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Il ne doit rien rester de ce qui était l’Ecole publique.

L’ambition de permettre à tous les jeunes d’accéder à la culture, à la connaissance, au raisonnement et à l’esprit critique, doit être rejetée aux poubelles de l’histoire.

On entend lui substituer, sans délai, un système inique : pour les enfants de l’ « élite », quelques établissements privés, qui dispenseront un véritable enseignement – pour les enfants du peuple, un « service public » au rabais, débarrassé du projet d’instruire, recentré sur ce qu’on appelle pudiquement la « socialisation »,et qui assurera le contrôle social de ceux qu’on juge sans avenir. Il s’agit, en somme, d’appliquer les recommandations sans équivoque de l’OCDE : « l’école devra assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres vont continuer à progresser ».

L’opération s’accompagne, comme il convient, d’une déréglementation forcenée, de l’abandon du caractère national des programmes, des horaires et des diplômes – conformément aux vœux du patronat – et de la liquidation des droits statutaires de toutes les catégories de personnels.

Tel est le projet, foncièrement totalitaire, qui s’applique en France, comme dans bien d’autres pays, depuis déjà plusieurs décennies. Ce projet a connu une accélération notable avec la promulgation de la Loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989, puis avec le ministère de C. Allègre. Il en connaît une nouvelle, plus décisive encore, avec la « décentralisation » annoncée de ce qui reste de l’Ecole publique.

L’ « autonomie » des établissements, au sein d’académies elles-mêmes « autonomes », et au mépris du cadre national, aura pour conséquence directe la fin de l’Ecole publique en tant qu’institution de la République.

On sait déjà que certains services (entretien, restauration, orientation, médecine scolaire, etc.) seront bientôt privatisés. Que, dans le même temps, le statut de surveillant, qui permet aux jeunes issus de milieux modestes de suivre des études supérieures, sera tout bonnement supprimé. Que les enseignants seront placés sous la tutelle des conseils d’administration, et sommés de se conformer à des intérêts locaux. Que les Lycées professionnels devront désormais fournir du prêt-à-exploiter aux entreprises de leur « bassin » : des salariés formatés pour occuper des postes précis.

Le droit à l’instruction a été au cœur de toutes les constitutions. On entend désormais le refuser au plus grand nombre.

Il s’agit là – ne jouons pas sur les mots – d’un véritable coup d’Etat, puisque cette révision de la constitution, qui porte atteinte aux fondements de la République, ne sera évidemment pas soumise au suffrage populaire.

Dans ces conditions dramatiques, dans ce qui risque de constituer un tournant historique, ainsi qu’une régression sans précédent (la remise en cause de tout ce qui a été patiemment acquis depuis 1789), les associations et collectifs de défense de l’Ecole ont un rôle de premier ordre à jouer. Les divergences d’analyse et de stratégie doivent être remisées, un accord immédiat doit se faire autour d’un mot d’ordre simple : l’Ecole doit rester publique et nationale.

Le rôle de ces organisations n’est pas de se substituer aux syndicats, mais d’aiguillonner les plus hésitants, de tracer une ligne de partage, claire et nette, entre ceux qui choisiront la résistance, et ceux qui choisiront la collaboration.

Nous lançons donc un appel à toutes les associations, à tous les collectifs, pour que se constitue, très rapidement, un Comité de salut de l’Ecole publique sur la base, volontairement restreinte, des positions suivantes :

-  NON à la « décentralisation », même sous forme d’ « expérimentation »,

-  MAINTIEN et/ou RETABLISSEMENT du caractère national des horaires, programmes et diplômes,

-  MAINTIEN de tous les personnels dans la Fonction publique d’Etat,

-  ABANDON de tous les « dispositifs » définis localement (TPE, IDD, etc.),

-  ABANDON des « projets d’établissement », et, en conséquence :

-  ABROGATION de la Loi d’orientation sur l’Education.

Ce Comité national, pour se faire entendre et peser vraiment sur le cours des choses, devra également se décliner en Comités locaux, dont nous appelons de nos vœux la constitution immédiate.


SIGNATURE COLLECTIVES

Comité Laïcite-République Dordogne– Désespérer Billancourt – Résistons pour l’école


SIGNATURES INDIVIDUELLES

Isabelle BUSH, professeur d’Anglais, Philippe DENIS, professeur certifié d’Anglais (CLG Victor Hugo, Noisy-le-Grand – 93), Julien ESQUIE, professeur de Lettres modernes (CLG Jean Monnet, Lalinde – 24), Céline ESQUIE-LASSOUREILLE, professeur de Lettres modernes (CLG Léo Testut, Beaumont – 24), Didier GASSE, Virginie HERMANT, professeur de Mathématiques, Christian LABRUNE, professeur de Lettres modernes, Antigone LONGELIN, professeur de Lettres modernes, Philippe MALLARD, professeur d’Histoire-Géographie (Lycée Maine de Biran, Bergerac – 24), Yves MOALIC, professeur de Lettres modernes, Guy MOREL (professeur de Lettres modernes, auteur de L’Horreur pédagogique et du Petit vocabulaire de la déroute scolaire), Christophe ORTOLI, professeur de Lettres classiques (Lycée Lumière, Luxeuil-les-Bains – 70), Bruno PRADAL, professeur agrégé de Mathématiques (Lycée Lumière, Luxeuil-les-Bains – 70), Jean ROMAIN, écrivain, professeur de Philosophie (Genève), Coralia SARREY, professeur de Mathématiques, Dominique TCHAO, professeur de Lettres modernes (CLG Saint-Exupéry, Nopisy-le-Grand – 93), Evelyne TSCHIRHART, professeur d’Arts plastiques, retraitée, Stéphane UTEAU, professeur de Mathématiques (CLG Jean Monnet, Lalinde – 24)

Voir en ligne Pour signer la pétition :

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