<?xml 
version="1.0" encoding="iso-8859-1"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>L'&#233;cole d&#233;mocratique - De democratische school</title>
	<link>http://www.skolo.org/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>




<item xml:lang="fr">
		<title>Le paradigme europ&#233;en de la connaissance</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article1233</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article1233</guid>
		<dc:date>2010-08-02T17:45:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Laval</dc:creator>



		<description>La construction institutionnelle d'un &#171; espace europ&#233;en de l'&#233;ducation, de la recherche et de l'innovation &#187; s'est r&#233;alis&#233;e en s'appuyant sur un discours tr&#232;s particulier donnant &#224; la connaissance une finalit&#233; strictement &#233;conomique. Ce discours a sa coh&#233;rence, il d&#233;termine un ensemble de r&#233;formes institutionnelles, il coagule des int&#233;r&#234;ts multiples, il impressionne et paralyse d'&#233;ventuels opposants. En un mot, le discours europ&#233;en sur la connaissance (...)

-
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/IMG/arton1233.jpg&quot; width='150' height='150' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La construction institutionnelle d'un &#171; espace europ&#233;en de l'&#233;ducation, de la recherche et de l'innovation &#187; s'est r&#233;alis&#233;e en s'appuyant sur un discours tr&#232;s particulier donnant &#224; la connaissance une finalit&#233; strictement &#233;conomique [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cet article constitue le chapitre 2 de l'ouvrage &#171; La grande (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Ce discours a sa coh&#233;rence, il d&#233;termine un ensemble de r&#233;formes institutionnelles, il coagule des int&#233;r&#234;ts multiples, il impressionne et paralyse d'&#233;ventuels opposants. En un mot, le discours europ&#233;en sur la connaissance s'est progressivement &#233;tabli comme une rationalit&#233; dominante [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous en avons d&#233;j&#224; analys&#233; les grandes lignes dans plusieurs ouvrages (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]. Quels en sont les traits majeurs, les origines diverses, les articulations principales ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La connaissance, la comp&#233;titivit&#233; et l'emploi sont &#233;troitement associ&#233;s dans l'argumentaire europ&#233;en. Il s'agit pour l'Union de construire la &#171; soci&#233;t&#233; cognitive &#187; ou l'&#171; &#233;conomie de la connaissance &#187;. Le Livre blanc de la Commission de 1995 consacr&#233; &#224; la &#171; soci&#233;t&#233; cognitive &#187; cit&#233; plus haut d&#233;finissait ainsi l'objectif &#224; atteindre : &#171; la soci&#233;t&#233; du futur sera une soci&#233;t&#233; qui saura investir dans l'intelligence, une soci&#233;t&#233; o&#249; l'on enseigne et o&#249; l'on apprend, o&#249; chaque individu pourra construire sa propre qualification, en d'autres termes, une soci&#233;t&#233; cognitive &#187;. Ce document r&#233;dig&#233; en commun par les services communautaires de l'&#233;ducation et de l'emploi va servir de base th&#233;orique &#224; la strat&#233;gie de Lisbonne. On sait que cette derni&#232;re donnera la formule cl&#233; de cette rationalit&#233; g&#233;n&#233;rale : il s'agit de faire de l'Europe &#171; l'&#233;conomie de la connaissance la plus comp&#233;titive et la plus dynamique du monde &#187;, ce qui passe par la constitution d'un &#171; espace europ&#233;en de l'&#233;ducation et de la formation tout au long de la vie [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Communication de la communaut&#233; europ&#233;enne, R&#233;aliser un espace europ&#233;en (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois dimensions majeures et compl&#233;mentaires d&#233;finissent le nouveau paradigme europ&#233;en de la connaissance. Sur le plan conceptuel, nous avons affaire &#224; une instrumentalisation radicale du savoir, selon une version ultra-utilitariste assez in&#233;dite dans l'histoire des id&#233;es. Sur le plan institutionnel, nous aurions affaire si ce mod&#232;le de r&#233;f&#233;rence devait venir &#224; se r&#233;aliser compl&#232;tement &#224; une subordination totale des &#233;tablissements scolaires, universitaires et des centres de recherche, qui devraient tous &#234;tre r&#233;gis par le principe &#233;conomique g&#233;n&#233;ral de la concurrence et ordonn&#233;s aux imp&#233;ratifs de comp&#233;titivit&#233;. Sur le plan de l'organisation interne et de la r&#233;gulation des syst&#232;mes scolaires, sont mis en place des outils sp&#233;cifiques qui rel&#232;vent de ce que Michel Foucault a caract&#233;ris&#233; comme la gouvernementalit&#233; proprement n&#233;olib&#233;rale, et qui visent &#224; organiser un &#171; environnement &#187; et des syst&#232;mes d'incitation susceptibles d'engendrer des comportements et des subjectivit&#233;s orient&#233;s vers la concurrence, la performance, le gain personnel. La strat&#233;gie mise en &#339;uvre par les r&#233;formes successives consiste d&#233;sormais &#224; favoriser l'accumulation d'un &#171; capital humain &#187; individuel &#171; tout au long de la vie &#187; afin que la hausse des comp&#233;tences qui en d&#233;coulera engendre une augmentation de la croissance potentielle europ&#233;enne et une plus grande comp&#233;titivit&#233; mondiale. Conform&#233;ment &#224; l'individualisme concurrentiel qui sous-tend cette strat&#233;gie, l'investissement de chacun dans sa propre &#233;ducation, consid&#233;r&#233;e comme une accumulation de biens personnels, privatifs et rentables, conduit, comme par une &#171; main invisible &#187; &#224; l'augmentation de la comp&#233;titivit&#233; &#233;conomique nationale et europ&#233;enne.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une th&#233;orie &#233;conomique de la connaissance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation est ainsi devenue synonyme de formation du &#171; capital humain &#187; indispensable &#224; l'&#233;conomie comp&#233;titive. Cette conception de l'&#233;ducation est solidaire d'une th&#233;orie de la connaissance. &#171; L'&#233;conomie de la connaissance &#187; implique une red&#233;finition strictement &#233;conomique de la connaissance. Celle-ci est projet&#233;e dans le discours europ&#233;en sous la forme d'un triangle, dont les sommets sont la recherche, l'enseignement et l'innovation. Loin d'&#234;tre d&#233;composable en parties ind&#233;pendantes, le &#171; triangle de la connaissance &#187; compose un tout qui est command&#233; par l'un des sommets du triangle : l'innovation, condition premi&#232;re de la comp&#233;titivit&#233;. C'est que la connaissance ne vaut pas par elle-m&#234;me. Elle vaut par sa fonction et sa finalit&#233;, en tant que facteur d&#233;cisif dans la comp&#233;tition &#233;conomique mondiale. Elle est une donn&#233;e &#224; exploiter, d&#232;s le d&#233;part inform&#233;e par les usages &#233;conomiques que l'&#233;conomie peut en faire. D'o&#249; la r&#233;interpr&#233;tation de la recherche qui la cr&#233;e et de l'&#233;ducation qui la transmet comme des activit&#233;s proprement &#233;conomiques. Il suffit pour s'en rendre compte de citer l'un des tr&#232;s nombreux textes de la Commission ou du Conseil traitant de l'&#233;ducation. Dans un rapport conjoint du Conseil des ministres et de la Commission, une liste de &#171; dix messages cl&#233;s &#187; est dress&#233;e, qui commence ainsi : &#171; Les ressources humaines constituent la principale richesse de l'UE. Elles sont au c&#339;ur de la cr&#233;ation et de la transmission des connaissances et sont un &#233;l&#233;ment d&#233;cisif du potentiel d'innovation de chaque soci&#233;t&#233;. L'investissement dans l'&#233;ducation et la formation est un facteur d&#233;terminant en mati&#232;re de comp&#233;titivit&#233;, de croissance durable et d'emploi dans l'Union et constitue de ce fait un pr&#233;alable pour atteindre les objectifs &#233;conomiques, sociaux et environnementaux que l'UE s'est fix&#233;s &#224; Lisbonne. De m&#234;me, il est essentiel de renforcer les synergies et la compl&#233;mentarit&#233; entre l'&#233;ducation et d'autres domaines d'action tels que l'emploi, la recherche et l'innovation et la politique macro&#233;conomique [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Conseil de l'Union europ&#233;enne, &#201;ducation et formation 2010, (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]. &#187; Mais mieux encore, ou de fa&#231;on plus crue, l'association de grands patrons europ&#233;ens a formul&#233; ainsi la mani&#232;re dont il fallait regarder d&#233;sormais l'&#233;ducation : &#171; L'&#233;ducation doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un service rendu au monde &#233;conomique [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Rapport de l'ERT, &#171; Education for Europeans. Towards the Learning (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]. &#187;
Si l'on veut faire la g&#233;n&#233;alogie intellectuelle de cette conception &#233;conomique de la connaissance et de l'&#233;ducation, on pourrait rep&#233;rer plusieurs voies qui y ont conduit. La Commission a d'abord largement emprunt&#233; aux &#233;laborations d'autres organisations internationales, et en particulier &#224; celles de l'OCDE qui a fait du &#171; capital humain &#187; une probl&#233;matique centrale depuis les ann&#233;es 1960. Cette organisation des pays les plus riches a par ailleurs renouvel&#233; ses r&#233;f&#233;rences par le &#171; n&#233;o-schump&#233;t&#233;risme &#187; qui s'est r&#233;pandu partout dans les ann&#233;es 1980. Les th&#233;ories dites de la croissance endog&#232;ne se retrouvent &#233;galement en bonne place dans l'argumentaire dans la mesure o&#249; elles font de l'auto-apprentissage des salari&#233;s et des processus cumulatifs d'innovation des &#233;l&#233;ments cl&#233;s de la croissance. Enfin, le discours europ&#233;en a puis&#233; dans les th&#233;ories n&#233;oclassiques du ch&#244;mage pour forger son discours sur l'&#171; employabilit&#233; &#187; des salari&#233;s. Le ch&#244;mage est essentiellement li&#233; au mauvais fonctionnement des m&#233;canismes du march&#233; du travail du fait de sa trop grande rigidit&#233;. La solution de ce &#171; dysfonctionnement &#187; doit venir d'une &#171; flexibilisation &#187; des r&#232;gles d'embauche et de licenciement et d'une plus grande rapidit&#233; dans l'adaptation des salari&#233;s aux changements &#233;conomiques [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Gilles Raveaud, &#171; Au c&#339;ur de la strat&#233;gie europ&#233;enne pour (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'apprentissage &#224; vie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'&#171; apprentissage tout au long de la vie &#187; (Lifelong learning, LLL), d&#233;velopp&#233; par l'OCDE, est au centre du paradigme &#233;conomique de la connaissance. Il implique, selon certains de ses promoteurs, la n&#233;cessit&#233; d'une refonte du syst&#232;me d'enseignement : ce dernier ne doit plus &#234;tre regard&#233; comme une institution formelle dont l'action ne concernerait qu'une classe d'&#226;ge. Les &#171; travailleurs cognitifs &#187; doivent apprendre tout au long de leur existence pour r&#233;pondre aux constants changements technologiques et entretenir leur &#171; employabilit&#233; &#187;, ce qui suppose d'organiser des parcours d'apprentissage continu et des dispositifs d'&#171; activation de l'emploi &#187; afin qu'ils soient incit&#233;s &#224; recycler en permanence leurs comp&#233;tences [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='On aurait tort de croire &#224; une nouveaut&#233; radicale. L&#234; Th&#224;nh Kh&#244;i, dans (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]. Plus encore, l'apprentissage doit se confondre le plus possible avec le travail, lequel devient &#171; apprenant &#187;. Si, avec le th&#232;me de la formation tout au long de la vie, on pouvait croire &#224; un retour des grands id&#233;aux de l'otium antique, on a en r&#233;alit&#233; affaire &#224; l'exact oppos&#233;. L'apprentissage est une dimension du travail, comme le travail est une dimension de la formation, ce qu'atteste la pr&#233;dominance de cat&#233;gories hybrides comme celles de comp&#233;tences qui appartiennent autant au champ &#233;ducatif qu'au champ de la production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La notion d'&#171; apprentissage tout au long de la vie &#187; permet de penser la liaison entre la r&#233;vision p&#233;riodique des comp&#233;tences des travailleurs et la flexibilit&#233; des modes d'acquisition des savoirs correspondant aux mutations technologiques et &#233;conomiques [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Le M&#233;morandum sur l'&#233;ducation et la formation tout au long de la vie (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]. La formation ne sera jamais plus enferm&#233;e et limit&#233;e dans des institutions closes, elle sera un apprentissage &#224; vie, jamais termin&#233;, toujours en &#233;volution, du &#171; berceau &#224; la tombe &#187;. Cette conception conduit &#224; la mise en place d'un syst&#232;me de formation flexible, individualis&#233;, adapt&#233; aux situations complexes et changeantes impos&#233;es par le nouveau capitalisme. Dans la &#171; soci&#233;t&#233; cognitive &#187; et l'&#171; &#233;conomie de la connaissance &#187;, le &#171; processus &#187; de formation sera donc n&#233;cessairement &#233;valu&#233; en permanence pour conna&#238;tre en chaque instant le volume et la nature des comp&#233;tences achet&#233;es par l'employeur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce processus continu de formation-&#233;valuation ne se confond pas avec la d&#233;finition institutionnelle de l'enseignement et de la formation professionnelle. La formation doit se faire au travers de multiples apprentissages, dans les situations les plus vari&#233;es. Les institutions &#171; formelles &#187; qui dispensent traditionnellement cette &#233;ducation ne sont que des &#171; partenaires &#187; possibles et parmi d'autres de la formation du &#171; capital humain &#187;. Les &#171; formes d'apprentissage &#224; vie &#187; doivent se succ&#233;der ou s'enchev&#234;trer de fa&#231;on &#224; la fois souple et complexe dans une &#171; structure de l'offre de formation &#187; diversifi&#233;e [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 9. &#171; Il est admis que l'apprentissage se d&#233;roule dans de (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]. Cette combinaison passe par &#171; l'ouverture de l'&#233;cole &#187; aux entreprises. Le M&#233;morandum europ&#233;en sur l'&#233;ducation et la formation tout au long de la vie (octobre 2000) a d&#233;velopp&#233; la notion de &#171; lifewide learning &#187;, c'est-&#224;-dire d'&#171; apprentissage embrassant tous les aspects de la vie &#187;. Il d&#233;finissait plusieurs modes d'acquisition des savoirs possibles : l'&#233;ducation formelle (l'&#233;cole), l'&#233;ducation non formelle (l'exp&#233;rience professionnelle) et l'&#233;ducation informelle (l'exp&#233;rience sociale). On voit par l&#224; que cette d&#233;sp&#233;cialisation peut aller de pair avec une mise en march&#233; d'une grande partie de l'appareil de formation pour mieux r&#233;pondre &#224; une demande diversifi&#233;e et variable. Le secteur formel de la formation initiale doit doter le jeune d'un &#171; paquet de comp&#233;tences de base &#187; ou d'un &#171; socle de comp&#233;tences cl&#233;s &#187;, selon les expressions employ&#233;es par la Commission europ&#233;enne, qui ne prend sens que par rapport au processus continu d'apprentissage &#224; vie. Il ne s'agit pas seulement de d&#233;finir un niveau minimal d'employabilit&#233;, il s'agit &#233;galement de donner aux jeunes la capacit&#233; d'&#171; apprendre &#224; apprendre &#187; dans les contextes productifs et les situations sociales variables dans lesquels il se trouvera. L'apprentissage &#224; vie suppose la mise en place de dispositifs nouveaux comme le &#171; livret individuel des comp&#233;tences &#187;, en compl&#233;ment voire &#224; la place des dipl&#244;mes, jug&#233;s trop rigides et trop d&#233;pendants des institutions formelles. Le livret ou portefeuille de comp&#233;tences, ouvert &#224; la naissance de l'enfant, pourra suivre &#171; l'apprenant &#187; tout au long de sa vie et enregistrer de fa&#231;on &#224; les objectiver les comp&#233;tences de base n&#233;gociables sur le march&#233; (marketable skills), mesurant ainsi son adaptabilit&#233; &#224; ses besoins et d&#233;finissant avec pr&#233;cision sa valeur productive aux yeux de l'employeur. Les technologies de l'information et de la communication dont on fait grand cas en Europe doivent permettre le suivi de chaque individu le long de sa formation et la constitution de bases de donn&#233;es tr&#232;s riches et tr&#232;s utiles pour les employeurs sur le &#171; capital humain &#187; de chacun. L'&#233;dification des grands fichiers de la population scolaire en France de type &#171; Bases &#233;l&#232;ves &#187; pourrait &#224; terme, selon cette m&#234;me logique, devenir l'un des outils du &#171; contr&#244;le continu &#187; de l'apprenant perp&#233;tuel.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'employabilit&#233; comme entreprise de soi-m&#234;me&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau paradigme &#233;ducatif participe d'une conception de la formation de la main-d'&#339;uvre qui r&#233;pond &#224; trois exigences : la remise dans le circuit de l'emploi des travailleurs inadapt&#233;s, la flexibilit&#233; de l'emploi, la mobilit&#233; intraeurop&#233;enne des travailleurs. Il est ins&#233;parable d'une th&#233;orie du ch&#244;mage d'inspiration n&#233;o-classique qui sous-tend la Strat&#233;gie europ&#233;enne pour l'emploi (SEE) inaugur&#233;e en 1997 &#224; Luxembourg.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'employabilit&#233; renvoie bien s&#251;r &#224; la capacit&#233; pour le salari&#233; de vendre sa force de travail. Mais elle comporte une signification sp&#233;cifique. C'est &#224; chacun d'assumer individuellement la mise &#224; jour de cette capacit&#233;, c'est &#224; chacun d'en supporter les co&#251;ts, d'en porter la responsabilit&#233;. Elle est ins&#233;parable de la notion de march&#233;. Comme le montre Alain Supiot en d&#233;composant le mot, &#171; l'employabilit&#233; consiste, au sens &#233;tymologique, &#224; plier les hommes dans les besoins des march&#233;s [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Alain Supiot, L'esprit de Philadelphie. La justice sociale face au (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;] &#187;. Et c'est bien d'ailleurs ce qu'indique la d&#233;finition qu'en donne la Commission : &#171; Une personne est employable quand elle poss&#232;de les caract&#233;ristiques, qualifications, ou comp&#233;tences n&#233;gociables sur le march&#233; (marketable skills), qui sont consid&#233;r&#233;es sur le march&#233; du travail comme des conditions n&#233;cessaires &#224; l'embauche [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Cit&#233; par Alain Supiot, op. cit., p. 142, note 5.' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]. &#187;
L'employabilit&#233; et l'apprentissage &#224; vie sont des notions compl&#233;mentaires, qui concordent tr&#232;s bien avec les caract&#233;ristiques du nouveau capitalisme. Celui-ci suppose que les individus se prennent en main pour se former en permanence sous l'incitation du march&#233; de l'emploi flexibilis&#233;. L&#224; encore, c'est m&#234;me par une sorte de &#171; main invisible &#187; d'un genre nouveau que s'harmoniseront les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s et l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral : &#171; Pour l'individu, apprendre tout au long de sa vie, c'est d&#233;velopper sa cr&#233;ativit&#233;, son esprit d'initiative, et sa capacit&#233;d'adaptation &#8211; qualit&#233;s qui contribuent &#224; l'&#233;panouissement personnel, &#224; l'accroissement des gains et &#224; l'emploi, ainsi qu'&#224; l'innovation et &#224; la productivit&#233;. Les qualifications et les comp&#233;tences de la main-d'&#339;uvre sont un facteur d&#233;terminant pour tous les r&#233;sultats &#233;conomiques [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='OCDE, Analyse des politiques d'&#233;ducation, 1997.' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]. &#187; Protection individuelle contre le risque du ch&#244;mage et capacit&#233; d'innovation des entreprises convergent naturellement. Ce nouveau paradigme est aussi li&#233; &#224; une conception du gouvernement du sujet productif qui doit &#234;tre &#171; responsabilis&#233; &#187; en mati&#232;re d'apprentissage, condition pour lui d'un bon parcours professionnel et d'une plus grande s&#233;curit&#233; face &#224; l'emploi [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme l'indique l'OCDE, cette notion &#171; est en ad&#233;quation avec (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce nouveau paradigme s'articule avec les conceptions n&#233;olib&#233;rales du Workfare, visant &#224; rendre &#171; actif &#187; le ch&#244;meur et, plus g&#233;n&#233;ralement, le salari&#233; constamment expos&#233; au risque du ch&#244;mage par inadaptation de ses comp&#233;tences. L'apprentissage &#224; vie appara&#238;t &#224; cet &#233;gard comme une obligation de survie sur le march&#233; du travail flexibilis&#233;. On peut s'&#233;tonner &#224; cet &#233;gard que cette conception et les cons&#233;quences qu'elle implique soient l'objet d'une approbation globale de la Conf&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des syndicats (CES). Dans une d&#233;claration du 19 mai 2006, cette derni&#232;re reprenait &#224; son compte l'ensemble du cadre d'analyse de la politique europ&#233;enne en mati&#232;re de lutte contre le ch&#244;mage : &#171; Afin de r&#233;pondre &#224; ces d&#233;fis, de lever les obstacles &#224; la comp&#233;titivit&#233; des entreprises et d'augmenter l'employabilit&#233; des travailleurs, les partenaires sociaux europ&#233;ens ont d&#233;cid&#233; en 2002 de coordonner leur action dans le domaine de l'apprentissage tout au long de la vie. Qu'est-ce qui est en jeu ? Si l'Europeveutavoirl'&#233;conomieetlasoci&#233;t&#233; &#8211; bas&#233;essurles connaissances &#8211; la plus comp&#233;titive au monde, le d&#233;veloppement des comp&#233;tences est essentiel. &#187; Le rapport d'&#233;valuation r&#233;dig&#233; conjointement par les organisations patronales et syndicales europ&#233;ennes exprime le niveau de consensus qui r&#232;gne parmi les &#171; partenaires sociaux &#187; pour transformer les syst&#232;mes de formation dans le sens d'une adaptation toujours plus &#233;troite des cursus aux besoins des entreprises afin de r&#233;duire le ch&#244;mage [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='www.etuc.org/a/2380 ?var_rech... (ETUC est l'acronyme anglais de la (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon le M&#233;morandum sur l'&#233;ducation et la formation, &#171; l'optimisation de l'employabilit&#233; &#187; des salari&#233;s suppose que tout actif soit le sujet de son propre apprentissage, qu'il soit &#171; entrepreneur de lui-m&#234;me &#187; selon la formule typiquement n&#233;olib&#233;rale. L'&#233;cole ou l'Universit&#233; n'ont plus &#224; lui dicter son cursus, c'est &#224; lui de d&#233;finir son parcours selon le principe du libre choix dans un contexte concurrentiel : &#171; La volont&#233; individuelle d'apprendre et la diversit&#233; de l'offre, telles sont les ultimes conditions indispensables &#224; une mise en &#339;uvre r&#233;ussie de l'&#233;ducation et la formation tout au long de la vie. &#187; Et le M&#233;morandum ajoute : &#171; Au sein des soci&#233;t&#233;s de la connaissance, le r&#244;le principal revient aux individus eux-m&#234;mes. Le facteur d&#233;terminant est cette capacit&#233; qu'a l'&#234;tre humain de cr&#233;er et d'exploiter des connaissances de mani&#232;re efficace et intelligente, dans un environnement en perp&#233;tuelle &#233;volution. &#187; Derri&#232;re des propos triviaux, on retrouve la mani&#232;re proprement n&#233;olib&#233;rale du gouvernement des sujets immerg&#233;s dans un espace de concurrence. Le sujet est conduit &#224; se responsabiliser et &#224; calculer les avantages et les co&#251;ts de son apprentissage regard&#233; comme un investissement plus ou moins rentable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En tant que futur &#171; travailleur cognitif &#187;, l'&#171; apprenant-entrepreneur &#187; doit d&#233;velopper ses propres capacit&#233;s d'information sur le march&#233; des formations et ses propres comp&#233;tences de calcul de rentabilit&#233; de ses investissements &#233;ducatifs. Mais il doit pouvoir compter sur des &#171; techniques de soi &#187; qui remplacent les formes trop ouvertement prescriptives de l'institution autoritaire. Si c'est le sujet qui doit savoir ce qui est bon pour lui, pour d&#233;sirer aller de lui-m&#234;me dans une direction d&#233;termin&#233;e, il est en droit de recevoir l'aide d'informateurs, de guides, de coachs qui l'aideront &#224; se conduire au mieux dans la comp&#233;tition. Le M&#233;morandum compare ainsi le m&#233;tier d'orientateur &#224; celui d'un courtier en Bourse : &#171; Le futur r&#244;le des professionnels de l'orientation et du conseil pourrait &#234;tre d&#233;crit comme un r&#244;le de &#8220;courtage&#8221;. Gardant pr&#233;sents &#224; l'esprit les int&#233;r&#234;ts du client, le &#8220;courtier en orientation&#8221; est capable d'exploiter et d'adapter un vaste &#233;ventail d'informations qui l'aident &#224; d&#233;cider de la meilleure voie &#224; suivre &#224; l'avenir [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#233;morandum, p. 33.' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]. &#187; On remarquera que les dispositifs formels de l'&#233;ducation s'en trouvent profond&#233;ment chang&#233;s. La transmission des savoirs ne prime plus, c'est la formation de l'individu flexible, habitu&#233; &#224; s'orienter par lui-m&#234;me dans un univers de choix permanent et de comp&#233;tition, &#224; s'informer des opportunit&#233;s qui se pr&#233;sentent &#224; lui. Par un glissement significatif, la connaissance est assimil&#233;e &#224; une &#171; information utile &#187;. Les r&#233;formes des syst&#232;mes scolaires et universitaires centr&#233;es sur l'&#171; orientation active &#187; sont des bons indices de cette mutation cens&#233;e pr&#233;parer les futurs salari&#233;s &#224; leur &#171; responsabilisation &#187; individuelle sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le capital humain&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le concept de &#171; capital humain &#187; est extr&#234;mement important dans une conception que l'on peut dire proprement capitaliste de la connaissance. Ce concept a une origine pr&#233;cise. Si Staline avait parl&#233; de l'homme comme du &#171; capital le plus pr&#233;cieux &#187;, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1960, c'est principalement &#224; Gary Becker que le terme doit son succ&#232;s dans la litt&#233;rature &#233;conomique comme dans toutes les sph&#232;res administratives et politiques. Pour cet &#233;conomiste n&#233;oclassique am&#233;ricain, le &#171; capital humain &#187; est un bien priv&#233; procurant un revenu. Il est constitu&#233; d'un ensemble de ressources propres que l'individu cherche &#224; accro&#238;tre tout au long de son existence pour augmenter sa productivit&#233;, ses revenus et d'autres avantages personnels. Selon l'OCDE, le &#171; capital humain &#187; rassemblerait &#171; les connaissances, les qualifications, les comp&#233;tences et caract&#233;ristiques individuelles qui facilitent la cr&#233;ation du bien-&#234;tre personnel, social et &#233;conomique [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='OCDE, Du bien-&#234;tre des nations, le r&#244;le du capital humain et social, 2001, (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;] &#187;. Mais le &#171; capital humain &#187; ne se d&#233;finit pas tant par la nature pr&#233;cise de ses composantes, que par la mani&#232;re dont le march&#233; valorise certains atouts poss&#233;d&#233;s par les individus. C'est la logique de la valeur qui s&#233;lectionne, hi&#233;rarchise, codifie et fa&#231;onne les atouts en question : qualifications acquises dans le syst&#232;me de formation ou dans l'exp&#233;rience professionnelle, mais aussi &#226;ge, sexe, beaut&#233; physique, couleur de peau, civilit&#233;, mani&#232;re d'&#234;tre et de penser, &#233;tat de sant&#233;, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &#171; capital humain &#187;, comme le terme veut l'indiquer, est un stock cumulable, du fait des connaissances pratiques qui le constituent et qui peuvent augmenter par les apprentissages et l'exp&#233;rience professionnelle. C'est ce que les &#233;conomistes entendent signifier quand ils le d&#233;finissent comme &#171; le stock de connaissances valorisables &#233;conomiquement et incorpor&#233;es aux individus &#187; [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Dominique Guellec et Pierre Ralle, Les nouvelles th&#233;ories de la (...)' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;]. L'effort en vue d'accumuler du &#171; capital humain &#187; d&#233;pend enti&#232;rement du taux de rendement esp&#233;r&#233;. C'est ce gain qui est l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif du choix d'investissement. Selon cette conception radicale de l'homme &#233;conomique, le financement de l'investissement doit d&#233;pendre des gains attendus. En fonction de l'importance relative de ces derniers, le financement doit &#234;tre r&#233;parti entre l'&#201;tat, l'entreprise et l'individu. Dans la doctrine n&#233;oclassique, l'&#201;tat doit participer au financement eu &#233;gard aux &#171; externalit&#233;s positives &#187; de la connaissance pour toute la collectivit&#233;, c'est-&#224;-dire en proportion de toutes les cons&#233;quences b&#233;n&#233;fiques qu'elle tire de l'&#233;l&#233;vation du niveau de comp&#233;tences des individus. Mais il doit faire en sorte que, par la mise en place d'un march&#233; de la formation et par l'&#233;dification d'une structure de financement ad&#233;quate, les individus supportent effectivement les co&#251;ts d'une formation qui augmente d'abord un capital individuel et des revenus futurs personnels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On voit par l&#224; que l'usage de cette notion participe d'une conception r&#233;ductrice de la formation essentiellement consid&#233;r&#233;e comme source de gains individuels pour le salari&#233; et de gains de productivit&#233; pour l'entreprise. En ce sens, elle est strictement homologue &#224; l'usage qui est fait de l'innovation dans le champ de la recherche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette notion de &#171; capital humain &#187; est omnipr&#233;sente dans le discours europ&#233;en et elle a une port&#233;e structurante pour l'organisation institutionnelle des syst&#232;mes &#233;ducatifs. La conception du &#171; capital humain &#187; d&#233;velopp&#233;e par l'OCDE et la Commission europ&#233;enne dans les ann&#233;es 1990 est une version dure de la notion, alors que &#8211; par un quiproquo soigneusement entretenu &#8211; le discours politique &#224; l'adresse de l'ext&#233;rieur continue de laisser penser qu'il n'est question que d'&#171; investissement dans le savoir &#187;, en particulier d'origine publique, ce qui a permis par exemple l'adh&#233;sion des syndicats europ&#233;ens. Du berceau &#224; la tombe, le nouveau travailleur europ&#233;en doit augmenter son &#171; capital &#187; personnel en &#171; comp&#233;tences &#187;, afin de maintenir en &#233;tat et surtout d'accro&#238;tre son &#171; employabilit&#233; &#187;. Mais dire les choses ainsi, c'est encore concevoir le rapport salari&#233; &#171; &#224; l'ancienne &#187;. Le travailleur doit pr&#233;cis&#233;ment convertir sa subjectivit&#233; de salari&#233; en une subjectivit&#233; de capitaliste dont les actifs sont ses propres comp&#233;tences qu'il doit rentabiliser sur le march&#233; de l'emploi. C'est la conception qui inspire &#171; l'&#233;ducation tout au long de la vie &#187; et la r&#233;forme de l'Universit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les cons&#233;quences pratiques les plus visibles de cette conception sont l'augmentation assez g&#233;n&#233;rale en Europe comme ailleurs des droits d'inscription universitaire. Dans un contexte de contrainte budg&#233;taire, l'OCDE, la Banque mondiale et la Commission ont press&#233; les gouvernements &#224; solliciter beaucoup plus les sources priv&#233;es de financement des m&#233;nages et des entreprises. La tendance g&#233;n&#233;rale est &#224; la privatisation accrue d'un financement support&#233; de plus en plus par les familles et les &#233;tudiants. Comme le note l'OCDE, &#171; entre 1995 et 2006, [...] selon la moyenne calcul&#233;e sur la base des 18 pays de l'OCDE dont les donn&#233;es tendancielles sont disponibles, la part du financement public des &#233;tablissements d'enseignement tertiaire a l&#233;g&#232;rement r&#233;gress&#233; : elle est pass&#233;e de 78 % en 1995 [...] &#224; 72 % en 2006. Cette diminution s'explique essentiellement par une tendance qui s'observe dans des pays non europ&#233;ens, &#224; savoir des frais de scolarit&#233; plus &#233;lev&#233;s et une plus grande participation des entreprises au financement des &#233;tablissements d'enseignement tertiaire [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='footnote' title='OCDE, Regards sur l'&#233;ducation 2009, p. 236.' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La comp&#233;tence&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les notions que nous venons d'analyser gravitent toutes autour d'un noyau central : la &#171; comp&#233;tence &#187;. Le discours de l'&#233;cole et sur l'&#233;cole a &#233;t&#233; envahi par cette notion prolif&#233;rante et polys&#233;mique. Elle impr&#232;gne tous les discours, toutes les analyses. M&#234;me la connaissance et les savoirs ne peuvent plus &#234;tre r&#233;fl&#233;chis en dehors d'elle. Si l'on peut la comprendre dans des sens diff&#233;rents et si elle peut s'inscrire dans des contextes de pens&#233;e et d'action distincts, la notion est aujourd'hui utilis&#233;e selon une conception strictement &#233;conomique de l'&#233;ducation qui rel&#232;ve d'un utilitarisme &#233;troit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Associ&#233;e aux notions d'&#171; apprentissage tout au long de la vie &#187;, d'&#171; employabilit&#233; &#187; et de &#171; capital humain &#187;, cette notion a une port&#233;e strat&#233;gique dans le dispositif europ&#233;en. La &#171; comp&#233;tence &#187; est d&#233;finie comme une capacit&#233; &#224; r&#233;aliser une t&#226;che &#224; l'aide d'outils mat&#233;riels et/ou d'instruments intellectuels. Elle se d&#233;finit donc par un aspect pratique, op&#233;rationnel, &#224; la diff&#233;rence de la notion rivale de connaissance. En ce sens, elle permet la jonction entre les champs &#233;conomique et scolaire, ainsi que la domination symbolique et politique du premier sur le second. Avec elle, la dimension scolaire perd sa sp&#233;cificit&#233;, l'institution perd son autonomie. Les contenus et les m&#233;thodes d'enseignement, les &#233;valuations, les parcours des &#171; apprenants &#187; depuis leurs premiers pas dans l'&#233;cole sont red&#233;finis &#224; partir de cette cat&#233;gorie, comme le montre la mise en place du livret &#233;lectronique des comp&#233;tences d&#232;s l'&#233;cole maternelle. Elle permet de r&#233;interpr&#233;ter le travail sp&#233;cifique de l'institution scolaire dans les termes de l'action productive et de gommer ainsi toute dimension &#233;ducative autre que la destination utile, rentable, mesurable des acquisitions scolaires. Elle permet &#233;galement de cr&#233;er un syst&#232;me d'&#233;quivalences, indispensable dans la perspective de l'apprentissage &#224; vie, entre ce qui est le fait de l'institution scolaire et ce qui est acquis en dehors, en particulier dans le travail. La &#171; comp&#233;tence &#187; ne s'apprend pas n&#233;cessairement comme la connaissance. Elle ne suppose m&#234;me pas une institution scolaire et universitaire sp&#233;cifique. Elle est donc particuli&#232;rement adapt&#233;e au paradigme de l'apprentissage &#224; vie et &#224; la diversit&#233; de ses modalit&#233;s. En ce sens, elle participe non seulement &#224; la domination de la logique &#233;conomique, mais elle contribue aussi &#224; la d&#233;sinstitutionnalisation des instances de formation, et ce d'autant qu'elle est &#233;troitement connect&#233;e avec l'exigence de flexibilit&#233; demand&#233;e aux travailleurs dans la &#171; soci&#233;t&#233; de l'information &#187;. C'est une notion qui, dans le
Le paradigme europ&#233;en de la connaissance discours europ&#233;en, permet d'assurer l'h&#233;t&#233;ronomie de l'&#233;cole et de l'Universit&#233;, sa d&#233;pendance aux normes impos&#233;es par le march&#233; de l'emploi flexibilis&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce point est &#233;videmment essentiel et permet de mieux comprendre la port&#233;e des r&#233;formes en cours dans le syst&#232;me &#233;ducatif et la nature des illusions qu'elles v&#233;hiculent. Dans le discours europ&#233;en, les &#171; comp&#233;tences de base &#187; traduisent le mot anglais skills. &#192; ce dernier est g&#233;n&#233;ralement ajout&#233; l'adjectif marketable, que l'on a traduit plus haut par &#171; n&#233;gociables sur le march&#233; &#187;. Ce qui signifie que, selon ce discours, c'est le march&#233; de l'emploi qui doit d&#233;sormais dicter aux institutions scolaires et universitaires les contenus et les formes d'apprentissage dans la mesure m&#234;me o&#249; le march&#233; est la finalit&#233; normalisante de toute action &#233;ducative. On peut penser que cette d&#233;sinstitutionnalisation &#224; laquelle le discours dominant des comp&#233;tences conduit va encore aggraver la perte de l&#233;gitimit&#233; de l'&#233;cole et des savoirs formalis&#233;s qu'elle continue &#224; vouloir transmettre. On peut penser que l'&#233;cole va m&#234;me &#234;tre le vecteur de contenus qui n'ont plus rien &#224; voir avec sa fonction historique tant la notion de &#171; comp&#233;tence &#187; est polys&#233;mique. Mais on doit se rappeler que, pour les promoteurs des r&#233;formes europ&#233;ennes, la seule instance disciplinante qui puisse l&#233;gitimement conduire d&#233;sormais les individus est le march&#233; lui-m&#234;me. C'est par r&#233;f&#233;rence au march&#233; de l'emploi, lui-m&#234;me li&#233; aux autres march&#233;s, que les individus vont s'orienter dans les diff&#233;rentes voies d'&#233;tudes, qu'ils seront incit&#233;s &#224; investir dans leur formation, qu'ils d&#233;velopperont des &#171; motivations &#187; pour &#233;lever leur niveau de comp&#233;tences. D'o&#249; la radicalit&#233;, encore trop peu per&#231;ue, de ce discours des &#171; comp&#233;tences &#187; que beaucoup d'enseignants reprennent &#224; leur compte, souvent avec de bonnes intentions p&#233;dagogiques, sans prendre conscience qu'il est en train de miner l'institution scolaire et universitaire en d&#233;truisant les fondements historiques de sa l&#233;gitimit&#233;. Car le syst&#232;me &#233;ducatif est d&#233;sormais con&#231;u comme une annexe institutionnelle du march&#233; de l'emploi, dont les agents ont pour mission d'&#171; accompagner individuellement &#187; les &#233;l&#232;ves dans leur &#171; orientation active &#187;, d'exercer vis-&#224;-vis d'eux un coaching et un monitoring qui les am&#232;neront &#224; &#171; optimiser leur potentiel &#187; en vue de leur int&#233;gration, la seule d&#232;s lors qui vaille, dans le monde de l'entreprise. Il s'agira essentiellement pour l'institution scolaire d'apprendre aux apprenants la comp&#233;tence supr&#234;me, la m&#233;tacomp&#233;tence : celle de &#171; se vendre &#187; aux employeurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La cons&#233;quence sur l'enseignement ne se fera pas attendre longtemps : dilatation pr&#233;visible des &#171; missions &#187; de l'enseignant pour assurer ce monitoring personnalis&#233; ; extension du champ d'action de l'&#233;cole &#224; tout &#233;l&#233;ment individuel qui peut prendre de la valeur sur le march&#233; du travail (comportement, profil psychologique, apparence physique, etc.) ; d&#233;perdition des savoirs qui ne pourront prouver leur efficacit&#233; aupr&#232;s des employeurs. Le syst&#232;me &#233;ducatif, comme instance annexe du march&#233; de l'emploi, n'en perdra pas forc&#233;ment sa place dans les institutions de socialisation. Mais son r&#244;le ne sera plus le m&#234;me. Il est sans doute appel&#233; &#224; jouer un r&#244;le normalisateur essentiel puisqu'en pr&#233;parant les jeunes &#224; l'entreprise, il se chargera d'une part d'inculquer la nouvelle norme par de nouveaux dispositifs d'&#171; orientation active &#187; et d'&#171; accompagnement individuel &#187;, et il aura d'autre part une fonction &#233;minente de contr&#244;le social en enregistrant minutieusement, trimestre apr&#232;s trimestre, les &#233;volutions personnelles, les &#171; potentialit&#233;s &#187;, le profil psychologique, les &#233;carts &#224; la norme sociale, tous &#233;l&#233;ments r&#233;guli&#232;rement consign&#233;s dans le livret des comp&#233;tences qui suivra l'apprenant tout au long de sa vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Cet article constitue le chapitre 2 de l'ouvrage &#171; La grande mutation. N&#233;olib&#233;ralisme et &#233;ducation en Europe, par Christian Laval, Isabelle Bruno et Pierre Cl&#233;mant, Editions Syllepse, collection 'Comprendre et agir', Paris, 2010. Avec l'aimable autorisation des auteurs&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Nous en avons d&#233;j&#224; analys&#233; les grandes lignes dans plusieurs ouvrages pr&#233;c&#233;dents : Christian Laval et Louis Weber (coord.), op. cit., 2002 et Christian Laval, L'&#233;cole n'est pas une entreprise, Le n&#233;olib&#233;ralisme &#224; l'assaut de l'enseignement public, Paris, La D&#233;couverte, 2004. Plus r&#233;cemment, cf. Isabelle Bruno, &#192; vos marques, pr&#234;ts... cherchez ! La strat&#233;gie europ&#233;enne de Lisbonne, vers un march&#233; de la recherche, Bellecombe-enBauges, Le Croquant, 2008.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Communication de la communaut&#233; europ&#233;enne, R&#233;aliser un espace europ&#233;en d'&#233;ducation et de formation tout au long de la vie, 21 novembre 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Conseil de l'Union europ&#233;enne, &#201;ducation et formation 2010, l'urgence des r&#233;formes pour r&#233;ussir la strat&#233;gie de Lisbonne, mars 2004, p. 4.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Rapport de l'ERT, &#171; Education for Europeans. Towards the Learning Society &#187;, February 1995, cit&#233; par Nico Hirtt et G&#233;rard de S&#233;lys, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Cf. Gilles Raveaud, &#171; Au c&#339;ur de la strat&#233;gie europ&#233;enne pour l'emploi, le taux d'emploi &#187;, &#201;ducation et Soci&#233;t&#233;s, n&#176; 18, 2006/2, p. 17-33.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] On aurait tort de croire &#224; une nouveaut&#233; radicale. L&#234; Th&#224;nh Kh&#244;i, dans L'industrie de l'enseignement (Paris, Minuit, 1973), prenant acte de la phase d'accroissement des co&#251;ts de l'enseignement et des savoirs eux-m&#234;mes, sugg&#233;rait de centrer l'enseignement secondaire et sup&#233;rieur sur les notions et savoirs essentiels (p. 211).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Le M&#233;morandum sur l'&#233;ducation et la formation tout au long de la vie (30 octobre 2000) place d&#233;lib&#233;r&#233;ment l'&#233;ducation et la formation tout au long de la vie dans une logique d'emploi : &#171; La Commission et les &#201;tats membres ont d&#233;fini l'&#233;ducation et la formation tout au long de la vie, dans le cadre de la strat&#233;gie europ&#233;enne pour l'emploi, comme toute activit&#233; d'apprentissage utile &#224; caract&#232;re permanent visant &#224; am&#233;liorer la connaissance, les qualifications et les comp&#233;tences. Telle est la d&#233;finition pratique adopt&#233;e dans le pr&#233;sent m&#233;morandum comme point de d&#233;part de toute discussion ou action ult&#233;rieures &#187;. Le texte ajoute : &#171; Tous les individus vivant en Europe, sans exception aucune, devraient b&#233;n&#233;ficier des m&#234;mes possibilit&#233;s leur permettant de s'adapter aux exigences des mutations &#233;conomiques et sociales et de contribuer activement &#224; construire l'avenir de l'Europe. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Ibid., p. 9. &#171; Il est admis que l'apprentissage se d&#233;roule dans de multiples contextes, formels et informels &#187;, in OCDE, Analyse des politiques d'&#233;ducation, 1997.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Alain Supiot, L'esprit de Philadelphie. La justice sociale face au march&#233; total, Paris, Le Seuil, 2010, p. 142.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Cit&#233; par Alain Supiot, op. cit., p. 142, note 5.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] OCDE, Analyse des politiques d'&#233;ducation, 1997.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Comme l'indique l'OCDE, cette notion &#171; est en ad&#233;quation avec les besoins engendr&#233;s par les mutations qui transforment profond&#233;ment les pays de l'OCDE, lesquelles tiennent &#224; des ph&#233;nom&#232;nes tels que des p&#233;riodes continues de croissance &#233;conomique, l'innovation technologique, la mondialisation, la d&#233;r&#233;glementation des march&#233;s, l'&#233;volution d&#233;mographique et l'essor d'&#233;conomies nouvelles &#187;, in Analyse des politiques d'&#233;ducation, 1997.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;a href='http://www.etuc.org/a/2380?var_recherche=%Education' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.etuc.org/a/2380 ?var_rech...&lt;/a&gt; (ETUC est l'acronyme anglais de la Conf&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des syndicats, CES). John Monks, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CES, avan&#231;ait ainsi en 2004 : &#171; L'objectif de Lisbonne est tr&#232;s ambitieux : il s'agit de faire de l'&#233;conomie europ&#233;enne la plus comp&#233;titive du monde d'ici 2010 ! C'est un slogan. Mais la strat&#233;gie est bonne : il s'agit d'amener les Europ&#233;ens, patrons et travailleurs, &#224; s'adapter aux changements du monde &#233;conomique, &#224; investir dans la recherche et l'innovation et &#224; prendre l'habitude de la formation permanente &#187;, Eurinfo, n&#176; 283, mars 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] M&#233;morandum, p. 33.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh16' id='nb16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] OCDE, Du bien-&#234;tre des nations, le r&#244;le du capital humain et social, 2001, p. 18.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh17' id='nb17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Cf. Dominique Guellec et Pierre Ralle, Les nouvelles th&#233;ories de la croissance, Paris, La D&#233;couverte, 1995, p. 52.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh18' id='nb18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] OCDE, Regards sur l'&#233;ducation 2009, p. 236.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je vous parle d'un temps, que les moins de vingt ans... </title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article1214</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article1214</guid>
		<dc:date>2010-06-19T15:58:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nico Hirtt</dc:creator>


		<dc:subject>Belgique</dc:subject>
		<dc:subject>Financement</dc:subject>

		<description>Le plus vieux m&#233;tier du monde n'est pas celui que vous pensez. L'&#233;tude des outils pal&#233;olithiques montre que depuis plus de 2,5 millions d'ann&#233;es les hominid&#233;s transmettent leurs savoirs d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre. L'&#233;ducation est plus ancienne que l'&#233;criture, plus ancienne que la propri&#233;t&#233;, plus ancienne que la ma&#238;trise du feu, plus ancienne m&#234;me que le langage articul&#233;. Il semble que l'on recense d&#233;j&#224; chez les grands singes vivant en libert&#233; (...)

-
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Belgique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;Financement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L144xH128/arton1214-134ec.jpg&quot; width='144' height='128' style='height:128px;width:144px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le plus vieux m&#233;tier du monde n'est pas celui que vous pensez. L'&#233;tude des outils pal&#233;olithiques montre que depuis plus de 2,5 millions d'ann&#233;es les hominid&#233;s transmettent leurs savoirs d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre. L'&#233;ducation est plus ancienne que l'&#233;criture, plus ancienne que la propri&#233;t&#233;, plus ancienne que la ma&#238;trise du feu, plus ancienne m&#234;me que le langage articul&#233;. Il semble que l'on recense d&#233;j&#224; chez les grands singes vivant en libert&#233; une quarantaine d'actes culturels courants, c'est-&#224;-dire acquis par une &#171; &#233;ducation &#187; et non pas programm&#233;s d&#232;s la naissance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce plus vieux m&#233;tier du monde est aussi, &#224; mes yeux, le plus beau. A vrai dire, c'est une drogue dont je ne puis plus me passer. Chaque heure, chaque minute pass&#233;e dans ma classe-labo de physique, je vis cet intense bonheur &#8212; oserais-je une parole sacril&#232;ge ? &#8212; de transmettre un savoir dont je suis le d&#233;tenteur ! En le faisant d&#233;couvrir, d&#233;construire, reconstruire, utiliser, manipuler, transformer par les &#233;l&#232;ves, rassurez-vous. Mais au final, quel bonheur de voir ce petit &#233;clair d'intelligence nouvelle qui na&#238;t dans la conscience d'un jeune. Gr&#226;ce &#224; moi !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, malgr&#233; la joie intense (et le brin d'autosatisfaction narcissique) que m'apporte l'acte p&#233;dagogique, je dois avouer que je ne suis pas m&#233;content lorsque ma semaine de labeur s'ach&#232;ve. Ou plus exactement, ma demi-semaine, puisque je viens de profiter l&#226;chement d'une DPPR, tant qu'il en &#233;tait encore temps. Pourquoi cette d&#233;sertion ? En grande partie, sans doute, parce que d'autres horizons m'occupaient de plus en plus. Mais peut-&#234;tre aussi parce que je commen&#231;ais &#224; ressentir un tout petit peu de ce mal-&#234;tre qui explique la d&#233;saffection dont souffre notre m&#233;tier. Tentons de passer en revue quelques uns des facteurs qui ont rendu cette belle profession moins attrayante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La charge horaire.&lt;/strong&gt; Je crois me souvenir qu'en 1978 j'assumais une charge compl&#232;te de 20 heures avec seulement 16 heures de pr&#233;sence devant les classes. Pour le reste j'avais une heure de rattrapage de math&#233;matique inscrite dans mon horaire (maintenant c'est mon temps de table du lundi qui y passe), une heure pay&#233;e pour les conseils de classe (j'y participe d&#233;sormais pro deo) , une heure de coordination (le temps de table du mardi, actuellement) et une heure de &#171; guidance individualis&#233;e &#187; (d&#233;sormais incluse dans le travail gratuit de titulaire). Je me souviens aussi que mes coll&#232;gues professeurs de fran&#231;ais b&#233;n&#233;ficiaient, de surcro&#238;t, d'une heure de correction pay&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le nombre d'&#233;l&#232;ves par classe.&lt;/strong&gt; J'ai retrouv&#233; dans mes archives un Arr&#234;t&#233; royal de 1982, qui modifiait les normes de d&#233;doublement des classes (il n'y avait pas de NTPP &#224; l'&#233;poque : le nombre d'&#233;l&#232;ves par classe &#233;tait beaucoup plus strictement r&#233;glement&#233; qu'aujourd'hui). On y pr&#233;voyait par exemple un minimum de 16 &#233;l&#232;ves pour d&#233;doubler une 1e B en deux classes (de 8 &#233;l&#232;ves chacune, donc), 18 &#233;l&#232;ves pour scinder une deuxi&#232;me ann&#233;e professionnelle en deux classes de 9, 28 au deuxi&#232;me et troisi&#232;me degr&#233; de transition pour couper en deux groupes de 14. Si j'ai conserv&#233; le document, c'est qu'&#224; l'&#233;poque nous &#233;tions partis en gr&#232;ve contre ce qui constituait &#224; nos yeux une r&#233;duction inadmissible des taux d'encadrement. Aujourd'hui, ces normes auraient de quoi nous faire r&#234;ver... Or, le nombre d'&#233;l&#232;ves par classe a &#233;videmment une incidence &#233;norme, d'une part sur la quantit&#233; de travail de corrections des professeurs, sur la lourdeur des t&#226;ches administratives et la dur&#233;e des conseils de classe. Mais surtout, elle d&#233;termine tr&#232;s fortement la difficult&#233; et l'&#233;nergie &#224; d&#233;ployer dans le cadre de la relation p&#233;dagogique en classe. Or, la mise oeuvre de pratiques p&#233;dagogiques plus dynamiques, o&#249; l'on privil&#233;gie l'activit&#233; de l'&#233;l&#232;ve, r&#233;clame davantage de disponibilit&#233; et de dynamisme de la part de l'enseignant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les pr&#233;parations et corrections.&lt;/strong&gt; Les nouveaux programmes, issus de la mise en place de l'approche par comp&#233;tences, exigent de l'enseignant un peu plus de travail de recherche (c'est le bon c&#244;t&#233;, constructiviste, de la r&#233;forme), beaucoup de paperasserie parfaitement inutile (c'est son c&#244;t&#233; d&#233;testable, tayloriste et bureaucratique) et une masse croissante de correction (en raison de l'obsession de l'&#233;valuation qui est inh&#233;rente &#224; l'approche par comp&#233;tences).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouveaux &#233;l&#232;ves.&lt;/strong&gt; Essayons d'&#233;viter les d&#233;bats scabreux sur le niveau qui n'en finit pas de baisser. Le discours du vieux professeur qui se lamente sur la disparition des &#171; bons &#233;l&#232;ves &#187; d'antan est aussi &#233;cul&#233; qu'improductif. Il n'emp&#234;che, nous sommes nombreux &#224; observer que la motivation semble avoir diminu&#233;. Certains accusent le laxisme dominant, mai 68, le &#171; p&#233;dagogisme &#187;,... D'autres incriminent la t&#233;l&#233;vision et la d&#233;mission parentale. Personnellement, je crois que les causes sont plus profondes et plus soci&#233;tales. Les nouvelles g&#233;n&#233;rations se caract&#233;risent par un rejet du discours qui avait &#233;t&#233; l'&#233;l&#233;ment moteur de la massification de l'enseignement secondaire : &#171; travaille bien &#224; l'&#233;cole, pour r&#233;ussir dans la vie &#187;. Cette motivation-l&#224;, elle a fonctionn&#233;, des ann&#233;es 1920 (naissance de la s&#233;lection m&#233;ritocratique) jusqu'aux ann&#233;es 1980 (aboutissement de la massification et entr&#233;e dans l'&#232;re des crises). Mais ceux qui avaient travaill&#233; &#171; pour r&#233;ussir &#187; en 1980, se sont tout de m&#234;me retrouv&#233;s, en 1990, ballot&#233;s de petit boulot en p&#233;riodes longues de ch&#244;mage. Eux, n'ont plus tenu &#224; leurs enfants &#8212; ceux qui sont aujourd'hui sur les bancs de nos &#233;coles &#8212; le discours &#171; travaille pour r&#233;ussir &#187;. Ce qui nous enl&#232;ve, &#224; nous professeurs, une fa&#231;on qui &#233;tait somme toute bien pratique pour &#171; motiver &#187; nos &#233;l&#232;ves. Bien pratique et bien hypocrite : car lorsque nous disions &#224; l'un &#171; travaille pour r&#233;ussir &#187;, ne sous-entendions nous pas : &#171; travaille mieux que ton voisin, pour r&#233;ussir mieux que lui &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'image le statut social du professeur&lt;/strong&gt;. Inutile de se voiler la face, notre m&#233;tier ne se pr&#233;sente plus au jeune dipl&#244;m&#233; comme devant l'&#233;lever &#224; une haute situation sociale, ni sur le plan de l'image, ni sur le plan mat&#233;riel. Avec nos trois ou quatre ann&#233;es d'&#233;tudes sup&#233;rieures (cinq pour les tous jeunes masters) et nos salaires niveau sous-adjoint de g&#233;rant de McDo, nous n'impressionnons plus gu&#232;re. Qu'aurions nous d'ailleurs, pour frimer un peu ? Nos techniques p&#233;dagogiques ? Nos outils didactiques ? Ils ne p&#232;sent pas bien lourd devant une &#233;mission de &#171; C'est pas sorcier &#187; ou un cours t&#233;l&#233;charg&#233; sur iTunes-U. Notre culture ? Nos savoirs ? Le temps o&#249; son &#233;talage pouvait impressionner est bien r&#233;volu. Le statut social du professeur, dans l'imaginaire collectif, c'est aussi le reflet du statut budg&#233;taire de l'enseignement. Entrez dans une &#233;cole, entrez dans une banque : la comparaison est vite faite. Quand on sait que les d&#233;penses d'enseignement totales ont chut&#233; de 7,4% du PIB en 1979 &#224; 5,5% aujourd'hui, alors que le nombre d'&#233;tudiants a explos&#233; dans le sup&#233;rieur, on a une bonne mesure de l'importance que notre soci&#233;t&#233; accorde &#224; l'&#233;ducation &#8212; et donc de l'image que peut en avoir d&#233;sormais un jeune (&#233;l&#232;ve ou professeur).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La polarisation sociale de l'&#233;cole.&lt;/strong&gt; Les ann&#233;es 20 &#224; 80, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es plus haut, avaient connu une certaine d&#233;mocratisation de l'enseignement, qui r&#233;pondait &#224; une &#233;l&#233;vation des niveaux de qualification sur le march&#233; du travail. Depuis vingt ans &#8212; singuli&#232;rement depuis que l'on parle de soci&#233;t&#233; de la connaissance &#8212; le march&#233; du travail r&#233;clame plut&#244;t une polarisation entre emplois &#224; tr&#232;s haut niveau de formation et emplois non qualifi&#233;s dans le secteur des services. A cette polarisation du travail semble r&#233;pondre, en &#233;cho, une dualisation sociale de l'&#233;cole. Nos &#233;coles &#171; ghettos &#187; de riches et de pauvres en sont le signe &#233;vident. Or, la majorit&#233; des enseignants cherchent tout &#171; naturellement &#187; &#224; obtenir un poste dans une &#171; bonne &#187; &#233;cole (entendez : une &#233;cole sans probl&#232;mes). R&#233;sultat : ils d&#233;sertent les &#233;coles &#171; difficiles &#187;, o&#249; se lib&#232;rent donc des places et o&#249; se retrouvent fatalement embauch&#233;s les nouveaux coll&#232;gues. Ce qui n'est pas forc&#233;ment la meilleure fa&#231;on d'&#234;tre enthousiasm&#233; par son d&#233;but de carri&#232;re...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;forme manag&#233;riale et s&#233;curitaire de l'&#233;cole</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article1138</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article1138</guid>
		<dc:date>2010-01-01T19:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Laval</dc:creator>


		<dc:subject>Marchandisation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;r&#233;gulation</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>

		<description>L'&#233;cole-entreprise, tel semble bien &#234;tre l'objectif des nouveaux r&#233;formateurs de l'&#233;cole &#224; l'&#232;re n&#233;olib&#233;rale et s&#233;curitaire. Ne serait-il pas temps de faire de l'&#233;cole une machine &#171; efficace &#187;, de la soumettre &#224; la saine pression concurrentielle du march&#233;, &#224; l'&#233;valuation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des r&#233;sultats, &#224; la surveillance num&#233;rique des &#233;l&#232;ves et des professeurs, au d&#233;pistage des comportements anormaux ? L'heure n'est plus &#224; la d&#233;mocratisation de la (...)

-
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Marchandisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;D&#233;r&#233;gulation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/IMG/arton1138.jpg&quot; width='150' height='150' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cole-entreprise, tel semble bien &#234;tre l'objectif des nouveaux r&#233;formateurs de l'&#233;cole &#224; l'&#232;re n&#233;olib&#233;rale et s&#233;curitaire. Ne serait-il pas temps de faire de l'&#233;cole une machine &#171; efficace &#187;, de la soumettre &#224; la saine pression concurrentielle du march&#233;, &#224; l'&#233;valuation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des r&#233;sultats, &#224; la surveillance num&#233;rique des &#233;l&#232;ves et des professeurs, au d&#233;pistage des comportements anormaux ? L'heure n'est plus &#224; la d&#233;mocratisation de la culture, elle est &#224; la croissance de la productivit&#233; des enseignants et &#224; leur mutation en hommes d'entreprise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La raison ultime de &#171; la r&#233;forme de l'&#233;cole &#187;, qui pr&#233;tend &#224; l'exclusivit&#233;, a un nom unique : la performance, le nouveau mantra des &#171; modernisateurs &#187;. L'&#233;cole est d&#233;sormais soumise &#224; la logique &#233;conomique globale de la comp&#233;titivit&#233;, dans ses fins, dans sa justification politique, dans ses cat&#233;gories pratiques, dans ses formes d'organisation. Un nouveau mode de gouvernement de l'&#233;cole s'impose qui touche au c&#339;ur du m&#233;tier enseignant, qui affecte directement les rapports p&#233;dagogiques, qui modifie le sens des apprentissages et la nature de l'enseignement. Il est r&#233;gi par un dispositif de concurrence et de surveillance, gage suppos&#233; de performance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; En France, ce nouveau mode de gouvernement de l'&#233;cole n'est pas encore compl&#232;tement identifi&#233; par les professionnels de l'enseignement et par les parents, encore moins par l'opinion. Qui lit en effet les rapports abscons et monotones des institutions internationales (OCDE, OMC, Banque mondiale, Commission europ&#233;enne) o&#249; sont d&#233;crits pourtant avec pr&#233;cision les objectifs et les m&#233;thodes de la r&#233;forme manag&#233;riale ? Cette m&#233;connaissance tranche avec des pays plus &#171; en avance &#187; comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis par exemple, o&#249; les cons&#233;quences sur le terrain et dans les esprits se font sentir depuis plus longtemps [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='On pourra se reporter &#224; la description que nous en faisons dans (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comprendre la nature du changement en cours n'a rien d'&#233;vident parce que nous avons affaire &#224; des tendances dominantes, &#224; des processus complexes et souvent contradictoires, &#224; des r&#233;formes ponctuelles et successives, dont la coh&#233;rence d'ensemble est souvent masqu&#233;e par des effets id&#233;ologiques anesth&#233;siants. Plus troublant encore, ce nouveau r&#233;gime scolaire tente de se donner une l&#233;gitimit&#233; par la critique de l'ancien mod&#232;le d'&#233;cole, in&#233;galitaire et bureaucratique, traitant la population des &#233;l&#232;ves et des &#233;tudiants comme une grande masse que l'institution s&#233;lectionne, distribue dans des tuyaux &#233;tanches et finalement r&#233;partit dans des groupes socioprofessionnels remarquablement proches de ceux de leurs milieux familiaux d'origine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aux maux de cette &#233;cole, les n&#233;or&#233;formateurs entendent imposer une solution universelle qui a pour nom &#171; l'&#233;cole manag&#233;riale &#187; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est ainsi que l'ont nomm&#233; les sociologues anglo-am&#233;ricains. (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;], et qu'on pourrait aussi bien nommer &#171; l'&#233;cole entrepreneuriale &#187;. Cette derni&#232;re n'a pas &#233;t&#233; toute invent&#233;e par les modernisateurs de l'&#233;cole. Ils ne sont que les importateurs d'une rationalit&#233; globale qui a pour norme la concurrence du march&#233;, pour mod&#232;le l'entreprise, et pour instrument le management de la performance [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette &#171; solution &#187; est pr&#233;conis&#233;e pour toutes les administrations et tous (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, la mutation de grande ampleur qui est engag&#233;e n'a pas toutes les vertus qu'on lui pr&#234;te. Elle commence m&#234;me &#224; faire sentir des effets qui entra&#238;nent d&#233;sarroi, lassitude mais aussi r&#233;volte et d&#233;sob&#233;issance du c&#244;t&#233; des enseignants. Il ne s'agit pas ici de &#171; d&#233;noncer &#187; le cours nouveau pour mieux embellir l'ancien, mais de proposer un cadre d'analyse apte &#224; rendre compte de ce qu'il a de singulier.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;cole devient une entreprise (presque) comme les autres &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; La logique qui sous-tend la modernisation de l'&#233;cole est maintenant commune &#224; toutes les institutions publiques. C'est celle de la concurrence et de la surveillance. L'argument qui la motive dans l'enseignement est connu. Les professeurs p&#232;sent sur les fonds publics, accroissent la dette &#171; laiss&#233;e aux g&#233;n&#233;rations futures &#187;, cela pour un r&#233;sultat &#233;conomiquement peu rentable &#224; l'heure de &#171; l'&#233;conomie de la connaissance &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Comment faire pour que les enseignants se centrent d&#233;sormais sur leur mission principale : produire &#171; des comp&#233;tences n&#233;cessaires &#224; la comp&#233;titivit&#233; de l'&#233;conomie fran&#231;aise immerg&#233;e dans la comp&#233;tition mondiale &#187; ? Cela suppose une r&#233;volution symbolique, technique et organisationnelle. La mutation, d&#233;j&#224; bien entam&#233;e, a commenc&#233; dans le champ de l'enseignement par l'usage de la langue &#233;conomique (offre, demande, march&#233;, comp&#233;tences, capital humain, calcul des &#171; rendements &#187;). Les professeurs, de la maternelle &#224; l'universit&#233;, ont &#233;t&#233; peu &#224; peu regard&#233;s comme des salari&#233;s d'entreprises scolaires, des techniciens du rapport p&#233;dagogique, des op&#233;rateurs d'une &#171; ing&#233;nierie didactique et p&#233;dagogique &#187; &#233;labor&#233;e par des experts de laboratoires. Les identit&#233;s professionnelles des enseignants ont &#233;t&#233; ramen&#233;es &#224; la banalit&#233; du travail en entreprise, et ce au nom de la suppression des &#171; privil&#232;ges &#187;. Une immense litt&#233;rature a r&#233;pandu l'id&#233;e que la seule v&#233;ritable justification des investissements scolaires r&#233;sidait dans une formation professionnelle adapt&#233;e aux besoins des entreprises et permettant l'insertion professionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Etat a mis tr&#232;s activement en place les outils n&#233;cessaires &#224; la construction d'un march&#233; scolaire. Le changement a commenc&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1980 par une r&#233;forme du &#171; pilotage &#187; des &#233;tablissements secondaires &#224; l'occasion de la d&#233;centralisation. La &#171; demande &#187; des familles est alors &#233;rig&#233;e en principe r&#233;gulateur du syst&#232;me d'enseignement selon une logique concurrentielle. Le &#171; libre choix des familles &#187; entre &#233;coles est regard&#233; comme une source de transparence, d'&#233;mulation et de progr&#232;s pour le syst&#232;me scolaire. Le mod&#232;le de management par la &#171; pression du client &#187; commence alors &#224; s'imposer dans le service public, favorisant une mutation de ses missions et de ses valeurs. La diversification de &#171; l'offre &#187; de chaque &#233;tablissement en fonction des publics (les &#171; projets d'&#233;tablissement &#187; de la Loi Jospin en 1989), une d&#233;pendance accrue aux financements locaux, la cr&#233;ation d'indicateurs de productivit&#233; (la &#171; valeur ajout&#233;e des &#233;tablissements &#187;) qui sont largement diffus&#233;s par la presse (les &#171; palmar&#232;s annuels des coll&#232;ges et des lyc&#233;es &#187;) sont cens&#233;es donner aux familles les instruments objectifs de leur &#171; choix &#187; dans les meilleurs &#233;tablissements et les inciter &#224; faire pression sur les &#233;quipes p&#233;dagogiques et les collectivit&#233;s locales pour am&#233;liorer l'&#233;cole. La construction du march&#233; scolaire se poursuivra tout au long des ann&#233;es 1990 par l'assouplissement progressif de la carte scolaire et ceci jusqu'&#224; sa suppression compl&#232;te annonc&#233;e pour 2010 [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Choukri Ben Ayed, Carte scolaire et march&#233; scolaire, Institut de (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]. En bref, les gouvernements successifs ont encourag&#233; les comportements guid&#233;s par l'int&#233;r&#234;t personnel des familles, ce qui n'a pas &#233;t&#233; pour rien dans le d&#233;veloppement des in&#233;galit&#233;s sociales et des s&#233;gr&#233;gations ethniques dans le milieu scolaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Faire agir la pression de la concurrence suppose de transformer les &#233;tablissements scolaires en des sortes de petites entreprises. Comme il y a des outils de la concurrence de march&#233;, il y a des outils du management d'entreprise. C'est l&#224; tout l'objet de la Nouvelle Gestion Publique, certes bien lente &#224; d&#233;ployer tous ses effets dans le monde de l'enseignement public fran&#231;ais, attach&#233; &#224; des principes d'&#233;galit&#233; des usagers devant les services publics et aux valeurs d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Mais des progr&#232;s ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s d&#232;s la fin des ann&#233;es 1980, qui ont permis de donner plus d'autonomie &#224; leurs &#233;quipes de direction, de doter celles-ci de pouvoirs et de moyens de contr&#244;le sur leur personnel plus importants, y compris en mati&#232;re de recrutement. Des modifications ont &#233;t&#233; &#233;galement r&#233;alis&#233;es dans la mentalit&#233; et le comportement des chefs d'&#233;tablissement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux enseignants, leur transformation en hommes d'entreprise est plus lente et beaucoup se disent, en haut lieu, que sans la destruction du verrou statutaire de la fonction publique on ne parviendra gu&#232;re &#224; modifier leurs conduites dans le sens souhait&#233; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Du Rapport sur la red&#233;finition du m&#233;tier d'enseignant de Marcel (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]. En attendant ce pas d&#233;cisif, il convient d'&#233;tablir, pour compl&#233;ter les mesures de la performance des &#233;tablissements et des enseignants, les instruments du contr&#244;le individuel et les incitations personnelles &#224; l'efficacit&#233;. Le cadre l&#233;gislatif de la culture du r&#233;sultat est d&#233;j&#224; en place (la loi organique relative aux lois de finances ou LOLF), les instruments gouvernementaux de la Nouvelle Gestion Publique sont op&#233;rationnels (la r&#233;vision g&#233;n&#233;rale des politiques publiques ou RGPP). Mais il reste encore &#224; installer les dispositifs plus fins et plus concrets permettant de mettre en comp&#233;tition les enseignants par le biais de la mesure de la performance de leurs &#233;l&#232;ves, et &#224; faire fonctionner des contr&#244;les plus pr&#233;cis de leur activit&#233; par le levier de &#171; l'obligation de r&#233;sultats &#187;. Des pas importants ont &#233;t&#233; franchis, en particulier par la g&#233;n&#233;ralisation de la r&#233;f&#233;rence des objectifs au &#171; socle commun des comp&#233;tences &#187; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Le rapport Pochard souligne &#224; juste titre que &#171; la mise en &#339;uvre du (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &#171; contrat d'objectifs &#187;, qui prend depuis la loi d'orientation sur l'avenir de l'&#233;cole d'avril 2005 le relais des projets d'&#233;tablissement, est l'instrument typique de la Nouvelle gestion publique. Il permet de &#171; conduire les conduites &#187; par une triple s&#233;quence : la fixation contractualis&#233;e d'objectifs-cibles pluriannels, l'&#233;valuation la plus individualis&#233;e possible des performances, la distribution de r&#233;compenses individuelles au &#171; m&#233;rite &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contr&#244;ler les enseignants n'a pas pour seul enjeu l'intensification de leur charge de travail et la hausse de leur productivit&#233;. On n'enseigne pas dans l'optique de l'employabilit&#233; de la m&#234;me mani&#232;re que dans celle de la culture intellectuellement &#233;mancipatrice. Tout se r&#233;ordonne peu &#224; peu selon la finalit&#233; professionnelle des &#233;tudes : d&#233;finition plus utilitaire des contenus des formations, &#233;tablissement d'un &#171; livret des comp&#233;tences &#187; con&#231;u comme un &#171; passeport pour l'emploi &#187;, pilotage des individus vers le monde professionnel par des dispositifs souples d'orientation et d'accompagnement, inculcation de l'esprit d'entreprise, multiplication des stages en entreprises, enseignement pr&#233;sentant une vision &#171; positive &#187; de l'&#233;conomie de march&#233; et des entreprises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Produire efficacement le capital humain suppose &#233;galement un suivi plus individualis&#233; de la construction des comp&#233;tences, une gamme plus large de choix entre enseignements, une responsabilisation accrue des individus dans un parcours choisi. &#171; L'activation &#187; des conduites propre au gouvernement n&#233;olib&#233;ral des individus qui leur enjoint de &#171; se prendre en charge &#187;, d'&#234;tre individuellement &#171; responsables &#187; de leurs &#233;checs comme de leurs r&#233;ussites, s'apprend d&#232;s l'&#233;cole. L'autonomie est r&#233;interpr&#233;t&#233;e comme capacit&#233; individuelle de faire les choix les mieux adapt&#233;s &#224; ses int&#233;r&#234;ts mais aussi les plus &#171; payants &#187; sur le march&#233; des formations. L'enseignant est, quant &#224; lui, invit&#233; &#224; se transformer en coach diagnostiquant et comblant les comp&#233;tences d&#233;fectueuses et guidant &#171; l'apprenant &#187; vers l'emploi. Quant au professionnel de l'orientation, il est invit&#233; &#224; se convertir en &#171; courtier en orientation &#187;, selon la formule particuli&#232;rement &#233;loquente de la Commission europ&#233;enne [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#233;morandum sur l'&#233;ducation et la formation tout au long de la vie, (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;] : c'est dire qu'il ne lui revient pas d'aider par son &#233;coute un d&#233;sir &#224; se formuler, mais bien de rationaliser le d&#233;sir de son &#171; client &#187; en fonction des exigences du march&#233; du travail. Existera-t-il d'ailleurs encore sinon comme auxiliaire de &#171; l'orientation num&#233;rique &#187; &#224; laquelle l'&#233;l&#232;ve est convi&#233;e ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, l'institution devient un &#171; quasi march&#233; &#187; dans lequel les individus doivent se piloter en fonction de leurs int&#233;r&#234;ts et des investissements personnels ou familiaux qu'ils veulent consacrer &#224; leur formation. Il ne s'agit nullement d'imposer partout la vente d'un produit &#233;ducatif marchand comme le laisse entendre la d&#233;nonciation trop courte de la &#171; marchandisation de l'&#233;cole &#187;, il s'agit de fa&#231;on plus diffuse et plus g&#233;n&#233;rale de r&#233;guler le syst&#232;me &#233;ducatif selon le mod&#232;le du march&#233;, que ce soit pour le choix des &#233;tablissements ou pour la d&#233;termination des cursus suivis. La doctrine qui sous-tend aujourd'hui la r&#233;forme du lyc&#233;e, dans la continuit&#233; des transformations de l'universit&#233;, pr&#233;figure cet aspect du r&#233;gime &#233;ducatif n&#233;olib&#233;ral. L'&#233;cole finalis&#233;e par l'insertion professionnelle se recentre sur l'orientation : &#171; D'appendice du syst&#232;me &#233;ducatif, elle doit en devenir la colonne vert&#233;brale &#187;, note un r&#233;cent rapport de Richard Descoings [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Richard Descoings, &#171; Pr&#233;conisations sur la r&#233;forme du lyc&#233;e, juin 2009, p. (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]. L'organisation du nouveau lyc&#233;e, qui peut s&#233;duire au premier abord &#233;l&#232;ves et parents, consiste &#224; donner aux &#233;l&#232;ves les outils de &#171; la libre gestion de leur propre parcours &#187;, les instruments de &#171; pilotage de leur propre scolarit&#233; &#187;. Richard Descoings d&#233;finit bien l'objectif : il faut des &#171; &#233;l&#232;ves actifs dans leur orientation, et &#233;quip&#233;s d'une boussole &#187; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour un expos&#233; de cette conception cf. le rapport d'information (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]. On passe ainsi d'un mod&#232;le dans lequel l'institution revendiquait le pouvoir de trier et de s&#233;lectionner les &#233;l&#232;ves &#224; un syst&#232;me de gestion plus &#171; doux &#187; o&#249; les individus sont requis d'exercer un libre choix. Mais cela a pour contrepartie de faire reposer sur les &#233;paules de l'&#233;l&#232;ve la responsabilit&#233; enti&#232;re de son destin scolaire et de son employabilit&#233; future.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le sens des r&#233;formes en cours&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La politique du gouvernement depuis 2007 vise &#224; acc&#233;l&#233;rer la mutation vers ce nouveau mod&#232;le scolaire. Son effet le plus probable sera de restreindre un peu plus les quelques marges de libert&#233; que, en d&#233;pit de sa hi&#233;rarchie et de ses travers bureaucratiques, l'ancienne &#233;cole laissait encore aux enseignants et aux &#233;l&#232;ves. Car deux logiques de contr&#244;le vont d&#233;sormais se croiser : celle qui est li&#233;e &#224; la mise en concurrence des &#233;tablissements et &#224; la &#171; pression du client &#187; qu'elle implique ; celle de la surveillance manag&#233;riale dot&#233;e de nouveaux instruments. D&#233;sormais, l'enseignant devra &#234;tre &#224; la fois un &#171; entrepreneur &#187; soumis &#224; la sanction du march&#233; scolaire et un ex&#233;cutant de prescriptions professionnelles soumis plus r&#233;guli&#232;rement &#224; des proc&#233;dures de contr&#244;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La campagne pluriannuelle de suppression de 80 000 postes d'enseignants qui s'est ouverte en 2007, sous l'&#233;gide de la RGPP, a frapp&#233; les esprits : 11200 postes en moins en 2008, 13500 en 2009, 16 000 en 2010. Faire des &#233;conomies en taillant dans les effectifs semble une fin en soi. En r&#233;alit&#233;, cette diminution est aussi un levier pour accro&#238;tre la productivit&#233; et pousser les enseignants &#224; &#171; travailler autrement &#187;, selon une &#171; logique de r&#233;sultats et non plus de statuts &#187;. Le d&#233;put&#233; Benoist Apparu s'est dit &#171; convaincu que la suppression de postes &#187; dans l'&#201;ducation nationale &#171; obligera l'institution &#224; s'interroger sur elle-m&#234;me et &#224; se r&#233;former &#187;. &#171; Seule la baisse des moyens obligera l'institution &#224; bouger &#187;, a-t-il ajout&#233;, laissant voir ainsi la fonction proprement disciplinante de la baisse programm&#233;e des effectifs. [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Monde , 30 mai 2009, p. 2.' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;] La saign&#233;e r&#233;alis&#233;e dans les effectifs, la r&#233;duction de la formation des enseignants nouvellement recrut&#233;s, la suppression brutale de 30 000 &#171; assistants de vie scolaire &#187; en juillet 2009, ne pourront en effet que d&#233;grader les conditions d'enseignement. Cette d&#233;gradation programm&#233;e sera un levier cyniquement employ&#233;e pour &#171; obliger l'institution &#224; se r&#233;former &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au nom de l'&#171; efficacit&#233; &#187;, l'&#233;cole primaire s'est vue imposer de fa&#231;on tr&#232;s autoritaire de nouvelles m&#233;thodes de lecture et de nouveaux programmes &#171; dont la r&#233;f&#233;rence est le socle commun des connaissances et des comp&#233;tences issu de la loi d'orientation d'avril 2005, d&#233;clinaison nationale de la politique &#233;ducative europ&#233;enne. Les progr&#232;s dans la performance des &#233;coles devront &#234;tre r&#233;alis&#233;s avec deux heures de cours en moins par semaine, du fait de la suppression des heures du samedi [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Luc C&#233;delle, &#171; R&#233;forme Darcos de l'&#233;cole primaire : des (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]. Aux ma&#238;tres de se d&#233;brouiller pour atteindre les objectifs assign&#233;s. Il est vrai qu'ils sont d&#233;sormais strictement encadr&#233;s par des prescriptions d&#233;taill&#233;es en mati&#232;re de progressions annuelles, sp&#233;cialement en grammaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En septembre 2008, le ministre annonce brutalement la suppression massive des postes de RASED (R&#233;seaux d'aides sp&#233;cialis&#233;es aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;) qui sont remplac&#233;s par deux heures de soutien individualis&#233; apport&#233;s par chaque enseignant [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='La p&#233;tition &#171; Sauvons les Rased &#187; a r&#233;uni tr&#232;s vite des centaines de (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]. Aux ma&#238;tres de se d&#233;brouiller pour r&#233;soudre par eux-m&#234;mes les probl&#232;mes pos&#233;s par les &#233;l&#232;ves &#171; en situation d'&#233;chec &#187;. La combinaison de deux principes se lit comme &#224; livre ouvert dans cette premi&#232;re s&#233;rie de mesures : l'expertise autoritaire sur le mode taylorien qui fait de l'enseignant un op&#233;rateur docile du &#171; bureau des m&#233;thodes &#187; ; la &#171; responsabilisation individuelle &#187; des enseignants qui doivent atteindre avec moins de moyens des objectifs qui leur ont &#233;t&#233; fix&#233;s sous peine de sanction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fallait encore mettre en place un autre dispositif strat&#233;gique : les &#233;valuations nationales en CE 1 et CM 2 con&#231;us comme des &#171; outils de pilotage &#187; permettant, comme en d'autres pays, de classer les &#233;tablissements, mesure n&#233;cessaire pour assurer une &#171; comp&#233;tition loyale &#187; sur le march&#233; de l'&#233;cole, et d'&#233;valuer les enseignants en mesurant les r&#233;sultats aux tests obtenus par leurs &#233;l&#232;ves. Les r&#233;sistances ont &#233;t&#233; nombreuses, et les syndicats d'enseignants ont su neutraliser certains des usages les plus imm&#233;diatement dangereux en imposant, par exemple, l'anonymat des r&#233;sultats fournis &#224; l'administration. Toutefois, il est probable qu'une fois ce pas franchi, la &#171; comparaison &#187; entre &#233;coles et entre enseignants sera mise &#224; l'ordre du jour, ce qui permettra de fonder sur des donn&#233;es pr&#233;tendument objectives &#171; la r&#233;compense au m&#233;rite &#187; sans laquelle les ma&#238;tres n'auraient aucun stimulus les poussant &#224; am&#233;liorer les r&#233;sultats de leurs &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut remarquer &#224; cet &#233;gard combien massive est la pr&#233;supposition qui structure le mode de gouvernent n&#233;olib&#233;ral de l'&#233;cole : les ma&#238;tres ne sont suppos&#233;s agir que sous le motif de l'int&#233;ressement mat&#233;riel et par peur de la sanction hi&#233;rarchique. De la m&#234;me fa&#231;on, tous les progr&#232;s sont attendus de proc&#233;dures techniques et administratives permettant une prescription plus imp&#233;rative et une surveillance plus &#233;troite des actes professionnels. Il semble qu'une politique qui reposerait sur la confiance dans les professeurs soit d&#233;sormais impossible : les valeurs morales et politiques, l'amour du m&#233;tier, le d&#233;vouement professionnel, le go&#251;t pour le savoir, une solide formation professionnelle, enfin toutes les mani&#232;res possibles d'accrocher durablement un d&#233;sir &#224; un m&#233;tier, ne sont plus que vaines fantaisies. C'est ainsi que l'on peut mieux comprendre la remise en cause de la formation des ma&#238;tres &#224; l'occasion de la &#171; masterisation &#187; du niveau de recrutement. Si la suppression de la seconde ann&#233;e de formation professionnelle de fonctionnaires stagiaires trouvait une partie, sans toute grande, de ses raisons dans les &#233;conomies de postes (le but &#233;tant d'affecter d&#233;sormais sans pr&#233;paration les re&#231;us aux concours dans les classes), on a moins vu que cette mesure &#233;tait conforme &#224; la toute-puissance suppos&#233;e du dispositif de concurrence et de surveillance : en quoi serait-il donc encore n&#233;cessaire d'apprendre un m&#233;tier si l'on peut piloter des &#171; op&#233;rateurs &#187; &#224; l'aide d'instruments manag&#233;riaux de &#171; proximit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire en agissant sur les motivations des individus auxquels ces instruments sont appliqu&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;cole du contr&#244;le continu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ordonner l'institution d'enseignement &#224; la performance implique un changement sensible dans ses finalit&#233;s et dans ses principes. Cette conception strictement utilitaire de l'&#233;cole ouvre la voie &#224; une instrumentalisation tr&#232;s directement politique de l'enseignement. La la&#239;cit&#233;, l'esprit critique, la formation progressive des intelligences ne sont plus gu&#232;re pris&#233;es dans l'entreprise scolaire et universitaire. Le pouvoir politique, relayant les pouvoirs &#233;conomiques ou religieux, fait d&#233;sormais fi des vieilles libert&#233;s &#233;trang&#232;res &#224; la logique d'efficacit&#233;. Nulle limite de principe n'arr&#234;te d&#233;sormais les n&#233;or&#233;formateurs qui, par exemple, entendent modifier de l'int&#233;rieur l'enseignement des sciences &#233;conomiques et sociales dans un sens favorable aux souhaits patronaux. Nulle h&#233;sitation &#224; dicter aux enseignants la signification qu'ils doivent donner &#224; certains faits historiques (R&#233;sistance ou colonisation). Le principe selon lequel l'enseignement ob&#233;it &#224; des principes autres que celui de l'opportunit&#233; politique, par exemple celui de la preuve scientifique, est dans la pratique en voie de p&#233;remption.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; De la m&#234;me mani&#232;re, le &#171; socle de comp&#233;tences &#187; enferme, d&#232;s la maternelle, une dimension moralisatrice, voire nationaliste particuli&#232;rement ch&#232;re aux tenants de l'ordre social : &#171; l'instruction civique et morale &#187; pr&#244;n&#233;e par Nicolas Sarkozy dans son discours du 15 f&#233;vrier 2008 &#224; P&#233;rigueux ressemble fort &#224; un endoctrinement nationaliste, en d&#233;pit de la d&#233;n&#233;gation du discours pr&#233;sidentiel : &quot;ce n'est pas faire du nationalisme que d'apprendre &#224; nos enfants les valeurs du drapeau tricolore, de Marianne, et de se lever &#224; l'&#233;coute de l'hymne national.&quot; Le retour aux fondamentaux, (back to basics) des courants conservateurs un peu partout dans le monde se marient finalement assez bien avec la conception toute entrepreneuriale des objectifs de l'&#233;cole. L'entrepreneur pour l'efficacit&#233; et le pr&#234;tre pour la morale sont &#233;rig&#233;s en id&#233;al &#224; suivre par les enseignants [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Allocution du pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise dans la salle de la (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est peut-&#234;tre pas dans cette ing&#233;rence directe sur les contenus que r&#233;sident les transformations probablement les plus &#171; prometteuses &#187; en mati&#232;re de contr&#244;le des comportements. L'&#233;cole sera de plus en plus le lieu d'exp&#233;rimentation et de diffusion de multiples techniques de normalisation de la population scolaire. Dans &#171; l'&#233;cole efficace &#187;, l'&#233;chec scolaire, le d&#233;crochage, l'absent&#233;isme, l'insuffisance des r&#233;sultats, le redoublement sont autant de co&#251;ts &#224; r&#233;duire. Plut&#244;t que d'accro&#238;tre l'encadrement humain, la tentation est forte de pratiquer le rep&#233;rage informatique des d&#233;viances et de confier leur traitement &#224; des dispositifs techniques cens&#233;s permettre la &#171; gestion des publics fragiles et des zones sensibles &#187; (quand ce n'est pas &#224; des recettes m&#233;dicamenteuses comme dans le cas de &#171; l'hyperactivit&#233; &#187;). Cette &#233;cole soumise &#224; une logique de productivit&#233; est de plus confront&#233;e, certes de mani&#232;re in&#233;gale, &#224; des enfants et &#224; des jeunes dont les mani&#232;res de se tenir et de parler, les capacit&#233;s de concentration, les facult&#233;s d'apprentissage semblent profond&#233;ment alt&#233;r&#233;es et difficilement compatibles avec les acquisitions scolaires. Or, loin d'interroger les conditions sociales, politiques et culturelles qui permettent de rendre compte du caract&#232;re de plus en plus critique de l'&#233;ducation dans une soci&#233;t&#233; totalement ordonn&#233;e &#224; l'imp&#233;ratif de la performance, les &#171; modernisateurs &#187; sont incapables d'imaginer d'autres &#171; solutions &#187; que celles qui proc&#232;dent des dispositifs de surveillance, des d&#233;pistages de troubles de comportements [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. sur ces points les analyses de Philippe M&#233;rieu, en particulier dans sa (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La constitution d'un fichier individualis&#233; de tous les &#233;l&#232;ves du primaire (Base &#233;l&#232;ves premier degr&#233;) a &#233;t&#233; vivement contest&#233;e ces derniers mois par de nombreux professeurs, directeurs d'&#233;coles et parents d'&#233;l&#232;ves [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='Brigitte Perucca, &quot;Base &#233;l&#232;ves&quot; tra&#238;n&#233; devant l'ONU, Le Monde, le 27 (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]. Ce fichier informatis&#233; et centralis&#233;, exp&#233;riment&#233; depuis 2004, stocke, sans que les parents en aient &#233;t&#233; inform&#233;s et sans que le l&#233;gislateur ait &#233;t&#233; consult&#233;, les renseignements recueillis lors de l'inscription de chaque enfant d&#232;s l'&#233;cole maternelle (nom, pr&#233;nom, adresse, nationalit&#233;, l'ann&#233;e de leur arriv&#233;e en France, dossier m&#233;dical ou psychologique, handicap etc.). Associ&#233; &#224; un identifiant personnel attribu&#233; &#224; chaque enfant d&#232;s la maternelle, ce fichier individualis&#233; pourra &#234;tre aliment&#233; par toutes les informations collect&#233;es par l'administration sur l'&#233;l&#232;ve. Il permettra de conserver pendant trente-cinq ans des informations sur les quatorze millions d'individus pass&#233;s par l'&#233;cole. Ces donn&#233;es ne restent pas dans l'&#233;tablissement scolaire. Elles sont transmises &#224; l'Inspection acad&#233;mique et pour partie aux mairies. Elles peuvent &#234;tre &#171; interfac&#233;es &#187; avec des fichiers d'autres minist&#232;res. Il est &#224; remarquer que, sans que les parents en aient &#233;t&#233; davantage inform&#233;s, il existe depuis 1995 un dispositif &#233;quivalent dans l'enseignement secondaire appel&#233; Sconet qui comporte &#233;galement des donn&#233;es nominatives transf&#233;r&#233;es dans une base de donn&#233;es acad&#233;mique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis novembre 2008, pr&#232;s de 200 directrices et directeurs d'&#233;coles ont sign&#233; un appel &#224; ne pas utiliser Base &#233;l&#232;ves &#187; [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Collectif national de r&#233;sistance &#224; Base &#233;l&#232;ve, cr&#233;&#233; le 8 novembre 2008, (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]. Ces d&#233;fenseurs des libert&#233;s font l'objet de sanctions et de retraits de salaires de la part de leur hi&#233;rarchie. Soutenus par le Syndicat des avocats de France, plusieurs centaines de parents ont d&#233;pos&#233; plainte contre X, consid&#233;rant que Base &#233;l&#232;ves portait diff&#233;rentes atteintes aux lois et conventions relatives &#224; la protection de la vie priv&#233;e, aux droits de l'Homme et de l'enfant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ministre Xavier Darcos a finalement admis, quatre ans apr&#232;s le d&#233;but des premi&#232;res exp&#233;rimentations, le caract&#232;re &#171; liberticide &#187; de certains items tout en d&#233;fendant le principe de son d&#233;veloppement au pr&#233;texte d'une gestion plus fine des effectifs et d'une rationalisation des postes et des classes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'interconnexion de ce fichier central avec toutes les donn&#233;es p&#233;dagogiques (notes, appr&#233;ciations) et comportementales (absences, incivilit&#233;s) comme avec le &#171; livret &#233;lectronique des comp&#233;tences &#187; constitue un moyen particuli&#232;rement puissant de contr&#244;le social, en parfaite compl&#233;mentarit&#233; avec d'autres fichiers de police. Il permet ainsi une tra&#231;abilit&#233; exhaustive de l'&#233;l&#232;ve et constitue le moyen d'un profilage scolaire et psychologique qui pourra servir non seulement pour l'orientation, mais aussi pour la r&#233;pression des &#171; d&#233;viances &#187; comportementales. C'est ainsi que le gouvernement le 22 avril 2009 a adress&#233; une instruction aux pr&#233;fets et aux recteurs d'Acad&#233;mie leur enjoignant de mettre en place &#224; partir de la rentr&#233;e 2009 &#171; une interconnexion des diff&#233;rentes bases de gestion interne pour am&#233;liorer le rep&#233;rage des &#233;l&#232;ves d&#233;crocheurs, ou sortant sans qualification du syst&#232;me scolaire &#187; [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='INSTRUCTION N&#176; 09-060 JS relative &#224; la pr&#233;vention du d&#233;crochage scolaire et (...)' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si ce travail de rep&#233;rage informatique est prioritairement cibl&#233; sur les lyc&#233;es professionnels, les centres de formation des apprentis et les &#171; territoires sensibles &#187;, il n'en offre pas moins un t&#233;moignage particulier sur les &#233;volutions en cours [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='footnote' title='La politique de la ville se donne ainsi pour objectif de &#171; rep&#233;rer les (...)' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]. Le principe structurant de l'employabilit&#233; d&#233;bouche pratiquement sur des techniques de normalisation in&#233;dite. D&#233;sormais l'&#233;chec scolaire, l'absent&#233;isme, le d&#233;crochage ne seront plus consid&#233;r&#233;s d'abord comme des d&#233;ficits &#224; traiter sur le plan scolaire, comme il &#233;tait de r&#232;gle dans l'ancien r&#233;gime scolaire centr&#233; sur l'acquisition des connaissances [&lt;a href='#nb19' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. GFEN, Pour en finir avec les dons, le m&#233;rite, le hasard, La Dispute, (...)' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;], mais comme des anormalit&#233;s comportementales ayant valeur de pr&#233;diction de la d&#233;linquance. On passe progressivement d'une probl&#233;matique de la d&#233;ficience scolaire &#224; une probl&#233;matique de la d&#233;viance socio&#233;conomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On commence m&#234;me &#224; voir, avec ce cas extr&#234;me des d&#233;crocheurs, comment la logique &#233;conomique de la construction des comp&#233;tences va pouvoir s'articuler &#224; une logique s&#233;curitaire d'observation, de rep&#233;rage et de contr&#244;le des conduites au regard de la norme de l'employabilit&#233;. Plus g&#233;n&#233;ralement, on peut mieux comprendre les usages qui pourraient &#234;tre rapidement faits des fichiers de l'&#233;ducation nationale et du &#171; livret de comp&#233;tences &#233;lectronique &#187;. Une sorte de casier comportemental individuel nourri de toutes les informations num&#233;riques apport&#233;es par les enseignants et les directions d'&#233;tablissement pourrait accompagner le jeune durant sa scolarit&#233; et m&#234;me constituer, au-del&#224; de la scolarit&#233; secondaire, un moyen d'orientation dans l'enseignement sup&#233;rieur, voire un nouveau type de &#171; livret de travail &#187; &#233;lectronique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne s'&#233;tonnera pas alors de constater que l'&#233;cole devient un espace &#224; surveiller de toutes les mani&#232;res possibles : installation biom&#233;trique de filtrage des entr&#233;es, cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance, portique de d&#233;tection, autorisation de fouille des cartables par les enseignants, et m&#234;me cr&#233;ation d'une &#171; force sp&#233;ciale d'intervention &#187; [&lt;a href='#nb20' class='spip_note' rel='footnote' title='Le 21 mai 2009, &#224; l'occasion du 90eme congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration des (...)' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;]. La surveillance du milieu scolaire rel&#232;ve d'une logique g&#233;n&#233;rale tellement puissante qu'elle conduit &#224; confondre les r&#244;les des enseignants et des officiers de police judiciaire. Elle tend m&#234;me &#224; se substituer &#224; toutes les autres options possibles pour r&#233;gler les probl&#232;mes auxquels sont confront&#233;s les &#233;tablissements scolaires. La production des comp&#233;tences humaines exige plus que jamais la mise en oeuvre d'un contr&#244;le continu des &#233;l&#232;ves et des professeurs.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; En conscience, je refuse d'ob&#233;ir &#187; (Alain Refalo)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il est de la nature des transformations qui affectent l'&#233;cole de ne pas imm&#233;diatement d&#233;livrer leur sens : les dispositifs normalisants les plus d&#233;cisifs se mettent en place par des branchements de techniques, de pratiques, de mesures qui, prises isol&#233;ment, ne paraissent pas dangereuses. Nombre de professeurs sont m&#234;me conduits &#224; devenir les agents actifs de leur propre contr&#244;le sans parfois en avoir la moindre conscience. C'est ainsi qu'ils sont contraints de faire passer aux &#233;l&#232;ves les &#233;valuations qui serviront &#224; les &#233;valuer et qu'ils sont invit&#233;s &#224; num&#233;riser toute leur production p&#233;dagogique depuis le cahier de texte jusqu'&#224; leur cours en passant par le carnet de notes dans des &#171; espaces num&#233;riques de travail &#187; accessibles en permanence &#224; leurs hi&#233;rarchies et aux parents d'&#233;l&#232;ves. Chaque enseignant devient &#224; la fois l'&#233;metteur des informations qui serviront de support au contr&#244;le le plus d&#233;taill&#233; et le plus constant qui pourra s'exercer sur lui et le producteur de donn&#233;es qui viendront alimenter le fichier individuel des &#233;l&#232;ves. Quant aux parents, qui g&#233;n&#233;ralement ignorent l'existence m&#234;me du fichage de leur enfant, ils sont parfois les premiers &#224; r&#233;clamer la mise en ligne des donn&#233;es les plus sensibles sur la scolarit&#233; des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont ces conditions qui expliquent la forme et le contenu des nouvelles mobilisations qui se m&#232;nent aujourd'hui sur le terrain de l'&#233;cole, avec de plus en plus souvent le soutien des parents d'&#233;l&#232;ves. Elles ont au moins deux traits majeurs. D'une part, elles cherchent &#224; rassembler sur une base souvent locale et dans un m&#234;me collectif de parents et d'enseignants les forces d'opposition et de contestation &#171; de la maternelle &#224; l'universit&#233; &#187;. Tout se passe comme si la g&#233;n&#233;ralisation d'une m&#234;me politique manag&#233;riale &#224; tous les niveaux conduisait &#224; l'action unitaire de ces &#171; collectifs parents/enseignants &#187; ou de ces comit&#233;s &#171; sauvons l'&#233;cole publique &#187; un peu partout en France. D'autre part, ces mobilisations prennent la forme de l'objection de conscience professionnelle [&lt;a href='#nb21' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. plus loin, Roland Gori, &#171; De l'extension sociale de la norme &#224; (...)' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Sans remplacer les formes de lutte men&#233;es par les organisations syndicales, lesquelles ont r&#233;ussi ces derniers mois d'importantes mobilisations, &#171; ces r&#233;sistances p&#233;dagogiques &#187; posent les questions au niveau le plus radical qui soit, celui de l'&#233;thique du m&#233;tier d'enseignant [&lt;a href='#nb22' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. plus loin, Daniel Le Scornet.' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'insurrection morale et politique des d&#233;sob&#233;isseurs, qu'il s'agisse des enseignants qui refusent d'appliquer les faux rem&#232;des des groupes de soutien, en lieu et place des Rased, de ceux qui refusent d'appliquer les nouveaux programmes ou encore de ceux qui refusent de renseigner les fichiers, porte un t&#233;moignage exemplaire, au risque des sanctions les plus graves financi&#232;res ou administratives, d'un mouvement de refus beaucoup plus vaste de r&#233;formes et de dispositifs qui asservissent les enseignants et d&#233;truisent leur fonction [&lt;a href='#nb23' class='spip_note' rel='footnote' title='La r&#233;pression des r&#233;sistants et d&#233;sob&#233;isseurs se fait de plus en plus (...)' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;]. Comme le souligne Alain Refalo dans sa Lettre de novembre 2008 [&lt;a href='#nb24' class='spip_note' rel='footnote' title='En conscience, je refuse d'ob&#233;ir !&quot;Lettre d'un instituteur de (...)' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;] : &#171; L'honneur de notre m&#233;tier est aussi de faire &#339;uvre de raison, de critique et de jugement &#187;.Nombreux sont les enseignants qui sentent aujourd'hui que se joue pour eux l'essentiel, &#224; savoir les significations qu'ils peuvent donner au m&#233;tier qu'ils exercent, ce qui les anime et les soutient pour affronter les mille difficult&#233;s qu'ils peuvent rencontrer dans les classes. Car les enseignants sont particuli&#232;rement aptes &#224; juger sur le terrain des effets n&#233;fastes du nouveau cours de l'&#233;cole et de l'impasse &#224; laquelle il m&#232;ne. Par leur pratique m&#234;me, ils sentent combien la rationalit&#233; gestionnaire, quand elle pr&#233;tend r&#233;gir jusqu'&#224; l'acte p&#233;dagogique, devient pure et simple tyrannie. Ils en ont eu un sinistre avant-go&#251;t dans les propos m&#233;prisants de Xavier Darcos &#224; propos des enseignants de maternelle accus&#233;s d'&#234;tre trop qualifi&#233;s eu &#233;gard &#224; leur fonction [&lt;a href='#nb25' class='spip_note' rel='footnote' title='Auditionn&#233; par la commission des Finances du S&#233;nat le 3 juillet 2008, (...)' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;]. Ils peuvent se rendre compte des effets d&#233;sastreux de la s&#233;gr&#233;gation sociale et ethnique dans la vie des &#233;tablissements et de l'in&#233;galit&#233; croissante des conditions d'apprentissage et d'enseignement sous l'effet d'un march&#233; scolaire de plus en plus actif. Ils peuvent constater l'inad&#233;quation des &#171; r&#233;ponses &#187; s&#233;curitaires apport&#233;es &#224; des probl&#232;mes qui, pour concerner l'&#233;ducation et l'enseignement, rel&#232;vent pour l'essentiel, quant &#224; leurs sources et &#224; leur nature, des transformations de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi, on ne peut s'&#233;tonner que beaucoup refusent de contribuer &#224; la destruction de leur profession r&#233;duite &#224; une prestation de services &#233;conomiques doubl&#233;e d'un d&#233;pistage des comportements anormaux. C'est cette m&#234;me r&#233;volte &#233;thique qui anime les enseignants-chercheurs contre la LRU et contre le d&#233;cret de V. P&#233;cresse modifiant leur statut et leur fonction. Comment s'en &#233;tonner puisque c'est le m&#234;me logiciel n&#233;olib&#233;ral qui fonctionne partout, de la maternelle &#224; l'universit&#233; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] On pourra se reporter &#224; la description que nous en faisons dans L'&#233;cole n'est pas une entreprise, La D&#233;couverte, Poches/ La d&#233;couverte, 2004&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] C'est ainsi que l'ont nomm&#233; les sociologues anglo-am&#233;ricains. Cf. Sharon Gewirtz, The Managerial School : Post-Welfarism and Social Justice in Education, Routledge, 2001&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Cette &#171; solution &#187; est pr&#233;conis&#233;e pour toutes les administrations et tous les services publics dans le cadre de la &#171; Nouvelle Gestion Publique &#187;. Cf. plus loin, le texte de Pierre Dardot.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Cf. Choukri Ben Ayed, Carte scolaire et march&#233; scolaire, Institut de recherches de la FSU/&#201;ditions du temps, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Du Rapport sur la red&#233;finition du m&#233;tier d'enseignant de Marcel Pochard (f&#233;vrier 2008) au Livre blanc sur l'avenir de la Fonction publique de Jean-Ludovic Silicani (avril 2008), un fil court qui met en cause le statut de la fonction publique et propose d'instiller une plus grande mobilit&#233; et une grande flexibilit&#233; dans la condition enseignante. Derri&#232;re les bonnes intentions affich&#233;es, la banalisation entrepreneuriale de l'&#233;cole appara&#238;t comme l'objectif principal. Le m&#233;tier d'enseignant ne doit plus &#234;tre regard&#233; comme une vocation d'existence mais comme une &#171; exp&#233;rience professionnelle &#187; parmi d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Le rapport Pochard souligne &#224; juste titre que &#171; la mise en &#339;uvre du socle commun de comp&#233;tences a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e comme une occasion de faire entrer l'&#233;cole dans un processus d'obligation de r&#233;sultats &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] M&#233;morandum sur l'&#233;ducation et la formation tout au long de la vie, octobre 2000, p. 33.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Richard Descoings, &#171; Pr&#233;conisations sur la r&#233;forme du lyc&#233;e, juin 2009, p. 35.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Pour un expos&#233; de cette conception cf. le rapport d'information parlementaire sur la r&#233;forme du lyc&#233;e, (n&#176;1694, remis le 27 mai 2009) du d&#233;put&#233; UMP Benoist Apparu. Ce dernier affirme vouloir que les lyc&#233;ens &#171; d&#233;terminent librement leur propre parcours &#187; (p.13)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Le Monde , 30 mai 2009, p. 2.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Cf. Luc C&#233;delle, &#171; R&#233;forme Darcos de l'&#233;cole primaire : des programmes plus resserr&#233;s sur des objectifs plus &#233;valu&#233;s &#187;, Le Monde, le 20 f&#233;vrier 2008&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] La p&#233;tition &#171; Sauvons les Rased &#187; a r&#233;uni tr&#232;s vite des centaines de milliers de signatures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Allocution du pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise dans la salle de la signature du Palais de Latran , le jeudi 20 d&#233;cembre 2007 : &#171; Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la diff&#233;rence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le cur&#233; ou le pasteur, m&#234;me s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalit&#233; du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement port&#233; par l'esp&#233;rance. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Cf. sur ces points les analyses de Philippe M&#233;rieu, en particulier dans sa &#171; Lettre ouverte &#224; Xavier Darcos, Ministre de l'Education nationale &#187;, le 27 d&#233;cembre 2008 sur le site &lt;a href='http://www.meirieu.com/nouveautesblocnotes.htm' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.meirieu.com/nouveautesbl...&lt;/a&gt;. Cf aussi Collectif Pas de Z&#233;ro de conduite, Enfants turbulents : l'enfer est-il pav&#233; de bonnes intentions ?&#201;ditions Eres, 2008.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Brigitte Perucca, &quot;Base &#233;l&#232;ves&quot; tra&#238;n&#233; devant l'ONU, Le Monde, le 27 mars 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh16' id='nb16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Le Collectif national de r&#233;sistance &#224; Base &#233;l&#232;ve, cr&#233;&#233; le 8 novembre 2008, a alert&#233; le Comit&#233; des droits de l'enfant des Nations Unies sur le caract&#232;re dangereux du fichage des &#233;l&#232;ves en France. Le 12 juin 2009, ce comit&#233; s'est dit pr&#233;occup&#233; de &#171; la multiplication des bases de donn&#233;es dans laquelle les informations personnelles des enfants sont recueillies, stock&#233;es et utilis&#233;es pour une longue p&#233;riode, au risque d'interf&#233;rer avec le droit des enfants et de leurs familles au respect de la vie priv&#233;e &#187;. La Ligue des droits de l'homme ainsi qu'un certain nombre d'organisations syndicales et de parents d'&#233;l&#232;ves ont commenc&#233; &#224; s'y int&#233;resser et &#224; interpeller le minist&#232;re. Cf. le site de la Ligue des droits de l'homme de Toulon, &lt;a href='http://www.ldh-toulon.net/' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.ldh-toulon.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh17' id='nb17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] INSTRUCTION N&#176; 09-060 JS relative &#224; la pr&#233;vention du d&#233;crochage scolaire et &#224; l'accompagnement des jeunes sortant sans dipl&#244;me du syst&#232;me scolaire. Paris, le 22 avril 2009&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh18' id='nb18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] La politique de la ville se donne ainsi pour objectif de &#171; rep&#233;rer les jeunes pour lutter contre le d&#233;crochage scolaire &#187;(sic) afin de pouvoir les orienter positivement vers un emploi adapt&#233;. Cf. le site du secr&#233;tariat &#224; la politique de la ville, &lt;a href='http://www.espoir-banlieues.fr/article.php3?id_article=41' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.espoir-banlieues.fr/arti...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh19' id='nb19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Cf. GFEN, Pour en finir avec les dons, le m&#233;rite, le hasard, La Dispute, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh20' id='nb20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Le 21 mai 2009, &#224; l'occasion du 90eme congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration des parents d'&#233;l&#232;ves de l'enseignement public (PEEP), &#224; La Rochelle, Xavier Darcos a propos&#233; de cr&#233;er &quot;une force mobile d'agents&quot; charg&#233;s de &#171; missions de pr&#233;vention et de contr&#244;le &#187; de la violence en milieu scolaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh21' id='nb21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Cf. plus loin, Roland Gori, &#171; De l'extension sociale de la norme &#224; l'inservitude volontaire &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh22' id='nb22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Cf. plus loin, Daniel Le Scornet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh23' id='nb23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] La r&#233;pression des r&#233;sistants et d&#233;sob&#233;isseurs se fait de plus en plus sentir. Jean-Yves Le Gall, l'un des premiers opposants &#224; Bases &#233;l&#232;ves, &#233;t&#233; d&#233;mis de ses fonctions de directeur en avril 2009 par d&#233;cision de l'Inspectrice d'Acad&#233;mie de l'Is&#232;re et mut&#233; d'office dans une autre &#233;cole du d&#233;partement &#224; la rentr&#233;e 2009. Alain Refalo et Erwan Redon sont convoqu&#233;s devant des commissions disciplinaires courant juillet 2009, Bastien Cazals est somm&#233; par sa hi&#233;rarchie de se taire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh24' id='nb24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] En conscience, je refuse d'ob&#233;ir !&quot;Lettre d'un instituteur de Colomiers (31) &#224; son inspecteur, le 6 novembre 2008.Cf. &lt;a href='http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1030669.html' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://resistancepedagogique.blog4e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh25' id='nb25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Auditionn&#233; par la commission des Finances du S&#233;nat le 3 juillet 2008, Xavier Darcos expos&#233; son projet de r&#233;duction du nombre d'enseignants en premi&#232;re section de maternelle en ces termes : &#171; Est-ce qu'il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des cr&#233;dits d&#233;l&#233;gu&#233;s par l'Etat, que nous fassions passer des concours bac +5 &#224; des personnes dont la fonction va &#234;tre essentiellement de faire faire des siestes &#224; des enfants ou de leur changer les couches ? &#187;. L'argument est sans doute de pr&#233;parer le terrain pour la non-scolarisation des 2-3 ans (ou plus), au profit des garderies et jardins d'enfants communaux ou associatifs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Organisation et politique de l'enseignement finlandais</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article478</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article478</guid>
		<dc:date>2008-07-25T15:42:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lise Bruneel</dc:creator>



		<description>Les &#233;l&#232;ves finlandais sont depuis les premi&#232;res enqu&#234;tes PISA (qui &#233;valuent le niveau des &#233;l&#232;ves, notamment en lecture, maths et sciences) en t&#234;te des pays de l'OCDE (pays industrialis&#233;s). Pourquoi ? Lise Bruneel nous propose un compte rendu d'une Conf&#233;rence de Madame Anttila, le 15 janvier 2008 &#224; la Commune d'Auderghem, ainsi que le compte-rendu de recherches compl&#233;mentaires Les &#233;l&#232;ves finlandais sont depuis les premi&#232;res enqu&#234;tes PISA (qui &#233;valuent le niveau des &#233;l&#232;ves, (...)

-
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/IMG/arton478.gif&quot; width='150' height='105' style='height:105px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves finlandais sont depuis les premi&#232;res enqu&#234;tes PISA (qui &#233;valuent le niveau des &#233;l&#232;ves, notamment en lecture, maths et sciences) en t&#234;te des pays de l'OCDE (pays industrialis&#233;s). Pourquoi ? Lise Bruneel nous propose un compte rendu d'une Conf&#233;rence de Madame Anttila, le 15 janvier 2008 &#224; la Commune d'Auderghem, ainsi que le compte-rendu de recherches compl&#233;mentaires&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves finlandais sont depuis les premi&#232;res enqu&#234;tes PISA (qui &#233;valuent le niveau des &#233;l&#232;ves, notamment en lecture, maths et sciences) en t&#234;te des pays de l'OCDE (pays industrialis&#233;s). La haute qualit&#233; p&#233;dagogique des &#233;coles finlandaises r&#233;sulte directement d'une politique volontariste d'&#233;galit&#233; des chances &#233;labor&#233;e dans les ann&#233;es 60 et mise en &#339;uvre &#224; l'&#233;chelle nationale dans les ann&#233;es 70. Cette politique d'&#233;galit&#233; des chances a prouv&#233; que la diversit&#233; socio-culturelle des &#233;l&#232;ves ne nuit pas &#224; la qualit&#233; p&#233;dagogique de l'enseignement, et mieux, que la diversit&#233; des &#233;l&#232;ves au sein d'une m&#234;me classe et au fil des ann&#233;es dynamise la p&#233;dagogie car elle force l'enseignant &#224; remettre en question r&#233;guli&#232;rement ses m&#233;thodes d'apprentissage. De plus, une p&#233;dagogie prenant en compte les diff&#233;rents niveaux favorise l'apprentissage de tous, les plus faibles dans une branche suivant l'exemple des plus forts et les plus forts d&#233;veloppant leurs capacit&#233;s en abordant des contenus plus ardus et en soutenant les autres &#233;l&#232;ves dans leur apprentissage (syst&#232;me d'entraide &#224; la fois efficace pour d&#233;velopper les capacit&#233;s mentales de tous et pour renforcer le groupe). Il faut ajouter qu'une p&#233;dagogie ne tenant pas compte de la diversit&#233; ne prend pas plus en charge les forts que les faibles, les uns s'ennuyant et les autres se sentant exclus. De plus, si les meilleurs &#233;l&#232;ves finlandais sont un peu moins bien not&#233;s que les meilleurs &#233;l&#232;ves belges, c'est bien parce qu'on mesure leurs comp&#233;tences &#224; un moment relativement pr&#233;coce de leur apprentissage ; en effet une p&#233;dagogie dynamique &#233;duque les &#233;l&#232;ves &#224; apprendre par eux-m&#234;mes, c'est ainsi qu'ils ont plus de possibilit&#233;s de se d&#233;velopper tout au long de leur vie. Ce petit d&#233;calage ne peut masquer les r&#233;ussites essentielles de cet enseignement (et ce malgr&#233; l'isolement g&#233;ographique et la relative pauvret&#233; du pays) &lt;strong&gt; : les r&#233;sultats de TOUS les &#233;l&#232;ves sont excellents, &#233;lev&#233;s ou bons, avec le m&#234;me budget que celui de la CF&lt;/strong&gt; (toutes proportions gard&#233;es).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Historique&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Jusque dans les ann&#233;es 60 les jeunes finlandais n'avaient pas tous la possibilit&#233; de suivre un enseignement secondaire, l'enseignement n'&#233;tant pas encore organis&#233; partout dans ce pays immense, &#224; faible d&#233;mographie et relativement pauvre. Mais l'&#233;galit&#233; des chances &#233;tant alors une priorit&#233; politique, des r&#233;formes ont permis &#224; l'enseignement de s'organiser et d'&#233;voluer tr&#232;s rapidement. Le syst&#232;me s'est largement inspir&#233; du voisin su&#233;dois en copiant les meilleurs c&#244;t&#233;s de celui-ci, et d&#232;s les ann&#233;es 70, les projets pilotes (d'abord lanc&#233;s en Laponie o&#249; il n'y avait pas de contestation possible) ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s dans tout le pays. L'enseignement actuel d&#233;coule directement de cette politique volontariste des ann&#233;es 70. &lt;br /&gt;
Il existait alors des &#233;coles semi-priv&#233;es et des &#233;coles publiques, elles furent fondues en un seul r&#233;seau public, les &#233;coles semi-priv&#233;es ayant 7 ans pour se conformer aux normes des &#233;coles publiques au risque d'&#234;tre tout simplement ferm&#233;es. Les &#233;coles d&#233;pendent donc maintenant des communes, except&#233; trois &#233;coles de l'Etat (une pour &#233;l&#232;ves handicap&#233;s, une russo-finnoise, une russo-francophone) et cinq totalement priv&#233;es (une germanophone, une anglophone, une juda&#239;que et deux chr&#233;tiennes) qui repr&#233;sentent 0.4% des &#233;coles. Seules les &#233;coles assurant le cycle de 6 &#224; 16 ans de moins de 50 &#233;l&#232;ves sont en danger. Il n'y a aucun internat, les transports sont organis&#233;s pour que les &#233;l&#232;ves puissent rentrer chaque apr&#232;s-midi chez eux tandis que les familles tr&#232;s &#233;loign&#233;es d&#233;m&#233;nagent le temps des &#233;tudes. &lt;br /&gt;
Le premier avis qui fut entendu sur la r&#233;forme, lorsqu'elle a &#233;t&#233; lanc&#233;e dans les ann&#233;es 70, &#233;tait que le niveau allait baisser, or les plus faibles ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s par les autres et les plus faibles de Finlande sont encore tr&#232;s forts par rapport &#224; la moyenne europ&#233;enne car tous les &#233;l&#232;ves &#224; tous les niveaux ont au moins un niveau minimum acceptable.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Grands principes&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Egalit&#233; d'acc&#232;s - pas de s&#233;lection&lt;/strong&gt; : toutes les &#233;coles offrent la m&#234;me qualit&#233; p&#233;dagogique et les m&#234;mes &#233;quipements (les &#233;coles de campagne sont &#233;ventuellement mieux &#233;quip&#233;es encore).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Pas de choix d'&#233;cole&lt;/strong&gt; jusqu'&#224; 16 ans : c'est l'&lt;strong&gt;&#233;cole du quartier &lt;/strong&gt;d'office (mais toutes les &#233;coles se valent). Choix possible apr&#232;s 16 ans.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Gratuit&#233; int&#233;grale &#8211; &#233;cole publique&lt;/strong&gt; : scolarit&#233;, fournitures, mat&#233;riel, instruments de musique, biblioth&#232;ques bien fournies, &#233;cran de taille moyenne, ordis, repas, transports, sorties de classes, voyages d'&#233;tudes, rem&#233;diation, logop&#233;die, psychologue&#8230;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Tronc commun &#8211; pas de fili&#232;re&lt;/strong&gt; jusqu'&#224; 16 ans (sauf un choix entre une troisi&#232;me langue &#233;trang&#232;re ou plus de maths).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Apprentissage pr&#233;coce des langues&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Pas de notation &lt;/strong&gt;avant 13 ans et &lt;strong&gt;pas de redoublement&lt;/strong&gt; (car c'est pire et co&#251;teux).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Toutes les mati&#232;res&lt;/strong&gt; doivent &#234;tre r&#233;ussies.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Rem&#233;diation pr&#233;coce&lt;/strong&gt; : tous les professeurs sont form&#233;s au rep&#233;rage des difficult&#233;s (m&#234;me avant l'&#226;ge de 6 ans), et &#224; la rem&#233;diation ; si la t&#226;che est trop importante, il peut faire appel au professeur &#8216;ultra-sp&#233;cialis&#233;' dans la rem&#233;diation, celui-ci est disponible dans chaque &#233;cole pour des cours particuliers.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Equipes p&#233;dagogiques soutenues&lt;/strong&gt; (formation continue).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;En classe on parle&lt;/strong&gt;, on explique, on comprend ; c'est &#224; la maison qu'on &#233;crit.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Peu de travaux extra-scolaires&lt;/strong&gt; et les instructions pour le travail &#224; domicile et la motivation pour celui-ci sont travaill&#233;s en classe (pistes, exemples&#8230;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; LES CYCLES&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'enseignement est obligatoire de 6 &#224; 16 ans mais la toute grande majorit&#233; des &#233;l&#232;ves poursuivent leurs &#233;tudes bien au-del&#224;. L'enseignement &#8216;fondamental' va de 7 &#224; 16 ans en tronc commun.&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le nombre d'heures (de 45 minutes) de cours &#233;volue avec les ann&#233;es : &lt;br /&gt;
19 heures en 1&#232;re et 2&#232;me (de 7 &#224; 9 ans), &lt;br /&gt;
23 heures en 3&#232;me et 4&#232;me (de 9 &#224; 11 ans),&lt;br /&gt;
24 heures en 5&#232;me et 6&#232;me (de 11 ans &#224; 13 ans),&lt;br /&gt;
30 heures de la 7&#232;me &#224; la 9&#232;me ann&#233;e (de 13 ans &#224; 16 ans).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De 3 &#224; 6 ans : le jardin d'enfants (&#233;cole maternelle) est tr&#232;s fr&#233;quent&#233; quoique pas obligatoire, il est gratuit, on n'y fait que jouer, seul le jeu permettant d'apprendre &#224; cet &#226;ge.&lt;br /&gt;
De 6 &#224; 7 ans : l'apprentissage pr&#233;-scolaire est une ann&#233;e entre &#233;cole maternelle et enseignement primaire, l'enseignement fondamental ne commencera qu'&#224; 7 ans car il vaut mieux que les &#233;l&#232;ves soient bien m&#251;rs.&lt;br /&gt;
De 7 &#224; 16 ans : l'enseignement fondamental en tronc commun : le &#8216;primaire' de 7 &#224; 13 ans, le &#8216;coll&#232;ge' de 13 &#224; 16 ans. Ce sont les ann&#233;es de 1 &#224; 9 ; les &#233;l&#232;ves qui d&#233;sirent am&#233;liorer leurs notes (&#233;ventuellement pour entrer dans le lyc&#233;e de leur choix) ainsi que les &#233;l&#232;ves qui n'ont pas r&#233;ussi l'examen suivent une dixi&#232;me ann&#233;e pour am&#233;liorer leur niveau, repasser l'examen, obtenir de meilleures notes au certificat d'&#233;tudes fondamentales. 5% des &#233;l&#232;ves au total choisissent de poursuivre une dixi&#232;me ann&#233;e.&lt;br /&gt;
De 16 &#224; 19 ans : le lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral ou professionnel avec options. Les trois ann&#233;es peuvent s'effectuer en 2, 3 ou 4 ans et on peut recommencer pour changer de fili&#232;re (g&#233;n&#233;rale ou professionnelle). L'entr&#233;e au lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral ou professionnel peut &#234;tre conditionn&#233;e par les r&#233;sultats dans le fondamental. L'&lt;strong&gt;enseignement professionnel &lt;/strong&gt;&#233;tant tr&#232;s &lt;strong&gt;valoris&#233;&lt;/strong&gt;, il est parfois plus difficile d'entrer dans celui-ci que dans le g&#233;n&#233;ral. L'enseignement au lyc&#233;e est partag&#233; en cours qui correspondent &#224; environ trente-huit heures et l'ann&#233;e scolaire est divis&#233;e en 5 ou 6 p&#233;riodes. Chaque p&#233;riode comporte un emploi du temps centr&#233; sur un certain nombre de mati&#232;res. L'avancement des &#233;tudes et la formation des groupes d'&#233;l&#232;ves d&#233;pendent alors des choix que ceux-ci font parmi les diff&#233;rents cours propos&#233;s. C'est la raison pour laquelle la s&#233;paration en classes d'&#226;ge et m&#234;me la r&#233;partition en &#8216;groupes classes' a compl&#232;tement disparu de tous les lyc&#233;es. Les &#233;tudes comprennent des mati&#232;res obligatoires, des cours de perfectionnement et des cours d'application. Les &#233;tablissements offrent la possibilit&#233; de choisir diff&#233;rents cours de perfectionnement. Chaque &#233;l&#232;ve est tenu de suivre un nombre suffisant de cours. Les cours d'application peuvent &#234;tre soit des compl&#233;ments aux mati&#232;res d&#233;j&#224; enseign&#233;es soit une initiation &#224; d'autres mati&#232;res. Les cours peuvent &#234;tre organis&#233;s en collaboration avec d'autres &#233;tablissements comme par exemple les &#233;coles professionnelles et les conservatoires de musique. Le bac ou certificat de fin d'&#233;tudes g&#233;n&#233;rales ou professionnelles permettent d'entrer &#224; l'universit&#233; ou en &#233;cole sup&#233;rieure. Toutes les &#233;preuves sont corrig&#233;es de mani&#232;re centralis&#233;e et selon des crit&#232;res communs. Les &#233;preuves obligatoires sont : langue maternelle, deuxi&#232;me langue nationale (finnois ou su&#233;dois), premi&#232;re langue &#233;trang&#232;re et au choix math&#233;matique ou une &#233;preuve combinant l'ensemble des autres mati&#232;res. Ensuite viennent les &#233;preuves facultatives. Deux sessions sont organis&#233;es : au printemps et &#224; l'automne. Il est possible de passer l'examen en une fois ou en partie avec un maximum de trois tentatives. L'enseignement professionnel peut &#234;tre dispens&#233; &#224; des bacheliers (ayant fini le lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral) qui b&#233;n&#233;ficient d'une r&#233;duction de 6 mois ou un an pour tenir compte des cours d&#233;j&#224; suivis dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral. Il y a &lt;strong&gt;75 dipl&#244;mes professionnels de base&lt;/strong&gt;, qui, s'ils sont accomplis en trois ans, &lt;strong&gt;donnent acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur&lt;/strong&gt;. Le dipl&#244;me est constitu&#233; de 120 unit&#233;s (une unit&#233; correspondant en moyenne &#224; une quarantaine d'heures de travail pour l'&#233;l&#232;ve) : dont 90 unit&#233;s de formation professionnelle avec au moins 20 unit&#233;s de stages en entreprise, 20 unit&#233;s de formation g&#233;n&#233;rale (langue maternelle, seconde langue nationale, langue &#233;trang&#232;re, math, physique, chimie, connaissance de la soci&#233;t&#233;, de l'entreprise et de la vie professionnelle, hygi&#232;ne, sport, art et culture), 10 unit&#233;s libres. La s&#233;lection &#224; l'entr&#233;e du lyc&#233;e professionnel se fait principalement selon le dossier scolaire &#233;tabli par l'&#233;cole fondamentale, mais les &#233;tablissements sont aussi libres d'organiser un examen d'entr&#233;e ou un test d'aptitude et de prendre en compte l'exp&#233;rience professionnelle. &lt;br /&gt;
Apr&#232;s le lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral ou professionnel : les &#233;coles sup&#233;rieures professionnelles et les universit&#233;s. Les 20 universit&#233;s ont en propre une activit&#233; de recherche scientifique et fondent leur enseignement sur elle. Les 40 &#233;coles sup&#233;rieures professionnelles sont tourn&#233;es vers le monde du travail et fondent leur activit&#233; sur les demandes qu'il peut faire en mati&#232;re de haute qualification professionnelle, leur taille varie entre 1000 et 8000 &#233;tudiants, elles forment en trois ans et demi ou quatre ans (140 ou 160 unit&#233;s = mati&#232;res g&#233;n&#233;rales et sp&#233;cialis&#233;es, mati&#232;res facultatives, stages, m&#233;moire) des experts dans les secteurs suivants : ressources naturelles, technique et transport, administration et commerce, tourisme, restauration et &#233;conomie, sant&#233; et protection sociale, culture, enseignement et humanisme ; une ann&#233;e suppl&#233;mentaire peut &#234;tre accord&#233;e ; tous les enseignants doivent suivre une formation p&#233;dagogique et avoir une exp&#233;rience professionnelle minimale de 3 ans ; les &#233;coles collaborent &#233;troitement pour la recherche et le d&#233;veloppement avec les entreprises des domaines concern&#233;s. Pour l'entr&#233;e dans les universit&#233;s, des numerus clausus sont fix&#233;s par le minist&#232;re de l'Education qui d&#233;cide du nombre de dipl&#244;mes et de doctorats &#224; atteindre par universit&#233; et par discipline ; ces nombres sont &#233;tablis en fonction des besoins du pays et du march&#233; du travail. Parce que les &lt;strong&gt;concours d'admission dans les universit&#233;s&lt;/strong&gt; se font sur base d'&#233;preuves de diff&#233;rentes natures (qui concernent une mati&#232;re diff&#233;rente chaque ann&#233;e pour chaque section) et que les &#233;l&#232;ves apprennent par eux-m&#234;mes sans aucune aide ext&#233;rieure possible, les &#233;l&#232;ves n'y voient pas une restriction de leur libert&#233; d'apprentissage, m&#234;me si d'une ann&#233;e &#224; l'autre, pour les m&#234;mes efforts, les chances d'entr&#233;e diff&#232;rent. Il est possible de repasser plusieurs fois le concours annuel. Chaque ann&#233;e, une moyenne d'un tiers des candidats seulement est re&#231;ue. Le dipl&#244;me universitaire de premier cycle/candidature/bac+3 compos&#233; de 120 unit&#233;s est g&#233;n&#233;ralement obtenu en trois ann&#233;es. Le dipl&#244;me universitaire de deuxi&#232;me cycle/master/ma&#238;trise/bac+5 compos&#233; de 160 &#224; 180 unit&#233;s demande normalement 5 ans mais il est en moyenne obtenu en 6 ans et demi. Il existe aussi des troisi&#232;mes cycles et des doctorats.&lt;br /&gt;
En cours de vie : la formation continue. L'&lt;strong&gt;apprentissage tout au long de la vie &lt;/strong&gt;est devenu un principe essentiel de l'&#233;ducation nationale. Plus de 1000 &#233;tablissements fournissent aussi une formation pour adultes car l'enseignement est destin&#233; &#224; la fois aux jeunes et aux adultes, et il est gratuit pour les adultes comme pour les jeunes. Pr&#232;s d'un million d'&#233;tudiants adultes fr&#233;quentent l'&#233;cole chaque ann&#233;e, soit &lt;strong&gt;un adulte sur deux&lt;/strong&gt; ! Ce qui &#233;quivaut &#224; 14% du budget du minist&#232;re de l'Education.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ATMOSPHERE&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'ann&#233;e scolaire comporte 190 jours de cours, il n'y a pas de vacances de P&#226;ques, on commence le 15 ao&#251;t et on termine fin mai (&#233;tant donn&#233; la latitude).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#233;cole commence g&#233;n&#233;ralement &#224; 8 heures et se termine &#224; 13 heures.&lt;/strong&gt; Un &#233;l&#232;ve a toujours cours, il n'y a jamais de &#8216;trou' dans son horaire.&lt;br /&gt;
Une heure de cours = 45 minutes en classe + de 15 minutes de r&#233;cr&#233;ation (et les &#233;l&#232;ves sont directement dans la nature dans la plupart des cas). Chez les grands, possibilit&#233; d'un cours de deux heures = 1h30 et 30 minutes de r&#233;cr&#233;ation.&lt;br /&gt;
On commence &#224; l'heure et sans tra&#238;ner.&lt;br /&gt;
Temps de midi : 30 minutes pour tous &#224; la cantine. Le restaurant (gratuit) propose des plats bien &#233;quilibr&#233;s et respectueux des conceptions sociales, religieuses ou des probl&#232;mes de sant&#233; des &#233;l&#232;ves : repas standard, v&#233;g&#233;tarien, kacher, ou &#224; r&#233;gime particulier (par exemple sans gluten).&lt;br /&gt;
Aucun &#233;l&#232;ve n'est interne. Malgr&#233; une superficie &#233;gale &#224; la France peupl&#233;e de seulement 5 millions d'habitants, tous les &#233;l&#232;ves rentrent chez eux en d&#233;but d'apr&#232;s-midi car leur &#233;ducation se fait aussi par les parents au quotidien.&lt;br /&gt;
Sauf dans les petites &#233;coles qui assurent plusieurs niveaux par classe, tous les &#233;l&#232;ves d'une m&#234;me classe ont le m&#234;me &#226;ge (puisqu'il n'y a pas de redoublement).&lt;br /&gt;
Nombre d'&#233;l&#232;ves par classe :&lt;br /&gt;
Maximum 20 enfants par classe en maternelle.&lt;br /&gt;
Maximum 24 &#233;l&#232;ves par classe en primaire (sauf exceptions).&lt;br /&gt;
Nombre d'&#233;l&#232;ves par classe consid&#233;r&#233; comme g&#233;rable au coll&#232;ge (13-16 ans) : 32 (mais en fait 24 maximum dans la plupart des cas).&lt;br /&gt;
Nombre standard d'&#233;l&#232;ves par classe au lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral ou professionnel (16-19 et jusqu'&#224; 20 ans, enseignement non obligatoire) : 35-40.&lt;br /&gt;
Un &#233;tablissement scolaire compte en moyenne 300 &#224; 400 &#233;l&#232;ves.&lt;br /&gt;
En cas de gros probl&#232;mes d'apprentissage ou de probl&#232;mes psycho-sociaux, l'&#233;l&#232;ve reste dans sa classe et est suivi par un enseignant sp&#233;cialis&#233;. Un &#233;l&#232;ve peut recevoir jusqu'&#224; 6 heures de cours particuliers par semaine &#224; l'&#233;cole.&lt;br /&gt;
Un &#233;l&#232;ve plus rapide, plus gourmand en apprentissage ou surdou&#233; reste dans sa classe, il re&#231;oit des activit&#233;s suppl&#233;mentaires pour ne pas s'ennuyer et progresser &#224; son rythme parmi les enfants de son &#226;ge.&lt;br /&gt;
Les enfants rentrent seuls &#224; la maison (qui est forc&#233;ment proche), ou en transport en commun. L'apr&#232;s-midi ils ont acc&#232;s &#224; toutes les &lt;strong&gt;activit&#233;s extra-scolaires&lt;/strong&gt; enti&#232;rement gratuites (art, artisanat, sport&#8230;) o&#249; ils se rendent par eux-m&#234;mes - la responsabilisation des enfants fait partie de l'&#233;ducation.&lt;br /&gt;
Chaque &#233;cole organise son horaire et r&#233;partit son quota d'heures de cours sur les diff&#233;rents niveaux scolaires. La r&#233;partition du nombre d'heures par branche et par niveau est donc susceptible d'&#234;tre modifi&#233;e par l'&#233;cole chaque ann&#233;e.&lt;br /&gt;
Les professeurs sont soucieux de motiver les &#233;l&#232;ves et d'effectuer le plus de &lt;strong&gt;travaux de groupes&lt;/strong&gt; possible.&lt;br /&gt;
Participation active des &#233;l&#232;ves aux cours.&lt;br /&gt;
On peut se balancer sur sa chaise, se promener dans la classe.&lt;br /&gt;
Les &#233;l&#232;ves participent &#224; l'entretien des locaux de leur &#233;cole.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Les &#233;l&#232;ves n'ont jamais peur de venir &#224; l'&#233;cole&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
Toutes les classes primaires comportent des instruments de musique (batterie, piano&#8230;).&lt;br /&gt;
Tout &#233;tablissement secondaire poss&#232;de une salle de musique et une salle d'arts plastiques.&lt;br /&gt;
La salle de gym est transformable en salle de spectacle avec estrade, rideau, coulisses dans chaque &#233;cole.&lt;br /&gt;
Chaque &#233;tablissement poss&#232;de un ou plusieurs petits locaux de rem&#233;diation.&lt;br /&gt;
Les &#233;l&#232;ves finlandais sont les &#233;l&#232;ves de l'OCDE qui travaillent le moins en nombre d'heures de travail intellectuel, ce qui leur permet d'&#234;tre plus en forme &#224; l'&#233;cole et plus &#233;quilibr&#233;s de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale.&lt;br /&gt;
Les &#233;l&#232;ves tutoient le professeur et se confient &#224; lui facilement en cas de probl&#232;me.&lt;br /&gt;
Les professeurs pr&#233;parent leurs cours et corrigent &#224; l'&#233;cole m&#234;me.&lt;br /&gt;
Il n'y a qu'un seul syndicat et 98% des professeurs y sont affili&#233;s malgr&#233; la cotisation &#233;lev&#233;e. Le syndicat est un partenaire incontournable de toute r&#233;forme touchant l'enseignement. Ses caisses permettraient &#224; tous les professeurs de faire gr&#232;ve pendant quatre mois en touchant leur salaire int&#233;gral, mais comme le syndicat participe &#224; toutes les r&#233;formes, les professeurs n'ont jamais de raison de faire gr&#232;ve.&lt;br /&gt;
L'objectif explicite de r&#233;ussite pour tous dans un enseignement de qualit&#233; favorise la solidarit&#233; entre &#233;l&#232;ves forts et faibles, et entre professeurs et &#233;l&#232;ves.&lt;br /&gt;
Le syst&#232;me pr&#233;voit que les &#233;l&#232;ves les plus avanc&#233;s dans une branche aident les plus faibles de sorte que chacun y trouve son compte, en effet, les plus avanc&#233;s doivent comprendre et expliquer ce qu'ils ont compris, ils d&#233;veloppent donc une plus grande connaissance de la mati&#232;re et les plus faibles passent les &#233;tapes plus difficiles tout en restant int&#233;gr&#233;s dans leur classe. Le syst&#232;me se reproduit d'ailleurs &#224; l'&#233;chelle des professeurs puisque tous les enseignants du maternel sont second&#233;s par un assistant scolaire, souvent un jeune dipl&#244;m&#233; qui saisit alors l'occasion d'avoir un mod&#232;le suppl&#233;mentaire, le cas est aussi fr&#233;quent dans le primaire.&lt;br /&gt;
Les Finlandais n'ont pas cru tout de suite &#224; leurs bons r&#233;sultats aux enqu&#234;tes PISA par modestie, c'est seulement &#224; la deuxi&#232;me enqu&#234;te qu'ils se sont rendus compte de la qualit&#233; de leur enseignement et aussi en voyant d&#233;barquer un nombre incroyable de d&#233;l&#233;gations p&#233;dagogiques (300 par ann&#233;e, notamment Allemagne, Danemark, Luxembourg ainsi que les m&#233;dias belges et fran&#231;ais) au point qu'on parle &#224; pr&#233;sent de &#8216;tourisme p&#233;dagogique'.&lt;br /&gt;
La tuerie commise par un &#233;l&#232;ve qui a beaucoup remu&#233; la Finlande s'est d&#233;roul&#233;e au lyc&#233;e (et non pas dans l'enseignement fondamental), c'est-&#224;-dire dans le cycle 16-18 ans o&#249; les &#233;l&#232;ves sont presque mis en situation universitaire, o&#249; les classes sont importantes et les groupes tr&#232;s diff&#233;rents en fonction des options, et o&#249; les professeurs ne connaissent plus les &#233;l&#232;ves ; ce cas tragique n'aurait pas pu se passer dans l'enseignement fondamental, les professeurs auraient rep&#233;r&#233; un d&#233;s&#233;quilibre chez l'adolescent, &#233;tant proches de lui.&lt;br /&gt;
Contrairement &#224; l'id&#233;e re&#231;ue, les &#233;l&#232;ves finlandais ne sont pas toujours calmes. Etant donn&#233; l'importance des travaux de groupe, il y a souvent plus de bruit dans les classes.&lt;br /&gt;
On demande aux parents de cr&#233;er un climat favorable &#224; l'&#233;tude, au bien-&#234;tre et &#224; la s&#233;curit&#233; de leur enfant mais l'&#233;cole doit soutenir les parents dans cette responsabilit&#233;, on ne peut donc se contenter de d&#233;clarer un parent d&#233;missionnaire pour justifier l'&#233;chec d'un enfant.&lt;br /&gt;
L'&#233;cole buissonni&#232;re se termine au plus tard &#224; l'heure du repas parce que sa qualit&#233; est appr&#233;ci&#233;e et qu'il est servi gratuitement.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'association des parents&lt;/strong&gt; finlandaise insiste pour une &#233;ducation &#233;gale pour tous les enfants finlandais durant toute leur scolarit&#233; obligatoire sans esprit de s&#233;lection. Les parents finlandais ont une grande confiance dans l'&#233;cole et sont partenaires &#233;gaux avec elle, ils si&#232;gent au sein des pouvoirs organisateurs et exercent un pouvoir d&#233;cisionnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;EVALUATION&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/strong&gt;On &#233;value mais &lt;strong&gt;sans notes&lt;/strong&gt;, il s'agit donc d'appr&#233;ciations &#233;crites ou orales non chiffr&#233;es, l'essentiel &#233;tant d'apprendre &#224; l'enfant &#224; &lt;strong&gt;s'auto-&#233;valuer&lt;/strong&gt; et de l'aider &#224; &lt;strong&gt;mieux s'orienter&lt;/strong&gt; dans le sup&#233;rieur. Le passage d'une ann&#233;e &#224; l'autre est donc automatique. Le certificat de fin d'enseignement obligatoire indique les comp&#233;tences de l'&#233;l&#232;ve dans chaque mati&#232;re et c'est sur base de ces constats que l'&#233;l&#232;ve choisit une option au lyc&#233;e et que ce lyc&#233;e l'accueille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, les parents font pression et on attribue donc quelques notes &#224; partir de l'&#226;ge de 13 ans. On applique alors le &lt;strong&gt;syst&#232;me commun de notation&lt;/strong&gt; pour faciliter celle-ci et sa lecture. Selon cette notation commune, le profil d&#233;taill&#233; du travail r&#233;ussi est de 8/10 et celui de travail rat&#233; de 4/10. Donc, 8 ou 7 ne posent pas question, 6 = attention particuli&#232;re et plus de suivi par le professeur en classe et si n&#233;cessaire en cours particulier (par le professeur &#224; l'&#233;cole m&#234;me), 5 = rem&#233;diation par professeur sp&#233;cialis&#233; en dehors de la classe mais toujours &#224; l'&#233;cole et pendant le temps scolaire + contact avec les parents, 4 = un accident car les rem&#233;diations pr&#233;alables emp&#234;chent l'&#233;chec. Aucun &#233;l&#232;ve ne peut avoir aucun 4/10 en fin de scolarit&#233;. Il n'est pas pensable en Finlande d'attribuer &#224; des &#233;l&#232;ves des notes de 8/10 puis 4/10 ou l'inverse parce que l'&#233;l&#232;ve a r&#233;ussi ou non une &#233;preuve ou un exercice : l'&#233;valuation de l'&#233;l&#232;ve est toujours globale. Cette conception de l'&#233;valuation est aussi d'application &#224; l'&#233;preuve commune du bac qui se d&#233;roule &#224; 18, 19 ou 20 ans, mais elle place alors les &#233;l&#232;ves sur 7 niveaux : un niveau correspondant &#224; une insuffisance et 6 niveaux correspondant &#224; un niveau de comp&#233;tence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On &#233;value plus le positif que le n&#233;gatif et il n'y a &lt;strong&gt;jamais de punition&lt;/strong&gt;. Le bic vert souligne ce qui est r&#233;ussi, connu, le rouge ce qui va moins bien, afin de ne pas g&#233;n&#233;rer d'angoisse. On pratique l'auto&#233;valuation : l'&#233;l&#232;ve dit ce qu'il pense de son travail effectu&#233;, le prof indique en regard son avis et ses recommandations, quitte &#224; insister davantage sur le futur que sur les manques du pass&#233;. Si le r&#233;sultat est mauvais, on indique ce qu'il reste &#224; faire. Les 0.3% d'&#233;chec en fin d'&#233;tudes fondamentales sont consid&#233;r&#233;s comme des cas pathologiques. Le gros avantage du syst&#232;me de notation est que les &#233;l&#232;ves ne se sentent pas dans un perp&#233;tuel concours tout au long de la scolarit&#233;. Pour certains cours, il existe un manuel pour les &#233;l&#232;ves les plus faibles. Il est admis qu'un professeur donne des devoirs diff&#233;rents en fonction du niveau de chaque &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce type d'&#233;valuation est pratiqu&#233; tout au long de l'ann&#233;e scolaire pendant l'enseignement fondamental, ensuite, parce que le lyc&#233;e s'organise en modules, des examens ont lieu tous les deux mois (et le bac peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; deux fois). Le syst&#232;me permet beaucoup d'&#233;quit&#233; au bac gr&#226;ce aux r&#233;f&#233;rentiels d'&#233;valuation : les professeurs d'un m&#234;me cours ont une notation similaire (alors que chez nous un grande libert&#233; est accord&#233;e dans l'&#233;valuation).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La suppression du stress li&#233; au passage dans la classe suivante modifie suffisamment les relations entre &#233;l&#232;ve et prof pour que la fonction de contr&#244;le et de discipline accord&#233;e &#224; la cotation-sanction des syst&#232;mes &#233;ducatifs traditionnels ne soit plus n&#233;cessaire. Comme dans toutes les &#233;coles il y a des probl&#232;mes de discipline, mais l'&#233;valuation et les passages de classe ne font pas partie du contrat social scolaire, ce n'est pas pour autant que le syst&#232;mes soit &#8216;coulant' : il gomme la culpabilisation au profit de la &lt;strong&gt;responsabilisation&lt;/strong&gt; et du projet personnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves dyslexiques (la dyslexie est un trouble d'apprentissage de la lecture survenant en d&#233;pit d'une intelligence normale et qui touche 10% des &#233;l&#232;ves de mani&#232;re variable) sont &#233;duqu&#233;s de mani&#232;re particuli&#232;re. Ils re&#231;oivent des cours sp&#233;ciaux &#224; l'&#233;cole ou dans la commune, ils sont ensuite not&#233;s diff&#233;remment pendant toute leur scolarit&#233; jusqu'au bac o&#249; ils ont plus de temps, un ordinateur &#224; leur disposition, parfois des &#233;preuves diff&#233;rentes, des pauses plus longues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On &#233;value aussi parfois les &#233;l&#232;ves de tous les niveaux avec un syst&#232;me de points mais sur base d'&#233;chantillonnages : quelques &#233;l&#232;ves de quelques &#233;coles choisis au hasard sont test&#233;s pour un examen de toutes les branches. La moyenne de l'&#233;cole est faite et chaque &#233;cole compare sa moyenne &#224; la moyenne de l'&#233;tat. Si sa moyenne est inf&#233;rieure, la formation continue des professeurs est accentu&#233;e - &#233;tant donn&#233; l'adage &#8216;Il n'y a pas de mauvais &#233;l&#232;ve, il n'y a qu'un mauvais enseignement'. Il y a &lt;strong&gt;interdiction de publier les r&#233;sultats des &#233;coles&lt;/strong&gt;, seule la moyenne de l'&#233;tat est publi&#233;e, de mani&#232;re &#224; ce que chaque &#233;cole puisse se situer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a&lt;strong&gt; que 3% d'&#233;checs au CEB&lt;/strong&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; la fin de la scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans = apr&#232;s 9 ann&#233;es d'&#233;tudes fondamentales communes ; apr&#232;s la dixi&#232;me ann&#233;e compl&#233;mentaire propos&#233;e aux &#233;l&#232;ves qui d&#233;sirent repasser le CEB, le taux d'&#233;chec tombe &#224; 0.3%.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la fin de cette scolarit&#233; obligatoire, qui correspond &#224; la fin de l'enseignement fondamental pour tous, c'est-&#224;-dire &#224; 16 ans pour la plupart des &#233;l&#232;ves : &lt;br /&gt;
55% vont dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral ( = les lyc&#233;es)&lt;br /&gt;
35% vont dans l'enseignement professionnel ( = les lyc&#233;es professionnels)&lt;br /&gt;
3% suivent la dixi&#232;me ann&#233;e compl&#233;mentaire&lt;br /&gt;
7% quittent l'&#233;cole mais y reviennent vite ou entrent en formation qualifiante, seul moyen d'acc&#233;der au march&#233; de l'emploi.&lt;br /&gt;
L'acc&#232;s &#224; certains lyc&#233;es et &#224; certaines &#233;coles sup&#233;rieures est filtr&#233; selon les notes obtenues. Il y a proportionnellement plus d'&#233;checs et d'abandons en lyc&#233;es professionnels car les &#233;l&#232;ves se rendent compte qu'ils ne sont pas faits pour cette fili&#232;re, ils retournent donc dans le g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les nouveaux objectifs du syst&#232;me scolaire finlandais sont :&lt;br /&gt;
renforcer le soutien scolaire dans le fondamental ;&lt;br /&gt;
renforcer le soutien scolaire au lyc&#233;e (16-19 jusqu'&#224; 20 ans) ;&lt;br /&gt;
mieux orienter les &#233;l&#232;ves vers le sup&#233;rieur, notamment par de nouveaux contacts avec le milieu professionnel et les secteurs en p&#233;nurie ;&lt;br /&gt;
accentuer la formation continue obligatoire des professeurs, jusqu'&#224; pr&#233;sent ils avaient au minimum 3 jours par an en dehors des cours, &#224; partir de 2009, ils auront une ou deux semaines minimum par ann&#233;e, il faut encore d&#233;cider s'ils les feront pendant le temps scolaire ou pendant les vacances scolaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les professeurs sont nomm&#233;s par la commune, s'auto-&#233;valuent en fonction des r&#233;sultats de l'&#233;cole et choisissent leur formation continue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;FORMATION et METIER de PROFESSEUR&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les candidats &#224; l'enseignement, 10 % seulement sont s&#233;lectionn&#233;s&lt;/strong&gt;. La s&#233;lection s'op&#232;re sur base d'entretiens et de tests visant &#224; &#233;valuer leur motivation. &lt;strong&gt;Tous les professeurs &#233;tudient au moins 6 ann&#233;es &#224; l'universit&#233;, &lt;/strong&gt;qu'ils enseignent en maternelle ou au lyc&#233;e, et toute la formation universitaire est prise en charge financi&#232;rement par l'&#233;tat sous forme d'une bourse couvrant tous les besoins de l'&#233;tudiant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le m&#233;tier est tr&#232;s valoris&#233; quoique mal pay&#233; : 1700 net en commen&#231;ant, 2100 net en fin de carri&#232;re, ce qui est en-dessous de la moyenne de l'OCDE. Tous les professeurs b&#233;n&#233;ficient de la m&#234;me r&#233;mun&#233;ration, mais ceux qui acceptent de travailler dans une zone recul&#233;e re&#231;oivent une compensation. On consid&#232;re qu'un professeur de sports a moins de travail &#224; domicile qu'un professeur de langue maternelle, il doit donc prester 26 heures au lieu de &lt;strong&gt;18 heures de cours&lt;/strong&gt;. Les heures suppl&#233;mentaires sont pay&#233;es, elles sont organis&#233;es uniquement pour boucler les horaires au lieu d'engager un prof pour quelques heures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les futurs enseignants sont &lt;strong&gt;form&#233;s pour enseigner &#224; tous les niveaux&lt;/strong&gt;. Tous les enseignants de la maternelle &#224; la fin du lyc&#233;e ont suivi au minimum 6 ann&#233;es de cours universitaires = une ma&#238;trise + un an de p&#233;dagogie. L'ann&#233;e de p&#233;dagogie comprend de nombreux stages (230 heures d'observation et de stage actif car ce sont les mod&#232;les qui sont essentiels) et la r&#233;daction d'un m&#233;moire consacr&#233; &#224; la didactique. Les professeurs de toutes les branches (artistiques comprises) sont sp&#233;cialis&#233;s (ex : &#233;tudes artistiques + p&#233;dagogie, rem&#233;diation comprise). A la fin de leur formation, les futurs professeurs doivent &#234;tre capable de suivre toutes les classes de la maternelle au lyc&#233;e, dans presque toutes les branches gr&#226;ce &#224; la polyvalence de la formation et &#224; la p&#233;dagogie utilis&#233;e : &lt;strong&gt;le professeur est un guide&lt;/strong&gt; pour l'&#233;l&#232;ve plut&#244;t qu'un pourvoyeur de savoirs. Ils enseigneront toutefois principalement les deux branches dans lesquelles ils sont sp&#233;cialis&#233;s. La solide formation en p&#233;dagogie et la possibilit&#233; de formation continue permettent sur le terrain une totale autonomie et une totale libert&#233; p&#233;dagogique (en plus de facilit&#233; l'organisation des &#233;coles). Par ailleurs, les professeurs ne sont jamais &#233;valu&#233;s, le syst&#232;me a confiance en leur motivation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les professeurs sp&#233;cialis&#233;s en rem&#233;diation &#233;tudient deux ann&#233;es de plus apr&#232;s l'ann&#233;e de p&#233;dagogie (donc : 5+1+2 = 8 ans minimum d'&#233;tudes). Ils sont form&#233;s pour tous les niveaux de la scolarit&#233; obligatoire et non obligatoire, donc, des 3 ans de l'enfant &#224; la fin du lyc&#233;e (entre 18 et 20 ans selon que l'&#233;l&#232;ve le fait en deux, trois ou quatre ans).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Beaucoup d'enseignants sont en charge de plusieurs niveaux. Ex : une &#233;cole primaire (7-13 ans) de 28 &#233;l&#232;ves r&#233;partis en deux classes = trois niveaux &#224; la fois par enseignant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &lt;strong&gt;charge de travail&lt;/strong&gt; est &lt;strong&gt;importante et multiple&lt;/strong&gt; : il faut assurer en plus de la p&#233;dagogie (pr&#233;parations, cours, corrections), l'encadrement en dehors des cours et les contacts avec les parents (gestion des absences&#8230;). Il n'y a pas d'&#233;ducateurs (ni de surveillants ni de barri&#232;res ni de personnel administratif), les professeurs et les &#233;l&#232;ves se connaissent bien puisque les professeurs enseignent &#224; diff&#233;rents niveaux (afin de suivre le plus longtemps possible leurs &#233;l&#232;ves). Il y a aussi beaucoup de r&#233;unions de concertation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'enseignement primaire, les professeurs peuvent compter sur l'aide d'un assistant scolaire qui est souvent un jeune professeur d&#233;butant. L'horaire de chaque professeur, &#224; tous les niveaux, inclut une &#224; deux heures de cours particuliers pour le suivi des &#233;l&#232;ves en difficult&#233;. Cette rem&#233;diation imm&#233;diate faite par le professeur oblige celui-ci &#224; adapter son cours de telle sorte qu'il ne se retrouve pas avec un nombre excessif d'&#233;l&#232;ves qui n'ont pas compris son cours. Elle lui donne une exp&#233;rience p&#233;dagogique sur les aspects les plus difficiles de son cours ce qui lui permet par la suite d'adapter son cours pour le rendre plus efficace. Lorsque le professeur n'est pas parvenu &#224; r&#233;soudre les difficult&#233;s de l'enfant ou du jeune (d'abord au sien de la classe, ensuite en cours particuler), il peut faire appel &#224; un professeur sp&#233;cialis&#233; (le &#8216;psychologue scolaire') qui prend en charge l'&#233;l&#232;ve individuellement ou par petits groupes de maximum quatre &#233;l&#232;ves. En moyenne un &#233;l&#232;ve finlandais sur 6 re&#231;oit une aide individualis&#233;e et sp&#233;cialis&#233;e dans son &#233;cole, et ce d&#232;s la d&#233;tection de la difficult&#233;. Donc, professeurs et &#233;l&#232;ves ne sont jamais livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes en cas de probl&#232;me. Par exemple, la dyslexie, la dyscalculie, la dysorthographie, d&#233;pist&#233;es et suivies par les professeurs ordinaires de l'&#233;cole (puisqu'ils sont aussi form&#233;s), sont, lorsque ceux-ci ne peuvent assurer un suivi suffisant, prises en charge par le &#8216;psychologue scolaire' de l'&#233;cole (un par &#233;cole ou itin&#233;rant entre les petites &#233;coles), on &#233;vite ainsi d'aggraver la situation d'apprentissage des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; et d'accumuler les retards et le d&#233;crochage scolaires. L'&#233;l&#232;ve ne redoute pas ce d&#233;pistage puisque l'aide qu'il re&#231;oit ne l'&#233;carte pas du groupe-classe qu'il conna&#238;t, et le professeur peut mener &#224; bien sa mission d'enseignant : des socles de comp&#233;tences &#233;lev&#233;s chez tous ses &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#244;le principal du professeur est de guider l'&#233;l&#232;ve dans la construction de ses connaissances qu'il b&#226;tit gr&#226;ce &#224; l'&#233;cole, son milieu, ses parents, internet, la biblioth&#232;que&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;f&#233;rentiels fournis par l'&#233;tat fixent les objectifs&lt;/strong&gt; &#224; atteindre (les diff&#233;rentes comp&#233;tences), &lt;strong&gt;chaque &#233;cole choisit ses p&#233;dagogies en concertation&lt;/strong&gt; : professeurs, parents, &#233;l&#232;ves et commune se r&#233;unissent tous les dix ans pour &#233;crire en d&#233;tail leur plan d'enseignement (selon les objectifs &#224; atteindre fix&#233;s par l'&#233;tat).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des manuels con&#231;us par des professeurs en fonction sont mis &#224; la disposition des professeurs mais leur usage n'est pas obligatoire. Les associations de professeurs par mati&#232;re proposent annuellement des examens qu'elles vendent &#224; vil prix (&#231;a rassure les professeurs d'avoir un examen commun avec d'autres &#233;coles en plus d'all&#233;ger la charge de la pr&#233;paration).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; question de rendre obligatoire la pr&#233;sence des professeurs de 9h &#224; 16h &#224; l'&#233;cole mais l'id&#233;e a &#233;t&#233; rejet&#233;e vu que les professeurs, qui pr&#233;parent et corrigent &#224; l'&#233;cole, sont d&#233;j&#224; pr&#233;sents au-del&#224; de cet horaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas de crit&#232;re sp&#233;cifique d'&#233;valuation des professeurs, le seul crit&#232;re d&#233;pend de l'&#233;valuation des &#233;l&#232;ves : si les &#233;l&#232;ves sont bons, les professeurs le sont. Il n'y a donc pas d'inspecteurs. Le seul responsable p&#233;dagogique est le directeur de l'&#233;cole (nomm&#233; par la commune), lui-m&#234;me toujours professeur dans l'&#233;cole, et il ne s'inqui&#232;te que si des parents ou des &#233;l&#232;ves manifestent une incompr&#233;hension par rapport &#224; un choix p&#233;dagogique. Le directeur est d&#233;charg&#233; de maximum un demi-horaire d'enseignant pour assurer sa t&#226;che de direction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les professeurs sont nomm&#233;s &#224; titre d&#233;finitif par la commune sur base d'une proposition faite par l'&#233;cole et le comit&#233; de gestion (compos&#233; de la commune, des parents et du syndicat).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout comme dans d'autres pays europ&#233;ens, les familles se montrent moins unies, les familles monoparentales sont en hausse et les &#233;l&#232;ves deviennent &#8216;plus difficiles' mais il y a toujours une forte demande pour la carri&#232;re d'enseignant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;LANGUES&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le &lt;strong&gt;bilinguisme&lt;/strong&gt; est instaur&#233; d&#232;s le d&#233;but de la scolarit&#233; car le pays s'administre en deux langues officielles : sur 5.250.000 habitants, 90% de la population parle le finnois (langue non indo-europ&#233;enne) et 5% (= 300.000 personnes) parlent le su&#233;dois (langue indo-europ&#233;enne germanique scandinave).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &lt;strong&gt;professeurs&lt;/strong&gt; de langues &#233;trang&#232;res sont &lt;strong&gt;natifs&lt;/strong&gt; &#224; tous les niveaux et les cours de langues suivent la &lt;strong&gt;m&#233;thode par immersion&lt;/strong&gt;. L'&#233;cole finlandaise qui utilise beaucoup les technologies modernes investit notamment dans les labos de langue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'enseignement su&#233;dois, qui fonctionne de la m&#234;me mani&#232;re que le finlandais, r&#233;colte les m&#234;mes bons r&#233;sultats scolaires et le pourcentage de la population &#233;trang&#232;re parmi les &#233;l&#232;ves est similaire &#224; celui de la Belgique : 12% en Belgique, 13% en Su&#232;de.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A Helsinki, une personne sur 10 est &#233;trang&#232;re. &lt;strong&gt;Toute personne enfant ou adulte arrivant en Finlande doit apprendre la langue finnoise avant d'aller &#224; l'&#233;cole, au travail ou en formation&lt;/strong&gt;. Ce bain linguistique obligatoire donn&#233; par des professeurs sp&#233;cialis&#233;s en &#8216;finnois langue &#233;trang&#232;re' dure un an et pr&#233;voit une ma&#238;trise de la langue suffisante pour entrer sur le march&#233; du travail et/ou en formation. Un d&#233;fi quand on sait que le finnois se d&#233;cline en 14 cas, que les vocables sont kilom&#233;triques, qu'il y a 5 infinitifs et qu'il ne s'agit pas d'une langue indo-europ&#233;enne. Ces cours intensifs donn&#233;s par des professeurs sp&#233;cialis&#233;s uniquement sont donn&#233;s gratuitement &#224; tous. Les enfants et les adolescents y passent maximum un an (souvent selon leur &#226;ge d'arriv&#233;e, la langue d'origine, le parcours d'exil&#8230;), ils int&#232;grent ensuite l'&#233;cole dans la classe correspondant &#224; leur &#226;ge, mais d'autres mesures sont prises :&lt;br /&gt;
durant l'ann&#233;e d'apprentissage de la langue finnoise, l'&#233;l&#232;ve recevra aussi (dans la mesure du possible, c'est-&#224;-dire si on trouve des professeurs) des cours dans sa langue maternelle, la langue maternelle &#233;tant la base pour l'apprentissage des autres langues et &#233;tant particuli&#232;rement importante pour le d&#233;veloppement harmonieux de l'enfant, et aussi parce que certains apprentissages n&#233;cessaires &#224; la formation intellectuelle ne peuvent attendre ; dans ce cas, les &#233;l&#232;ves ayant pour langue maternelle une langue rare sont regroup&#233;s par commune ;&lt;br /&gt;
d&#232;s qu'il y a au moins trois enfants dans le maternel et le primaire qui ne parlent pas le finnois ou le su&#233;dois, des &lt;strong&gt;cours en langue maternelle&lt;/strong&gt; leur sont encore donn&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de leur &#233;cole fondamentale (dans la mesure du possible, c'est-&#224;-dire si on trouve des professeurs) ;&lt;br /&gt;
jusqu'&#224; la fin de la scolarit&#233; les professeurs consid&#233;reront plus les contenus apport&#233;s par l'&#233;l&#232;ve que la forme (parce que la langue maternelle n'est pas le finnois ou le su&#233;dois).&lt;br /&gt;
Avec ce syst&#232;me, m&#234;me des &#233;l&#232;ves arriv&#233;s tardivement ma&#238;trise la langue finnoise et peuvent choisir au lyc&#233;e les options les plus exigeantes en langue et r&#233;ussir leur bac.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a qu'un ghetto socialement d&#233;favoris&#233; &#224; Helsinki, il date du d&#233;but des ann&#233;es 70 lorsqu'on a construit tout un quartier de logements sociaux. Ayant observ&#233; le ph&#233;nom&#232;ne de ghetto&#239;sation culturelle (ce quartier d&#233;favoris&#233; &#233;tant &#224; forte majorit&#233; nouvellement immigr&#233;e), les autorit&#233;s ont ensuite dispers&#233; les logements sociaux. Ce quartier reste &#224; ce jour moins mixte avec une proportion importante de personnes &#233;trang&#232;res ou d'origine &#233;trang&#232;re. Par chance, il se trouve le long de la mer o&#249; ensuite les habitants les plus fortun&#233;s sont venus construire leurs villas. Avec l'obligation d'inscrire son enfant &#224; l'&#233;cole du quartier, l'unique ghetto citadin n'a pas caus&#233; de ghetto scolaire. Aussi, comme toutes les &#233;coles se valent, les parents ais&#233;s n'avaient pas craint de s'installer dans ce quartier. (C'est cette &#233;cole qui a &#233;t&#233; choisie par Madame Anttila pour le documentaire de la RTBF).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;PANEL de COURS du TRONC COMMUN&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Langue maternelle : finnois ou su&#233;dois (&#224; l'ouest)&lt;br /&gt;
Deuxi&#232;me langue nationale : finnois ou su&#233;dois&lt;br /&gt;
Litt&#233;rature&lt;br /&gt;
Premi&#232;re langue &#233;trang&#232;re obligatoire au choix (choix large), l'anglais est souvent choisi.&lt;br /&gt;
Deuxi&#232;me langue &#233;trang&#232;re facultative au choix (choix large), l'allemand est souvent choisi (45% des &#233;l&#232;ves choisissent de suivre une deuxi&#232;me langue &#233;trang&#232;re = quatri&#232;me langue en fait).&lt;br /&gt;
Math&#233;matique ; les &#233;l&#232;ves qui n'ont pas choisi de deuxi&#232;me langue &#233;trang&#232;re (donc de quatri&#232;me langue) ont plus de math&#233;matique.&lt;br /&gt;
Sciences naturelles&lt;br /&gt;
Biologie&lt;br /&gt;
Physique&lt;br /&gt;
Chimie&lt;br /&gt;
Education &#224; la sant&#233;&lt;br /&gt;
G&#233;ographie&lt;br /&gt;
Histoire&lt;br /&gt;
Education civique&lt;br /&gt;
Philosophie&lt;br /&gt;
Ethique, religion luth&#233;rienne, religion orthodoxe (comme &#224; l'Est) ou toute autre religion &#224; partir du moment o&#249; des parents en font la demande, demande consid&#233;r&#233;e d&#232;s que minimum 3 &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole sont concern&#233;s.&lt;br /&gt;
Musique&lt;br /&gt;
Th&#233;&#226;tre&lt;br /&gt;
Danse traditionnelle&lt;br /&gt;
Arts plastiques&lt;br /&gt;
Enseignement m&#233;nager (couture, cuisine&#8230;) actuellement obligatoire pour les gar&#231;ons et facultatif pour les filles&lt;br /&gt;
Travaux manuels de construction/m&#233;canique (menuiserie, &#233;lectricit&#233;&#8230;) actuellement obligatoire pour les filles et facultatif pour les gar&#231;ons&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Orientation des &#233;tudes&lt;/strong&gt; : cours donn&#233; pendant toute la dur&#233;e des &#233;tudes (de 7 &#224; 19 ans), adapt&#233; &#224; chaque niveau, il aborde les questions de m&#233;thodologies et de motivation, il permet aux &#233;l&#232;ves de s'int&#233;grer dans le projet scolaire, de mieux comprendre pourquoi ils sont &#224; l'&#233;cole, et surtout les aide &#224; trouver leur voie pour l'avenir (un &#233;l&#232;ve &#224; l'occasion de d&#233;couvrir concr&#232;tement diff&#233;rents m&#233;tiers au fil des ann&#233;es).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Outre les raisons p&#233;dagogiques du tronc commun, celui-ci permet d'ouvrir une &#233;cole partout o&#249; c'est n&#233;cessaire de mani&#232;re &#224; ce que les &#233;l&#232;ves aient tous une &#233;cole pr&#232;s de chez eux, malgr&#233; l'immensit&#233; du pays et sa faible population. C'est seulement &#224; l'&#226;ge de 14 ans (&#224; partir de la 8&#232; ann&#233;e commune) que 6 heures d'option sont propos&#233;es en plus : 3&#232; langue &#233;trang&#232;re (donc 5&#232; langue), informatique, cours li&#233;s &#224; l'&#233;conomie locale, cours pratiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir du lyc&#233;e, il y a plus d'heures de langues au choix : latin, su&#233;dois, fran&#231;ais, espagnol, italien, russe, japonais&#8230; l'&#233;l&#232;ve pourra cumuler jusqu'&#224; 8 langues !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au lyc&#233;e, l'&#233;l&#232;ve compose lui-m&#234;me son horaire et l'adapte tous les deux mois. En permanence, il peut peaufiner son orientation, sans devoir s'enferrer dans un mauvais choix (parce que le syst&#232;me ne fonctionne pas par ann&#233;e ou double ann&#233;e comme c'est le cas notamment en 5&#232; et 6&#232; ann&#233;e en CF). Cela donne &#224; l'&#233;l&#232;ve une excellente pr&#233;paration au cursus universitaire, mais comme il n'y a pas de groupe-classe traditionnel, il n'y a pas d'esprit de classe (gr&#226;ce &#224; des repas et voyages communs), un &#233;l&#232;ve isol&#233; peut donc le rester pendant ses 2, 3 ou 4 ann&#233;es de lyc&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gages de qualit&#233; de l'enseignement&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Importance de la relation profs &#8211; parents &#8211; &#233;l&#232;ves&lt;/strong&gt; : tous les parents rencontrent obligatoirement et au minimum deux fois par an tous les professeurs un par un, puis en pl&#233;ni&#232;re.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La confiance et l'autonomie accord&#233;e au corps enseignant&lt;/strong&gt; augmente la cr&#233;ativit&#233;, responsabilise et permet d'&#233;prouver du plaisir &#224; enseigner, contrairement aux syst&#232;mes directifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avantages pr&#233;alables de la Finlande&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Une ferme et globale politique de l'&#233;galit&#233; des chances.&lt;br /&gt;
Tradition de lecture bien ancr&#233;e (de longue date une condition sine qua non pour le mariage &#233;tait d'&#234;tre capable de lire !).&lt;br /&gt;
Education &#233;lev&#233;e des m&#232;res depuis longtemps.&lt;br /&gt;
Programmes de t&#233;l&#233;vision non doubl&#233;s depuis la r&#233;forme de l'enseignement : tout est sous-titr&#233; en finnois, ainsi les enfants baignent dans les langues &#233;trang&#232;res (et apprennent &#224; lire).&lt;br /&gt;
Mod&#232;le social performant, insufflant de l'assurance : taux de ch&#244;mage plut&#244;t faible li&#233; &#224; un niveau de qualification &#233;lev&#233; (au point que des entreprises se d&#233;localisent en Finlande pour cette raison). Le ch&#244;mage r&#233;mun&#233;r&#233; est impossible pour les jeunes : ils doivent suivre une formation qualifiante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; Economies&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le budget de l'enseignement finlandais correspond, par &#233;l&#232;ve et en euros, au budget de l'enseignement de la Communaut&#233; fran&#231;aise, mais l'organisation diff&#232;re compl&#232;tement :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un seul r&#233;seau&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
Pas d'options : &lt;strong&gt;tronc commun&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
Moindre co&#251;t de la &lt;strong&gt;rem&#233;diation&lt;/strong&gt; par rapport au co&#251;t de la rel&#233;gation (auquel il faut ajouter le co&#251;t social).&lt;br /&gt;
Classes de 35 &#224; 40 &#233;l&#232;ves au lyc&#233;e (de 16-19 ans jusqu'&#224; 20 ans).&lt;br /&gt;
Pas de personnel &#233;ducatif ni de permanence pour la surveillance, les &#233;l&#232;ves ne sont encadr&#233;s que de leurs professeurs.&lt;br /&gt;
Pas de personnel administratif dans l'&#233;cole : le directeur est d&#233;charg&#233; de maximum la moiti&#233; de sa fonction pour exercer celle de directeur.&lt;br /&gt;
Pas de personnel administratif externe &#224; l'&#233;cole : le peu d'administration n&#233;cessaire est assum&#233; par la commune.&lt;br /&gt;
Peu de personnel d'entretien : les enfants y participent.&lt;br /&gt;
Pas d'inspecteurs p&#233;dagogiques (L'Etat finlandais ne donne que les normes minimales que les &#233;coles doivent atteindre. L'&#233;valuation de l'enseignant se fait via les r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves au concours commun).&lt;br /&gt;
Pas de personnel p&#233;dagogique en dehors des &#233;coles (la formation continue sur base volontaire se fait entre enseignants en fonction).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Actuellement, en Communaut&#233; fran&#231;aise, un enfant sur deux arrive avec au moins une ann&#233;e doubl&#233;e en fin de cycle secondaire, ce qui co&#251;te 300 millions d'euros, soit pr&#232;s de 6% du budget de l'&#233;cole. Quoique le co&#251;t d'un &#233;l&#232;ve de la Communaut&#233; fran&#231;aise soit &#233;quivalent &#224; celui d'un &#233;l&#232;ve finlandais, il faut y ajouter le co&#251;t social de la discrimination et de la rel&#233;gation, incommensurable chez nous (pays aux &#233;carts les plus &#233;lev&#233;s entre les &#233;l&#232;ves - &#233;carts &#233;troitement li&#233;s au niveau socio-&#233;conomique des &#233;l&#232;ves). Un changement de syst&#232;me p&#233;dagogique n&#233;cessiterait de plus gros fonds dans un premier temps mais ceux-ci pourraient &#234;tre imput&#233;s aux secteurs sociaux qui b&#233;n&#233;ficieraient de ces mesures par la suite. Rappelons que si le % du PIB accord&#233; par la Finlande &#224; son enseignement est bien sup&#233;rieur &#224; celui accord&#233; par la CF (la Finlande &#233;tant globalement plus pauvre), le co&#251;t d'un &#233;l&#232;ve en CF est actuellement similaire &#224; celui d'un &#233;l&#232;ve finlandais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Globalit&#233; des int&#233;r&#234;ts&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Au vu des r&#233;sultats d'excellence r&#233;colt&#233;s par l'exp&#233;rience finlandaise dont peu de pays ont &#224; ce jour profit&#233;, il faut se poser la question de savoir pourquoi cette haute qualit&#233; p&#233;dagogique n'a pu &#234;tre valoris&#233;e plus t&#244;t au m&#234;me titre que n'importe quel projet de d&#233;veloppement. Quoiqu'on prenne en compte la modestie, l'isolement et le manque de moyens de la Finlande pour en faire la publicit&#233;, il faut d&#233;plorer le manque d'institutions internationales dans le domaine de l'&#233;ducation et la r&#233;sistance au changement des enseignements traditionnels. Retenons donc de suite la ligne de force de cet enseignement qui a gagn&#233; le pari de former tous les enfants &#224; devenir de complets citoyens et professionnels, c'est que la politique finlandaise place r&#233;ellement l'enseignement dans&lt;strong&gt; un tout &#233;conomique et d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;. Car former une petite &#233;lite et beaucoup de travailleurs peu qualifi&#233;s est un leurre dans une soci&#233;t&#233; industrialis&#233;e : nous avons besoin principalement de travailleurs hautement qualifi&#233;s ; car former seulement une petite &#233;lite citoyenne est un leurre dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique : nous avons besoin de citoyens responsables pour sa sauvegarde et pour le d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chronique d'une mort annonc&#233;e </title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article461</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article461</guid>
		<dc:date>2008-04-19T16:26:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M. El Bachir</dc:creator>


		<dc:subject>Marchandisation</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>

		<description>Selon l'OCDE, les d&#233;penses annuelles en faveur de l'enseignement de ses Etats membres s'&#233;l&#232;vent &#224; mille milliards de dollars. Quatre millions d'enseignants, 80 millions d'&#233;l&#232;ves et &#233;tudiants, 320 000 &#233;tablissements scolaires (dont 5 000 universit&#233;s et &#233;coles sup&#233;rieures de l'Union europ&#233;enne) sont &#224; pr&#233;sent dans la ligne de mire des marchands. Pour lib&#233;rer ce march&#233;, il faut que les Etats europ&#233;ens se d&#233;sengagent de leurs responsabilit&#233;s dans (...)

-
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Marchandisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/IMG/arton461.jpg&quot; width='122' height='150' style='height:150px;width:122px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Selon l'OCDE, les d&#233;penses annuelles en faveur de l'enseignement de ses Etats membres s'&#233;l&#232;vent &#224; mille milliards de dollars. Quatre millions d'enseignants, 80 millions d'&#233;l&#232;ves et &#233;tudiants, 320 000 &#233;tablissements scolaires (dont 5 000 universit&#233;s et &#233;coles sup&#233;rieures de l'Union europ&#233;enne) sont &#224; pr&#233;sent dans la ligne de mire des marchands. Pour lib&#233;rer ce march&#233;, il faut que les Etats europ&#233;ens se d&#233;sengagent de leurs responsabilit&#233;s dans l'&#233;ducation et la formation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis une trentaine d'ann&#233;es, textes et rapports de l'OCDE servent &#224; encourager et &#224; guider les diff&#233;rents gouvernants dans les reformes de l'enseignement public. Les tenants de cette strat&#233;gie sont conscients qu'il faut beaucoup d'efforts et de doigt&#233; aux responsables politiques pour r&#233;ussir le d&#233;mant&#232;lement de l'essentiel du service public de l'enseignement. L'&#233;ducation nationale fran&#231;aise n'&#233;chappe pas &#224; cette &#171; lib&#233;ralisation &#187; d&#233;finie par l'U.E, en 2001, dans la Strat&#233;gie de Lisbonne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une strat&#233;gie qui trouve ses racines dans les travaux de la Table ronde europ&#233;enne des industriels ERT (Fond&#233;e en 1983), (groupe de pression patronal aupr&#232;s de la Commission europ&#233;enne).
En effet, d&#232;s 1989, ERT publie un rapport intitul&#233; Education et comp&#233;tence en Europe. Elle y affirme sans d&#233;tour que &#171; l'&#233;ducation et la formation... sont consid&#233;r&#233;es comme des investissements strat&#233;giques vitaux pour la r&#233;ussite future de l'entreprise &#187;. Puis elle d&#233;plore que &#171; l'enseignement et la formation soient toujours consid&#233;r&#233;s par les gouvernements et les d&#233;cideurs comme une affaire int&#233;rieure. Elle regrette que &#171; L'industrie n'ait qu'une tr&#232;s faible influence sur les programmes enseign&#233;s &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle explique cette faiblesse par le fait que les enseignants auraient &#171; une compr&#233;hension insuffisante de l'environnement &#233;conomique, des affaires et de la notion de profit &#187;. La conclusion s'impose : industrie et &#233;tablissements d'enseignement devraient travailler &#171; ensemble au d&#233;veloppement de programmes d'enseignement &#187;, notamment gr&#226;ce &#224; &#171; l'apprentissage &#224; distance &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1991, ERT franchit un pas suppl&#233;mentaire en affirmant qu' : &#171; Une universit&#233; ouverte est une entreprise industrielle, et l'enseignement sup&#233;rieur &#224; distance est une industrie nouvelle. Cette entreprise doit vendre ses produits sur le march&#233; de l'enseignement continu, que r&#233;gissent les lois de l'offre et de la demande. &#187; (1) &lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'ERT, les &#233;tudiants sont des &#171; clients &#187; et les cours des &#171; produits &#187;. Et elle souligne &#171; la n&#233;cessit&#233; d'engager des actions pour &#233;tendre la port&#233;e, l'impact, ainsi que les applications, de l'apprentissage ouvert et &#224; distance pour rester comp&#233;titif au niveau du march&#233; global &#187;. La &#171; r&#233;alisation de ces objectifs exige des structures d'&#233;ducation &#187; qui &#171; devraient &#234;tre con&#231;ues en fonction des besoins des clients. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La m&#234;me ann&#233;e La Commission publie, son Livre blanc sur l'&#233;ducation et la formation (2), qui r&#233;pond aux exigences de l'ERT. Le 6 mai 1996, les ministres de l'&#233;ducation des Quinze d&#233;cident d' &#171; encourager les actions de recherche sur les produits et les processus d'apprentissage, &#233;ducation et formation &#224; distance inclus, la cr&#233;ation et la conception de logiciels &#233;ducatifs multim&#233;dia (3)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la lumi&#232;re de ce que pr&#233;conise la Commission europ&#233;enne, c'est le consensus &quot;former le travailleur, instruire le citoyen, &#233;duquer l'homme&quot;, qui traduisait, tant bien que mal, le lien entre les valeurs h&#233;rit&#233;es du si&#232;cle des lumi&#232;res et l'int&#233;r&#234;t du capital, qui est en train d'&#234;tre remis en cause. &#171; Employabilit&#233;, flexibilit&#233; et mobilit&#233; &#187; seront les seules normes d'une &#233;ducation &#171; marchandis&#233;e &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Programmer l'&#233;chec scolaire : r&#233;former&#8230;r&#233;former l'&#233;cole
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En France, la mise en place de la marchandisation de l'Education et de la formation passe par la remise en cause de l'&#233;cole publique et la&#239;que. Celle-ci occupe dans la m&#233;moire collective, h&#233;rit&#233;e des si&#232;cles des lumi&#232;res, une place pr&#233;pond&#233;rante. En effet, il faut remonter &#224; Condorcet (1791-1792) pour mesurer l'enracinement de l'instruction publique, forgeron du citoyen. C'est dire qu'elle repr&#233;sente un verrou de taille aux yeux des marchands et son d&#233;mant&#232;lement n'est pas chose ais&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;ussir son d&#233;pe&#231;age, deux strat&#233;gies, id&#233;ologique et politique, sont en &#339;uvre depuis une trentaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;ologique consiste &#224; discr&#233;diter le savoir, &#224; d&#233;tourner la finalit&#233; de l'&#233;cole publique, &#224; saper l'autorit&#233;, &#224; confondre massification et d&#233;mocratisation. Enfin porter &#224; l'&#233;cole le lourd fardeau du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233;. Cette t&#226;che est d&#233;volue &#224; certains p&#233;dagogues des sciences de l'&#233;ducation. La violence physique et verbale dans le milieu scolaire en est l'un des sympt&#244;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La strat&#233;gie politique, l&#233;gitim&#233;e par l'id&#233;ologique, sert &#224; &#233;laborer des r&#233;ponses &#224; la &#171; crise chronique programm&#233;e &#187; de l'&#233;cole. C'est le r&#244;le des &#171; r&#233;formes &#187; de l'&#233;ducation nationale. La lutte contre l'&#233;chec scolaire &#233;tant le leit motiv de tous les r&#233;formateurs : &#8230;L.Jospin, J.Lang, F.Bayrou, C.All&#232;gre, L.Ferry et aujourd'hui, X.Darcos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'inspiration de droite ou de gauche, les r&#233;formes agissent sur deux fronts. Tout en flattant le &#171; client-&#233;l&#232;ve &#187; et le &#171; parent-usager &#187;, elles all&#233;gent les programmes, baissent les niveaux d'exigence avec son corollaire, la diminution horaire des cours d'enseignement et la suppression de postes... Souvent une flatterie est d'autant plus cr&#233;dible qu'elle s'accompagne du discr&#233;dit d'un &#171; pr&#233;tendu adversaire &#187; : le professeur et son statut social et moral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur ce point, C.All&#232;gre a excell&#233;. Tout en mentant sur l'importance de l'absent&#233;isme des professeurs (12% au lieu du pourcentage officiel 5,4%), il programme le &#171; d&#233;graissage du mammouth &#187;. Expression qui fait &#233;cho &#224; celle du Premier Ministre A.Jupp&#233;, &#171; mauvaise graisse &#187;, utilis&#233;e en 1995, pour justifier des suppressions de poste dans la fonction publique. Entretenir la crise dans l'Education Nationale telle semble &#234;tre la fonction des r&#233;formes minist&#233;rielles avec comme premi&#232;re cons&#233;quence une crise de confiance en l'&#233;cole publique. C'est le d&#233;but d'un processus de divorce d'avec &#171; le client usager &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un pas suppl&#233;mentaire vient d'&#234;tre franchi avec la suppression de 11200 postes de professeurs et de plusieurs classes du Primaire. Plus grave encore, comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, l'actuel Ministre de l'Education Nationale fustige l'&#233;chec scolaire dans le public alors que &#171; &#8230; l'enseignement priv&#233; a fait la preuve de sa capacit&#233; &#224; accueillir des publics tr&#232;s divers, y compris des &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, et &#224; leur proposer une p&#233;dagogie et un encadrement leur permettant de renouer avec la r&#233;ussite scolaire&#8230; &#187; (4)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mieux encore, face &#224; la crise scolaire dans les banlieues, l'&#233;cole priv&#233;e est appel&#233;e &#224; l'aide par X. Darcos, car &#171; &#8230;Leur savoir-faire reste trop souvent aux portes de la banlieue parce que nous refusons de leur donner les moyens permettant de r&#233;pondre &#224; la demande. Je suis le ministre de toutes les formes d'enseignement, et je veux offrir aux familles la m&#234;me libert&#233; de choix que celles dont disposent les familles des centres urbains. &#187; (4)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et tout naturellement, le Ministre annonce &#224; l'&#233;cole priv&#233;e, la bonne nouvelle &#171; &#8230;D&#232;s cette ann&#233;e, un fonds d'intervention sp&#233;cifique &#171; Espoir banlieues &#187; sera cr&#233;&#233; sur le budget de l'Education nationale pour permettre le financement des d&#233;penses de fonctionnement des &#233;tablissements priv&#233;s qui accepteraient d'ouvrir des classes dans les banlieues. Je me fixe un premier objectif pour la rentr&#233;e 2008, la cr&#233;ation de 50 nouvelles classes de l'enseignement priv&#233; dans les banlieues et je couplerai chaque fois que possible ces projets d'ouverture de classe avec les internats d'excellence. &#187; (4)
Une telle pr&#233;disposition ne va pas sans des mesures permettant de &#171; desserrer les contraintes qui p&#232;sent sur la r&#233;partition des effectifs entre le public et le priv&#233;, afin de permettre &#224; tous les parents qui le souhaitent d'inscrire leurs enfants dans une &#233;cole sous contrat. &#187; (UMP Programme pr&#233;sidentielle, Enseignement scolaire)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette volont&#233; minist&#233;rielle de cr&#233;er des &#233;coles priv&#233;es dans les banlieues donne une plus forte tonalit&#233; au discours du Pr&#233;sident de la R&#233;publique &#224; Latran o&#249; il &#233;nonce que &#171; &#8230;Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la diff&#233;rence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le cur&#233;, m&#234;me s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalit&#233; du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement port&#233; par l'esp&#233;rance. &#187;
Au rabbin et &#224; l'imam de prouver qu'ils sont &#224; la hauteur de leurs coll&#232;gues chr&#233;tiens ; l'&#233;cole leur est ouverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Saper la cr&#233;dibilit&#233; de l'&#233;cole publique et la&#239;que, encourager l'&#233;cole priv&#233;e ne va pas sans le d&#233;sengagement de l'Etat de son r&#244;le de garant d'un enseignement public de qualit&#233;. C'est le r&#244;le d&#233;volu &#224; la d&#233;centralisation. Car, comme l'affirme l'ancien ministre de l'Education, L. Ferry, &#171; L'&#233;ducation ne saurait &#224; cet &#233;gard, s'exempter du mouvement par lequel la R&#233;publique se d&#233;centralise.&quot;(5)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, pour briser l'unicit&#233; et l'&#233;galit&#233; dans l'&#233;cole publique, les r&#233;formateurs pr&#233;conisent l'autonomie des &#233;tablissements afin de d' &#171; instiller cet esprit d'entreprise et d'innovation qui fait d&#233;faut. &#187;(C.All&#232;gre, f&#233;vrier 1998)
Tout compte fait, le plan social est &#224; l'entreprise, ce que la r&#233;forme est &#224; l'&#233;cole publique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier annonce aux salari&#233;s leurs licenciements et la restructuration ou la fermeture de leur entreprise, le second, des suppressions de postes et le d&#233;mant&#232;lement de l'&#233;cole publique.
Au nom de la modernisation et de la comp&#233;titivit&#233; capitaliste, r&#233;forme est devenue synonyme de r&#233;gression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(1)Rapport sur l'enseignement sup&#233;rieur ouvert et &#224; distance, 24 mai 1991&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(2) Livre Blanc sur l'&#233;ducation et la formation. Enseigner et apprendre : vers la soci&#233;t&#233; cognitive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(3) Compte rendu du Conseil &#233;ducation 6 mai 1996&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(4) Discours de Xavier Darcos : Plan Espoir Banlieues 2008, 14 f&#233;vrier 2008&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(5)Lettre &#224; tous ceux qui aiment l'&#233;cole, p 133) Luc Ferry, ministre de l'Education Nationale&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi les performances PISA &#8232;des &#233;l&#232;ves francophones et flamands &#8232;sont-elles si diff&#233;rentes ?</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article452</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article452</guid>
		<dc:date>2008-02-28T20:38:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nico Hirtt</dc:creator>


		<dc:subject>Belgique</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>Comp&#233;tences</dc:subject>
		<dc:subject>Math&#233;matiques</dc:subject>

		<description>Nous proposons ici une analyse des facteurs qui expliquent (ou n'expliquent pas) le grand &#233;cart de performances entre les &#233;l&#232;ves des Communaut&#233;s flamande et francophone de Belgique, que l'on observe depuis plusieurs ann&#233;es dans les tests PISA. Nous montrons d'abord que la composition sociale et l'origine nationale des effectifs d'&#233;l&#232;ves ne permettent d'expliquer qu'une faible partie de cet &#233;cart. Nous analyserons ensuite les diff&#233;rences en mati&#232;re (...)

-
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot7" rel="tag"&gt;Belgique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Comp&#233;tences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Math&#233;matiques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L104xH120/arton452-5730c.jpg&quot; width='104' height='120' style='height:120px;width:104px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous proposons ici une analyse des facteurs qui expliquent (ou n'expliquent pas) le grand &#233;cart de performances entre les &#233;l&#232;ves des Communaut&#233;s flamande et francophone de Belgique, que l'on observe depuis plusieurs ann&#233;es dans les tests PISA. Nous montrons d'abord que la composition sociale et l'origine nationale des effectifs d'&#233;l&#232;ves ne permettent d'expliquer qu'une faible partie de cet &#233;cart. Nous analyserons ensuite les diff&#233;rences en mati&#232;re de s&#233;lection (orientation, redoublements). L'assiduit&#233; des &#233;l&#232;ves lors de la r&#233;alisation des tests sera bri&#232;vement &#233;voqu&#233;e. Enfin nous mettons en &#233;vidence le r&#244;le crucial des diff&#233;rences observ&#233;es entre les programmes et les socles de comp&#233;tences, ainsi qu'entre les moyens humains et budg&#233;taires des deux Communaut&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, les enqu&#234;te internationales PISA viennent r&#233;guli&#232;rement mettre en lumi&#232;re le grand &#233;cart de performances entre l'enseignement flamand et l'enseignement francophone de Belgique. Comment expliquer les m&#233;diocres performances des &#233;coles de la Communaut&#233; fran&#231;aise ? Certes, on peut invoquer des facteurs objectifs, comme la composition sociale des r&#233;gions : Bruxelles et la Wallonie sont sensiblement plus pauvres que la Flandre. Mais les statistiques montrent que cela n'explique qu'une petite partie des &#233;carts. On peut aussi observer que les moyens financiers de la Communaut&#233; fran&#231;aise sont nettement inf&#233;rieurs, ce qui r&#233;sulte en des taux d'encadrement sensiblement inf&#233;rieurs. Mais il faut aussi se pencher sur des consid&#233;rations plus p&#233;dagogiques, comme les diff&#233;rences entre programmes d'&#233;tude et entre socles de comp&#233;tence. On d&#233;couvre alors que la mise en oeuvre de l'approche par comp&#233;tences a bel et bien conduit &#224; une d&#233;structuration des savoirs en Communaut&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;T&#233;l&#233;chargez cette &#233;tude de 27 pages au format PDF :&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_157 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:120px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.skolo.org/IMG/pdf/PISA_F.pdf&quot; title='PDF - 318.3 ko' type=&quot;application/pdf&quot;&gt;&lt;img src='http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L52xH52/pdf-eb697.png' width='52' height='52' alt='PDF - 318.3 ko' style='height:52px;width:52px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Strat&#233;gie n&#233;olib&#233;rale, &#233;ducation et connaissance : o&#249; en est la recherche ?</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article440</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article440</guid>
		<dc:date>2007-12-22T14:11:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Laval</dc:creator>


		<dc:subject>Marchandisation</dc:subject>
		<dc:subject>Fonctions de l'enseignement</dc:subject>

		<description>Le texte qui suit cherche &#224; faire appara&#238;tre les lignes de force des analyses et enqu&#234;tes qui ont &#233;t&#233; jusqu'ici produites sur les politiques n&#233;olib&#233;rales dans le domaine &#233;ducatif. Il insiste sur le caract&#232;re multiple voire disparate des travaux, des approches et des objets. Il tient que ces travaux se partagent encore entre deux mod&#232;les d'interpr&#233;tation &#171; classiques &#187; : le mod&#232;le &#171; marxiste &#187; et le mod&#232;le &#171; w&#233;b&#233;rien &#187;. Ce qui veut dire que, sur le plan th&#233;orique, &#171; le (...)

-
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Marchandisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Fonctions de l'enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/IMG/arton440.jpg&quot; width='122' height='150' style='height:150px;width:122px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte qui suit cherche &#224; faire appara&#238;tre les lignes de force des analyses et enqu&#234;tes qui ont &#233;t&#233; jusqu'ici produites sur les politiques n&#233;olib&#233;rales dans le domaine &#233;ducatif. Il insiste sur le caract&#232;re multiple voire disparate des travaux, des approches et des objets. Il tient que ces travaux se partagent encore entre deux mod&#232;les d'interpr&#233;tation &#171; classiques &#187; : le mod&#232;le &#171; marxiste &#187; et le mod&#232;le &#171; w&#233;b&#233;rien &#187;. Ce qui veut dire que, sur le plan th&#233;orique, &#171; le paradigme de l'&#233;cole n&#233;o-lib&#233;rale &#187; n'est pas encore enti&#232;rement construit. Notre travail collectif veut y contribuer, t&#226;che &#233;videmment ins&#233;parable des enqu&#234;tes empiriques indispensables sur lesquelles nous nous appuierons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte de bilan se veut aussi un rappel de nos positions en mati&#232;re de recherche syndicale. Si nous sommes plus que jamais conscients de l'&#233;norme retard de l'analyse sur les &#233;volutions en cours, il n'y aura de &#171; rattrapage &#187; possible qu'&#224; la condition de produire collectivement un cadre d'analyse suffisamment large et solide permettant aux acteurs de la lutte sociale de disposer des outils de compr&#233;hension les plus pertinents pour l'action. La mobilisation collective d&#233;pend plus que jamais de l'intelligence de la situation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Introduction
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici de soumettre &#224; la discussion un premier bilan critique des travaux existants sur le sujet de notre programme. Ce bilan est indispensable si nous voulons aller plus loin, syst&#233;matiser nos travaux, les &#233;tendre &#224; l'&#233;tude des politiques n&#233;olib&#233;rales appliqu&#233;es au champ de la connaissance scientifique et de la culture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'en est-il du programme que nous lan&#231;ons aujourd'hui et autour duquel nous souhaiterions constituer une v&#233;ritable communaut&#233; de travail ? Ce &#171; programme &#187; existe d&#233;j&#224;, mais de fa&#231;on informelle, r&#233;unissant depuis presque une dizaine d'ann&#233;es des chercheurs d'horizons diff&#233;rents. Si on le prend par son c&#244;t&#233; le plus ambitieux, il s'est agi de rendre compte du changement de &#171; mod&#232;le d'&#233;ducation scolaire &#187;, de &#171; r&#233;gime de scolarisation &#187;, de &#171; forme d'&#233;cole &#187;, peu importent ici les termes choisis, en tenant le n&#233;olib&#233;ralisme pour une dimension d&#233;cisive, non pas unique, mais d&#233;cisive de l'explication &#224; apporter aux changements observ&#233;s .&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Ce programme de recherche est rest&#233; centr&#233; sur l'&#233;cole et l'&#233;ducation. Ce programme a &#233;t&#233; bien r&#233;sum&#233; par le titre du livre d'Yves Careil, De l'&#233;cole publique &#224; l'&#233;cole lib&#233;rale, paru en 1998. Il a certes abord&#233; la question de la recherche, de la connaissance scientifique, de la culture en g&#233;n&#233;ral, mais de fa&#231;on collat&#233;rale et sans doute insuffisamment. Ce programme informel donne &#224; la dimension politique des mutations en cours un r&#244;le cl&#233;, supposant que l'&#233;cole rel&#232;ve du politique, qu'elle renvoie fondamentalement aux ph&#233;nom&#232;nes de pouvoir, d'assujettissement, d'&#233;mancipation. Le paradoxe &#233;tant &#233;videmment que les politiques n&#233;olib&#233;rales sont des &#171; politiques de d&#233;politisation &#187;, qui tendent en l'occurrence &#224; &#171; d&#233;politiser l'&#233;cole &#187;, &#224; casser le lien de l'&#233;cole avec la logique institutionnelle des d&#233;mocraties lib&#233;rales telles que nous les connaissions, pour les soumettre &#224; des logiques sociales et &#233;conomiques suppos&#233;es spontan&#233;es, irr&#233;versibles, &#233;chappant &#224; toute prise d'une volont&#233; citoyenne .&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette d&#233;marche de recherche sur les politiques n&#233;olib&#233;rales n'est pas seulement fran&#231;aise, et elle n'est pas venue seule. Elle a une dimension mondiale, et l'on peut m&#234;me dire que les chercheurs fran&#231;ais sont venues tard au regard de ce qui s'est d&#233;j&#224; fait dans nombre d'autres pays, en particulier anglophones. Il y a comme on sait un certain isolationnisme de la r&#233;flexion en France, en ce domaine comme dans d'autres. Cette recherche a &#233;videmment accompagn&#233;, m&#234;me si elle n'en a pas suivi les rythmes, la contestation sociale, les refus des politiques n&#233;olib&#233;rales sur le plan &#233;conomique, les premiers pas de l'altermondialisme. C'est ce qui explique qu'elle ait &#233;t&#233; largement men&#233;e par des chercheurs engag&#233;s syndicalement et/ou politiquement. C'est aussi ce qui a fait parfois la difficult&#233; de son accueil dans des milieux acad&#233;miques plus ou moins hostiles aux formes de la contestation sociale depuis 1995, plus ou moins r&#233;ticents &#224; accorder une place aussi importante &#224; la dimension politique dans la recherche, et souvent peu dispos&#233;s &#224; recevoir avec bienveillance des travaux trop peu inscrits dans des cadres disciplinaires &#233;tablis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette th&#233;matique de &#171; l'&#233;cole lib&#233;rale &#187; ou de &#171; l'&#233;cole n&#233;olib&#233;rale &#187; a eu un certain mal &#224; faire sa place, en France en tout cas. Elle a d&#251; d&#233;placer un certain nombre de clivages et de d&#233;bats qui dominaient jusque-l&#224; avant de pouvoir acqu&#233;rir une certaine l&#233;gitimit&#233;. C'est ainsi qu'elle a d&#251; faire bouger les termes de la sociologie de la &#171; d&#233;mocratisation &#187; de l'&#233;cole &#224; l'&#226;ge de sa massification. Elle a &#233;galement d&#251; faire bouger le vieux d&#233;bat entre &#171; p&#233;dagogues &#187; et &#171; r&#233;publicains &#187;, ou en tout cas le contourner. Elle n'a pas &#171; d&#233;pass&#233; &#187; ou &#171; annul&#233; &#187; ces clivages, bien entendu, car trop de raisons et trop d'investissements de toute nature militent pour que survivent sans changement les discours anciens, mais elle a commenc&#233; &#224; les replacer, et donc &#224; les relativiser, dans le nouveau contexte politique et social, qui n'est plus exactement celui des d&#233;bats caract&#233;ristiques du grand cycle de massification des ann&#233;es 50 aux ann&#233;es 80. Il est symptomatique qu'aussi bien du c&#244;t&#233; des &#171; p&#233;dagogues &#187; que des &#171; r&#233;publicains &#187;, on commence, par des voies diff&#233;rentes, &#224; prendre en compte le fait n&#233;olib&#233;ral. En quoi le terrain change-t-il ? La r&#233;flexion classique en sciences sociales, comme celle qui avait lieu parmi les associations syndicales et p&#233;dagogiques, &#233;tait centr&#233;e sur l'&#233;cart entre une &#233;cole qui s'affirmait lib&#233;ratrice sur le plan des principes mais qui &#233;tait r&#233;ellement reproductrice des in&#233;galit&#233;s professionnelles et sociales. La probl&#233;matique progressiste &#233;tait en somme de passer de l'&#233;cole publique in&#233;galitaire &#224; l'&#233;cole publique d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire de r&#233;aliser les buts id&#233;aux qui &#233;taient officiellement ceux de l'institution r&#233;publicaine. Recherche et r&#233;forme d&#233;mocratique &#233;taient ainsi &#233;troitement associ&#233;es, au moins tacitement, dans l'&#233;lan progressiste qui a caract&#233;ris&#233; le XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Les param&#232;tres changent quand l'&#233;cole publique r&#233;ellement in&#233;galitaire que l'on contestait semble muter en une forme d'&#233;cole encore inconnue, et d'abord dans le discours officiel que les autorit&#233;s comp&#233;tentes tiennent &#224; son propos. Ce discours &#171; modernisateur &#187;, v&#233;ritable strat&#233;gie discursive, d&#233;stabilise les r&#233;f&#233;rences anciennes, r&#233;cup&#232;re les critiques, pr&#244;ne la rupture, promeut le changement des principes, des modes d'organisation et des r&#232;gles de fonctionnement. Il ne s'agit plus, pour les &#171; r&#233;formateurs &#187; de d&#233;fendre la vieille &#233;cole r&#233;publicaine traditionnelle, mais de la &#171; moderniser &#187;. Mais pour aller o&#249; ? Pour faire quoi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l&#224; qu'intervient l'hypoth&#232;se d'un changement de r&#233;gime de scolarisation ou de forme d'&#233;cole. On pourrait la reformuler ainsi : m&#234;me si la mutation s'op&#232;re dans le brouillage le plus complet, selon des formes hybrides, parfois contradictoires, entra&#238;nant le d&#233;sarroi et la perte de rep&#232;res chez les militants aussi bien que chez de nombreux chercheurs, la &#171; r&#233;forme de l'&#233;cole &#187; qui proc&#232;de officiellement de la &#171; modernit&#233; &#187; est d&#233;sormais domin&#233;e par une nouvelle rationalit&#233; politique : le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela ne signifie pas que les anciens probl&#232;mes, clivages, contradictions sont abolis, cela ne signifie pas non plus que tout change imm&#233;diatement, au m&#234;me rythme, dans un temps lin&#233;aire et homog&#232;ne, dans tous les pays et dans tous les segments de l'institution, cela signifie que le terrain a chang&#233;. Cela signifie que pour penser la transformation des syst&#232;mes scolaires et des institutions en g&#233;n&#233;ral, le sens dans lequel il change, il faut comprendre cette nouvelle rationalit&#233; n&#233;olib&#233;rale pour bien comprendre et pour bien agir.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;I) Quelques lignes de force
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sans pr&#233;tendre &#224; l'inventaire complet, je voudrais d&#233;gager quelques grandes directions qui ont &#233;t&#233; explor&#233;es. Nous ne partons pas de rien. Nous disposons d'un ensemble de travaux qui ont &#233;t&#233; men&#233;s par un grand nombre de chercheurs, stock auquel nous avons ajout&#233; nos propres &#233;tudes et r&#233;flexions. Ce bref inventaire mettra en &#233;vidence aussi la fragmentation et les lacunes des recherches. Par souci de simplification, on peut d&#233;gager un certain nombre de p&#244;les des travaux et des r&#233;flexions qui ont eu cours et qui ont encore cours. On peut distinguer cinq p&#244;les.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1-	Les politiques n&#233;olib&#233;rales &#224; l'&#233;chelle mondiale
2-	La constitution d'un &#171; march&#233; mondial de l'&#233;ducation &#187;
3-	Une nouvelle r&#233;gulation des syst&#232;mes d'enseignement 4-	Un pilotage manag&#233;rial des &#171; organisations &#187;
5- Une conception utilitariste du savoir&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- Les politiques n&#233;olib&#233;rales &#224; l'&#233;chelle mondiale et leurs applications nationales ou r&#233;gionale&lt;/strong&gt;s&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une r&#233;forme mondiale de l'&#233;ducation est en cours. Ou plus exactement une orientation globale de la r&#233;forme est en train de s'imposer, visant &#224; constituer ce que nous avons appel&#233; &#171; un nouvel ordre mondial de l'&#233;ducation &#187;. Malgr&#233; les variantes nationales li&#233;es &#224; des syst&#232;mes diff&#233;rents, l'axe normatif est commun : on retrouve partout les m&#234;mes composantes utilitariste et individualiste, articul&#233;e de diverses mani&#232;res &#224; la logique du march&#233; et au mod&#232;le de l'entreprise. Les vis&#233;es politiques nationales d'int&#233;gration &#224; un espace commun d&#233;mocratique sont devenues secondes par rapport &#224; une logique g&#233;n&#233;rale d'int&#233;gration &#233;conomique sur le march&#233; mondial.
C'est ce point de vue que nous avons d&#233;velopp&#233; dans tous nos travaux, c'est ce qui unifie nos perspectives. Nous y avons rattach&#233; un certain nombre d'observations de ph&#233;nom&#232;nes qui rel&#232;vent de plusieurs registres : &#233;conomiques, sociologiques, id&#233;ologiques, organisationnels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2-La constitution d'un &#171; march&#233; mondial de l'&#233;ducation &#187;
&lt;/strong&gt;
A cette r&#233;forme mondiale de l'&#233;ducation qui d&#233;finit un ensemble d'objectifs et d'indicateurs normatifs ax&#233;s sur la performance, est associ&#233;e la constitution progressive d'un &#171; march&#233; mondial de l'&#233;ducation &#187;, concernant sp&#233;cialement certains segments de l'enseignement sup&#233;rieur, &#233;troitement li&#233; aux modifications de la division internationale du travail, &#224; une certaine internationalisation des &#233;lites et &#224; &#171; l'&#233;conomie de la connaissance &#187;. Ce ne sont plus directement les grands organismes ou les &#201;tats qui sont moteurs mais des entreprises universitaires ou para-univesitaires. L'effet sur les syst&#232;mes universitaires et de recherche commence &#224; &#234;tre assez sensible. On assiste &#224; la fois &#224; des ph&#233;nom&#232;nes de concurrence accrue entre &#233;tablissements et entre pays, &#224; la transformation de certaines institutions universitaires en entreprises multinationales, &#224; la modification des &#171; valeurs &#187; acad&#233;miques et des relations au savoir. Ce march&#233; mondial de l'&#233;ducation a un double aspect : il est connect&#233; d'un c&#244;t&#233; &#224; la formation d'une &#233;lite &#233;conomico-politique trans- ou internationale, &#171; nouvelle classe dirigeante mondiale &#187; li&#233;e &#224; la lib&#233;ration des flux commerciaux et financiers ; il est li&#233; d'un autre c&#244;t&#233; &#224; la lutte pour la captation des cerveaux et &#224; l'appropriation priv&#233;e des connaissances en vue d'un contr&#244;le des rentes issues de l'innovation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3- Une nouvelle r&#233;gulation des syst&#232;mes d'enseignement fond&#233;e sur la concurrence des &#233;tablissements et le libre choix des &#171; acteurs &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'&#233;chelle nationale, une logique g&#233;n&#233;rale de concurrence suppos&#233;e engendrer une plus grande efficacit&#233; se met en place. Cette logique passe par le d&#233;veloppement de la privatisation effective de certains pans de l'enseignement, avant ou apr&#232;s la fin des &#233;tudes secondaires. Plus g&#233;n&#233;ralement, les &#233;tablissements d'enseignement dans leur ensemble sont soumis &#224; des ph&#233;nom&#232;nes d'&#233;lection et d'&#233;vitement qui ne sont pas seulement dus &#224; la r&#233;partition r&#233;sidentielle des diff&#233;rentes classes sociales mais aussi &#224; l'exercice (plus ou moins strat&#233;gique) par les &#171; acteurs &#187; de leur &#171; libre choix &#187;, ce qui conduit &#224; des polarisations sociales et ethniques qui ont fait parler &#171; d'apartheid scolaire &#187;. Ces ph&#233;nom&#232;nes de polarisation sociale ont des cons&#233;quences p&#233;dagogiques et sociales qui commencent &#224; &#234;tre de mieux en mieux connues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;4- Un pilotage manag&#233;rial des &#171; organisations &#187;
&lt;/strong&gt;
Les formes de direction et de gestion, ce que l'on appelle le &#171; pilotage &#187; des &#171; organisations &#187; universitaires, scientifiques, scolaires se modifient selon des principes et des proc&#233;dures de management dont le mod&#232;le est l'entreprise, et dont le crit&#232;re est &#171; l'efficacit&#233; &#187; directement mesurable par des outils d'&#233;valuation suppos&#233;s inattaquables. Ces nouvelles formes de &#171; pilotage &#187; stimulent les logiques concurrentielles et les strat&#233;gies des &#171; acteurs &#187; (familles, &#233;tudiants, enseignants, entreprises, etc) tout en &#233;tant de plus en plus sous le contr&#244;le des instances politiques. L'esprit g&#233;n&#233;ral de ces r&#233;formes d'organisation est de diminuer l'autonomie de travail des enseignants et des chercheurs en d&#233;veloppant des d&#233;pendances nouvelles vis-&#224;-vis des usagers, clients, financeurs,etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;5- Une conception utilitariste du savoir
&lt;/strong&gt;
Les objectifs imm&#233;diats et pr&#233;valents de l'enseignement et de la recherche sont de nature &#233;conomique et marchande. La connaissance ne vaut que par son utilit&#233; &#233;conomique, la formation n'a de valeur et de l&#233;gitimit&#233; que par l'emploi qu'elle permet d'occuper. Cela vaut pour les contenus autant que pour les m&#233;thodes p&#233;dagogiques. Les conceptions &#233;conomiques n&#233;o-classiques de la connaissance et de l'&#233;ducation sous-tendent les analyses et les orientations de la r&#233;forme : capital humain, comp&#233;tence, employabilit&#233;. L'&#233;ducation est regard&#233;e comme un bien priv&#233;, somme de comp&#233;tences individuelles, source de rendement essentiellement individuel. Ce qui l&#233;gitime le recours au financement priv&#233;. La recherche est soumise &#224; un m&#234;me syst&#232;me d'analyse : la production de savoir est &#233;valu&#233;e en fonction de son rendement &#233;conomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces lignes de force des recherches ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es dans un grand nombre de travaux. Elles restent encore &#224; articuler les unes aux autres. La recherche est encore fragmentaire et dispers&#233;e, sp&#233;cialement entre &#233;conomistes, sociologues, philosophes politiques et historiens de l'&#233;ducation. L'un des apports des travaux que nous avons r&#233;alis&#233;s jusqu'ici est peut-&#234;tre d'avoir commenc&#233; &#224; d&#233;passer les points de vue partiels et les cloisonnements disciplinaires. Et lorsque nous avons travaill&#233; sur des objets sp&#233;cifiques de les avoir reli&#233;s &#224; une perspective d'ensemble. Je n'en citerai que deux ou trois. L'Europe ; la r&#233;forme de l'universit&#233; ; l'emploi et la formation ; l'enseignement de l'&#233;conomie. Nous devrons r&#233;fl&#233;chir &#224; d'autres objets ou &#224; des approfondissements. C'est &#233;videmment &#224; travers l'&#233;tude de certains &#171; analyseurs &#187; que nous pourrons progresser dans notre compr&#233;hension g&#233;n&#233;rale, mais &#224; condition de ne pas oublier la probl&#233;matique centrale. Mais cette probl&#233;matique est-elle suffisamment &#233;tay&#233;e, structurante, &#233;labor&#233;e ? C'est ce que nous allons discuter maintenant.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;II) Deux grands mod&#232;les de lecture &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Deux mod&#232;les ou grilles d'analyse se disputent la lecture des &#233;volutions. Appelons-les par commodit&#233; l'interpr&#233;tation &#171; marxiste &#187; et l'interpr&#233;tation &#171; w&#233;b&#233;rienne &#187;. Si les guillemets indiquent que la distance aux pens&#233;es de r&#233;f&#233;rence est plus ou moins l&#226;che selon les cas, la d&#233;signation renvoie &#224; des accentuations assez typiques de l'explication :l'une peut &#234;tre rattach&#233;e &#224; une th&#233;orie du capital, l'autre &#224; une th&#233;orie de la rationalisation. Pour ce qui est de l'interpr&#233;tation de type &#171; marxiste &#187;, les probl&#233;matiques altermondialistes et &#171; antilib&#233;rales &#187; courantes en donnent l'exemple. Leur th&#232;me principal, leur foyer, est la critique de la politique de lib&#233;ralisation des &#233;changes &#224; l'&#233;chelle mondiale et le passage des services publics, dont l'&#233;ducation, dans le champ du commerce des services men&#233;e par l'OMC. Elles se concentrent sur la critique de la &#171; marchandisation de l'&#233;ducation &#187; et de la &#171; privatisation de l'&#233;cole &#187;, slogans qui &#171; parlent &#187; &#224; tous, mais ne constituent pas n&#233;cessairement les outils th&#233;oriques les mieux adapt&#233;s &#224; la compr&#233;hension des tendances en cours. Ce sont m&#234;me peut-&#234;tre, &#224; un certain moment, des obstacles &#224; la compr&#233;hension de ce qui se passe. Ces slogans ob&#233;issent &#224; un sch&#233;ma explicatif qui rel&#232;ve de la vulgate &#171; marxiste &#187; : le capital ne supporte aucune limite et veut acc&#233;der &#224; ce march&#233; fabuleux de l'&#233;ducation pour y r&#233;aliser des profits substantiels. Le moteur de l'histoire dans le domaine qui nous concerne serait essentiellement cet app&#233;tit des multinationales d&#233;sireuses d'absorber les institutions d'&#233;ducation, de les transformer en entreprises priv&#233;es ou, au moins, de leur vendre des marchandises et services r&#233;mun&#233;rateurs. Pour conforter ce mode explicatif, on peut mettre en s&#233;rie toutes sortes d'observations : la pression des lobbies d'entreprises, la p&#233;n&#233;tration des marchands dans l'&#233;cole, la commercialisation croissante de services &#233;ducatifs parascolaires ou post-secondaires. Ces tendances (&#171; marchandisation &#187; et &#171; privatisation &#187;) sont r&#233;elles. Mais forment-elles le tout des mutations en cours ? Ce qui &#233;chappe ici, c'est pr&#233;cis&#233;ment que l'&#233;cole (mais c'est la m&#234;me chose pour la recherche, ou la justice, ou la police ) n'a pr&#233;cis&#233;ment pas besoin de devenir une entreprise &#224; capitaux priv&#233;s, de vendre des produits marchands, d'ob&#233;ir aux pressions des multinationales pour devenir une sorte d'entreprise, pour &#234;tre r&#233;gie par des valeurs, des proc&#233;dures, des modes organisationnels qui ressemblent de plus en plus &#224; ce qui a lieu dans l'univers des entreprises priv&#233;es ou publiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fait &#171; entrepreneurial &#187;, &#171; concurrentiel &#187;, &#171; manag&#233;rial &#187; est sans doute mieux pris en compte par une autre grille d'interpr&#233;tation, de r&#233;f&#233;rence &#171; w&#233;b&#233;rienne &#187; . On sait que la probl&#233;matique de la &#171; rationalisation &#187; domine le champ sociologique depuis les ann&#233;es 60 et qu'elle s'accorde particuli&#232;rement bien avec les politiques de &#171; modernisation &#187; qui en sont comme les doublons pratiques. Une grande partie de la recherche est aujourd'hui command&#233;e par l'id&#233;e selon laquelle nous aurions affaire &#224; des programmes de rationalisation li&#233;s au monde industriel et technique, une application sectorielle de cette grande tendance &#224; la rationalisation d&#233;senchant&#233;e, laquelle ne serait d'ailleurs pas seulement n&#233;gative en termes humains, puisqu'elle aurait partie li&#233;e &#224; la &#171; d&#233;mocratisation &#187; de l'&#233;cole. C'est peut-&#234;tre aujourd'hui l'id&#233;ologie dominante dans le monde de l'expertise. Il y a beaucoup &#224; prendre dans ces analyses de la &#171; rationalisation &#187; et de la &#171; r&#233;gulation &#187;, lesquelles se saisissent d'un grand nombre de ph&#233;nom&#232;nes que la premi&#232;re approche ne prend pas suffisamment en compte, mais elles pr&#233;sentent une sorte de biais inaugural qui consiste &#224; ne pas voir que les voies de la &#171; rationalisation &#187; ou de la &#171; r&#233;gulation &#187; sont multiples et que celles qui sont aujourd'hui privil&#233;gi&#233;es sont gouvern&#233;es par une rationalit&#233; politique tr&#232;s sp&#233;cifique. L'illusion porte sur la neutralit&#233; technique des outils de gestion et des modes de r&#233;gulation. Le raisonnement tenu veut que &#171; l'efficacit&#233; n'a pas de couleur politique &#187; ; que les outils manag&#233;riaux sont neutres et bons en eux-m&#234;mes. C'est au nom de cette interpr&#233;tation qu'une partie des experts, des administrateurs et des chercheurs, qui se veulent &#171; d&#233;mocrates &#187;, soutiennent certains des aspects de la r&#233;forme n&#233;olib&#233;rale, en tant qu'ils combattraient le vieux mod&#232;le r&#233;publicain bureaucratique, corporatiste, &#233;litiste, etc . Evidemment, la question est de savoir si le n&#233;olib&#233;ralisme n'est pas en train d'infl&#233;chir les aspirations sociales et politiques &#224; la d&#233;mocratisation de la culture dans un sens particulier, comme on le voit avec les programmes de la Banque mondiale dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s ou ceux de la Commission europ&#233;enne. La &#171; d&#233;mocratisation &#187; en question est en r&#233;alit&#233; suspendue &#224; l'efficacit&#233; &#233;conomique de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit ici que de p&#244;les de l'analyse, dont l'existence ne doit pas cacher la gamme des positions possibles. Cette division des modes d'explication est peut-&#234;tre aujourd'hui un frein &#224; la compr&#233;hension de la nature concr&#232;te des politiques men&#233;es, frein qui s'ajoute aux difficult&#233;s li&#233;es aux cloisonnements disciplinaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on regarde le parcours d&#233;j&#224; effectu&#233;, ce qui caract&#233;rise les travaux men&#233;s dans le cadre de l'institut de la FSU est pr&#233;cis&#233;ment l'essai de surmonter aussi bien les divisions disciplinaires que la polarisation finalement st&#233;rilisante des modes explicatifs. C'est pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;f&#233;rence &#224; la strat&#233;gie n&#233;olib&#233;rale qui nous l'a permis.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;III) Le sens du &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin d'un cadre g&#233;n&#233;ral d'analyse plus int&#233;grateur, d'une th&#233;orie plus g&#233;n&#233;rale nous permettant de comprendre la diversit&#233; de ces mutations. Le manque le plus criant tient &#224; un d&#233;ficit conceptuel qui nous emp&#234;che de relier suffisamment les observations que nous pouvons faire - et surtout que beaucoup de chercheurs peuvent faire dans leurs domaines et sur leurs objets propres- et le cadre th&#233;orique global que nous avons commenc&#233; de poser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travaux ne trouveront &#224; s'articuler que si nous parvenons &#224; donner aux concepts de &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187; et de &#171; politiques n&#233;olib&#233;rales &#187; leur plein d&#233;veloppement. Pour ce faire, il convient de les int&#233;grer dans une structure plus large, de d&#233;passer les interpr&#233;tations partielles et sur certains plans oppos&#233;s qui se partagent aujourd'hui le terrain des explications de la r&#233;forme en cours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que veut dire &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187;, que signifient l'expression &#171; politiques n&#233;olib&#233;rales &#187; ? En quoi la prise en compte d'une strat&#233;gie et d'une politique n&#233;olib&#233;rale sp&#233;cifique permet-elle de d&#233;passer l'explication &#171; marxiste &#187; qui ne veut y voir qu'une politique &#233;conomique visant &#224; favoriser le capital priv&#233; ou l'explication &#171; w&#233;b&#233;rienne &#187; qui ne veut voir qu'une rationalisation administrative, gestionnaire, p&#233;dagogique, au service de l'efficacit&#233; plus grande du syst&#232;me organisationnel ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'est-ce donc que le n&#233;olib&#233;ralisme ? C'est la question matricielle, la question d&#233;cisive pour notre programme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a deux grands types de lecture du n&#233;olib&#233;ralisme. La lecture des &#233;conomistes et la lecture des sociologues Les &#233;conomistes dominent la r&#233;flexion critique sur le n&#233;olib&#233;ralisme. Ils soulignent la rupture op&#233;r&#233;e autour de 1979 avec le keyn&#233;sianisme et le fordisme. Ils mettent en &#233;vidence le retour &#224; la &#171; main invisible &#187; et le retrait de l'&#201;tat, th&#232;mes typiques du lib&#233;ralisme classique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les principes de ce n&#233;olib&#233;ralisme regard&#233; comme politique &#233;conomique seraient en fait ceux que l'on pr&#234;te &#224; Adam Smith. Selon cette conception, l'&#233;conomie est un domaine &#224; part gouvern&#233; par des lois naturelles que les gouvernements doivent respecter. Le march&#233; est la seule coordination possible des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s qui permet une allocation optimale des ressources. La concurrence accrue entre pays et entre entreprises &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire implique la baisse des imp&#244;ts et la r&#233;duction des d&#233;penses publiques, surtout celles qui sont consacr&#233;es au social et &#224; l'&#233;ducation. Cette politique viserait &#224; ouvrir partout la porte aux int&#233;r&#234;ts capitalistes, dans l'&#233;ducation comme ailleurs. Ce que nous appelons les &#171; attaques lib&#233;rales contre l'&#233;cole &#187; seraient compos&#233;es de ce double processus de &#171; marchandisation &#187; et de &#171; privatisation &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existe une lecture plus sociologique qui n'est pas contradictoire avec la premi&#232;re, mais qui insiste plus sur la forme comme sur le contenu social des politiques n&#233;olib&#233;rales. Pierre Bourdieu tient le n&#233;o-lib&#233;ralisme pour une philosophie sociale int&#233;grale ayant pour caract&#233;ristique de se pr&#233;senter comme une &#171; r&#233;volution conservatrice &#187;. R&#233;cup&#233;rant les th&#232;mes de la &#171; rupture &#187; ou de la &#171; r&#233;forme &#187;, les politiques n&#233;olib&#233;rales d&#233;font ce qui constituaient le &#171; compromis &#187; social d'apr&#232;s 1945 et imposent syst&#233;matiquement des r&#233;gressions sociales &#224; la plupart des salari&#233;s, lesquelles mesures vont permettre l'accumulation plus rapide des richesses &#224; l'autre bout de la soci&#233;t&#233;. La politique n&#233;olib&#233;rale est regard&#233;e comme une politique de renouvellement de la domination des classes dominantes. Ces conceptions &#233;conomiques et sociologiques sont incontestablement justes, mais elles ne permettent pas de comprendre suffisamment bien la nature de la politique n&#233;olib&#233;rale quand elle touche l'&#233;ducation, la recherche, la culture, la justice ou la police.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Michel Foucault avait peut-&#234;tre propos&#233; une conception plus op&#233;ratoire du n&#233;olib&#233;ralisme en 1979 en le regardant comme une rationalit&#233; politique g&#233;n&#233;rale et pas seulement comme une politique mon&#233;taire ou budg&#233;taire, ou comme une politique de classe. La politique n&#233;olib&#233;rale s'attaque en r&#233;alit&#233; aux institutions, elle modifie leur fonctionnement, leur impose des principes nouveaux dont les termes de &#171; concurrence &#187; et &#171; d'efficacit&#233; &#187; sont les ma&#238;tres-mots. Ce mode de gouvernement a pour r&#232;gle d'action de faire fonctionner toutes les institutions, tous les champs comme s'il s'agissait de &#171; march&#233;s &#187;, non pas forc&#233;ment des march&#233;s r&#233;els, non pas seulement des lieux d'&#233;changes en vue de profits mon&#233;taires, mais comme des quasi-march&#233;s, des simili-march&#233;s, c'est-&#224;-dire de gouverner des groupements humains selon des principes de fonctionnement d'un march&#233; o&#249; chacun poursuit des finalit&#233;s priv&#233;es, en concurrence avec les autres, sans autre lien que celui de l'accord entre des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. Cette rationalit&#233; de l'action gouvernementale qui concerne tous les secteurs de la vie sociale a pour principe et pour horizon la fabrication de l'homme &#233;conomique, du sujet de l'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme ainsi con&#231;u se pr&#233;sente comme une orientation beaucoup plus radicale que ce que nous donnent &#224; voir les points de vue classiquement &#171; marxiste et &#171; w&#233;b&#233;rien &#187;. Ce n'est ni un simple retrait de l'&#201;tat devant la mar&#233;e montante du capital priv&#233;, ni un simple changement de degr&#233; de la rationalisation pour accro&#238;tre l'efficacit&#233;, c'est une transformation sociale par cr&#233;ation de situations de march&#233;, par multiplication des relations de concurrence, par diffusion de &#171; l'esprit d'entreprise &#187; et des valeurs du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les politiques n&#233;olib&#233;rales ne sont donc pas seulement des politiques de d&#233;mant&#232;lement des r&#233;gulations &#233;tatiques dans l'&#233;conomie et dans le domaine de l'emploi, ce sont des politiques qui, partout, dans tous les domaines, mettent en place des modes de r&#233;gulation fond&#233;s sur l'autonomie suppos&#233;e du calculateur int&#233;ress&#233;, sur l'accumulation priv&#233;e des avantages de toutes natures, sur la culpabilisation et la criminalisation du mauvais calculateur. Le calcul priv&#233;, la recherche et l'exploitation des opportunit&#233;s pour soi-m&#234;me, la conception que chacun est une entreprise, sont de plus en plus regard&#233;s comme les ressorts du fonctionnement de la machine sociale. Les cons&#233;quences sont importantes tant sur le plan politique que sur le plan moral et intellectuel. Toutes les valeurs, les vertus, les crit&#232;res de jugement, qui fondaient les institutions de la d&#233;mocratie lib&#233;rale sont disqualifi&#233;s et remplac&#233;s par des logiques d'efficacit&#233; et de rentabilit&#233;. L'autonomie des institutions n'a plus aucune raison d'&#234;tre, elles sont regard&#233;es comme de purs instruments politiques, des relais tactiques au service des objectifs gouvernementaux. L'ensemble institutionnel &#224; vrai dire est pens&#233; sur le mode de l'entreprise r&#233;gie par des r&#232;gles du management. Tout est entreprise. Ce que les explications &#171; w&#233;b&#233;riennes &#187; justement per&#231;oivent mieux que les probl&#233;matiques &#171; marxistes &#187;. Certes, dira-t-on, nous connaissions d&#233;j&#224; le mensonge et la fausse autonomie, l'instrumentalisation. La nouveaut&#233;, c'est la disparition des valeurs r&#233;gulatrices de v&#233;rit&#233; ou d'honn&#234;tet&#233;, des principes formels de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, qui permettaient de les condamner et de les combattre. Ce qui n'est pas rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme on le voit, consid&#233;rer le n&#233;olib&#233;ralisme comme un ensemble de politiques visant &#224; modifier la normativit&#233; n'invalide en rien la th&#233;orie marxiste du capital et la th&#233;orie w&#233;b&#233;rienne de la rationalisation instrumentale, dans leur pleine rigueur. Elles constituent les instruments de base pour comprendre les transformations que nous observons : la logique continu&#233;e de l'accumulation du capital ; l'extension des proc&#233;dures de rationalisation bureaucratique. Mais elles ne suffisent pas &#224; fournir la cl&#233; de la phase sp&#233;cifique dans laquelle nous sommes. Cette phase est marqu&#233;e par la crise profonde de la d&#233;mocratie lib&#233;rale et du r&#233;gime normatif d&#233;doubl&#233; qu'elle maintenait (l'int&#233;r&#234;t sur le march&#233;, les devoirs envers la cit&#233;) . Ce n'est pas la &#171; marchandisation &#187; effective, la &#171; privatisation &#187; effective qui est le ph&#233;nom&#232;ne dominant, car le march&#233; au sens strict du terme garde jusqu'&#224; un certain point sa sp&#233;cificit&#233;, c'est plut&#244;t l'universalisation de la r&#233;f&#233;rence anthropologique du march&#233; et de la concurrence &#224; toutes les sph&#232;res de l'existence et &#224; toutes les institutions. C'est plut&#244;t &#224; partir de cette universalisation de la r&#233;f&#233;rence marchande et entrepreneuriale que les ph&#233;nom&#232;nes de marchandisation et de privatisation effectifs prennent sens et non l'inverse. Le n&#233;olib&#233;ralisme peut donc se d&#233;finir comme une politique de transformation des normes, et m&#234;me du fondement des normes par dissolution des fronti&#232;res entre institutions politiques et logique de march&#233;, entre principes moraux et crit&#232;res d'int&#233;r&#234;t. Cela permet de comprendre que les institutions publiques en g&#233;n&#233;ral, et les instances de la culture et du savoir en particulier, sont d&#233;sormais priv&#233;es de toute r&#233;f&#233;rence propre, de tout fondement sp&#233;cifique. Elles perdent l'autonomie relative qu'elles avaient acquises par les fonctions sp&#233;cialis&#233;es qu'elles accomplissaient (justice, &#233;cole, sant&#233;, etc) selon deux modalit&#233;s compl&#233;mentaires : leur mise au service explicite des march&#233;s ; leur transformation fonctionnelle et organisationnelle par des principes marchands et entrepreneuriaux .&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#201;tablir un bilan, ce n'est pas faire un inventaire des travaux, c'est consid&#233;rer ce qui a &#233;t&#233; fait &#224; la lumi&#232;re de ce qui s'est pass&#233;. Les outils ont-ils &#233;t&#233; adapt&#233;s, les pronostics ont-ils &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;s ou invalid&#233;s ? Henri Lefebvre disait &#171; l'hypoth&#232;se anticipe &#187;. Avons-nous eu raison au milieu des ann&#233;es 90 d'avancer l'hypoth&#232;se d'un passage d'un mod&#232;le scolaire &#224; un autre ? Si oui, il faut sans doute aller plus loin dans le travail d'&#233;laboration th&#233;orique.
On nous a beaucoup dit depuis dix ans &#171; vous exag&#233;rez &#187;, &#171; vous ne voyez qu'une seule face de l'&#233;volution &#187;, &#171; vous faites une th&#233;orie du complot n&#233;olib&#233;ral &#187;, ou m&#234;me &#171; vous insistez sur l'emprise des logiques marchandes pour mieux d&#233;fendre l'&#233;cole traditionnelle et in&#233;galitaire dont vous &#234;tes des partisans honteux &#187;. Face &#224; toutes ces critiques, nous n'avons pas trop &#224; rougir de ce qui a &#233;t&#233; fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, toutes les transformations des syst&#232;mes scolaires et de recherche ne rel&#232;vent pas du n&#233;olib&#233;ralisme comme s'il s'agissait d'une explication autosuffisante, comme si nous tenions l&#224; une sorte de th&#233;orie ou d'id&#233;ologie d&#233;miurgique. Ce qui nous importe est la fa&#231;on dont les politiques n&#233;olib&#233;rales orientent, infl&#233;chissent, renforcent certaines tendances sociales et &#233;conomiques. Le fait, par exemple, que la connaissance et l'&#233;ducation tendent &#224; devenir des &#171; biens privatifs &#187; s'explique par de multiples facteurs sociologiques et &#233;conomiques, mais ces tendances sont exploit&#233;es, syst&#233;matis&#233;es, institutionnalis&#233;es par les politiques n&#233;olib&#233;rales. Ce n'est pas &#171; l'id&#233;ologie lib&#233;rale &#187; qui est donc la cible, mais une certaine rationalit&#233; politique qui s'appuie sur des logiques sociales et &#233;conomiques qui lui sont pour une part ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est, en r&#233;fl&#233;chissant &#224; la nature des politiques n&#233;olib&#233;rales, que nous pourrons avancer dans la compr&#233;hension du premier objet que nous nous sommes donn&#233;s, celui de la transformation de l'&#233;cole publique en &#233;cole n&#233;olib&#233;rale, un mod&#232;le d'&#233;cole qui n'a de l&#233;gitimit&#233; que par rapport au march&#233; ; dont le co&#251;t ne se justifie que pour le service rendu au march&#233; ; dont les m&#233;canismes de fonctionnement, les ressorts humains et subjectifs, les r&#233;gulations internes empruntent au march&#233; leur principe et &#224; l'entreprise leur principe et leurs modalit&#233;s pratiques, dont les objectifs explicites ou implicites sont la diffusion des valeurs de march&#233; et de l'entreprise, la conformation des sujets au march&#233; et d'abord au march&#233; de l'emploi flexible. En sens inverse, mais cela demanderait de plus amples d&#233;veloppements, c'est par la question de l'&#233;cole et de sa transformation, c'est par l'examen des rapports du n&#233;olib&#233;ralisme &#224; la connaissance que nous approcherons le mieux la dimension anthropologique du n&#233;olib&#233;ralisme, dont l'enjeu principal, en changeant la configuration du lien social, est le changement de la figure du sujet humain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l'une des questions cl&#233;s. L'&#233;cole est-elle de plus en plus destin&#233;e &#224; jouer ce r&#244;le strat&#233;gique de formation, de conformation du sujet de l'int&#233;r&#234;t, qui est la r&#233;f&#233;rence des politiques n&#233;olib&#233;rales ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un certain nombre de lignes de recherche s'imposeront dans notre travail. &lt;/strong&gt;
En premier lieu, il faudra rappeler que ces politiques ne s'imposent pas facilement, dans la parfaite coh&#233;rence et sans conna&#238;tre de r&#233;sistance. Elles d&#233;finissent plut&#244;t des terrains et des enjeux de lutte. C'est bien d'ailleurs pourquoi, leur analyse est ins&#233;parable des combats &#224; mener. Ces politiques s'appliquent &#224; des institutions qui ont une histoire, qui se sont construites dans des phases ant&#233;rieures &#224; la p&#233;riode n&#233;olib&#233;rale. Elles visent des agents sociaux qui sont tr&#232;s loin de tous adh&#233;rer aux objectifs, au lexique, aux proc&#233;d&#233;s de ces politiques. Elles entrent en contradiction avec des principes et des objectifs consid&#233;r&#233;s encore largement comme l&#233;gitimes : d&#233;mocratisation de l'&#233;ducation, citoyennet&#233;, &#171; &#233;galit&#233; des chances &#187;, etc. D'o&#249; l'importance pour nous d'examiner les fa&#231;ons dont ces politiques s'appliquent et les r&#233;sistances et dysfonctionnements qu'elles rencontrent. En deuxi&#232;me lieu, il faut ouvrir notre angle de vue sur la question du savoir en g&#233;n&#233;ral. On peut faire l'hypoth&#232;se que les mutations que l'on constate dans le domaine de la recherche et de la culture ont les plus &#233;troits rapports avec ce qui affecte l'&#233;ducation et rel&#232;vent d'un m&#234;me &#171; paradigme &#187; du savoir. Un troisi&#232;me pan de la r&#233;flexion concernera sans doute l'articulation entre n&#233;olib&#233;ralisme et n&#233;oconservatisme, articulation que l'on voit partout &#224; l'oeuvre et d'abord aux Etats-Unis. N&#233;olib&#233;ralisme et n&#233;oconservatisme sont &#224; la fois compl&#233;mentaires et en tension. Nous pouvons faire l'hypoth&#232;se que l'on assiste au d&#233;veloppement d'un n&#233;oconservatisme &#224; la fran&#231;aise, dont l'&#233;cole est en train de devenir un terrain privil&#233;gi&#233; d'application depuis au moins Luc Ferry. Il s'agit de r&#233;injecter de fa&#231;on autoritaire une morale patriotique, nationaliste, traditionaliste, reposant sur le spectacle et l'&#233;motion, pour recr&#233;er artificiellement du sens et de la coh&#233;sion dans une soci&#233;t&#233; atomis&#233;e par les politiques n&#233;olib&#233;rales, en laissant croire que tout le &#171; mal &#187; qui affecte la soci&#233;t&#233; et l'&#233;ducation vient de la contre-culture (Etats-Unis) ou de 68 (France).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le travail que nous avons encore &#224; mener est destin&#233; &#224; &#171; &#233;clairer l'action syndicale &#187;. Les consid&#233;rations qui viennent d'&#234;tre faites pourront sembler un peu abstraites au regard des urgences de l'heure. Cependant notre conviction, et le pass&#233; ne nous a pas donn&#233; enti&#232;rement tort sur ce point, est que la lutte suppose plus que jamais un cadre d'analyse d'ensemble. Ce dont ont besoin des &#171; acteurs collectifs &#187;, c'est d'abord d'une conception la plus compl&#232;te et solide des &#233;volutions en cours, d'une compr&#233;hension des relations entre ce qu'ils vivent et per&#231;oivent sur le terrain professionnel et social et les tendances g&#233;n&#233;rales de la transformation des soci&#233;t&#233;s. C'est en produisant ce cadre g&#233;n&#233;ral d'analyse &#224; partir de nos travaux respectifs que nous pourrons apporter une aide pratique aux acteurs syndicaux de terrain. C'est d'autant plus vrai que les changements en cours s'op&#232;rent par &#171; tranches &#187; successives , que les r&#233;formes ou mesures n'apparaissent pas toujours ob&#233;ir &#224; un plan d'ensemble, que l'objectif final au fond reste dans le plus grand flou.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;24 Octobre 2007&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Non pas unique car le n&#233;olib&#233;ralisme ne se con&#231;oit pas sans rapport avec les nouvelles formes du capitalisme, avec la mondialisation, mais aussi avec les transformations des rapports sociaux, du lien social, des subjectivit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. Cf. sur ce point l'analyse de Pierre Bourdieu, &#171; Contre la politique de d&#233;politisation &#187;, in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. L'expression est plac&#233;e entre guillemets. Il va de soi que la rationalisation de type instrumental, ob&#233;issant &#224; des logiques d'efficacit&#233; et de rentabilit&#233;, &#233;tait ins&#233;parable pour Weber de &#171; l'esprit du capitalisme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. Les partisans de cette optique &#171; w&#233;b&#233;rienne &#187;, soucieux de &#171; d&#233;mocratie &#187;, de &#171; complexit&#233; &#187;, de &#171; diversit&#233; &#187; autant que de &#171; neutralit&#233; axiologique &#187;, semblent croire parfois que l'application du paradigme n&#233;olib&#233;ral va contribuer &#224; l'av&#232;nement de l'&#233;cole d&#233;mocratique. On trouvera une bonne illustration de cette pente chez Denis Meuret, dans son introduction &#224; Gouverner l'&#233;cole, PUF, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. Il suffit de renvoyer ici aux passages c&#233;l&#232;bres de Hegel dans la Philosophie du droit, ou de Marx dans La question juive ou encore de Weber sur l'&#233;thique de la bureaucratie dans &#201;conomie et soci&#233;t&#233;. Dans le &#171; vieux monde &#187; du XIXe si&#232;cle, existait une division entre l'Etat et le march&#233; (ou &#171; soci&#233;t&#233; civile bourgeoise &#187;), qui fondait la dualit&#233; entre logique du citoyen et logique du marchand. Cette dualit&#233; s'effondre quand toute l'action gouvernementale est r&#233;gie par une logique d'efficacit&#233; productive mesur&#233;e selon des proc&#233;dures d&#233;calqu&#233;es du management de l'entreprise et lorsque le sujet de r&#233;f&#233;rence n'est plus le citoyen mais le client ou l'entrepreneur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>The White Paper : what does it intend, what would it mean, will it happen ?</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article294</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article294</guid>
		<dc:date>2005-12-05T16:43:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Richard Hatcher</dc:creator>


		<dc:subject>Marchandisation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;r&#233;gulation</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;lection et hi&#233;rarchie</dc:subject>
		<dc:subject>Royaume Uni</dc:subject>

		<description>Le gouvernement britannique a publi&#233;, au d&#233;but du mois de novembre, un &quot;Livre blanc&quot; sur l'&#233;ducation. Celui-ci vise &#224; renforcer les m&#233;canismes de &quot;libre choix&quot;, donc de &quot;quasi-march&#233;&quot; scolaire. Notre ami Richard Hatcher y r&#233;agit dans un article que nous vous livrons tel quel. Nous cherchons un(e) b&#233;n&#233;vole pour le traduire en fran&#231;ais. Merci de nous contacter : aped@ecoledemocratique.org There are three questions to ask about the proposals in the White Paper : what are they intended (...)

-
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Marchandisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;D&#233;r&#233;gulation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;S&#233;lection et hi&#233;rarchie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot24" rel="tag"&gt;Royaume Uni&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/IMG/arton294.jpg&quot; width='129' height='150' style='height:150px;width:129px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le gouvernement britannique a publi&#233;, au d&#233;but du mois de novembre, un &quot;Livre blanc&quot; sur l'&#233;ducation. Celui-ci vise &#224; renforcer les m&#233;canismes de &quot;libre choix&quot;, donc de &quot;quasi-march&#233;&quot; scolaire. Notre ami Richard Hatcher y r&#233;agit dans un article que nous vous livrons tel quel. Nous cherchons un(e) b&#233;n&#233;vole pour le traduire en fran&#231;ais. Merci de nous contacter : aped@ecoledemocratique.org&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;There are three questions to ask about the proposals in the White Paper :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; what are they intended to achieve ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; what would they mean if they were implemented ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; how likely are they to be put into practice ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;What is the White Paper intended to achieve ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;The purpose of the White Paper is to step up the neo-liberal transformation of the school system. According to the then cabinet office secretary John Hutton (now Work and Pensions Minister in place of Blunkett), speaking to the neo-liberal Brookings Institute in Washington in October,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8216;We needed to drive greater challenge into the system, and that could not be entirely reliant upon target setting and performance management from the centre. It does involve greater contestability, the opening up of these monolithic structures from across the private, voluntary and social enterprise sector. This has proved to be our biggest political challenge. The expected opposition from the trade unions and the professional interest groups was predictable and it has happened.'&lt;/i&gt; (Guardian 25 October p 12)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8216;Contestability' is the current euphemism for competition. When New Labour came to power it introduced new measures of central control over the school system, believing that Thatcherite marketisation was not a powerful enough motor of change. Now it concludes that state intervention is not enough and that two additional mechanisms of change need to be stepped up.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;One is more marketisation in the form of breaking up the LEA system into individual competing schools driven by consumer choice by parents and league tables of performance. Marketisation of course tends to reinforce middle-class advantage, and this is the predictable and intended consequence of the White Paper, cementing Labour's electoral strategy.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;The other, extending the experience of specialist schools and Academies, is external sponsors. This is not privatisation on a for-profit basis, it is the further de-socialisation of the school system on a non-profit market basis. (The for-profit elements remain elsewhere, in the provision of goods and services to schools and LEAs and the implementation of national policy initiatives.)&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Trust status&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;The White Paper says that&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;2.5 At the heart of this new vision are Trust schools. Trusts will harness the external support and a success culture, bringing innovative and stronger leadership to the school, improving standards and extending choice. We will encourage all primary and secondary schools to be self-governing and to acquire a Trust.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2.10 To spread innovation and diversity across the whole school system, we will promote the establishment of self-governing Trust schools.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2.11 Trusts will be not-for-profit organisations, able to appoint governors to the school, including - where the Trust wishes - the majority of the governing body, as in existing voluntary aided schools. [...]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2.12 The governing body of any existing primary or secondary school will be able to create its own Trust, or link its school with an existing Trust.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trusts are non-profit.bodies with charitable status. The Trust policy is not about private companies running schools for profit. (In any case, there wouldn't be enough profit to make it worthwhile even if it were allowed.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;2.28 All Trusts which hold land and appoint Governors to schools must be charities and will be regulated by the Charity Commission. They will be required to use any income that they receive or generate for their charitable purposes. Trusts cannot receive any income from the schools' budget.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;The government's belief is that external sponsors will drive change, bringing in business management methods and values, the &#8216;entrepreneurial instincts of the charitable sector' (Independent editorial, 26 October p30) and, in the case of religious sponsors, a Christian ethos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trusts can appoint a majority of a school's governing body and thus control the school, but even where the Trust only has minority representation it would clearly exercise influence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sponsors could be private companies, the churches and other religious organisations, universities and charitable organisations. Companies which have already expressed an interest are KPMG and Microsoft. Microsoft already sponsors 100 specialist schools. Stephen Uden, head of citizenship for Microsoft UK, has said : &#8216;Trusts provide opportunities for a much deeper level of business involvement than there is in specialist schools. That doesn't mean we'll be telling the school how to run its affairs. Our experience in specialist schools is that they value the time and expertise our staff can give' (TES 28 October p5). According to Education Secretary Ruth Kelly, some leading research universities have shown an interest (THES 4 November p2). The sponsor does not have to take majority control of the governing body, and it is unlikely that companies like these, and other possible sponsors such as universities, will want more than a minority role on governing bodies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Another category of Trust sponsors is entrepreneurial schools which want to establish a &#8216;branded' chain, exemplified by Thomas Telford school, which already sponsors some 46 specialist schools and 2 Academies. The White Paper encourages federations of schools, and such sponsors are likely to want majority control.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A third category is religious sponsorship, which seems certain to be a big growth area. Religious motivations among headteachers and governors, often coupled with a perception of market advantage, will lead to their seeking Trust status with church or other religious organisation sponsors, and in this case majority control is more likely.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trust status is an option. The question is, why should schools want to move to Trust status ? Why should a headteacher or a governing body want to hand over control of the school to an external sponsor ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;John Dunford, general secretary of the Secondary Heads Association, has said that &#8216;The freedoms being offered in the white paper are largely an illusion' (Guardian 26 October p12). &#8216;Schools which are already overloaded with initiatives are unlikely to rush towards trust status, since they can already link with external partners through specialist status and they can increasingly develop the curriculum freedoms they require without any statutory changes' (Financial Times 26 October p3). As Steve Sinnott, NUT general secretary, pointed out, schools have been free to take up Foundation status, with its enhanced autonomy, since 1997 but few have (Financial Times 25 October p4).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;In addition, there is no financial incentive from government. The Conservative government tried to get all secondary schools to opt out of LEAs by offering a substantial bribe of an additional 15% of funding, but even so only 18% of schools opted for grant-maintained status. There is no such extra funding for Trust schools - though Trust sponsors may donate money, as they can already to specialist schools. And the decline in the powers of LEAs has decreased the attraction for schools to distance themselves from them.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;However, there is one potentially powerful attraction of Trust status. In a competitive market it may be seen as a key advantage. Some heads and governing bodies will enthusiastically seize the opportunity, others will do so more reluctantly as a result of market pressure. The degree of pressure on schools varies from area to area, depending on a number of factors, including the existing hierarchy of schools, the extent to which parents are able to exercise choice (as a result of geographical factors), whether rolls are falling, and whether schools are in danger of &#8216;failing'. Though Trust status is optional, the government is rigging this market in the attempt to drive schools to opt for Trust status. Its instruments are Academies and Building Schools for the Future. This is how it works. Local authorities desperately need BSF money to refurbish and rebuild schools. The government is making it conditional on local authorities accepting Academies, and they are acceding, if only because they feel there is no alternative. Academies, hyped by government and with lavishly funded premises and facilities, tend to be heavily over-subscribed and to adopt admissions policies which increase the proportion of middle-class pupils. This is at the expense of neighbouring schools, which come under increased pressure in terms both of falling rolls (and hence funding and perhaps even viability) and position in the local league table of performance (which itself may lead to falling rolls, and perhaps a critical Ofsted inspection).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;How can these at risk schools respond ? One obvious way is (perhaps reluctantly) to seek Trust status in an attempt to boost their image. In an area with a small number of secondary schools in the local market and with one, two or even more Academies planned, the pressure on other schools may be irresistible. And it may only need one school to go for Trust status to start a domino effect. (A similar dynamic may lead to more specialist secondary schools choosing to exercise the option to select up to 10%). Whether the aim is conscious or not, the outcome will be to reinforce patterns of social inequality in local school systems.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Will popular schools expand ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;One aspect of increased marketisation would be an increase in supply in response to consumer demand. The White Paper says that popular schools will be able to expand. Again the question is, will it happen ? Some schools undoubtedly will, but my guess is the large majority won't, either because they can't - there is no space - or because they won't want to. What is the incentive ? Many heads and governors will not be attracted by the prospect of a bigger school, and expansion may actually make the school less popular, perhaps by admitting pupils who lower the academic standards which have made it popular.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;However, one way for popular schools to expand, which is encouraged in the White Paper, is to take over other schools, forming federations. As we have noted, there are some entrepreneurial or religiously motivated heads and governing bodies who will want to seize this opportunity to create chains of &#8216;branded' schools.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Will parental power increase ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;The White Paper claims that&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;1.35 This will be a system driven by parents doing their best for their children. Where schools and professionals feel themselves accountable as much to parents as to some distant centre. It will mean responding to and encouraging high parental expectations. If local parents demand better performance from their local school, improvement there should be. If local choice is inadequate and parents want more options, then a wider range of good quality alternatives must be made available. If parents want a school to expand to meet demand, it should be allowed to do so quickly and easily. If parents want a new provider to give their school clearer direction and ethos, that should be simple too. And if parents want to open a school, then it should be the job of the local authority to help them make this happen.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;But Trust status schools will actually have fewer places for parents than community schools. They will be like existing Foundation schools, and, as the CASE website points out, &#8216;Currently a community school can have as many as seven elected parent governors while a new foundation school will have only one. The foundation governors would have to include enough parents to make up the total to one third (the minimum in community schools), but these will be appointed not elected.'&lt;/p&gt; &lt;p&gt;The reduction in parent governors in Trust-controlled schools is to be compensated by new Parent Councils in Trust schools where the Trust has a majority on the governing body. But as Margaret Morrissey, press officer for the National Confederation of Parent Teacher Associations, says : &#8216;I would query how realistic an expectation it is for parents to be free to volunteer to be part of a Parents Council. Parents have always striven for partnership, not power, with teachers and schools.' (Independent 26 October p5). In any case, their role would be consultative, not decision-making as that of governors is.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parents will have the power to demand a new school or even to open one as Trust sponsors. It is unlikely this will happen apart from occasional exceptional cases.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;In short, as the Guardian editorial concludes about these supposed new rights for parents : &#8216;it has to be doubted whether they will really work in practice' (26 October p34).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Local Authorities&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Blair has said &#8216;&#8216;We need to see every local authority moving from provider to commissioner, so that the system acquires a local dynamism responsive to the needs of their communities and open to change and new forms of school provision.' He said that local authority efforts to create equity had resulted in &quot;deadening uniformity&quot;, with child centred learning and a rigid adherence to mixed-ability teaching too often failing to meet basic standards.' (Guardian 25 October p1)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;The &#8216;from provider to commissioner' policy is not new, it has been government policy since the DfEE paper 'The role of the Local Education Authority in school education' was published in 2000. Blair's claims about &#8216;uniformity' and mixed ability teaching are just a smokescreen to justify it. LEAs (which will now be abolished as a separate status and simply be known as local authorities) have for some years had to outsource many of their services they provided to schools as a result of enforced delegation of budgets, which has created a profitable market for &#8216;edubusiness' companies. However most LEAs have continued to provide services, albeit on a reduced scale, and it is difficult to see how the White Paper will lead to further outsourcing without either more enforced delegation to schools or new legislation.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Admissions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;The White Paper claims to offer more freedom to schools over admissions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;3.22 No one approach towards admissions will work in all circumstances. This is why we want to ensure that all self-governing schools (Foundation, voluntary aided and Trust) are free to use the approach to fair admissions that they think will best meet their local circumstances, as long as it is compatible with the Admissions Code.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;The TES in an editorial questions this claim.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8216;But what are the freedoms that schools do not already enjoy ? Control over their admissions of the kind grant-maintained schools possessed, Mr Blair suggests. Yet schools will still be subject to an admissions code and the admissions adjudicator. While proclaiming that schools are being set free from local education authorities, ministers are giving councils a new duty to make sure that admissions are fair.' (28 October p22)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;I think the TES is wrong. As Fiona Millar points out, the new admissions code is no safeguard, because it doesn't prohibit various forms of selection, and in any case is only advisory. (&lt;a href='http://education.guardian.co.uk/egweekly/story/0,,1573479,00.html' class='spip_out' rel='external'&gt;http://education.guardian.co.uk/egweekly/story/0,,1573479,00.html&lt;/a&gt;). So councils will coordinate local admissions arrangements but not be able to determine them. We know that a significant minority of schools already break the rules on selection (TES 4 November p10). The White Paper gives the green light to schools to continue to do so, including by adjusting their catchment areas. It suggests that some schools in socially disadvantaged areas might want to introduce banding combined with &#8216;inner and outer catchment areas' (3.24). This is very unlikely to result in a more equitable social mix unless, in return, middle-class schools are compelled to accept more poorer pupils, which they aren't, because the White Paper &#8216;encourages' banding but does not make it compulsory. As The Economist rightly predicted, the government would not make banding compulsory because &quot;it won't want to risk accusations of social engineering and the wrath of vocal middle-class parents.&quot; (22 October p31). Instead there is the token gesture to social disadvantage of free bussing.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Will schools will take advantage of this opportunity to exercise more control over their admissions, including if necessary breaking away from agreed LEA systems ? I suspect most schools will not want to take advantage of this, for two reasons. One is that they have a commitment to serving their local area. The other is that they will prefer to leave admissions to local authorities to deal with, as now, because admissions administration is fraught with problems, including appeals. However, undoubtedly some, and perhaps an increasing number, of schools, will try to increase the number of middle class and higher-achieving pupils they attract. Again, it depends on the degree of market pressure in a particular locality, together with the values of heads and governing bodies. In each area there is a critical threshold. Once the proportion of schools &#8216;playing the market' reaches it, the pressure on the remaining schools to follow suit becomes very difficult to resist. If there is a big increase in schools adopting their own admissions policies the result is likely to be, as NUT general secretary Steve Sinnott predicts, &#8216;chaos in admissions and planning gridlock'. It will also deepen the equality gap in the school system at the expense of poorer working class pupils. As Sinnott says, an &quot;obsession with choice ignores the fact that parents operate on a far from level playing field. It is pandering to the pushy middle classes at the expense of children in less advantaged circumstances.&quot; (Guardian 25 October p1).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ruth Kelly, Education Secretary, motivating the White Paper, explained that it was a &quot;historic turning point&quot; which would end half a century of under-achievement and create &quot;truly world-class&quot; schools to meet the challenge of globalisation (Guardian 26 October p12). This must rate as the most stupid thing said by an Education Minister for a long time - and there's a lot of competition. On the other hand the following judgements may be too complacent. John Dunford, general secretary of the Secondary Heads Association, thinks that &#8216;It will be ignored by headteachers. There has been a lot of noise about not very much'. (TES 28 Oct p4). According to a TES editorial, 'The result will allow schools to take or leave most of the menu on offer' (28 October p22). And Slater and Shaw, TES journalists, said : &#8216;A revolution for schools ? Don't believe the hype'. (28 October p4).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;My own view is that it is difficult at this stage to predict the extent to which the key policies in the White Paper are likely to be translated into practice. The consequences, damaging though they will be, may well fall far short of the government's intentions, and this contradiction would compel the government to consider taking the political risk of imposing by legislation and financial carrots and sticks the neo-liberal reforms which at present it is relying on market pressures to deliver. But the initial response of many to the White Paper is opposition. At its simplest, they see it as a Tory policy. The conditions are favourable for a massive national campaign of action aimed at forcing the government to retreat, at making it pay a big political price if it doesn't, and at deterring headteachers, governing bodies, local authorities and would-be sponsors from colluding with it by putting the White Paper policies into practice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;13 November 2005&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Leadership partag&#233; et pouvoir manag&#233;rial dans les &#233;coles anglaises</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article253</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article253</guid>
		<dc:date>2005-04-26T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Richard Hatcher</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;r&#233;gulation</dc:subject>
		<dc:subject>Royaume Uni</dc:subject>

		<description>Un des th&#232;mes centraux du discours universitaire actuel concernant le management et le leadership en milieu scolaire est la notion de leadership partag&#233;. Alma Harris &#233;crit par exemple que &quot;le leadership est un effort partag&#233; qui implique tous les membres de l'organisation ; ce mode de leadership remet en cause l'orthodoxie conventionnelle du dirigeant unique, individualiste&quot; (2003). Le leadership partag&#233; est &#233;galement au centre du Leadership Development Framework (Cadre de (...)

-
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;D&#233;r&#233;gulation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot24" rel="tag"&gt;Royaume Uni&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L144xH147/arton253-487cb.gif&quot; width='144' height='147' style='height:147px;width:144px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un des th&#232;mes centraux du discours universitaire actuel concernant le management et le leadership en milieu scolaire est la notion de leadership partag&#233;. Alma Harris &#233;crit par exemple que &quot;le leadership est un effort partag&#233; qui implique tous les membres de l'organisation ; ce mode de leadership remet en cause l'orthodoxie conventionnelle du dirigeant unique, individualiste&quot; (2003). Le leadership partag&#233; est &#233;galement au centre du Leadership Development Framework (Cadre de d&#233;veloppement du leadership) adopt&#233; par le National College for School Leadership (NCSL, 2001). A en croire Peter Gronn, &quot;le temps du leadership partag&#233; est arriv&#233;&quot; (2000).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A quel probl&#232;me le leadership partag&#233; est-il cens&#233; apporter une solution ? On peut le r&#233;sumer ainsi : le gouvernement a entrepris une profonde transformation du syst&#232;me scolaire, depuis un mod&#232;le social-d&#233;mocrate vers un mod&#232;le n&#233;o-lib&#233;ral, dont le principal objectif est de fournir du capital humain &#224; la comp&#233;titivit&#233; &#233;conomique. Ceci exige le remplacement du vieux syst&#232;me de gestion professionnel et bureaucratique par un r&#233;gime de la performance. Ce n'est pas une mince affaire. Les &#233;coles doivent &#234;tre restructur&#233;es et accultur&#233;es. Il faut gagner les esprits et les c&#339;urs des enseignants. &lt;br /&gt;
Le leadership partag&#233; est un moyen de parvenir &#224; une int&#233;gration &#224; la fois cognitive et culturelle. Int&#233;gration cognitive, car la m&#233;thode de travail dans les &#233;coles est devenue bien plus complexe et interd&#233;pendante. Int&#233;gration culturelle, parce que, c'est ce qui est avanc&#233;, la soumission des enseignants est obtenue de mani&#232;re plus efficace en s'assurant de leur implication et les formes de participation sont des moyens d'y parvenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette conception d'une &quot;forte implication au travail, bas&#233;e sur un partage et une d&#233;l&#233;gation de l'autorit&#233;&quot; (Warhurst et Thompson, 1998) est r&#233;pandue dans la th&#233;orie du management des affaires. L'ampleur de l'&#233;loignement du paradigme fordiste et tayloriste d'un management de contr&#244;le et de commandement, que ce soit dans la r&#233;alit&#233; ou dans le discours, fait l'objet d'un d&#233;bat dans la th&#233;orie critique du management et du processus de production. C'est dans ce contexte plus large que doivent &#234;tre appr&#233;hend&#233;s les d&#233;veloppements analogues au sein des &#233;coles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les chefs d'&#233;tablissement managers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'on applique les techniques du management priv&#233; aux &#233;coles, la nature des managers fait une diff&#233;rence significative. Le chef d'&#233;tablissement joue un r&#244;le d&#233;cisif de relais de la politique gouvernementale. Le probl&#232;me du gouvernement est qu'il ne peut pas compter sur ces chefs, ou les remplacer, aussi ais&#233;ment que des managers du secteur priv&#233;, et ce pour plusieurs raisons. Trop de chefs d'&#233;tablissement font encore preuve d'un attachement regrettable &#224; une &#233;thique humaniste et progressiste d&#233;pass&#233;e du service public. Ils sont souvent trop proches du personnel, notamment dans les &#233;coles primaires, qui sont des lieux de travail de taille relativement r&#233;duite. Les chefs d'&#233;tablissement sont fortement syndiqu&#233;s et, dans les &#233;coles primaires, beaucoup d'entre eux appartiennent au m&#234;me syndicat que leur personnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le gouvernement a abord&#233; ce probl&#232;me en combinant trois strat&#233;gies. En premier lieu, une batterie de m&#233;canismes de contr&#244;le sert &#224; enfermer les &#233;coles, les directeurs et les enseignants, dans le programme du gouvernement : objectifs, tests, Ofsted (Office for Standards in Education, le Bureau des normes &#233;ducatives).... S'y trouve inclus, en second lieu, un assortiment de pouvoirs sp&#233;cifiques aux directeurs d'&#233;tablissement, afin qu'ils dirigent les enseignants dans une logique de performance. Enfin, le National College for School Leadership correspond &#224; une tentative de cr&#233;er un cadre de managers acquis &#224; la cause.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel est le lien entre ce manag&#233;rialisme pilot&#233; par le gouvernement et l'id&#233;e de leadership partag&#233;. Certains d&#233;fenseurs du leadership partag&#233; y voient une contradiction fondamentale ? Pour Hopkins (2001), par exemple, le concept d'une leadership &#233;clat&#233; &quot;suppose une participation active &#224; tous niveaux qui peut &#234;tre d&#233;sign&#233;e comme une &quot;d&#233;mocratie active&quot; et &quot;l'administration par lehaut, les hi&#233;rarchies institutionnelles, sont l'antith&#232;se de la d&#233;mocratie en action&quot;. Selon Hopkins et Jackson (2003), &quot;de m&#234;me que le leadership ne peut pas &#234;tre impos&#233;, il s'av&#232;re probl&#233;matique de combiner le pouvoir (les relations manag&#233;riales) et le fait de donner procuration (les relations de leadership).&quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux r&#233;ponses &#224; ce probl&#232;me sont donn&#233;es par les th&#233;oriciens du management de l'&#233;ducation. L'une consiste &#224; s&#233;parer le pouvoir manag&#233;rial et le leadership partag&#233;. L'autre affirme que le leadership partag&#233; repr&#233;sente le transfert ou la d&#233;mocratisation de ce pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La s&#233;paration du pouvoir manag&#233;rial et du leadership partag&#233;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Hopkins et Jackson proposent de s&#233;parer le management et le leadership en deux structures parall&#232;les. On peut donner l'opportunit&#233; au corps enseignant d'exercer le leadership dans une &#233;cole, en cr&#233;ant un r&#233;seau parall&#232;le non hi&#233;rarchis&#233; d'apprentissage en collaboration, s&#233;par&#233; de la structure hi&#233;rarchique du pouvoir. De la m&#234;me fa&#231;on, Gronn avance que, tandis que l'autorit&#233; est d&#233;tenue par le chef d'&#233;tablissement, le leadership, c'est-&#224;-dire l'influence, peut &#234;tre exerc&#233; par tout enseignant qui parvient &#224; rallier les autres &#224; ses id&#233;es. &quot;Soudain, s'ouvre la possibilit&#233; pour tous les membres de l'organisation de devenir managers (...) et pour tous ceux qui suivaient de devenir des leaders autonomes&quot; (2000).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je souhaite d&#233;montrer que le leadership partag&#233; ne peut pas &#234;tre s&#233;par&#233; du pouvoir manag&#233;rial exerc&#233; par et &#224; travers le chef d'&#233;tablissement. Au contraire, il lui demeure subordonn&#233;. Je donnerai quatre arguments.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le NCSL et le leadership partag&#233;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Bien que le NCSL recommande le partage du leadership, il est clair qu'il con&#231;oit le leadership comme int&#233;gr&#233; &#224; la hi&#233;rarchie du management et non comme s&#233;par&#233; d'elle. Le Leadership Development Framework du NCSL favorise lourdement les cadres de direction (NCSL, 2004). Il comprend cinq &quot;stades de leadership scolaire&quot;, dont les stades 2 &#224; 5 sont destin&#233;s aux adjoints et directeurs adjoints. Concernant &quot;le leadership naissant&quot;, le NCSL &#233;nonce que &quot;le concept de leadership partag&#233; (o&#249; le leadership est encourag&#233; &#224; tous les niveaux au sein de l'&#233;cole) a un r&#244;le significatif &#224; jouer&quot;. Mais il est d&#233;fini comme le fait d'endosser des responsabilit&#233;s de management : diriger une &#233;quipe, coordonner un groupe d'enseignants. De la m&#234;me mani&#232;re, &quot;Leading from the Middle&quot; (&quot;diriger depuis le milieu&quot;), un programme destin&#233; &#224; former des leaders dans des enseignements sp&#233;cialis&#233;s, concerne le d&#233;veloppement &quot;d'aptitudes g&#233;n&#233;riques, comme motiver les gens et organiser le travail du personnel&quot; et &quot;d'aptitudes sp&#233;cifiques au r&#244;le de leader, par exemple exploiter des donn&#233;es sur la performance, entra&#238;ner, former des &#233;quipes, d&#233;velopper des normes coh&#233;rentes de comportement&quot;. En d'autres termes, le leadership recouvre des t&#226;ches inf&#233;rieures d'encadrement, au sein d'une politique strat&#233;gique d&#233;velopp&#233;e par ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les directeurs peuvent-ils servir de m&#233;diateurs au pouvoir du gouvernement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne fait pas de doute qu'un grand nombre de chefs d'&#233;tablissements tentent de faire office de m&#233;diateurs et d'att&#233;nuer les aspects n&#233;gatifs des politiques gouvernementales. Cette strat&#233;gie donne-t-elle des signes d'efficacit&#233; ? Peut-elle lib&#233;rer assez d'espace pour l'exercice d'un leadership partag&#233; donnant du pouvoir aux enseignants ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par exemple, Gold et ses coauteurs (2003) affirment, en s'appuyant sur une &#233;tude des cas de dix chefs d'&#233;tablissements, dont ils consid&#232;rent qu'ils font preuve d'un leadership dict&#233; par des principes et des valeurs, que ces directeurs &quot;faisaient office de m&#233;diateurs de la politique gouvernementale &#224; travers leurs propres syst&#232;mes de valeurs&quot;. En r&#233;ponse, Wright (2003) rel&#232;ve que les exemples fournis par Gold et ses coauteurs ont souvent trait &#224; des valeurs secondaires comme le travail d'&#233;quipe, la consultation du personnel, qui ne sont pas en elles-m&#234;mes le signe de l'affirmation d'une vision alternative, et qu'ils n'apportent pas de preuve &#233;vidente que la mise en pratique de leurs valeurs par ces chefs d'&#233;tablissements ait conduit &#224; une r&#233;-interpr&#233;tation significative des priorit&#233;s du gouvernement. Comme l'&#233;crit Wright, &quot;les directeurs savent que leurs &#233;coles doivent r&#233;ussir au sein d'une culture de l'objectif et, en d&#233;finitive, c'est cela qui d&#233;terminera ce qui est autoris&#233; ou proscrit&quot; (2003).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le management de la performance des enseignants &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le consensus dans la litt&#233;rature du management en milieu scolaire consiste &#224; dire que le moyen d'obtenir l'ob&#233;issance des enseignants est de les amener &#224; s'impliquer. Autrement dit, il ne s'agit pas seulement de persuader les enseignants de faire ce que vous voulez, mais de les persuader de vouloir faire ce que vous voulez. Dans le management des affaires, cela s'appelle &quot;buying into the message&quot;, (&quot;prendre part au message', &quot;cautionner un discours&quot;). Les critiques ont parl&#233; d'envahissement du domaine affectif, de transformation des subjectivit&#233;s des enseignants. Ces deux points de vue risquent de promouvoir un discours totalisant, qui sous-estime l'importance des pouvoirs &lt;i&gt;directifs&lt;/i&gt; de l'encadrement de l'&#233;cole pour parvenir &#224; cette ob&#233;issance, en l'absence m&#234;me d'implication. J'entends par &quot;directifs&quot; des pouvoirs allant de la coercition au paternalisme. Les pouvoirs coercitifs comprennent l'usage ou la menace de proc&#233;dures disciplinaires et l'exercice d'un management tyrannique. Le paternalisme prend la forme de proc&#233;d&#233;s d'inclusion ou d'exclusion, par exemple lors de l'attribution des classes aux enseignants, du parrainage pour instaurer des cours ou lors des demandes de promotion. Cela signifie surtout que le pouvoir du &quot;management de la performance&quot; est donn&#233; aux directeurs par le gouvernement qui contr&#244;le la progression des salaires. Pour franchir le seuil et gravir les &#233;chelons, les enseignants doivent faire la preuve qu'ils ont &quot;grandi professionnellement&quot; et fait &quot;des progr&#232;s substantiels et soutenus&quot;. Parce qu'il n'existe pas de d&#233;finition claire de ces termes, les appr&#233;ciations des chefs d'&#233;tablissements sont tout &#224; fait subjectives et peuvent &#234;tre fortement influenc&#233;es par des pr&#233;occupations de management et des pr&#233;jug&#233;s personnels. Il semble peu probable que les implications du management de la performance n'affectent pas l'investissement des enseignants dans le partage du leadership.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Comment les chefs d'&#233;tablissements limitent le partage du leadership &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Quelques travaux de recherche r&#233;v&#232;lent comment, en pratique, les chefs d'&#233;tablissements ont tendance &#224; faire face &#224; la contradiction entre l'autorit&#233; et l'influence, en restreignant le partage du leadership et en le subordonnant &#224; l'autorit&#233; manag&#233;riale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les auteurs d'une &#233;tude dirig&#233;e par Moore (2002), portant sur huit directeurs d'&#233;tablissements, notent que certains pratiquent &quot;des formes et styles de management essentiellement tayloristes, formul&#233;s &#224; travers le langage et les aspects les plus &quot;acceptables&quot; du &quot;TQM&quot; (Total Quality Management)&quot; afin de gagner l'approbation du personnel&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;Ils citent l'exemple d'une directrice usant de son autorit&#233; pour contraindre le personnel &#224; adopter sa fa&#231;on de penser et d'agir &#224; l'int&#233;rieur de l'&#233;cole, mettant ainsi en application les r&#233;formes culturelles et structurelles exig&#233;es par le gouvernement au niveau local. Elle dissimule cependant ce processus derri&#232;re un discours empreint des valeurs de coll&#233;gialit&#233; et de &quot;confiance&quot;. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
De m&#234;me, Chapman (2003) note de fa&#231;on approbatrice dans son &#233;tude de cas d'une &#233;cole publique d'enseignement secondaire (comprehensive school), qu'une approche plus autocratique est employ&#233;e lorsque l'&#233;quipe dirigeante pense qu'il est n&#233;cessaire de faire avancer l'&#233;cole. Une approche plus d&#233;mocratique peut &#234;tre utilis&#233;e dans d'autres situations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourquoi les directeurs agissent-ils ainsi ? Partager le leadership est risqu&#233;. Le leadership partag&#233; peut &#233;chouer &#224; renforcer l'implication en faveur des priorit&#233;s du management et ce sont les chefs d'&#233;tablissements qui sont tenus responsables de la poursuite des objectifs fix&#233;s par le gouvernement (Wallace, 2001). La strat&#233;gie la plus commun&#233;ment adopt&#233;e pour minimiser les risques du leadership partag&#233; est d'en restreindre son application &#224; une minorit&#233; du personnel, l'&#233;quipe de direction (senior management team). Le leadership y est plus soumis &#224; l'autorit&#233;, &#224; travers des processus de r&#233;gulation externe par le directeur et une autor&#233;gulation interne du personnel de direction, ainsi que le montre l'&#233;tude de Wallace (2001, 2002) sur les &#233;quipes dirigeantes dans les &#233;coles primaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La cons&#233;quence en est une division parmi les enseignants entre les &quot;leaders&quot; et les &quot;suiveurs&quot;, souvent justifi&#233;e en des termes &#233;litistes et paternalistes. Par exemple, Harris (2003) parle d'un &quot;servant leadership&quot; (leadership de service), qui &quot;a pour principe de fournir aux autres des objectifs et de donner une direction et une certitude &lt;i&gt;&#224; ceux qui pourraient avoir des difficult&#233;s &#224; y parvenir eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;&quot; (les italiques sont de moi).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La conclusion que j'en tire est que le leadership partag&#233; ne peut pas &#234;tre s&#233;par&#233; de l'autorit&#233; manag&#233;riale : au contraire, il lui est in&#233;vitablement subordonn&#233; (1). En d&#233;coulent deux traits caract&#233;ristiques du leadership partag&#233; tel qu'il est actuellement pratiqu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier est qu'un &quot;leadership partag&#233;&quot; officiellement ratifi&#233; est toujours d&#233;l&#233;gu&#233;, soumis &#224; autorisation, exerc&#233; au nom de et r&#233;vocable par l'autorit&#233;, c'est-&#224;-dire le chef d'&#233;tablissement. Gronn, avan&#231;ant que le pouvoir et le leadership peuvent agir ind&#233;pendamment, et se servant de la th&#233;orie de l'activit&#233;, identifie cinq processus fondamentaux au sein des organisations : l'autorit&#233; (c'est-&#224;-dire le pouvoir), les valeurs, les int&#233;r&#234;ts, les &#233;l&#233;ments personnels et les ressources. Mais l'autorit&#233; - le pouvoir - n'est pas simplement une dimension parmi d'autres de l'action dans les organisations, c'est un ph&#233;nom&#232;ne appartenant &#224; une cat&#233;gorie diff&#233;rente, parce qu'il surd&#233;termine toutes les autres dimensions. Dans le cas de l'&#233;cole, le directeur occupe la position dominante dans la structure de pouvoir et donc une situation d'influence privil&#233;gi&#233;e. Le leadership &quot;par le bas&quot; ne peut &#234;tre transpos&#233; de la sph&#232;re des id&#233;es &#224; celle de l'action que lorsqu'il est sanctionn&#233; par l'autorit&#233; du chef d'&#233;tablissement (ou lorsque la balance des relations micro-politiques de pouvoir penche suffisamment pour permettre que l'autorit&#233; soit contest&#233;e en pratique).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le second trait caract&#233;ristique du partage du leadership, tel qu'il existe effectivement, concerne sa port&#233;e. Une distinction fine doit &#234;tre faite entre les d&#233;cisions strat&#233;giques et les d&#233;cisions op&#233;rationnelles. Le partage du leadership a tendance &#224; &#234;tre limit&#233; &#224; la prise de d&#233;cisions op&#233;rationnelles de niveau inf&#233;rieur. La prise de d&#233;cision strat&#233;gique concernant la politique de l'&#233;cole n'est pas partag&#233;e : il peut y avoir consultation, mais elle demeure la pr&#233;rogative du directeur. C'est la vision de l'Ofsted (Bureau des normes &#233;ducatives). Par exemple, le &lt;i&gt;Manuel d'inspection des &#233;coles secondaires &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;Handbook for inspecting secondary schools&lt;/i&gt;, Ofsted, 2003), tout en plaidant en faveur du leadership &#224; tous les niveaux, apprend aux inspecteurs &#224; &quot;&#233;tablir dans quelle mesure le chef d'&#233;tablissement, le conseil d'administration et les membres de l'&#233;quipe exer&#231;ant le leadership ont une vision partag&#233;e de l&#224; o&#249; ils veulent conduire l'&#233;cole&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces deux caract&#233;ristiques du leadership partag&#233; en milieu scolaire sont rattach&#233;es au contexte plus large du management des affaires. Une &#233;tude r&#233;cente sur la participation des employ&#233;s dans des entreprises europ&#233;ennes (Poutsma, Hendrickx et Huijgen, 2003) a montr&#233; que &quot;des niveaux de participation directe plus &#233;lev&#233;s deviennent plus vraisemblables lorsque l'intensit&#233; de la comp&#233;tition augmente&quot;, mais &quot;que le ph&#233;nom&#232;ne d'une participation &lt;i&gt;&#233;lev&#233;e&lt;/i&gt; est tr&#232;s rare&quot; (les italiques sont de moi). Warhust et Thompson (1998) se r&#233;f&#232;rent &#224; la double structure des organisations, dans laquelle existe des formes horizontales de coordination - qu'ils appellent la division obscure du travail (&quot;shadow division of labour&quot;) - compl&#233;mentaires mais subordonn&#233;es aux hi&#233;rarchies verticales dominantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le partage du leadership comme transfert du pouvoir&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
L'affirmation selon laquelle le partage du leadership &#233;quivaut au transfert du pouvoir, faite par un certain nombre de figures influentes dans le domaine du leadership &#224; l'&#233;cole, contraste avec la tentative de s&#233;parer le leadership partag&#233; et le pouvoir du management. Par exemple, selon Harris (2003), &quot;ce mod&#232;le de leadership suppose une redistribution du pouvoir et un recadrage de l'autorit&#233; au sein de l'organisation&quot;. &quot; Le leadership des enseignants est fond&#233; sur une redistribution du pouvoir dans l'&#233;cole, passant d'un contr&#244;le hi&#233;rarchique &#224; un contr&#244;le par les pairs. Dans ce mod&#232;le de leadership, la source du pouvoir est diffuse et l'autorit&#233; est dispers&#233;e &#224; travers la communaut&#233; enseignante&quot;. Ceci conduit &#224; affirmer, comme le font Harris et d'autres, que le leadership partag&#233; est une fa&#231;on pour les &#233;coles de fonctionner &quot;d&#233;mocratiquement&quot;. Halpin (2003) pr&#233;sente ainsi une &#233;tude du cas d'un directeur d'&#233;cole secondaire pratiquant un leadership &quot;sur invitation&quot; (&quot;invitational leadership&quot;), qu'il consid&#232;re comme &quot;un &#233;loignement du paradigme d'un leadership appuy&#233; sur le pouvoir et le contr&#244;le&quot;. &quot;Ceci a pour effet de priver le directeur de l'autorit&#233; inscrite par convention dans son r&#244;le&quot; et, affirme-t-il, &quot;est profond&#233;ment &#233;ducatif et d&#233;mocratique&quot;. Il va plus loin : c'est une illustration de &quot;l'utopiste&quot; en action.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon moi, ceci manifeste le caract&#232;re id&#233;ologique s&#233;duisant du concept de leadership partag&#233; : id&#233;aliser la pratique manag&#233;rialiste comme &#233;tant d&#233;mocratique travestit la r&#233;alit&#233; d'un pouvoir en d&#233;finitive coercitif du management. Tandis que la participation est nominalement inclusive, l'autorit&#233; est exclusive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'agit du probl&#232;me d&#233;cisif pour tous les adeptes du leadership partag&#233; et d&#233;mocratique : o&#249; r&#233;side en dernier ressort le pouvoir strat&#233;gique, chez le chef d'&#233;tablissement ou chez tous ceux qui sont directement impliqu&#233;s dans l'&#233;cole ? Les approches participatives du management, qui op&#232;rent au sein d'une hi&#233;rarchie domin&#233;e par le chef d'&#233;tablissement, peuvent sans doute donner lieu &#224; mode de gouvernement d'&#233;cole bien plus agr&#233;able que les formes plus autoritaires de manag&#233;rialisme. Mais l'id&#233;e que de telles &#233;coles puissent &#234;tre d&#233;crites comme &quot;d&#233;mocratiques&quot; ne peut &#234;tre soutenue qu'en d&#233;nuant le concept de d&#233;mocratie de &quot;la qualit&#233; m&#234;me qui donne &#224; la d&#233;mocratie son sens sp&#233;cifique : le gouvernement par le &lt;i&gt;demos&lt;/i&gt;&quot; (Wood, 1995).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le leadership partag&#233; et les affirmations d'un &quot;leadership d&#233;mocratique&quot; peuvent &#234;tre entendus comme la traduction, dans le discours sur le management de l'&#233;cole, de l'id&#233;e centrale pour le New Labour, que des concessions &#224; des processus de participation aux niveaux inf&#233;rieurs font une d&#233;mocratie populaire. Comme le commente Wainwright (2003), ceci est devenu un discours global caract&#233;ris&#233; &quot;par des limites restreintes et paternalistes, au sein desquelles est encourag&#233;e la participation populaire&quot;. &quot;Je participe, nous participons, mais ils d&#233;cident au-dessus sur quelle sorte de probl&#232;mes nous pouvons nous prononcer.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des managers contre le manag&#233;rialisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aimerais maintenant dire quelques mots de ceux que l'on pourrait appeler les th&#233;oriciens critiques du management de l'&#233;ducation. Ils ont en commun un rejet de l'&#233;ducation n&#233;o-lib&#233;rale et une critique de la th&#233;orie dominante sur le management de l'&#233;ducation. Cependant, ils partagent aussi la conviction que les dirigeants d'&#233;coles, aid&#233;s par des travaux universitaires critiques sur le management, sont des agents potentiels de r&#233;sistance au manag&#233;rialisme - en fait, apparemment, les &lt;i&gt;principaux &lt;/i&gt;agents potentiels de r&#233;sistance. Michael Bottery (2001, 2002) soutient par exemple la possibilit&#233; d'une m&#233;diation, d'une att&#233;nuation et d'une r&#233;-interpr&#233;tation des priorit&#233;s du gouvernement par les chefs d'&#233;tablissements. Il avance que s'ils comprennent le contexte politique et &#233;conomique et interrogent le caract&#232;re complice de leur propre culture professionnelle, ils peuvent d&#233;velopper une &quot;r&#233;sistance dynamique&quot;, capable de discuter les buts et les valeurs de l'&#233;ducation et de mettre en avant des priorit&#233;s alternatives convaincantes. Martin Thrupp et Robert Willmott (2003) concluent leur critique des th&#233;oriciens du management de l'&#233;ducation en recommandant vivement qu'ils se lancent dans des travaux de management critique et r&#233;fl&#233;chissent &#224; la fa&#231;on dont les dirigeants d'&#233;coles &quot;pourraient travailler contre le manag&#233;rialisme, plut&#244;t que le soutenir&quot;. Philip Woods (2004) soutient qu'une adh&#233;sion des chefs d'&#233;tablissements &#224; des valeurs &#233;thiques ayant une dimension affective peut les conduire &#224; &quot;transformer la rationalit&#233; instrumentale dominante&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien entendu, beaucoup de chefs d'&#233;tablissements ne sont pas convaincus par le projet &#233;ducatif du New Labour, mais &#233;tant donn&#233; leur r&#244;le structurel dans sa mise en pratique, il semble pour le moins improbable de pouvoir compter sur eux comme principaux agents de r&#233;sistance, quels que soient leurs doutes. Je n'ai aucune preuve qu'ils aient pu jouer un tel r&#244;le. O&#249; sont les chefs d'&#233;tablissements qui ont, par exemple, tenu t&#234;te &#224; l'Ofsted ou refus&#233; d'appliquer les Standard Assessment Tasks (SATs) (2) ? Je soutiendrais que nous devons chercher ailleurs les agents de r&#233;sistance &#224; l'&#233;ducation n&#233;o-lib&#233;rale, dans le corps enseignant dans son ensemble et, derri&#232;re lui, dans les mouvements progressistes plus larges. Dans une &#233;tude sur le &quot;leadership de l'enseignant&quot; aux Etats-Unis, Little (2003) montre que &quot;le leadership des enseignants affiche une orientation politique croissante et des liens avec les mouvements et les d&#233;bats autour de la justice sociale&quot;, tandis que &quot;les administrateurs, dans les cas des &#233;coles &#233;tudi&#233;es, montrent une faible propension &#224; critiquer les directives de la politique &#233;tatique&quot;. Au Royaume-Uni, la d&#233;monstration la plus significative d'un leadership des enseignants fut l'ann&#233;e derni&#232;re la campagne pour le boycott des SATs, men&#233;e par des enseignants et non des chefs d'&#233;tablissements. Ceci a &#233;t&#233; typiquement n&#233;glig&#233; par les th&#233;oriciens du management de l'&#233;ducation, qui, comme le fait remarquer Stevenson (2003 ont tendance &#224; ignorer la repr&#233;sentation collective des enseignants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je souhaite donner suite &#224; la notion de leadership partag&#233; en tant que repr&#233;sentation collective des enseignants. Philip Woods &#233;crit que &quot;la d&#233;mocratie ajoute au caract&#232;re naissant du leadership partag&#233; l'id&#233;e que chacun, en vertu de son statut humain, devrait avoir un r&#244;le dans la repr&#233;sentation d&#233;mocratique&quot; (2004). C'est un principe &#233;thique important, mais qui n&#233;cessite d'&#234;tre traduit dans les structures institutionnelles qui en feraient un droit acquis. On oublie souvent que l'un des th&#232;mes initiaux du mouvement de l'&#233;cole publique secondaire (comprehensive school) dans les ann&#233;es 60 et 70 &#233;tait la prise de d&#233;cision participative dans la politique scolaire. La participation n'&#233;tait pas envisag&#233;e comme une strat&#233;gie du management, accord&#233;e comme un privil&#232;ge, mais comme une pr&#233;rogative revenant de droit au personnel enseignant. Elle &#233;tait garantie par la structure formelle de participation mise en place par un certain nombre d'&#233;coles secondaires innovantes. L'exemple le plus connu et le plus radical est le Countesthorpe College dans le comt&#233; de Leicester durant les ann&#233;es 70. Voici ce qu'&#233;crivait Brian Simon au sujet de cette &#233;cole, cinq ans apr&#232;s son ouverture : &lt;br /&gt; &quot;l'&#233;cole &#233;tait dirig&#233;e par l'ensemble du personnel, par le biais de la discussion et de d&#233;cisions collectives prises par consensus. Le directeur participait aux discussions, mais mettait &#224; ex&#233;cution les d&#233;cisions prises de cette mani&#232;re. Autrement dit, le directeur ou le principal agissait comme un chef de l'ex&#233;cutif, se soumettant d&#233;lib&#233;r&#233;ment et en totalit&#233; au personnel en ce qui concerne la prise de d&#233;cisions. (...)&lt;br /&gt;
Premi&#232;rement, il ne fait absolument aucun doute que la participation des enseignants &#224; la gestion de l'&#233;cole ait eu comme r&#233;sultat un niveau &#233;tonnamment &#233;lev&#233; d'implication de la plus grande partie du personnel. Dans certains cas, cette implication a &#233;t&#233; totale, les nouvelles approches et les formes d'organisation optimales ressenties comme n&#233;cessaires pour atteindre les objectifs de l'&#233;cole &#233;tant discut&#233;es de fa&#231;on permanente et assidue. Le fait que chaque membre du personnel, y compris les jeunes enseignants stagiaires, participait pleinement &#224; ces discussions, a permis, en plus du processus concret et quotidien d'enseignement et d'apprentissage dans l'&#233;cole, une analyse et une interpr&#233;tation mettant en jeu des probl&#232;mes &#233;ducatifs de premi&#232;re importance. L'objectif constant &#233;tant de rattacher la discussion th&#233;orique, qui elle-m&#234;me r&#233;sulte de la pratique, en retour &#224; la pratique d'un apprentissage structurant.&quot; (1977)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour moi, il s'agit d'un authentique partage du leadership, impliquant tous les enseignants &#224; part &#233;gale dans la prise des d&#233;cisions strat&#233;giques pour la politique de l'&#233;cole. Cette tradition d'autogestion collective et d&#233;mocratique a &#233;t&#233; an&#233;antie en Grande-Bretagne, mais on peut la trouver aux Etats-Unis, souvent &#233;tendue aux autres employ&#233;s de l'&#233;cole, aux &#233;coliers, aux parents, et &#224; la communaut&#233; locale (Apple et Beane, 1999 ; Casey, 2000. Lire aussi Hatcher, 2000 pour des exemples au Br&#233;sil).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existe un fondement philosophique et un fondement politique &#224; l'autogestion de l'&#233;cole. Le premier est propos&#233; par Carol Gould (1985), qui soutient que l'autogestion d&#233;mocratique du lieu de travail est indispensable &#224; la justice &#233;conomique. Son argument est qu'une libert&#233; effective pour tous exige des droits &#233;gaux aux conditions mat&#233;rielles et sociales du d&#233;veloppement personnel, comprenant les droits en lien avec la production et le partage &#233;conomiques. Le droit &#224; une &#233;gale participation aux d&#233;cisions est ici essentiel, il s'appuie sur le concept de r&#233;ciprocit&#233;, qu'elle d&#233;finie comme une relation sociale voulue, dans laquelle chacun reconna&#238;t les droits &#233;gaux des autres, c'est-&#224;-dire leur statut d'agents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'argument politique en faveur d'une autogestion d&#233;mocratique de l'&#233;cole est qu'elle a le potentiel pour cr&#233;er des conditions plus favorables &#224; une contestation du programme n&#233;o-lib&#233;ral du gouvernement, et pour faire rena&#238;tre et revigorer le r&#244;le &#233;mancipateur de l'&#233;cole. Je dis &quot;potentiel&quot;, car une telle &#233;cole serait encore aux ordres des politiques gouvernementales d'&#233;ducation et il n'y a aucune garantie qu'elle y r&#233;pondrait en adoptant des alternatives radicales. Mais les &#233;coles d&#233;mocratiques existantes offrent la preuve que le risque induit par l'autogestion est largement contrebalanc&#233; par la possibilit&#233; de cr&#233;er une culture &#233;ducative authentiquement participative et de contribuer &#224; l'auto-formation d'une nouvelle repr&#233;sentation collective dans l'&#233;ducation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est utopique de croire que de telles initiatives seraient permises par le gouvernement actuel de ce pays. Cependant, l'existence d'&#233;coles d&#233;mocratiquement g&#233;r&#233;es avec succ&#232;s dans d'autres pays, et dans le n&#244;tre sous un pr&#233;c&#233;dent gouvernement travailliste, signifie que l'exclusion de cette alternative aux mod&#232;les de management hi&#233;rarchiques ne peut plus &#234;tre justifi&#233;e. Ces &#233;coles d&#233;montrent qu'un v&#233;ritable partage du leadership exige un partage du pouvoir et que, plus l'argument des b&#233;n&#233;fices d'un leadership partag&#233; est fort, plus il plaide en faveur d'une autogestion collective d&#233;mocratique par les enseignants et d'autres participants, comme &#233;tant le meilleur moyen de les r&#233;aliser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contact : Richard.Hatcher@uce.ac.uk&lt;br /&gt;
Article pr&#233;sent&#233; &#224; la Society for Educational Studies and BERA Social Justice SIG lors du s&#233;minaire annuel &quot;School Leadership and Social Justice&quot;, &#224; Londres, le 4 novembre 2004. Une autre version a &#233;t&#233; publi&#233;e par le &lt;i&gt;British Journal of Sociology of Education&lt;/i&gt; 26 (2) 253-267, sous le titre &quot; The distribution of leadership and power in schools&quot;, Hatcher, R., 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(1) Un autre aspect de la contradiction entre le manag&#233;rialisme en milieu scolaire et le partage du leadership a trait au contr&#244;le de l'information rendu possible par les syst&#232;mes de gestion de l'information (Management Information Systems, MIS). Selon Alan Strickley (2004), Nolan et Ayres disaient en 1996 que l'impact d'un MIS int&#233;gr&#233; dans une &#233;cole d&#233;pend de s'il est utilis&#233; &quot;comme un moyen de retenir la prise de d&#233;cision administrative et manag&#233;riale entre les mains de la hi&#233;rarchie et du personnel d'administration, ou comme un outil auquel l'ensemble du personnel peut acc&#233;der dans le cadre d'une prise de d&#233;cision partag&#233;e&quot;. Huit ans plus tard, dans son &#233;tude sur les &#233;coles primaires, Strickley conclut que cette seconde &#233;ventualit&#233; n'est pas advenue pour diverses raisons, parmi lesquelles &quot;le d&#233;sir de la direction de s'agripper &#224; l'assise du pouvoir qu'est le MIS, en particulier pour ce qui est des donn&#233;es financi&#232;res et plus r&#233;cemment des donn&#233;es d'&#233;valuation&quot; et &quot;l'importance des audits exig&#233;s par l'Ofsted, le Minist&#232;re de l'Education (Department for Education and Skills), les autorit&#233;s locales en mati&#232;re d'&#233;ducation (Local Education Authorities), les parents, les &#233;l&#232;ves et les membres du conseil d'administration, d'o&#249; le d&#233;sir de contr&#244;ler ces donn&#233;es (particuli&#232;rement en termes de classement, d'inspections, de calculs de la valeur ajout&#233;e pour des financements suppl&#233;mentaires et de prestige)&quot; .&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(2) Tests d'&#233;valuation nationaux en anglais, maths et sciences, pass&#233;s &#224; l'&#226;ge de 7, 11 et 14 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;References&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;APPLE, M. W. AND BEANE, J. A. (eds) (1999) &lt;i&gt;Democratic Schools&lt;/i&gt; (Buckingham, Open University Press).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BOTTERY, M. (2001) Globalisation and the UK Competition State : no room for transformational leadership in education ? &lt;i&gt;School Leadership and Management,&lt;/i&gt; 21 (2) pp. 199-218.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;BOTTERY, M. (2002) Educational Leadership and Political Realities, &lt;i&gt;Educational Management and Administration,&lt;/i&gt; 30 (2) pp. 157-174.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CASEY, L. (2000) The Charter Conundrum, &lt;i&gt;Rethinking Schools,&lt;/i&gt; 14 (3) pp. 18-19.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CHAPMAN, C. (2003) Building the leadership capacity for school improvement, in : A. HARRIS, C. DAY, D. HOPKINS, M. HADFIELD, A, HARGREAVES and C. CHAPMAN (Eds) &lt;i&gt;Effective Leadership for School Improvement&lt;/i&gt; (London, Routledge Falmer).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DfEE (DEPARTMENT FOR EDUCATION AND EMPLOYMENT) (1999) &lt;i&gt;National Standards for &lt;/i&gt;Headteachers (London : DfEE).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DfES (DEPARTMENT FOR EDUCATION AND SKILLS) (2003) &lt;i&gt;Excellence and Enjoyment&lt;/i&gt;. London : Department for Education and Skills.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOLD, A ., EVANS, J., EARLEY, P., HALPIN, D. and COLLARBONE, P. (2003) Principled Principals ? &lt;i&gt;Educational Management and Administration,&lt;/i&gt; 31 (2) pp. 127-138.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GOULD, C. (1985) &lt;i&gt;Rethinking Democracy&lt;/i&gt; (Cambridge, Cambridge University Press).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GRONN, P. (2000) Distributed Properties : A New Architecture for Leadership, &lt;i&gt;Educational Management and Administration,&lt;/i&gt; 28 (3) pp. 317-338.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GRONN, P. (2003) &lt;i&gt;The New Work of Educational Leaders&lt;/i&gt; (London, Paul Chapman).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HALPIN, D. (2003) &lt;i&gt;Hope and Education&lt;/i&gt; (London, Routledge Falmer).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HARRIS, A. (2003a) Teacher leadership and school improvement, in : A. HARRIS, C. DAY, D. HOPKINS, M. HADFIELD, A, HARGREAVES and C. CHAPMAN (Eds) &lt;i&gt;Effective Leadership for School Improvement&lt;/i&gt; (London, Routledge Falmer).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HARRIS, A. (2003b) Introduction, in : A. HARRIS, C. DAY, D. HOPKINS, M. HADFIELD, A. HARGREAVES and C. CHAPMAN (Eds) &lt;i&gt;Effective Leadership for School Improvement&lt;/i&gt; (London, Routledge Falmer).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HARRIS, A. (2003c) The changing context of leadership, in : A. HARRIS, C. DAY, D. HOPKINS, M. HADFIELD, A. HARGREAVES and C. CHAPMAN (Eds) &lt;i&gt;Effective Leadership for School Improvement&lt;/i&gt; (London, Routledge Falmer).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HATCHER, R. (2002) Participatory Democracy and Education : the experience of Porto Alegre and Rio Grande do Sul, Brazil, &lt;i&gt;Education and Social Justice,&lt;/i&gt; 4 (2) pp. 47-64.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HOPKINS, D. (2001) &lt;i&gt;School Improvement for Real&lt;/i&gt; (London, RoutledgeFalmer).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HOPKINS, D. and JACKSON, D. (2003) Building the capacity for leading and learning, in : A. HARRIS, C. DAY, D. HOPKINS, M. HADFIELD, A, HARGREAVES and C. CHAPMAN (Eds) &lt;i&gt;Effective Leadership for School Improvement&lt;/i&gt; (London, Routledge Falmer).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LITTLE, J. W. (2003) Constructions of Teacher Leadership in Three Periods of Policy and Reform Activism, &lt;i&gt;School Leadership and Management&lt;/i&gt; 23 (4) pp. 401-419.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;MOORE, A., GEORGE, R. and HALPIN, D. (2002) The Developing Role of the Headteacher in English Schools, &lt;i&gt;Educational Management and Administration,&lt;/i&gt; 30 (2) pp. 173-188.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;NCSL (NATIONAL COLLEGE FOR SCHOOL LEADERSHIP) (2001) &lt;i&gt;&quot;Think Tank&quot; Report to Governing Council,&lt;/i&gt; &lt;a href='http://www.ncsl.org.uk/mediastore/ldfthinktank.pdf' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.ncsl.org.uk/mediastore/l...&lt;/a&gt; November 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;NCSL (NATIONAL COLLEGE FOR SCHOOL LEADERSHIP) (2004) &lt;a href='http://www.ncsl.org.uk/' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.ncsl.org.uk&lt;/a&gt; November 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;NOLAN, C. J. P. and AYRES, D. A. (1996) Developing a good information system for schools : theNew Zealand experience, &lt;i&gt;International Journal of Educational Research&lt;/i&gt;, 25 (4) pp. 307-321.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;OFSTED (2003) &lt;i&gt;Handbook for inspecting secondary schools&lt;/i&gt;, Ofsted website : &lt;a href='http://www.ofsted.gov.uk/publications/docs/hb2003/sechb03/hmi1360-01.html' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.ofsted.gov.uk/publicatio...&lt;/a&gt; November 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;POUTSMA, E., HENDRICKX, J. and HUIJGEN, F. (2003) Employee Participation in Europe : In Search of the Participative Workplace. &lt;i&gt;Economic and Industrial Democracy&lt;/i&gt; 24 (1) pp. 45-76.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;SIMON, B (1977) Countesthorpe in the Context of Comprehensive Development, in J. WATTS (Ed) &lt;i&gt;The Countesthorpe Experience&lt;/i&gt; (London, George Allen and Unwin).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;STEVENSON, H. (2003) On the Shopfloor : exploring the impact of teacher trade unions on school-based industrial relations, &lt;i&gt;School Leadership and Management&lt;/i&gt; 23 (3) pp. 341-356.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;STRICKLEY, A (2004) Factors Affecting the Use of MIS as a Tool for Informing and Evaluating Teaching and Learning in Schools. &lt;i&gt;Education and Information Technologies&lt;/i&gt; 9 (1) 47-66.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;THRUPP, M. and WILLMOTT, R. (2003) &lt;i&gt;Education Management in Managerialist Times&lt;/i&gt; (Maidenhead, Open University Press).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WAINWRIGHT, H. (2003) &lt;i&gt;Reclaim the state&lt;/i&gt; (London, Verso).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WALLACE, M. (2001) Sharing the Leadership of Schools through Teamwork : A Justifiable Risk ? &lt;i&gt;Educational Management and Administration,&lt;/i&gt; 29 (2) pp. 153-167.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WALLACE, M. (2002) Modelling Distributed Leadership and Management Effectiveness : Primary School Senior Management Teams in England and Wales, &lt;i&gt;School Effectiveness and School Improvement,&lt;/i&gt; 13 (2) pp. 163-186.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WARHURST, C. and THOMPSON, P. (1998) Hands, Hearts and Minds : Changing Work and Workers at the End of the Century, in C. WARHURST and P. THOMPSON (Eds) &lt;i&gt;Workplaces of the Future&lt;/i&gt; (Basingstoke, Macmillan).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WOOD, E. M. (1995) &lt;i&gt;Democracy Against Capitalism&lt;/i&gt; (Cambridge, Cambridge University Press).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WOODS. P. A. (2004) Democratic leadership : drawing distinctions with distributed leadership. &lt;i&gt;International Journal of Leadership in Education&lt;/i&gt; 7 (1) 3-26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WOODS, P. A., BENNETT. N., HARVEY, J.A., AND WISE, C. (2004) Variabilities and dualities in distributed leadership : findings from a systematic literature review. &lt;i&gt;Educational Management, Administration and Leadership&lt;/i&gt;, 32 (4) pp. 439-457.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WRIGHT, N. (2001) Leadership, &#8216;Bastard Leadership' and Managerialism : Confronting Twin Paradoxes in the Blair Education Project, &lt;i&gt;Educational Management and Administration,&lt;/i&gt; 29 (3) pp. 275-290.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;WRIGHT, N. (2003) Principled &#8216;Bastard' Leadership ? &lt;i&gt;Educational Management and Administration,&lt;/i&gt; 31 (2) pp. 139-143.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le trompe l'&#339;il europ&#233;en</title>
		<link>http://www.skolo.org/spip.php?article255</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.skolo.org/spip.php?article255</guid>
		<dc:date>2005-04-10T19:44:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Laval</dc:creator>


		<dc:subject>Marchandisation</dc:subject>
		<dc:subject>Union europ&#233;enne</dc:subject>

		<description>&#171; L'Europe ne dit pas ce qu'elle fait ; elle ne fait pas ce qu'elle dit. Elle dit ce qu'elle ne fait pas ; elle fait ce qu'elle ne dit pas. Cette Europe qu'on nous construit, c'est une Europe en trompe l'&#339;il &#187;. (Pierre Bourdieu) La politique &#233;ducative europ&#233;enne n'existe pas, du moins dans les trait&#233;s. Et pourtant on ne cesse de la rencontrer en Europe. Cette politique de l'&#233;ducation est un objet europ&#233;en mal identifi&#233; mais (...)

-
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Politiques &#233;ducatives&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;Marchandisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.skolo.org/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Union europ&#233;enne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.skolo.org/IMG/arton255.gif&quot; width='129' height='150' style='height:150px;width:129px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'Europe ne dit pas ce qu'elle fait ; elle ne fait pas ce qu'elle dit. Elle dit ce qu'elle ne fait pas ; elle fait ce qu'elle ne dit pas. Cette Europe qu'on nous construit, c'est une Europe en trompe l'&#339;il &#187;. (Pierre Bourdieu)
La politique &#233;ducative europ&#233;enne n'existe pas, du moins dans les trait&#233;s. Et pourtant on ne cesse de la rencontrer en Europe. Cette politique de l'&#233;ducation est un objet europ&#233;en mal identifi&#233; mais bien r&#233;el.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Trois dimensions la caract&#233;risent : &lt;br /&gt;
1-Bien que d&#233;terminante pour l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s de l'Union europ&#233;enne, elle &#233;chappe plus encore peut-&#234;tre que les autres politiques au contr&#244;le d&#233;mocratique des citoyens. La plupart des &#171; professionnels &#187; du monde &#233;ducatif en ignorent jusqu'&#224; l'existence. La presse en parle peu, m&#234;me si les responsables politiques et les experts qui construisent les politiques nationales commencent &#224; s'y rapporter de fa&#231;on explicite. &lt;br /&gt;
2- Cette absence de transparence vient redoubler le rapport probl&#233;matique que cette politique europ&#233;enne entretient avec le cadre juridique de l'Union europ&#233;enne et en particulier avec le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en.&lt;br /&gt;
3- Loin de se cantonner &#224; la promotion des &#233;changes interculturels, &#224; la mobilit&#233; des &#233;tudiants et &#224; la connaissance respective des peuples, comme on le croit encore souvent au vu des grands programmes (Erasmus, Comenius, Socrates, Lingua..), cette politique &#233;ducative est devenue l'une des composantes des &#171; r&#233;formes structurelles &#187; d'inspiration lib&#233;rale qui visent &#224; mettre en place une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la comp&#233;tition interindividuelle et la concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e des syst&#232;mes sociaux et des institutions.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une politique invisible &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Les diff&#233;rents trait&#233;s europ&#233;ens, jusqu'au Trait&#233; constitutionnel compris, consid&#232;rent l'&#233;ducation comme un domaine relevant essentiellement de la responsabilit&#233; nationale. L'article III-282 du Trait&#233; stipule que l'Union &#171; &lt;i&gt;respecte pleinement la responsabilit&#233; des Etats membres pour le contenu de l'enseignement et l'organisation du syst&#232;me &#233;ducatif ainsi que leur diversit&#233; culturelle et linguistique &lt;/i&gt; &#187;. L'Union n'est pas suppos&#233;e rester inactive en ce domaine et peut agir au moyen de la loi ou de la loi-cadre, mais dans le cadre de la troisi&#232;me cat&#233;gorie de comp&#233;tence d&#233;finie &#224; l'article 12 (&#171; &lt;i&gt;Dans certains domaines, et dans les conditions pr&#233;vues par la Constitution, l'Union dispose d'une comp&#233;tence pour mener des actions pour appuyer, coordonner ou compl&#233;ter l'action des Etats membres, sans pour autant remplacer leur comp&#233;tence dans ces domaines &lt;/i&gt; &#187;). Cette action de l'Union est circonscrite &#224; l'&#233;change d'informations et d'exp&#233;riences, &#224; la mobilit&#233; des acteurs de l'&#233;ducation, &#224; la promotion de dimensions culturelles, linguistiques, d&#233;mocratiques communes. Si le texte est plus pr&#233;cis sur certains dispositifs &#224; encourager (reconnaissance des dipl&#244;mes ou promotion de l'enseignement &#224; distance par exemple), il n'invite &#224; aucun processus de convergence des missions, des contenus et encore moins de l'organisation des syst&#232;mes &#233;ducatifs. Bien au contraire. L'&#233;ducation est un domaine o&#249; aucune recherche d'harmonisation n'est envisag&#233;e. La notion m&#234;me de &#171; politique d'&#233;ducation &#187;, &#224; la diff&#233;rence de la &#171; politique de formation professionnelle &#187;, n'a pas d'existence juridique en Europe. Pour ce qui est de la &#171; politique europ&#233;enne de formation professionnelle &#187;, les choses sont quelque peu diff&#233;rentes : le Trait&#233; en fait mention explicite dans l'article III-283, enregistrant par l&#224; ce qui, depuis de Trait&#233; de Rome, l&#233;gitime l'entr&#233;e du domaine &#233;ducatif dans le champ europ&#233;en, &#224; savoir son lien &#224; la qualification de la main d'oeuvre. En tout cas, il semblerait que tout soit fait dans le Trait&#233; - comme dans les trait&#233;s ant&#233;rieurs- pour contenir tout d&#233;bordement intempestif de la Commission en la mati&#232;re et exclure une strat&#233;gie de convergence des syst&#232;mes d'enseignement, du moins &#224; l'initiative des organes de l'Union.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La coordination est une convergence qui ne dit pas son nom&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est autre. Une politique commune de l'enseignement professionnel &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; non professionnel existe bel et bien. Elle est pens&#233;e, voulue, appliqu&#233;e. Elle a &#233;t&#233; volontairement d&#233;cid&#233;e par les Etats lors d'une s&#233;rie de Conseils europ&#233;ens, dont celui de Lisbonne en mars 2000 qui marque &#224; cet &#233;gard un tournant manifeste. Parall&#232;lement, des processus d'harmonisation de l'enseignement sup&#233;rieur ( processus de Bologne) et de l'enseignement professionnel (processus de Bruges) se sont mis en place. Le Trait&#233;, &#224; vrai dire, en a l&#233;galis&#233; la possibilit&#233; mais sous des termes anodins : &#171; &lt;i&gt;l'Union contribue au d&#233;veloppement d'une &#233;ducation de qualit&#233; en encourageant la coop&#233;ration entre Etats membres et, si n&#233;cessaire, en appuyant et compl&#233;tant leur action &lt;/i&gt; &#187;. Ce qui se donne pour une comp&#233;tence d'appui au service d'une coop&#233;ration intergouvernementale d&#233;cid&#233;e en Conseil a un contenu et une signification d&#233;termin&#233;s que l'on retrouve dans les diff&#233;rentes r&#233;formes actuellement en cours. &lt;br /&gt;
La politique &#233;ducative europ&#233;enne existe dans les faits comme une annexe de la politique structurante de l'UE, appel&#233;e &lt;i&gt;Strat&#233;gie de Lisbonne&lt;/i&gt;, destin&#233;e &#224; augmenter le taux d'emploi, &#224; flexibiliser les march&#233;s du travail, &#224; d&#233;velopper les comp&#233;tences (le &#171; capital humain &#187;), &#224; &#171; responsabiliser les individus &#187; en mati&#232;re d'employabilit&#233; et de formation. C'est d'ailleurs &#224; ce titre, comme nous l'avons dit plus haut, que la politique &#233;ducative est entr&#233;e dans les faits, sinon dans les textes. La dimension professionnelle de la formation a permis le &#171; d&#233;bordement &#187; de l'action sur l'ensemble de l'&#233;ducation consid&#233;r&#233;e comme d&#233;termin&#233;e essentiellement par les &#233;volutions du march&#233; du travail. Le nouveau paradigme de &#171; l'apprentissage tout au long de la vie &#187; a permis l'int&#233;gration &#224; la fois conceptuelle et politique de la &#171; formation initiale &#187;, y compris l'enseignement sup&#233;rieur, et la &#171; formation professionnelle. &lt;br /&gt;
Les difficult&#233;s rencontr&#233;es par la croissance europ&#233;enne, les r&#233;sultats tr&#232;s d&#233;cevants en mati&#232;re d'emploi du grand march&#233;, la volont&#233; de joindre au carcan mon&#233;tariste que l'Union s'est inflig&#233;e une &#171; modernisation des structures &#187;, a conduit la Commission &#224; promouvoir d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1990 une politique de croissance plus dynamique. Un certain nombre de rapports et de Livres blancs, en 1993 et en 1995, montreront qu'au fondement du triangle magique &#171; croissance, comp&#233;titivit&#233; et emploi &#187;, se trouvent l'&#233;ducation et la formation con&#231;ues comme &#171; production de capital humain &#187;. La connaissance - sous le tripe aspect de sa cr&#233;ation, de sa diffusion, de son utilisation - est alors &#233;rig&#233;e en facteur majeur de la comp&#233;titivit&#233; europ&#233;enne. Cet axe central se d&#233;clinera en recommandations diverses et compl&#233;mentaires, inspir&#233;es souvent par des lobbies patronaux tr&#232;s actifs &#224; Bruxelles. Elles viseront par exemple &#224; d&#233;velopper les NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication) comme outils de r&#233;novation p&#233;dagogique dont la Commission attend, &#224; l'&#233;poque de la bulle de la &#171; nouvelle &#233;conomie &#187;, monts et merveilles. &#171; L'esprit d'entreprise &#187; devient, dans le sillage des recommandations de l'OCDE, la cl&#233; de vo&#251;te de toute p&#233;dagogie. La &#171; r&#233;activit&#233; &#187; des &#233;tablissements scolaires aux demandes de &#171; l'environnement &#187; (entreprises, collectivit&#233;s locales, familles), via la d&#233;centralisation et la r&#233;organisation manag&#233;riale dont ils font l'objet, devient un autre objectif important. Le partenariat avec les entreprises pour la d&#233;finition des contenus et des p&#233;dagogies est pr&#233;sent&#233;e comme incontournable. Mais surtout, c'est la conception de la formation initiale et du dipl&#244;me qui tend &#224; se modifier, selon une vision tr&#232;s proche de celle du monde patronal. &#171; L'&#233;ducation formelle &#187; voit son r&#244;le relativis&#233; du fait m&#234;me des objectifs essentiellement productifs qui sont assign&#233;s &#224; l'institution scolaire. Selon l'Union europ&#233;enne, l'&#233;cole n'est qu'un moment d'un processus continu de formation et de renouvellement de comp&#233;tences professionnelles acquises au cours de la vie dans les syst&#232;mes d'enseignement, dans les entreprises, dans la vie familiale et qui ne prennent de valeur effective que sur le march&#233; de l'emploi selon leur utilit&#233; pour les entreprises (cf. &lt;i&gt;Memorandum sur l'&#233;ducation et la formation tout au long de la vie&lt;/i&gt;, octobre 2000). Enfin, &#224; partir de 1999, un vaste programme d'harmonisation des enseignements sup&#233;rieurs se met en marche, visant &#224; favoriser la mobilit&#233; des &#233;tudiants, la constitution de p&#244;les europ&#233;ens d'excellence pour faire face &#224; la concurrence des universit&#233;s am&#233;ricaines dans l'optique d'une mondialisation de l'&#233;ducation et, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, la constitution d'un march&#233; du travail europ&#233;en unifi&#233;. L&#224; encore l'imp&#233;ratif de &#171; professionnalisation &#187; de l'enseignement devient pr&#233;dominant. &lt;br /&gt;
Il convient de rappeler ici que le contenu de cette politique n'est pas strictement europ&#233;en. Il participe de ce que l'Institut de recherche de la FSU a nomm&#233; le &#171; &lt;i&gt;nouvel ordre &#233;ducatif mondial &lt;/i&gt; &#187;, et qui se caract&#233;rise par une &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; largement partag&#233;e par les &#171; &#233;lites &#187; responsables des r&#233;formes &#233;ducatives dans le monde comme par les experts des grandes organisations internationales ou intergouvernementales (OCDE, Banque mondiale, OMC, etc). On peut constater que l'Europe, ne voulant pas &#234;tre en reste en ce domaine, pousse actuellement les feux pour transformer plus vite et plus profond&#233;ment les syst&#232;mes &#233;ducatifs dans le sens des logiques &#233;conomiques et sociales dominantes.&lt;br /&gt;
Cette int&#233;gration de l'&#233;ducation et de la formation dans la strat&#233;gie europ&#233;enne se fait en r&#233;alit&#233; &#224; partir de deux postulats conjoints : le postulat de &#171; l'&#233;conomie de la connaissance &#187; et celui de l'accroissement de &#171; l'employabilit&#233; &#187; comme solutions au ch&#244;mage. Par cette seconde voie, la politique &#233;ducative commune est devenue une composante &#224; part enti&#232;re de la &lt;i&gt;Strat&#233;gie europ&#233;enne pour l'emploi &lt;/i&gt;d&#233;finie &#224; Amsterdam en 1997. Cette strat&#233;gie fait un certain nombre de recommandations aux Etats reposant sur l'id&#233;e que le ch&#244;mage r&#233;sulte avant tout de la faible &#171; employabilit&#233; &#187; des ch&#244;meurs et de la &#171; rigidit&#233; &#187; des march&#233;s de l'emploi europ&#233;ens. &lt;br /&gt;
Cette strat&#233;gie globale ratifi&#233;e par le Conseil europ&#233;en de Lisbonne en mars 2000 a fix&#233; &#224; l'&#233;conomie europ&#233;enne l'objectif d'ici &#224; 2010 de &lt;i&gt;&#171; devenir l'&#233;conomie de la connaissance la plus comp&#233;titive et la plus dynamique du monde, capable d'une croissance &#233;conomique durable accompagn&#233;e d'une am&#233;lioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande coh&#233;sion sociale &#187;&lt;/i&gt;. Dans ce but, le Conseil europ&#233;en a appel&#233; &#224; &#171; une transformation radicale de l'&#233;conomie europ&#233;enne &#187;, et &#224; &#171; un programme ambitieux en vue de moderniser les syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; sociale et d'&#233;ducation &#187;, &#224; commencer par les syst&#232;mes de retraite et les assurances du ch&#244;mage jug&#233;s trop co&#251;teux et peu incitatifs au travail. Dans ce cadre, la politique &#233;ducative europ&#233;enne n'est pas une politique marginale. Dans la doctrine europ&#233;enne, elle concerne le c&#244;t&#233; &#171; qualitatif &#187; de l'emploi, soit l'employabilit&#233; . Au nom du r&#244;le de la connaissance dans la croissance et de la r&#233;forme structurelle de l'emploi, c'est l'ensemble des missions, des m&#233;thodes et de l'organisation des syst&#232;mes d'enseignement qui doit &#234;tre modifi&#233; par les Etats selon un programme d'action commun.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, le processus de convergence des syst&#232;mes &#233;ducatifs existe bien, sous le mode apparemment &#171; volontaire &#187; de la &#171; coop&#233;ration intergouvernementale &#187;, mais de fa&#231;on pleinement int&#233;gr&#233;e &#224; la strat&#233;gie &#233;conomique centrale de l'Union fond&#233;e sur &#171; la concurrence libre et non fauss&#233;e &#187;, regard&#233;e comme source de la comp&#233;titivit&#233; et du plein emploi. Cette politique &#233;ducative est plus pr&#233;cis&#233;ment induite :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; par la perspective de l'unification du march&#233; du travail europ&#233;en, lequel suppose une harmonisation des dipl&#244;mes, des formations et des certifications professionnelles (r&#233;forme de l'enseignement sup&#233;rieur et d&#233;finition commune des comp&#233;tences professionnelles avec le syst&#232;me &lt;i&gt;Europass &lt;/i&gt;en sont quelques-unes des r&#233;alisations) ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; par l'objectif d'augmentation des taux d'emploi qui impose &#224; la main d'&#339;uvre d'atteindre un seuil minimal d'employabilit&#233; (socle minimal des comp&#233;tences) tout en encourageant les investissements personnels dans la formation (avec une augmentation du financement priv&#233; conform&#233;ment &#224; la doctrine du &#171; capital humain &#187;) ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; par la flexibilisation des march&#233;s du travail qui suppose que l'individu &#171; se responsabilise &#187; afin de se doter des comp&#233;tences indispensables &#224; son insertion professionnelle (formation tout au long de la vie et carte de comp&#233;tences).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Objectifs et m&#233;thodes de convergence&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'&#233;conomie de la connaissance &#187; appelle, d'apr&#232;s les textes qui ont pr&#233;cis&#233; la &lt;i&gt;Strat&#233;gie de Lisbonne &lt;/i&gt;, &#224; une &#171; augmentation substantielle de l'investissement dans la ressource humaine &#187;. Les organes de l'Union font le constat d'un grand retard dans ce domaine par rapport aux Etats-Unis notamment, du fait de politiques nationales trop peu ambitieuses, sp&#233;cialement en mati&#232;re de recherche et d'enseignement sup&#233;rieur. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, cet objectif louable s'est heurt&#233; aux contraintes impos&#233;es par le Pacte de stabilit&#233;, et les programmes de d&#233;veloppement de la scolarisation et de la recherche se font encore attendre. Cet objectif de croissance des investissements dans l'&#233;ducation et la recherche s'est combin&#233; au dogme lib&#233;ral consistant &#224; favoriser le financement priv&#233; de ces investissements par les m&#233;nages, les &#233;tudiants ou les entreprises et reste suspendu aux r&#233;formes de l'enseignement sup&#233;rieur et de la recherche d'inspiration utilitariste. &lt;br /&gt;
Compte tenu de ces limites budg&#233;taires, les grands objectifs poursuivis restent vagues &#224; souhait : &#171; &lt;i&gt;accro&#238;tre la qualit&#233; et l'efficacit&#233; des syst&#232;mes d'&#233;ducation et de formation &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;faciliter l'acc&#232;s de tous aux syst&#232;mes d'&#233;ducation et de formation &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;ouvrir les syst&#232;mes d'&#233;ducation et de formation sur le monde ext&#233;rieur &lt;/i&gt; &#187;. Mais, &#224; consid&#233;rer les sous-objectifs, le contenu pr&#233;cis des priorit&#233;s semble bien essentiellement command&#233; par une logique d'emploi et d'adaptation au monde concurrentiel des entreprises, le d&#233;veloppement de &#171; l'esprit d'entreprise &#187; n'&#233;tant pas le moins embl&#233;matique des treize sous-objectifs choisis. La transformation du travail des enseignants au nom de &#171; l'efficacit&#233; &#187;, l'adaptation des cursus aux &#233;volutions des structures de l'emploi et la concentration des formations sur les &#171; comp&#233;tences &#187; utiles sont cens&#233;s faciliter la r&#233;alisation de ces objectifs sans augmenter la d&#233;pense publique. &lt;br /&gt;
Le &#171; socle des comp&#233;tences de base &#187; retenu par le Conseil europ&#233;en de Lisbonne est &#233;galement particuli&#232;rement &#233;loquent de la nouvelle orientation : &#224; c&#244;t&#233; de la ma&#238;trise de la langue maternelle et des outils math&#233;matiques de base, elles comprennent les comp&#233;tences en NTIC, l'anglais de communication, un &#171; esprit d'entreprise &#187; et des &#171; aptitudes sociales &#187;. On retrouvera en France cette logique minimaliste dans le rapport Th&#233;lot et dans la loi Fillon, avec quelques l&#233;g&#232;res variantes &#171; locales &#187; qui gomment le caract&#232;re outrageusement r&#233;ducteur du &#171; socle &#187;. La ministre italienne de l'enseignement, Latizia Moratti, a r&#233;sum&#233; plus brutalement l'esprit de la nouvelle &#233;cole europ&#233;enne avec les trois I : &#171; &lt;i&gt;Internet, Inglese, Impresa&lt;/i&gt; (entreprise). &#187; &lt;br /&gt;
Au Conseil europ&#233;en de Stockholm en mars 2001 ces grands axes ont &#233;t&#233; d&#233;clin&#233;s en 13 &#171; objectifs concrets futurs &#187; qui ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;s dans des programmes de travail. A partir de 2001 et surtout depuis le Sommet de Barcelone en 2002, le processus de convergence politique selon la &#171; m&#233;thode ouverte de coordination &#187; (MOC) s'est mis en marche. Contrairement &#224; son nom, cette m&#233;thode ne coordonne pas des politiques nationales ind&#233;pendantes. Elle organise une coop&#233;ration politique selon une d&#233;marche d&#233;j&#224; employ&#233;e pour l'emploi, elle d&#233;termine ses propres rythmes, ses &#233;tapes, ses articulations aux autres politiques sociales et &#233;conomiques de l'Union, dans la perspective d'un mod&#232;le &#233;ducatif commun conforme &#224; la perspective d'un march&#233; du travail le plus parfaitement concurrentiel possible. Avec cette m&#233;thode par laquelle on choisit des priorit&#233;s, on fixe des &#233;tapes, o&#249; l'on se dote de &#171; niveaux de r&#233;f&#233;rence &#187; (&lt;i&gt;benchmarks&lt;/i&gt;), o&#249; l'on &#233;change les &#171; bonnes pratiques &#187;, o&#249; l'on d&#233;veloppe des proc&#233;dures d'&#233;valuation, l'Union ne l&#233;gif&#232;re pas mais cr&#233;e et &#171; orchestre &#187; un cadre de &#171; coop&#233;ration volontaire entre Etats &#187;. Ce cadre est cependant contraignant pour ces m&#234;mes Etats soumis d'une part &#224; la fameuse &#171; pression des pairs &#187; - qui est l'une des caract&#233;ristiques des &#171; pratiques communautaires &#187; - et d'autre part aux injonctions de la Commission qui s'appuient lourdement sur la r&#233;f&#233;rence &#224; la &lt;i&gt;Strat&#233;gie de Lisbonne&lt;/i&gt;. La contrainte en effet ne se manifeste jamais mieux que par les rappels r&#233;guliers faits aux Etats de prendre les mesures conformes aux objectifs communs. Ainsi, lorsque les progr&#232;s sont trop lents, les organes de l'Union pressent les Etats d'acc&#233;l&#233;rer les r&#233;formes au nom de &#171; l'agenda de Lisbonne &#187; comme ce fut le cas encore en mars 2004 avec le rapport interm&#233;diaire de la Commission et du Conseil au titre &#233;loquent : &#171; &lt;i&gt;Education et formation 2010 : l'urgence des r&#233;formes pour r&#233;ussir la strat&#233;gie de Lisbonne &lt;/i&gt; &#187;.&lt;br /&gt;
En d&#233;pit de l'innocuit&#233; apparente de ces proc&#233;dures, formellement &#171; volontaires &#187;, les effets du travail de convergence sur les politiques nationales se font de plus en plus sentir. Les objectifs d&#233;finis dans le cadre de la &lt;i&gt;Strat&#233;gie de Lisbonne&lt;/i&gt; s'incorporent plus ou moins explicitement aux r&#233;formes nationales. Les gouvernements commencent d'ailleurs, dans ce domaine comme ils l'ont fait dans d'autres, &#224; justifier ces r&#233;formes par les &#171; contraintes europ&#233;ennes &#187; pour les faire accepter plus facilement. Les textes de loi incluent des objectifs chiffr&#233;s, lesquels sont directement issus du travail de comparaison des donn&#233;es nationales avec les &#171; niveaux de r&#233;f&#233;rence &#187; europ&#233;ens. La loi Fillon est exemplaire &#224; cet &#233;gard. Si l'un de ses buts manifestes est bien de diminuer les moyens attribu&#233;s &#224; l'enseignement secondaire, la raison est clairement exprim&#233;e dans les documents europ&#233;ens. Les coll&#233;giens et les lyc&#233;ens fran&#231;ais &#171; co&#251;tent trop cher &#187; ...relativement &#224; la moyenne des d&#233;penses par &#233;l&#232;ve qu'y consacrent les autres pays ! (Cf. &#171; &lt;i&gt;Education et formation 2010 : l'urgence des r&#233;formes pour r&#233;ussir la strat&#233;gie de Lisbonne &lt;/i&gt; &#187; ).Une sorte de tyrannie technocratique s'impose ainsi au nom du comparatisme inter-&#233;tatique, appuy&#233; sur des indicateurs et des objectifs quantifi&#233;s cens&#233;s pouvoir enfermer la r&#233;alit&#233; des syst&#232;mes &#233;ducatifs et constituer des fins en soi. &lt;br /&gt;
A &#233;couter les arguments des responsables politiques de l'enseignement et &#224; lire les attendus des lois qu'ils imposent, nul ne peut plus ignorer que le niveau d'&#233;laboration des politiques &#233;ducatives s'est d&#233;plac&#233;, ainsi que leur signification. Ce d&#233;placement &#171; volontaire &#187; de la d&#233;termination des contenus des politiques &#233;ducatives vers l'Union a sans doute un avantage pour les tenants des r&#233;formes actuelles : il rend inutile l'ensemble des instances et des proc&#233;dures de discussion et de concertation qui, jusque-l&#224;, visaient &#224; tenir compte, m&#234;me de mani&#232;re formelle, de l'avis des &#171; partenaires &#187; et des acteurs du monde &#233;ducatif, en particulier des syndicats enseignants et &#233;tudiants, des organisations de parents, d&#233;sormais consid&#233;r&#233;s comme des obstacles &#224; la mutation de l'&#233;cole. La cr&#233;ation par la loi Fillon d'un &#171; &lt;i&gt;Haut conseil de l'&#233;ducation &lt;/i&gt; &#187;, par les proc&#233;dures tr&#232;s politiques de nomination de ses membres, risque fort d'appliquer sans grand d&#233;bat d&#233;mocratique, la commune &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; &#233;ducative de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le Trait&#233; n'aurait-il donc rien &#224; voir avec la politique lib&#233;rale d'&#233;ducation ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les partisans du &#171; oui &#224; la Constitution &#187; pourraient dire, comme ils le font avec la directive Bolkestein ou sur d'autres sujets, que cette politique &#233;ducative n'a rien de commun avec le Trait&#233; puisque pr&#233;cis&#233;ment il s'agit d'une d&#233;marche intergouvernementale &#171; coop&#233;rative &#187;. Les Etats se cachent-ils derri&#232;re l'Union pour atteindre des objectifs inavouables devant leur opinion publique ? Peut-&#234;tre. L'Union sert &#224; coup s&#251;r d'outil &#171; r&#233;gional &#187; pour appliquer aux syst&#232;mes &#233;ducatifs des transformations qui participent d'un mouvement de r&#233;forme beaucoup plus g&#233;n&#233;ral &#224; l'&#233;chelle mondiale, transformations qui sont inspir&#233;es par les dogmes lib&#233;raux et utilitaristes actuellement dominants. Mais surtout, comme on l'a vu, cette politique &#233;ducative n'a pas d'autonomie par rapport &#224; la ligne &#233;conomique g&#233;n&#233;rale de l'Union, inscrite en particulier dans le titre III. &lt;br /&gt;
Pour r&#233;pondre &#224; l'argument selon lequel le Trait&#233; n'a rien &#224; voir avec l'&#233;ducation, il convient de se demander si la Constitution, &lt;i&gt;telle qu'elle est r&#233;dig&#233;e&lt;/i&gt;, permet, voire favorise la mise en place du mod&#232;le d'&#233;cole lib&#233;ral et utilitariste que, par ailleurs et parall&#232;lement, la &#171; m&#233;thode ouverte de coordination &#187; est en train de b&#226;tir. Les rares et minces r&#233;f&#233;rences &#224; l'&#233;ducation du Trait&#233; pourraient le sugg&#233;rer. On sait que le Trait&#233; n'est pas cens&#233; parler des services d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral non marchands, situ&#233;s hors du droit communautaire, qui, de ce fait, ne re&#231;oivent ni d&#233;finition ni fondement juridique. Le Trait&#233;, quand il est question d'&#233;ducation, semble pourtant gravement m&#233;conna&#238;tre le r&#244;le et la responsabilit&#233; de l'Etat national en mati&#232;re de service public d'enseignement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; L'article I-5 affirme que l'Union &#171; respecte les fonctions essentielles de l'Etat, notamment celles qui ont pour objet d'assurer son int&#233;grit&#233; territoriale, de maintenir l'ordre public et de sauvegarder la s&#233;curit&#233; nationale &#187;. Voil&#224; qui fleure bon &#171; l'Etat gendarme &#187; cher aux lib&#233;raux du XIX&#232;me si&#232;cle. L'Etat &#233;ducateur serait-il d&#233;pass&#233; ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; L'article II-74 de la Charte des droits fondamentaux - Charte que certains tiennent pour une &#171; avanc&#233;e sociale &#187; et un contrepoids &#224; la pure logique de march&#233; -reconna&#238;t &#224; toute personne &#171; &lt;i&gt;le droit &#224; l'&#233;ducation ainsi qu'&#224; l'acc&#232;s &#224; la formation professionnelle et continue&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;il&lt;/i&gt; &lt;i&gt;comporte la facult&#233; de suivre gratuitement l'enseignement obligatoire &lt;/i&gt; &#187;. Aucun objectif d'&#233;galit&#233; ou d'&#233;quit&#233; n'est mentionn&#233;, aucun seuil minimal d'instruction, aucune indication de forme, de nature et de contenu de &#171; l'&#233;ducation &#187; n'est retenue, aucune dur&#233;e minimale de l'enseignement obligatoire n'est d&#233;termin&#233;e. La formulation employ&#233;e (&#171; &lt;i&gt;facult&#233; de suivre gratuitement l'enseignement obligatoire &lt;/i&gt; &#187;) semblerait m&#234;me indiquer que ce n'est l&#224; qu'une simple possibilit&#233; &#224; c&#244;t&#233; d'un enseignement payant, lequel pourrait &#234;tre tr&#232;s d&#233;velopp&#233;, voire dominant. Aucune mention n'est faite &#224; une quelconque institution publique charg&#233;e de rendre effectif ce droit. On comparera utilement cette &#171; avanc&#233;e &#187; suppos&#233;e avec le pr&#233;ambule de la Constitution de 1946 : &#171; &lt;i&gt;La Nation garantit &lt;/i&gt;l'&#233;gal acc&#232;s&lt;i&gt; de l'enfant et de l'adulte &#224; l'instruction, &#224; la formation professionnelle et &#224; la culture &lt;/i&gt; &#187; (je souligne). Le minimalisme de la Constitution ouvre en r&#233;alit&#233; la voie &#224; une r&#233;gression au regard des revendications et des luttes pour &#171; l'&#233;galit&#233; des chances scolaires &#187; qui ont caract&#233;ris&#233; l'histoire des syst&#232;mes &#233;ducatifs au XXe si&#232;cle. Qu'est-ce qu'un droit fondamental d'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation des &#233;l&#232;ves qui ne comprendrait pas l'&#233;galit&#233; des conditions d'apprentissage ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Si l'&#233;galit&#233; est oubli&#233;e, la libert&#233; de choix de l'&#233;ducation ne l'est pas. La partie la plus importante de l'article II-74 lui est consacr&#233;e. Ce m&#234;me article affirme que &#171; &lt;i&gt;la libert&#233; de cr&#233;er des &#233;tablissements d'enseignement dans le respect des principes d&#233;mocratiques ainsi que le droit des parents d'assurer l'&#233;ducation et l'enseignement de leurs enfants conform&#233;ment &#224; leurs convictions religieuses, philosophiques et p&#233;dagogiques sont respect&#233;s selon les lois nationales qui en r&#233;gissent l'exercice &lt;/i&gt; &#187;. L&#224; encore, la Constitution accorde une reconnaissance &#224; la libert&#233; &#224; l'enseignement priv&#233; et au choix des parents sans r&#233;f&#233;rence &#224; des objectifs de d&#233;mocratisation. Par cette reconnaissance unilat&#233;rale de la libert&#233; de choix scolaire, la Constitution ignore tout objectif de lutte contre le s&#233;paratisme scolaire, qui incomberait pourtant &#224; un Etat soucieux de mixit&#233; sociale et d'&#233;galit&#233; des conditions d'apprentissage. L'omission de toute r&#233;f&#233;rence &#224; un &#171; service public d'&#233;ducation &#187;, garant de l'&#233;galit&#233; des conditions et de la gratuit&#233; de &lt;i&gt;toute&lt;/i&gt; la scolarit&#233;, laisse ainsi le champ libre &#224; une mise en concurrence accrue des syst&#232;mes publics nationaux par des &#233;tablissements priv&#233;s, nationaux ou non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La&#239;cit&#233; : r&#233;gression philosophique et recul politique&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La Constitution reprend tr&#232;s heureusement les grandes d&#233;clarations et textes qui fixent les droits fondamentaux en mati&#232;re de pens&#233;e, de conviction religieuse et de conscience de la personne. L'article II-70, qui reproduit fid&#232;lement l'article 18 de la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme de 1948, rappelle que : &#171; &lt;i&gt;Toute personne a droit &#224; la libert&#233; de pens&#233;e, de conscience et de religion. Ce droit implique la libert&#233; de changer de religion ou de conviction, ainsi que la libert&#233; de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en priv&#233;, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites &lt;/i&gt; &#187;. On voit cependant que ce droit fondamental n'est pas sur le m&#234;me plan que la la&#239;cit&#233;, au fondement des principes scolaires r&#233;publicains en France, et plus largement au principe de la s&#233;paration de l'Etat et des Eglises. Certaines formulations pourraient m&#234;me sembler contradictoires avec la d&#233;finition de la la&#239;cit&#233; de l'institution scolaire, en l'absence de toute d&#233;termination des lieux, des moments et des conditions de neutralisation provisoire et circonscrite des manifestations des croyances et convictions personnelles et, plus g&#233;n&#233;ralement, en l'absence de tout principe explicite de s&#233;paration de la sph&#232;re publique et de la sph&#232;re religieuse. Il est frappant de remarquer que le principe &#224; la fois philosophique, historique et politique de la la&#239;cit&#233; reste enti&#232;rement inconnu du Trait&#233;. Si l'on d&#233;finit la la&#239;cit&#233; en mati&#232;re scolaire comme le droit reconnu &#224; chaque homme de recevoir une &#233;ducation qui ne soit gouvern&#233;e que par le principe de raison, ce qui est la condition logique de la libert&#233; de conscience qui lui est reconnue par ailleurs, elle est purement et simplement inexistante dans le texte de la Constitution. Est-ce trop demander &#224; l'Europe du XXIe si&#232;cle, sp&#233;cialement quand elle se revendique de son h&#233;ritage culturel et scientifique ? &lt;br /&gt; La question de la la&#239;cit&#233; scolaire n'est &#233;videmment qu'un aspect du probl&#232;me plus vaste que pose l'absence du mot mais surtout du principe de la&#239;cit&#233; dans le Trait&#233;, alors que la reconnaissance &#171; des &#233;glises et des organisations non confessionnelles &#187; comme partenaires d'un dialogue permanent avec l'Union est explicite. Le minimalisme de l'article II-74 et le droit pleinement reconnu aux parents - sans aucune contrepartie de devoirs de leur part ou de celle des institutions scolaires priv&#233;es en mati&#232;re de contenu et d'esprit de l'&#233;ducation -, de faire donner un enseignement conforme &#224; leurs &#171; convictions religieuses, philosophiques et p&#233;dagogiques &#187;, ne garantissent pas la la&#239;cit&#233; scolaire. Encore une fois, on comparera utilement ce texte avec le Pr&#233;ambule de la constitution de 1946 : &#171; &lt;i&gt;L'organisation de l'enseignement public gratuit et &lt;/i&gt;la&#239;que&lt;i&gt; &#224; tous les degr&#233;s est un devoir de l'Etat. &lt;/i&gt; &#187;(je souligne)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;ducation, quel &#171; service d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187; ?&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
On sait le flottement quant aux notions de &#171; service d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187; et de &#171; service d'int&#233;r&#234;t &#233;conomique g&#233;n&#233;ral &#187;. La question est de savoir o&#249; peut bien se ranger l'&#233;ducation dans le cadre juridique europ&#233;en, sachant qu'une activit&#233; &#233;conomique, pour la Commission, se d&#233;finit par &#171; la fourniture de biens et de services sur un march&#233; donn&#233; &#187; et qu'un m&#234;me organisme peut fournir &#224; la fois des services &#233;conomiques et non &#233;conomiques. La Commission a avanc&#233; &#224; de multiples reprises depuis 2001 que la distinction entre services &#233;conomiques et non &#233;conomiques &#233;tait &#224; la fois &#171; floue &#187;, &#171; dynamique &#187; et &#171; flexible &#187;, et qu'il lui &#233;tait par cons&#233;quent impossible de dresser une liste d&#233;termin&#233;e et, a fortiori, d&#233;finitive des services non &#233;conomiques. Le preuve r&#233;siderait selon elle dans le fait que de nombreuses activit&#233;s qui &#233;taient regard&#233;es comme &#171; non &#233;conomiques &#187; sont devenues ces derni&#232;res d&#233;cennies &#171; &#233;conomiques &#187; (Cf. Commission des Communaut&#233;s europ&#233;ennes, &lt;i&gt;Livre vert sur les services d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;, 2003, p.15). Il n'est donc nullement certain que l'&#233;ducation, au m&#234;me titre que la sant&#233;, soit consid&#233;r&#233;e d&#233;finitivement comme un &#171; service d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de nature non marchande &#187;, ne relevant pas du principe g&#233;n&#233;ral de la concurrence et du libre commerce. Le Trait&#233;, marqu&#233; par ce flou, n'apporte en cons&#233;quence &lt;i&gt;aucune garantie&lt;/i&gt; contre la marchandisation du service &#233;ducatif. &lt;br /&gt;
La d&#233;rive qui permettrait de consid&#233;rer l'&#233;ducation comme un service marchand peut s'appuyer sur trois dimensions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; D'abord, il n'est pas difficile d'interpr&#233;ter le service &#233;ducatif en totalit&#233; ou en partie comme une production &#233;conomique comme une autre fournie pour un march&#233; : c'est le leitmotiv des lib&#233;raux. Et ce d'autant plus que le Trait&#233; reconna&#238;t la pleine libert&#233; des &#233;tablissements d'enseignement priv&#233;s et leur droit de vendre leurs services &#233;ducatifs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Ensuite, l'Union europ&#233;enne elle-m&#234;me ne cesse d'int&#233;grer, comme on l'a vu, l'&#233;ducation dans une strat&#233;gie &#233;conomique globale et elle appelle dans ses rapports &#224; un accroissement des d&#233;penses priv&#233;es d'&#233;ducation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.skolo.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Enfin, quand l'&#233;ducation est mentionn&#233;e &#224; propos des accords de commerce internationaux, en compagnie des services sociaux et de sant&#233;, elle est explicitement plac&#233;e parmi les services susceptibles d'&#234;tre inclus dans les accords de lib&#233;ralisation, contrairement &#224; toutes les d&#233;clarations rassurantes des responsables europ&#233;ens (article III-315). Le seul garde-fou consiste &#224; faire d&#233;pendre l'acceptation de ces accords d'un vote unanime du Conseil dans les seuls cas o&#249; &#171; &lt;i&gt;ces accords risquent de perturber gravement l'organisation de ces services au niveau national et de porter atteinte &#224; la responsabilit&#233; des Etats membres pour la fourniture de ces services &lt;/i&gt; &#187;. Ce qui n'est pas rien, mais implique toutefois que les &#233;ventuels plaignants soient &#224; la fois d&#233;sireux et en mesure de prouver la &#171; perturbation grave &#187; en question. Cette latitude accord&#233;e &#224; la Commission et au Conseil pour n&#233;gocier et conclure des accords internationaux de lib&#233;ralisation du commerce en mati&#232;re de services sociaux, d'&#233;ducation et de sant&#233;, laisse entrevoir toutes les d&#233;missions futures devant les logiques de marchandisation port&#233;es par l'AGCS (quand ce n'est pas par la Commission elle-m&#234;me).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait se r&#233;jouir que l'&#233;ducation &#233;chappe - en apparence du moins - &#224; la logique lib&#233;rale du Trait&#233;, ne serait-ce que pour m&#233;nager quelques marges de man&#339;uvre aux gouvernements nationaux en ce domaine. Ce serait se tromper. Il faudrait plut&#244;t s'inqui&#233;ter de la faiblesse des barri&#232;res face au possible d&#233;mant&#232;lement effectif du service public d'&#233;ducation favoris&#233; par la politique europ&#233;enne. Plus encore, la base doctrinale de la Constitution europ&#233;enne - la concurrence, la libert&#233; du consommateur, la libert&#233; de l'entreprise - remet en question les fondements du projet de l'&#233;cole d&#233;mocratique. Aucune exigence en mati&#232;re de d&#233;mocratisation n'est mise en avant. La r&#233;duction des &#233;carts sociaux &#224; l'&#233;cole, la suppression des discriminations et des ph&#233;nom&#232;nes s&#233;gr&#233;gatifs ne font pas partie du &#171; droit &#224; l'&#233;ducation &#187;. Pas de r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;galit&#233;, ni non plus &#224; ce qui fonde la la&#239;cit&#233;. La Constitution n'oppose rien &#224; la possible mise en concurrence des &#171; services &#233;ducatifs &#187; &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur de l'Union, elle fait silence quant &#224; la s&#233;paration de l'&#233;cole publique et de la religion, quant aux exigences d'une &#233;ducation intellectuelle non dogmatique et d'une formation de l'esprit scientifique. Au total, l'absence d'un droit universel d'acc&#232;s &#224; une institution publique d'enseignement qui serait fond&#233;e sur la gratuit&#233;, le principe philosophique moderne de la la&#239;cit&#233; et l'&#233;galit&#233; des conditions d'apprentissage est une r&#233;gression de grande ampleur. Par ces absences m&#234;me, ce Trait&#233; para&#238;t en parfaite coh&#233;rence avec la &#171; r&#233;forme structurelle &#187; que les dirigeants europ&#233;ens veulent appliquer aux soci&#233;t&#233;s. Et lorsqu'il est question de droit &#224; l'&#233;ducation, on peut se demander si le Trait&#233; n'est pas surtout en harmonie avec la philosophie transversale du &#171; service universel &#187; : donner &#224; tous un socle &lt;i&gt;minimal&lt;/i&gt; de comp&#233;tences, correspondant au seuil minimal d'employabilit&#233;, et laisser les logiques de march&#233; jouer afin que les &#171; acteurs rationnels &#187; investissement au-del&#224; de ce socle de base en vue d'obtenir des salaires plus &#233;lev&#233;s (ce qui passe par une diff&#233;renciation accrue des salaires pour r&#233;mun&#233;rer l'investissement &#233;ducatif priv&#233;, comme le veulent les fonctionnaires lib&#233;raux de Bruxelles). &lt;br /&gt;
Politique invisible, politique parall&#232;le, avons-nous dit. Mais c'est la logique &#171; globale &#187; de la construction europ&#233;enne, dont le Trait&#233; fixe un moment et veut &#233;tablir la coh&#233;rence, qui a permis le d&#233;veloppement de la politique europ&#233;enne en mati&#232;re &#233;ducative dans le contexte de la &lt;i&gt;Strat&#233;gie de Lisbonne&lt;/i&gt;. La cl&#233; du myst&#232;re r&#233;side peut-&#234;tre dans l'article III-115 qui donne mission &#224; l'Union de &#171; &lt;i&gt;veiller &#224; la &lt;/i&gt;coh&#233;rence&lt;i&gt; entre les diff&#233;rentes politiques et actions vis&#233;es &#224; la pr&#233;sente partie, en tenant compte de l'ensemble de ses objectifs et en se conformant au principe d'attribution des comp&#233;tences &lt;/i&gt; &#187;. La logique de la coh&#233;rence surpasse ici les limites juridiques, la dynamique politique de la convergence d&#233;fie toute d&#233;finition des pr&#233;rogatives. En mati&#232;re d'&#233;ducation, le projet de Trait&#233; ne dit pas tout mais laisse tout faire. Surtout le pire. &lt;br /&gt;
Les r&#233;sistances simultan&#233;es aux r&#233;formes &#233;ducatives lib&#233;rales en France, en Italie, en Espagne, en Belgique et en Angleterre et ailleurs t&#233;moignent &#224; elles seules du fait que l'avenir de l'&#233;cole se joue d&#233;sormais au niveau de l'Union europ&#233;enne. Un autre projet &#233;ducatif europ&#233;en est possible, fond&#233; sur le partage des valeurs d&#233;mocratiques communes et une authentique citoyennet&#233; europ&#233;enne. Mais une telle Europe de l'&#233;ducation fond&#233;e sur des institutions publiques va de pair avec un v&#233;ritable projet d&#233;mocratique europ&#233;en que l'on aurait du mal &#224; d&#233;celer dans la Constitution n&#233;o-lib&#233;rale soumise au vote des Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
