riode de la politique scolaire dominante s'ouvre, en effet, au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Aussi, en 1995, A.Prost constate-t-il que &#171; la notion de d&#233;mocratisation a d&#233;sormais &#233;puis&#233; son efficacit&#233; sociale &#187;. Comme en son temps on a d&#233;clar&#233; que la R&#233;volution d'Octobre 1917 avait cess&#233; d'&#234;tre motrice dans l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On retrouve ce blocage dans les analyses, la r&#233;f&#233;rence &#224; une &#171; ancienne priorit&#233; nationale &#187;, l'irr&#233;alisme de l'objectif des 80%, l'essor de l'apprentissage, la diversit&#233; des intelligences et l'&#233;vocation de r&#233;ussites diff&#233;rentes. En 1995, l'OCDE estime que dans la plupart des pays d&#233;velopp&#233;s le d&#233;bat sur l'&#233;ducation s'est d&#233;plac&#233; de la question des moyens &#224; celle de l'efficacit&#233; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Regards sur l'&#233;ducation, les indicateurs de l'OCDE, OCDE, 1995.Le Monde (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. La droite parle d&#232;s 1996 de &#171; rompre avec une logique d&#233;pass&#233;e selon laquelle plus d'argent g&#233;n&#232;re un syst&#232;me &#233;ducatif plus efficace. &#187; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Monde 24/05/1996.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plusieurs donn&#233;es confirment ces discours. La part de la d&#233;pense int&#233;rieure d'&#233;ducation (DIE) dans la richesse nationale (PIB) atteint 7,6% en 1993 contre 6,4% en 1980. La tendance s'inverse ensuite et en 2011 elle atteint 6,9%. Les progr&#232;s de la scolarisation s'interrompent depuis le milieu des ann&#233;es 1990 : stabilisation de la dur&#233;e totale de scolarisation, baisse de l'orientation vers un second cycle g&#233;n&#233;ral, r&#233;duction du nombre de jeunes engag&#233;s dans des fili&#232;res universitaires longues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'hostilit&#233; commune aux effets politiques de la d&#233;mocratisation assimil&#233;e &#224; la surqualification et au d&#233;classement entra&#238;ne une convergence entre les employeurs, les classes moyennes et dirigeantes, une part importante des enseignants en difficult&#233; dans le coll&#232;ge unifi&#233;, les pouvoirs publics confront&#233;s aux co&#251;ts croissants [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Claude Pair, Colloque de la Cit&#233; des sciences et de l'industrie de la (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;] et tend &#224; accro&#238;tre &#224; la fois le rejet de l'&#233;cole et un renouveau de l'&#233;cole lib&#233;ratrice dans les classes populaires. Si le patronat a toujours &#233;t&#233; favorable &#224; une politique malthusienne et craint l'exc&#233;dent de personnes qualifi&#233;es car il repr&#233;sente un risque pour l'ordre &#233;tabli, tout laisse penser que ce point de vue domine aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;20 ans de ch&#244;mage, de 1975 &#224; 1995, ont d&#233;vast&#233; la demande sociale d'&#233;ducation. Le mot d'ordre &#224; destination des classes populaires devient : &#171; Arr&#234;tons les longues &#233;tudes ! &#187; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir : Parents d'&#233;l&#232;ves, professeurs, Regards crois&#233;s sur l'&#233;ducation. 10 id&#233;es (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce que les campagnes de presse et les politiques scolaires malthusiennes n'avaient pas obtenu, faire d&#233;cro&#238;tre la demande sociale d'&#233;ducation, croissante depuis les ann&#233;es cinquante, fermer le robinet du flot ou de la submersion, se r&#233;alise depuis le d&#233;but des ann&#233;es 90.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'&#233;cole de la R&#233;publique de 2013
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La loi de 2005 comme celle de 2013, toutes deux du socle commun, n'ont plus rien de commun avec les pr&#233;c&#233;dents : pas de d&#233;mocratisation de l'enseignement mais un socle commun c'est-&#224;-dire un kit de survie avec une tendance &#224; d&#233;velopper une forme de double syst&#232;me scolaire avec &#233;cole pour la masse et pour l'&#233;lite, une priorit&#233; qui porte sur les bases et plus du tout sur l'enseignement sup&#233;rieur pour tous. C'est plus une &#233;cole de base ou fondamentale,.
Refondation et non r&#233;forme du fait de la priorit&#233; et m&#234;me l'exclusivit&#233; attribu&#233;e aux premi&#232;res ann&#233;es de la scolarit&#233;, selon une id&#233;e de bon sens qui suppose que les bases &#233;tant assur&#233;es tout suivra. Aussi doit-on s'interroger sur une loi qui ne change ni le coll&#232;ge ni le lyc&#233;e. M&#234;me si la tendance est bien de tirer le coll&#232;ge vers le primaire et non vers le lyc&#233;e. Toujours le m&#234;me air depuis 1986, on a rat&#233; la d&#233;mocratisation de l'enseignement en cherchant &#224; donner la culture de l'&#233;lite &#224; tous, selon le v&#339;u d'Henri Wallon, au lieu de cr&#233;er un enseignement moyen. Le principe , toujours cach&#233;, de la politique scolaire du recul des ann&#233;es 1990, le malthusianisme scolaire : hostilit&#233; &#224; la scolarisation du peuple, &#233;loge de l'ignorance, dangers de la b&#226;tardise sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je formule l'hypoth&#232;se suivante : &#224; partir de 1910, il y a un si&#232;cle, le mouvement pour l'&#233;cole unique a repr&#233;sent&#233; une alternative &#224; une politique r&#233;volutionnaire, ensuite et jusqu'&#224; la Lib&#233;ration o&#249; une autre forme se cr&#233;e, la m&#233;ritocratie donne comme perspective la conservation de la soci&#233;t&#233; avec un renouvellement populaire de l'&#233;lite. Les forces sociales dominantes ont fait miroiter aux classes populaires la perspective de certains avantages sociaux et une promotion dans la soci&#233;t&#233; existante, pour les d&#233;tourner de luttes r&#233;volutionnaires, et aussi longtemps qu'&#224; demeur&#233; ce &#171; danger &#187; , la perspective promotionnelle restera d'actualit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussi, malgr&#233; les termes des discours, depuis les ann&#233;es 1990, les lois, celle de 2005 comme celle de 2013, comprises, sont des coquilles vides, m&#234;me si pour certains elles ont encore du sens et cela pour autant qu'elles peuvent faire illusion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Regards sur l'&#233;ducation, les indicateurs de l'OCDE, OCDE, 1995.Le Monde 20/06/1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Le Monde 24/05/1996.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Claude Pair, Colloque de la Cit&#233; des sciences et de l'industrie de la Villette, &quot;L'orientation tout au long de la vie.&quot;, 26-28 septembre. L'orientation face aux mutations du travail, Editions Syros, Paris, 1997, p. 248.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Voir : Parents d'&#233;l&#232;ves, professeurs, Regards crois&#233;s sur l'&#233;ducation. 10 id&#233;es qu'ils voudraient faire entendre. R&#233;sultats d'une rencontre sur le web &#224; l'initiative de la MAIF, s.d. (2012).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Finlande, Su&#232;de : le d&#233;clin des mod&#232;les ?</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article1551</link>
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		<dc:date>2013-03-31T15:09:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nico Hirtt</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233; et s&#233;gr&#233;gation</dc:subject>
		<dc:subject>Finlande</dc:subject>

		<description>Depuis plus de dix ans, le mod&#232;le &#233;ducatif &#171; scandinave &#187; est vant&#233; de par le monde en raison de sa capacit&#233; &#224; concilier un haut niveau de performance moyen dans les test internationaux, avec une faible disparit&#233; sociale des r&#233;sultats : &#171; efficacit&#233; et &#233;quit&#233; &#187; comme on dit aujourd'hui dans le jargon des sciences de l'&#233;ducation. Mais &#224; &#233;tudier l'&#233;volution sur dix ans, la Su&#232;de et la Finlande filent d&#233;sormais un bien mauvais coton : le d&#233;veloppement rapide des march&#233;s scolaires commence en effet &#224; y nuire (...)

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;20. March&#233;s scolaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233; et s&#233;gr&#233;gation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Finlande&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L150xH121/arton1551-3df0b.jpg&quot; width='150' height='121' style='height:121px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis plus de dix ans, le mod&#232;le &#233;ducatif &#171; scandinave &#187; est vant&#233; de par le monde en raison de sa capacit&#233; &#224; concilier un haut niveau de performance moyen dans les test internationaux, avec une faible disparit&#233; sociale des r&#233;sultats : &#171; efficacit&#233; et &#233;quit&#233; &#187; comme on dit aujourd'hui dans le jargon des sciences de l'&#233;ducation. Mais &#224; &#233;tudier l'&#233;volution sur dix ans, la Su&#232;de et la Finlande filent d&#233;sormais un bien mauvais coton : le d&#233;veloppement rapide des march&#233;s scolaires commence en effet &#224; y nuire gravement &#224; l'&#233;quit&#233;, sans pour autant booster la qualit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis la fin des ann&#233;es 90, beaucoup de pays ont mis en place des politiques plus lib&#233;rales en mati&#232;re de recrutement des &#233;coles. C'est notamment le cas de la Finlande et de la Su&#232;de.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Finlande, o&#249; l'affectation des &#233;l&#232;ves aux &#233;coles se faisait de fa&#231;on automatique en fonction du lieu d'habitation, on a commenc&#233; &#224; introduire une certaine &#171; libert&#233; de choix &#187; dans le chef des parents &#224; partir de 1998. Qu'on ne s'y trompe pas : cette libert&#233; n'a toujours rien &#224; voir avec le v&#233;ritable march&#233; scolaire que nous subissons en Belgique. En Finlande les autorit&#233;s locales continuent d'assigner chaque &#233;l&#232;ve &#224; une &#233;cole sp&#233;cifique et ce n'est que dans la mesure o&#249;, au terme de ce processus, il reste des places libres dans l'un ou l'autre &#233;tablissement que les parents ont &#233;ventuellement la possibilit&#233; d'y inscrire leur enfant. C'est en gros le syst&#232;me que l'Aped pr&#233;conise pour la Belgique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, cette libert&#233; de choix, bien qu'encore limit&#233;e, semble avoir suffi pour faire &#233;merger des &#233;coles &#171; s&#233;lectives &#187; dans certains centres urbains. Des recherches men&#233;es au cours des ann&#233;es 2003-2006 ont d&#233;montr&#233; que le choix des parents a conduit &#224; &lt;i&gt;&#171; une forme de s&#233;gr&#233;gation des populations d'&#233;l&#232;ves sur base du niveau d'&#233;ducation des parents, de leur statut socio-&#233;conomique, de leur revenu et ce de fa&#231;on plus marqu&#233;e que ce ne serait le cas avec une simple affectation des &#233;l&#232;ves sur base g&#233;ographique &#187;&lt;/i&gt;. [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='A. West et A. Yl&#246;nen, &#171; Market-Oriented Reforms in School-based Education in (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Su&#232;de avait connu un syst&#232;me &#233;ducatif tr&#232;s progressiste et &#233;galitaire, similaire &#224; celui de la Finlande, jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 90. Mais entre 1991 et 1994, un gouvernement conservateur s'attacha &#224; en saper les fondements au nom de la &#171; libert&#233; de choix &#187; des parents. Il introduisit notamment un syst&#232;me ultra-lib&#233;ral consistant &#224; doter les parents d'un ch&#232;que scolaire qui leur permettait de scolariser leur enfant o&#249; ils le voulaient, dans l'enseignement priv&#233; ou public, subventionn&#233; ou non. Quand la social-d&#233;mocratie revint au pouvoir en 1994, elle ne fit rien pour annuler ces dispositions. Ainsi, le secteur priv&#233; se d&#233;veloppa-t-il progressivement, sous la forme de &#171; free schools &#187;. En 1991, on n'en comptait que 60 ; en 2000, elles &#233;taient 709. Le nombre d'&#233;l&#232;ves des free schools est pass&#233; de 20.000 en 1996 &#224; pr&#232;s de 100.000 en 2010. Diverses &#233;tudes r&#233;alis&#233;es entre 2000 et 2009 ont montr&#233; que cette lib&#233;ralisation de l'enseignement su&#233;dois n'avait en aucune fa&#231;on am&#233;lior&#233; les performances moyennes des &#233;l&#232;ves, contrairement &#224; ce qui avait &#233;t&#233; escompt&#233; par ses promoteurs et contrairement &#224; ce que des &#233;tudes partielles (et sans doute partiales) avaient affirm&#233; dans un premier temps. En revanche, ces &#233;tudes indiquent que &lt;i&gt;&#171; le libre choix de l'&#233;cole en Su&#232;de a augment&#233; la s&#233;gr&#233;gation sociale et ethnique, particuli&#232;rement dans les zones les plus d&#233;favoris&#233;es &#187;&lt;/i&gt;. Selon certains chercheurs, cette augmentation de l'in&#233;galit&#233; pourrait &#234;tre renforc&#233;e par &lt;i&gt;&#171; la tendance &#224; l'individualisation des apprentissages scolaires, qui transf&#232;rent la responsabilit&#233; des professeurs vers les &#233;l&#232;ves. &#187;&lt;/i&gt;. [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='S. Wiborg, &#171; Swedish Free Schools : Do they work ? &#187;, Centre for Learning and (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces &#233;volutions en Finlande et en Su&#232;de &#233;clairent d'une lumi&#232;re tr&#232;s int&#233;ressante une &#233;tude que vient de publier l'OCDE [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='OECD, &#8220;Are Countries Moving Towards More Equitable Education Systems ?,&#8221; (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;], qui analyse l'&#233;volution des syst&#232;mes &#233;ducatifs sur le plan des performances moyennes et de l'&#233;quit&#233; sociale. L'&#233;tude est bas&#233;e sur l'&#233;volution des r&#233;sultats PISA entre 2000 et 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on examine d'abord un instantan&#233; actuel de la situation des pays en mati&#232;re d'&#233;quit&#233; et d'efficacit&#233;, on obtient le graphique ci-dessous (cliquez pour agrandir). Les pays sont rang&#233;s verticalement en fonction des performances moyennes des &#233;l&#232;ves en lecture (en haut les meilleurs, en bas les moins bons) et horizontalement en fonction de l'&#233;cart de performance entre les &#233;l&#232;ves des classes sociales sup&#233;rieures et ceux des classes populaires (&#224; droite, les pays qui pr&#233;sentent une forte disparit&#233; de r&#233;sultats selon l'origine sociale, &#224; gauche les syst&#232;mes &#233;ducatifs les plus &#233;quitables).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_470 spip_documents spip_documents_center'&gt;&lt;a href=&quot;http://www.skolo.org/IMG/jpg/graphique1.jpg&quot; type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L150xH95/graphique1-0d980-d52b4.jpg' width='150' height='95' alt='JPEG' style='height:95px;width:150px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas de surprise &#224; ce stade. La Belgique affiche comme on sait des performances globales assez moyennes et une &#233;norme in&#233;galit&#233; sociale : la plus forte en Europe, apr&#232;s la Bulgarie et la Hongrie. La Finlande a un score global tr&#232;s &#233;lev&#233; et elle est le champion europ&#233;en de l'&#233;quit&#233; (avec les Etats baltes). En revanche, la Su&#232;de a un score plut&#244;t moyen pour les deux indicateurs puisqu'elle se situe pr&#232;s du centre du graphique (l&#224; o&#249; se croisent les moyennes OCDE).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rappelons que jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 90, Su&#232;de et Finlande partageaient des syst&#232;mes &#233;ducatifs &#224; peu pr&#232;s identiques et que la Su&#232;de a commenc&#233; &#224; introduire le libre march&#233; plus t&#244;t et d'une fa&#231;on plus radicale que la Finlande. Or, on est en droit de supposer qu'il faut une dizaine d'ann&#233;es &#8212; la dur&#233;e de scolarisation obligatoire d'une g&#233;n&#233;ration &#8212; pour que les effets de r&#233;formes profondes commencent r&#233;ellement &#224; se faire sentir. On a d'ailleurs vu que la lib&#233;ralisation du march&#233; scolaire en Su&#232;de en 91-94 ne se traduisit que dans les ann&#233;es 2000-2009 par une explosion des &#171; free schools &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussi, l&#224; o&#249; l'&#233;tude de l'OCDE devient r&#233;ellement interpellante c'est lorsqu'elle examine comment les divers syst&#232;mes &#233;ducatifs ont &#233;volu&#233; en dix ans, depuis les premi&#232;res enqu&#234;tes PISA, tant sur le plan des performances globales que sur celui de l'&#233;quit&#233;. Dans le coin inf&#233;rieur droit du second graphique (cliquer pour agrandir) on trouve les pays o&#249; les performances ont particuli&#232;rement diminu&#233; et o&#249; l'in&#233;galit&#233; des r&#233;sultats s'est particuli&#232;rement accrue. Et parmi eux on trouve... la Finlande et la Su&#232;de !&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_471 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.skolo.org/IMG/jpg/graphique2.jpg&quot; title='JPEG - 95.1 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L150xH92/graphique2-4c1ba-68c74.jpg' width='150' height='92' alt='JPEG - 95.1 ko' style='height:92px;width:150px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : depuis la publication des premiers r&#233;sultats PISA en 2000, de nombreux analystes avaient &#233;pingl&#233; les bonnes performances des pays scandinaves, particuli&#232;rement de la Su&#232;de et de la Finlande, notamment sur le plan de l'&#233;quit&#233; de leurs syst&#232;mes d'enseignement. Mais les explications divergeaient. Certains, comme nous-m&#234;mes, y voyaient l'effet d'une politique &#233;ducative fortement r&#233;gul&#233;e, sans march&#233; scolaire. D'autres brandissaient au contraire les r&#233;formes r&#233;centes dans le sens d'une plus grande libert&#233; de choix de parents. Or, quand ont observe (1) que cette d&#233;r&#233;gulation a &#233;t&#233; introduite d'abord et plus radicalement en Su&#232;de qu'en Finlande, (2) que d&#232;s 2000 le syst&#232;me su&#233;dois s'av&#232;re moins &#233;galitaire que le Finlandais et que (3) ces deux pays ont vu leur degr&#233; d'&#233;quit&#233; chuter tr&#232;s fortement depuis 2000, force est de conclure que le &#171; miracle &#233;ducatif &#187; de ces pays doit tout aux syst&#232;mes fortement r&#233;gul&#233;s h&#233;rit&#233;s des ann&#233;es 60-70 et que, &#224; l'inverse, les d&#233;r&#233;gulations r&#233;centes entra&#238;neront &#8212; et entra&#238;nent d'ores et d&#233;j&#224; &#8212; un recul inexorable sur le plan de l'&#233;quit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Finlande exemple &#224; suivre ? Sans doute de moins en moins...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] A. West et A. Yl&#246;nen, &#171; Market-Oriented Reforms in School-based Education in England and Finland &#187;, CESifo DICE Report, no 4, 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] S. Wiborg, &#171; Swedish Free Schools : Do they work ? &#187;, Centre for Learning and Life Chances in Knowledge Economies and Societies- Research Paper, no 18, 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] OECD, &#8220;Are Countries Moving Towards More Equitable Education Systems ?,&#8221; PISA in Focus, vol. 02, 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Eloge statistique des petites classes</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article1550</link>
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		<dc:date>2013-03-22T14:34:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nico Hirtt</dc:creator>


		<dc:subject>Financement</dc:subject>
		<dc:subject>Economie</dc:subject>

		<description>Les lecteurs de l'Ecole d&#233;mocratique connaissent bien l'&#233;tude am&#233;ricaine STAR, sur l'impact p&#233;dagogique du nombre d'&#233;l&#232;ves par classe dans les premi&#232;res ann&#233;es de scolarit&#233;. Trois chercheurs su&#233;dois, Peter Fredriksson, Bj&#246;rn &#214;ckert et Hessel Oosterbeek viennent &#224; leur tour de publier une &#233;tude particuli&#232;rement int&#233;ressante concernant l'effet de la taille des classes dans les trois derni&#232;res ann&#233;es de l'enseignement primaire (4e, 5e et 6e ann&#233;e d'enseignement obligatoire en Su&#232;de). Cette &#233;tude d&#233;montre que cet (...)

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;40. Financement&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;Financement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Economie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton1550-56c87.jpg&quot; width='150' height='113' style='height:113px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les lecteurs de l'Ecole d&#233;mocratique connaissent bien l'&#233;tude am&#233;ricaine STAR, sur l'impact p&#233;dagogique du nombre d'&#233;l&#232;ves par classe dans les premi&#232;res ann&#233;es de scolarit&#233;. Trois chercheurs su&#233;dois, Peter Fredriksson, Bj&#246;rn &#214;ckert et Hessel Oosterbeek viennent &#224; leur tour de publier une &#233;tude particuli&#232;rement int&#233;ressante concernant l'effet de la taille des classes dans les trois derni&#232;res ann&#233;es de l'enseignement primaire (4e, 5e et 6e ann&#233;e d'enseignement obligatoire en Su&#232;de). Cette &#233;tude d&#233;montre que cet effet est important et durable puisqu'ils ont m&#234;me pu en mesurer les cons&#233;quences sur les salaires des ex-&#233;l&#232;ves, &#224; l'&#226;ge de 27-42 ans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves sous &#233;tude appartiennent aux cohortes n&#233;es en Su&#232;de dans les ann&#233;es 1967, 1972, 1977 et 1982. La d&#233;marche originale de l'&#233;tude est bas&#233;e sur une double caract&#233;ristique de l'enseignement su&#233;dois de l'&#233;poque : premi&#232;rement l'attribution automatique de l'&#233;cole en fonction du lieu de r&#233;sidence, deuxi&#232;mement la r&#232;gle du d&#233;doublement automatique &#224; 30 &#233;l&#232;ves par classe. En effet, le nombre de classes ouvertes dans chaque &#233;cole, pour une ann&#233;e d'&#233;tude donn&#233;e, &#233;tait &#233;gale au nombre d'&#233;l&#232;ves divis&#233; par 30 en arrondissant le r&#233;sultat vers l'unit&#233; sup&#233;rieure. Par exemple, pour 73 &#233;l&#232;ves, l'&#233;cole avait droit &#224; 3 classes car 73/30=2,43 que l'on arrondit &#224; 3. Ce qui donne, dans ce cas-ci, deux classes de 24 et une classe de 25. D'autre part, beaucoup de districts su&#233;dois ne comptent qu'une seule &#233;cole primaire. Dans ce cas, en connaissant le lieu o&#249; habitait une personne (son district) et le nombre total d'enfants du m&#234;me &#226;ge dans ce district, on peut en d&#233;duire une estimation raisonnable de la taille des classes qu'il a fr&#233;quent&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait les auteurs de l'&#233;tude ont &#233;tudi&#233; comment &#233;voluaient certaines variables mesurant l'efficience de l'enseignement &#8212; tests de comp&#233;tences &#224; l'&#226;ge de 13 ou 16 ans, dur&#233;e de scolarisation, salaire gagn&#233; &#224; l'&#226;ge adulte &#8212; en fonction du nombre d'&#233;l&#232;ves du m&#234;me &#226;ge dans le district o&#249; une personne avait &#233;t&#233; scolaris&#233;e. On observe alors que les gains engrang&#233;s gr&#226;ce &#224; l'&#233;ducation diminuent progressivement quand le nombre d'&#233;l&#232;ves du district augmente, puis grimpe brutalement lorsqu'on passe le seuil de 30 &#233;l&#232;ves (d&#233;doublement de classe) pour descendre de nouveau progressivement jusqu'au seuil suivant (60 &#233;l&#232;ves) et ainsi de suite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au terme de leur analyse ils aboutissent aux observations suivantes. Une diminution du nombre moyen d'&#233;l&#232;ves par classe de 7 unit&#233;s au cours des trois derni&#232;res ann&#233;es d'enseignement primaire entra&#238;ne :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; une am&#233;lioration des r&#233;sultats scolaires &#224; l'&#226;ge de 16 ans &#233;quivalent &#224; 16,1% d'un &#233;cart type.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; une augmentation de la dur&#233;e moyenne de scolarisation &#233;gale &#224; un tiers d'ann&#233;e (ce qui correspondrait par exemple &#224; une augmentation du nombre d'universitaires &#233;gale &#224; 7% d'une classe d'&#226;ge : c'est &#233;norme !)
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; une augmentation de 4,4% du salaire moyen entre l'&#226;ge de 27 et de 42 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les auteurs de cette &#233;tude sont des &#233;conomistes qui &#233;crivent pour des &#233;conomistes. Et en tant que tels, ils s'int&#233;ressaient davantage au bilan co&#251;t/b&#233;n&#233;fice du nombre d'&#233;l&#232;ves par classe qu'aux bienfaits &#233;ducatifs. &#199;a ne serait sans doute pas notre approche prioritaire. Mais il est tout de m&#234;me int&#233;ressant de noter que, selon leurs calculs, l'investissement public consenti en r&#233;duisant de 5 le nombre d'&#233;l&#232;ves par classe aurait (en termes de salaires) un rendement de 17,8%.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://qje.oxfordjournals.org/content/128/1/249.full&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;L'&#233;tude compl&#232;te peut &#234;tre consult&#233;e ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?article89" class="spip_out"&gt;Nico HIRTT, La preuve par STAR&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'enseignement, comp&#233;tences et intelligence...</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article1549</link>
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		<dc:date>2013-03-17T14:18:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Marchandisation</dc:subject>
		<dc:subject>Missions de l'&#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Belgique</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>Comp&#233;tences</dc:subject>
		<dc:subject>Savoirs</dc:subject>
		<dc:subject>Inscriptions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Apprendre, se former, d&#233;velopper une r&#233;elle intelligence et s'&#233;panouir demandent du temps, de la patience, des efforts et de la dur&#233;e...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Marchandisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Missions de l'&#233;cole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Belgique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Comp&#233;tences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot64" rel="tag"&gt;Savoirs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot102" rel="tag"&gt;Inscriptions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L101xH150/arton1549-15ce5.jpg&quot; width='101' height='150' style='height:150px;width:101px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;intelligence&lt;/i&gt; est la facult&#233; de comprendre les faits, d&#233;couvrir les relations entre les choses, s'adapter aux situations nouvelles. L'intelligence pratique est la capacit&#233; d'agir de mani&#232;re adapt&#233;e aux situations. Le raisonnement et l'analyse, ins&#233;parables de la ma&#238;trise du langage, aboutissent &#224; une connaissance conceptuelle et rationnelle (en opposition avec l'intuition). Une &lt;i&gt;comp&#233;tence&lt;/i&gt; est une connaissance (savoir, savoir-faire, savoir-&#234;tre) mobilisable, tir&#233;e g&#233;n&#233;ralement de l'exp&#233;rience ou de l'apprentissage et n&#233;cessaire &#224; l'exercice d'une activit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Enseignement et comp&#233;titivit&#233; : les comp&#233;tences&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif, &#224; l'heure actuelle, de parler de comp&#233;tences et de socles de comp&#233;tences dans l'enseignement. En effet, ce vocabulaire, d&#233;cortiqu&#233;, analys&#233; et d&#233;clin&#233; presque &#224; l'infini, masque avec efficacit&#233; un r&#233;el probl&#232;me de formation : &#224; l'&#233;cole, on n'apprend pas &#224; penser ou &#224; se d&#233;gager de sa condition sociale, on apprend &#224; &#234;tre comp&#233;tent pour tel ou tel travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut dire que l'&#233;cole actuelle sert la productivit&#233; et non l'intelligence. La remise en question et la gratuit&#233; deviennent d&#233;su&#232;tes, elles ne sont ni admir&#233;es, ni envi&#233;es, l'intelligence parait suspecte dans ce sens qu'elle permet aux individus de penser alors que tout l'ensemble de la soci&#233;t&#233; invite plut&#244;t &#224; consommer, &#224; travailler sans trop de r&#233;flexion sur le sens &#224; donner &#224; cette fa&#231;on de faire. Penser est un acte gratuit. Les cours d'art ou de musique ne font plus ou tr&#232;s peu partie de l'apprentissage de base. De m&#234;me, plus tard, la philosophie et la po&#233;sie ont si peu de place dans les comp&#233;tences requises... Un ing&#233;nieur, tout autant qu'un technicien ou un ouvrier, est soumis aux lois de la comp&#233;titivit&#233; et du commerce, au d&#233;triment de la r&#233;flexion fine, de l'&#233;thique, de la recherche pure. La technique et le profit, seuls, doivent cro&#238;tre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Penser, &#234;tre cr&#233;atif, se montrer intelligent... ces activit&#233;s &#233;mancipatrices demandent un pr&#233;-requis. En effet, comment mettre en oeuvre une r&#233;flexion sans avoir d'abord appris ? Et, bien entendu, un certaine somme de connaissances aide &#224; d&#233;gager un raisonnement. Il faut d'abord connaitre l'histoire, la g&#233;ographie, la biologie, la physique... ensuite seulement, les liens peuvent se tisser. Dans la pratique des socles de comp&#233;tence, on est loin d'accumuler des connaissances. On lit un texte, on le d&#233;cortique, on le manipule, on montre qu'on l'a compris... et ensuite on peut l'oublier !!! Il faut essentiellement retenir comment le traiter pour reproduire la manipulation. On &#233;vite d'apprendre par coeur. On pr&#233;f&#232;re les choix multiples et les attrapes dans les &#233;nonc&#233;s de questions... Un peu comme dans les futurs entretiens d'embauche. L'heure n'est pas &#224; prendre un bain de savoir mais plut&#244;t une douche : l'enseignement est rapide, ti&#232;de et glisse sur les individus, comme une douche. On ne s'y plonge plus, on ne s'y abandonne pas, on le consomme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette consommation m&#234;me entraine un effet pervers : il faut que les &#233;coles pr&#233;sentent un projet et ce projet sera diff&#233;rent selon les &#233;tablissements afin d'avoir le choix... Le consommateur doit pouvoir choisir... Mais cette offre diversifi&#233;e ne se porte pas seulement sur le choix des sciences plut&#244;t que de la litt&#233;rature ou des &#233;tudes techniques ou professionnelles plut&#244;t que g&#233;n&#233;rales. Tr&#232;s vite, sur le terrain, on d&#233;couvre que dans telle &#233;cole, on &quot;passe&quot; plus facilement, dans une autre, les absences et d&#233;crochagesseront trait&#233;es avec plus de laxisme ou, au contraire, un autre &#233;tablissement restera extr&#234;mement strict sur les programmes ou la pr&#233;paration aux &#233;tudes sup&#233;rieures sup&#233;rieures. L'offre porte aussi sur la discipline et l'implication dans les &#233;tudes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; Enseignement et mixit&#233; sociale : le d&#233;cret inscriptions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que se cr&#233;ent les &#233;coles &#233;litistes et les &#233;coles &#224; discrimination positive. Cette derni&#232;re formule signifie souvent : &quot;une &#233;cole o&#249; les professeurs peinent beaucoup pour essayer de garder un niveau acceptable&quot;. D&#233;cid&#233;ment, le vocabulaire de l'enseignement masque bien ses failles et ses manquements. Les parents se rendent d'ailleurs aussi complices de ces diff&#233;rences. Il en est qui feront tout pour que leur enfant suive un enseignement &quot;fort&quot; et de qualit&#233;. D'autres pr&#233;f&#233;reront une &#233;cole o&#249; on les laissera tranquilles. Toujours l'offre et la demande...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mixit&#233; sociale d&#233;pendrait d'un &quot;d&#233;cret inscriptions&quot;. Pendant que le cabinet minist&#233;riel joue avec les chiffres (10% de mixit&#233; en plus par ici, un peu moins par l&#224;...) les parents se pressent aux portes des &#233;coles &quot;qui ont bonne r&#233;putation&quot;. Mais, puisque ces &#233;coles sont toujours les m&#234;mes, pourquoi ne s'en trouve-t-il pas plus qui &quot;copieraient&quot; les modes de fonctionnement qui plaisent tant aux parents, afin d'attirer dans leurs classes ces futurs bons &#233;l&#232;ves ? Il y a probablement plusieurs r&#233;ponses &#224; cette question. Et sans doute ces r&#233;ponses f&#226;cheraient-elles... En effet, on entre l&#224; dans la rivalit&#233; entre les diff&#233;rents r&#233;seaux et leurs diff&#233;rences de fonctionnement. L'enseignement communal, chapeaut&#233; par un &#233;chevin, r&#233;mun&#233;r&#233; pour ce mandat, laissera moins de libert&#233; &#224; son chef d'&#233;tablissement. Il faut bien justifier le poste de l'&#233;chevin. Par contre, dans l'enseignement libre, avec un pouvoir organisateur dont beaucoup de membres sont b&#233;n&#233;voles, on comptera plus sur la responsabilit&#233; de son personnel &#233;ducatif et sur la construction d'&#233;quipes soud&#233;es. Il y a aussi le provincial, qui fonctionne plus &#224; l'autonomie et la communaut&#233; Wallonie-Bruxelles qui d&#233;pend d'une grosse administration directement li&#233;e au cabinet minist&#233;riel. C'est un tabou : on ne remet pas en question toute cette lourdeur administrative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autre lourdeur, celle du statut des professeurs. Des instituteurs, moins bien pay&#233;s que des agr&#233;g&#233;s de l'enseignement secondaire inf&#233;rieur, eux-m&#234;mes moins bien r&#233;mun&#233;r&#233;s que les enseignants ayant obtenu un &quot;master&quot;. Les cours g&#233;n&#233;raux sont mieux r&#233;mun&#233;r&#233;s que les cours de pratique professionnelle ou les cours techniques. Les heures de rem&#233;diations ne sont pas toujours r&#233;mun&#233;r&#233;es, les professeurs ne sont pas syst&#233;matiquement nomm&#233;s comme ils le m&#233;ritent, certains se trouvent sur des places &quot;int&#233;rim&quot; depuis des ann&#233;es. Ce n'est pas une question de qualit&#233; de travail ou de droit, c'est parfois la &quot;faute &#224; pas de chance&quot;. Mais de cela aussi, il est difficile de parler. Il existe enfin une zone de non-droit o&#249;, &#233;tant donn&#233; qu' un chef d'&#233;tablissement d&#233;cide des attributions et de l'horaire de ses professeurs, un chantage sournois survient facilement. La transparence n'est pas toujours de mise, le secret et le respect de la hi&#233;rarchie sont un mode de fonctionnement alors que d'autres &#233;coles travaillent de mani&#232;re plus coll&#233;giale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;sultat est le suivant : apr&#232;s un d&#233;but de carri&#232;re bouscul&#233;, les professeurs qui le peuvent se trouveront dans les &quot;bonnes&quot; &#233;coles et ceux qui n'ont pas le choix (sont-ils aussi les moins bons ? rien n'est moins s&#251;r...) se retrouveront ailleurs. Certes, il y a des exceptions, des champions toutes cat&#233;gories... mais en gros, un professeur d&#233;motiv&#233; ou fatigu&#233; qui se trouve dans une de ces &#233;coles dont les parents sont friands sera pouss&#233; et soutenu par ses coll&#232;gues, par les parents et m&#234;me par ses &#233;l&#232;ves. Dans une &#233;cole plus difficile, il sera encore plus d&#233;motiv&#233;. A quoi bon...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mixit&#233; sociale des professeurs n'est, elle, jamais &#233;voqu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Enseignement et soci&#233;t&#233; : tout et tout de suite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le r&#232;gne de l'imm&#233;diat fait fureur dans notre nouvelle mani&#232;re de vivre. Gr&#226;ce aux t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;s, on est c&#233;l&#232;bre du jour au lendemain, gr&#226;ce aux t&#233;l&#233;phones portables, l'obligation de pr&#233;voir dans la dur&#233;e s'estompe. On se permet de pr&#233;venir au dernier moment, d'informer tout de suite, de diffuser sur les r&#233;seaux, qu'ils soient sociaux ou pas, des informations bidons qui seront bient&#244;t oubli&#233;es. Les modes passent. Peu de choses, au quotidien, s'inscrivent encore dans le long terme. Le d&#233;cret inscription lui-m&#234;me ressemble aux jeux t&#233;l&#233;vis&#233;s : une part de r&#232;glement, une part de chance. Les candidats prendront connaissance du sort qui leur est r&#233;serv&#233; le moment venu. On assiste au d&#233;briefing dans les m&#233;dias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, apprendre, se former, d&#233;velopper une r&#233;elle intelligence et s'&#233;panouir demandent du temps, de la patience, des efforts et de la dur&#233;e... Ce n'est pas un jeu, c'est un travail au quotidien. Tiens, le mot travail... il n'apparait plus beaucoup dans le langage de l'enseignement ?!?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J.M.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>130 participants &#224; la journ&#233;e d'&#233;tude sur l'enseignement secondaire</title>
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		<dc:date>2013-03-08T19:53:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Aped</dc:subject>
		<dc:subject>Belgique</dc:subject>
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		<dc:subject>Enseignement professionnel</dc:subject>

		<description>Samedi 2 mars, 130 personnes ont assist&#233; &#224; Bruxelles &#224; notre journ&#233;e d'&#233;tude sur les r&#233;formes de l'enseignement secondaire. A vrai dire, c'&#233;tait le maximum que pouvait contenir la salle et nous avions d&#251; cl&#244;turer les inscriptions plusieurs jours avant la date du 2 mars. En matin&#233;e, les participants ont pu entendre plusieurs interventions que nous reproduisons ici. Le premier intervenant &#233;tait Romy Aerts, co-pr&#233;sidente de l'Aped, avec une r&#233;flexion sur la question de savoir si notre &#233;cole secondaire (...)

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;40. Activit&#233;s&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Aped&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Belgique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot13" rel="tag"&gt;Enseignement professionnel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L150xH107/arton1545-83256.jpg&quot; width='150' height='107' style='height:107px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Samedi 2 mars, 130 personnes ont assist&#233; &#224; Bruxelles &#224; notre journ&#233;e d'&#233;tude sur les r&#233;formes de l'enseignement secondaire. A vrai dire, c'&#233;tait le maximum que pouvait contenir la salle et nous avions d&#251; cl&#244;turer les inscriptions plusieurs jours avant la date du 2 mars.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En matin&#233;e, les participants ont pu entendre plusieurs interventions que nous reproduisons ici.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier intervenant &#233;tait Romy Aerts, co-pr&#233;sidente de l'Aped, avec une r&#233;flexion sur la question de savoir si notre &#233;cole secondaire offre &lt;a href=&quot;http://www.skolo.org/spip.php?article1543&quot; class='spip_in'&gt;une formation socialement utile&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le deuxi&#232;me intervenant, Paul Robert, nous a montr&#233; comment &lt;a href=&quot;http://www.skolo.org/spip.php?article1542&quot; class='spip_in'&gt;le syst&#232;me &#233;ducatif finlandais parvient &#224; concilier excellence et &#233;quit&#233;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En troisi&#232;me intervenant, Nico Hirtt, membre fondateur de l'Aped, a d&#233;velopp&#233; notre vision d'&lt;a href=&quot;http://www.skolo.org/spip.php?article1541&quot; class='spip_in'&gt;une formation polytechnique pour tous&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malheureusement, Dirk Jacobs, qui devait prendre la parole en matin&#233;e &#224; propos des in&#233;galit&#233;s sociales dans l'&#233;cole belge a &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233; de nous rejoindre en raison de circonstances familiales impr&#233;visibles. Il a &#233;t&#233; remplac&#233; au pied lev&#233; par Nico Hirtt dont l'expos&#233; n'est cependant pas disponible sous forme de texte &#233;crit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi, les participants ont pu choisir entre six ateliers dont les comptes rendus seront publi&#233;s ici plus tard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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