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Accueil du site || Aped || Partenariats || Pourquoi l’Aped adhère à la Coordination "Stop USA"

L’Aped a décidé de signer l’Appel de la coordination Stop USA (www.stopusa.be). Nous avons également appelé à la manifestation du 10 novembre dernier organisée par cette Coordination. Quel rapport avec l’enseignement ?

Depuis 1989, on assiste à une multiplication des conflits armés un peu partout sur la planète. La " fin de l’Histoire " prophétisée par certains semble se transformer en un emballement de celle-ci : Irak, Rwanda, Yougoslavie, Congo, Afghanistan pour ne citer que les conflits majeurs. Sans compter la Palestine. Loin de se calmer, la situation paraît toujours plus explosive : nouvelles menaces directes sur l’Irak, mais l’Iran, la Corée du Nord, la Syrie, la Libye et Cuba sont aussi nommément cités. Les Etats-Unis utilisent l’expression d’ " Etats voyous " pour qualifier tous ceux qui se retrouvent dans le collimateur. Etant donné le large soutien pourtant accordé à de nombreux dictateurs (Mobutu ou Pinochet pour ne rappeler que les plus célèbres), personne ne peut être dupe : ce qui est reproché aux Etats concernés, c’est de mener une politique trop indépendante ne correspondant pas à l’intérêt des USA. Si le caractère " voyou " d’un Etat devait se mesurer à ses capacités de destruction, nul doute que les Etats-Unis seraient les premiers sur la liste : leur arsenal nucléaire, chimique, biologique et conventionnel est de très loin le plus important de la planète. Leur budget militaire ( 45 % des dépenses mondiales !) dépasse celui - cumulé - des 24 pays qui les suivent dans la liste des Etats les plus militarisés du monde ! Si le critère devait être le non respect des résolutions de l’ONU, Israël, le plus grand allié des USA au Moyen Orient, se retrouverait champion toutes catégories.
Certes les USA n’ont pas attendu le début du 21ème siècle pour imposer leurs vues au monde, si nécessaire par la force. Mais il est incontestable qu’un saut qualitatif est en train de se produire. Dès janvier 2002, dans son discours sur l’Etat de l’Union prononcé devant le Congrès, GW Bush énonçait la doctrine de la " guerre préventive " : les Etats-Unis s’arrogeraient le droit d’attaquer tout pays qui s’opposerait ou serait susceptible de s’opposer à leurs intérêts ! Dans un document publié en septembre 2002, l’administration Bush affirme : " Nos forces seront suffisamment puissantes pour dissuader tout adversaire qui tenterait de dépasser, ou ne fût-ce même égaler, la puissance militaire des Etats-Unis " (1). Jamais depuis l’Allemagne nazie, aucun Etat n’avait osé afficher son impérialisme et son bellicisme de manière aussi flagrante.
En quoi l’Aped se sent-elle concernée ? Premièrement, l’orientation guerrière entraîne inévitablement au niveau budgétaire des sacrifices au détriment des dépenses sociales et des services publics dont l’enseignement. Deuxièmement, il nous semble pertinent de se demander si l’école n’a pas un rôle à jouer dans le renforcement du mouvement anti-guerre en train de se mettre en place.

Pas d’argent pour la guerre, plus d’argent pour l’enseignement !

Au Congrès, GW Bush ne l’a pas caché : " Cela coûte cher de mener la guerre " a-t-il déclaré. " Nous avons dépensé plus d’un milliard de $ par mois, plus de 30 millions par jour (en Afghanistan ndlr) et nous devons nous préparer à de futures actions (…) Mon budget inclut la plus grosse augmentation des dépenses militaires depuis deux décennies " continue le Président. Et il poursuit : " Pour gagner la guerre, défendre notre patrie et revitaliser notre économie (sic !), notre budget connaîtra un déficit. Celui-ci restera limité, pourvu que le Congrès accepte de restreindre les autres dépenses et agisse de manière responsable en matière de fiscalité " (2). Les autres dépenses, ce sont évidemment les dépenses sociales, en matière de santé et bien sûr aussi d’enseignement. Un ancien officier de l’US Air Force a d’ailleurs déclaré : " Le choix d’un budget militaire égal à 4 % du PNB signifie une déclaration de guerre à la sécurité sociale et aux soins de santé ". L’administration Bush a programmé pour atteindre cet objectif (4 % du PNB) une augmentation du budget militaire de 61 % d’ici 2007 ! Dans un pays où 93 millions d’adultes ne savent pas lire un horaire de bus ou écrire une lettre (3), dans un pays où 1,7 millions d’enfants (parmi les plus aisés) ne fréquentent plus l’école et s’instruisent à domicile suite au délabrement du système d’enseignement public, ne serait-il pas judicieux de programmer l’augmentation des dépenses d’enseignement plutôt que celle des dépenses militaires ? N’est-il pas évident que les enfants irakiens privés de leurs droits les plus élémentaires - dont celui à l’éducation - suite à l’embargo et à la guerre (4) et les enfants américains, certes dans une situation moins dramatique, mais obligés tout de même de fréquenter une école de plus en plus délabrée et où règne une violence toujours plus présente sont les uns et les autres victimes de la politique arrogante des " maîtres du monde " ?
Et l’Europe dans tout ça ? Dans la crise actuelle, la plupart des pays européens - Grande Bretagne mise à part - cherchent manifestement à donner une image pacifique. Cette image correspond-elle à la réalité ? Le lourd passé colonial de la majorité d’entre eux incite pour le moins à la prudence : l’Histoire a montré qu’ils n’hésitaient pas, eux non plus, à utiliser la force de la manière la plus bestiale pour imposer leurs vues à d’autres peuples et défendre " leurs " intérêts économiques. La récente participation de plusieurs pays européens à la première guerre du Golfe, aux guerres en Yougoslavie et encore en Afghanistan montre qu’il n’y a pas eu de changement fondamental. S’ils choisissent actuellement une autre approche, c’est uniquement parce que leurs intérêts divergent en l’occurrence de ceux des Etats-Unis. La volonté officielle de réaliser " l’Europe de la Défense " ne laisse planer aucun doute sur le " pacifisme " européen. Lors du sommet d’Helsinki en 1999, l’Union Européenne s’est fixé comme objectif de " disposer en 2003 d’un corps armé de 50.000 à 60.000 hommes, autosuffisant, militairement capable d’intervenir partout dans le monde (c’est moi qui souligne) et mobilisables en 60 jours ". L’Allemagne vient de programmer de nouvelles commandes militaires pour 4,6 milliards d’euros. Les Pays-Bas ont décidé de participer au développement du JSP (le nouvel avion de combat américain), ce qui coûtera quasiment 7 milliards d’euros au contribuable batave. Quant à la France, ce n’est rien moins que 88,9 milliards d’euros qu’elle vient de débloquer pour la construction, entre autres, d’un porte avions, d’avions de combat et de nouveaux missiles nucléaires. Le budget de la Défense de l’Hexagone est ainsi en hausse de 6,1 %.
Il est vrai que dans son budget 2003, la Belgique est plutôt modeste en matière militaire. Néanmoins, elle a toujours été fidèle à ses engagements vis à vis de l’OTAN et elle affiche clairement ses intentions de le rester. Or, celui-ci exige de ses Etats membres une augmentation des dépenses militaires dans les années à venir. Il y a donc fort à parier que les prévisions 2003 ne correspondent pas à l’évolution future mais ont au contraire tout à voir avec le fait que 2003 est une année électorale au niveau fédéral. D’ailleurs, n’est-ce pas le Ministre Belge de la Défense qui déclarait : " On pourra augmenter les budgets et recueillir l’adhésion de l’opinion si l’on s’inscrit dans une logique européenne. Car sans défense, l’Europe ne sera jamais une puissance ".
Le raisonnement concernant les Etats-Unis vaut donc aussi pour l’Europe. En effet, l’enseignement s’est également dégradé ces dernières années sur le vieux continent et il est évident que là aussi l’argent engagé dans les budgets militaires ne peut pas l’être dans le social et l’enseignement. Le 17 octobre dernier, des milliers d’enseignants de la maternelle à l’université ont fait grève et manifesté dans toute la France contre les restrictions et les suppressions de postes. Leur slogan était " priorité à l’éducation ". Le journal Le Monde résumait mieux que nous ne pourrions le faire la situation en publiant une caricature représentant une école délabrée en dessous de laquelle était inscrit " budget en baisse " à côté d’avions militaires et de soldats en dessous desquels était inscrit " budget en hausse ".

L’école pour lutter contre la guerre !

La très grande majorité des êtres humains est opposée à la guerre. Pourtant, des conflits éclatent un peu partout sur la planète. Comment est-ce possible ? Jean-Paul Sartre disait : " Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent ". Cette formule cerne magnifiquement la réalité. Elle implique néanmoins deux questions. Premièrement, pourquoi les riches se font-ils la guerre ? Et deuxièmement, pourquoi les pauvres acceptent-ils de mourir pour eux ? La réponse à la première question nécessite une analyse sérieuse du monde. Quel système économique le domine ? Pourquoi est-il régulièrement en crise ? Est-ce inéluctable ? En quoi la guerre peut-elle représenter une issue pour certains ? Y a-t-il une alternative à ce système ? Quant à la deuxième question, elle nécessite aussi une analyse. Lors de la Première Guerre Mondiale, des soldats français et allemands ont joué ensemble au football sur le front de l’Yser pendant la trêve de Noël et ce au grand dam de leurs généraux respectifs. Après cette trêve, ils reprenaient néanmoins le combat. Cette anecdote tragi-comique interroge. Par quel mécanisme les " grands de ce monde " arrivent-ils à faire s’entre-tuer des gens qui n’aspirent qu’à une chose, rentrer chez eux en paix ? Comment se développent le " patriotisme " et l’esprit de soumission ? Actuellement, la " défense de la démocratie et de la civilisation " ne remplace-t-elle pas partiellement le nationalisme ? Quel rôle jouent les médias ? Et l’école ? Toutes ces questions, et bien d’autres, nécessitent en tout cas de sortir de la neutralité. Il est impossible d’être neutre dans un monde fait d’inégalités et d’injustices. Il faut choisir le camp des exploiteurs ou celui des exploités. La neutralité que l’on veut imposer à l’école est un leurre. Ne pas aborder ces questions, c’est renoncer à comprendre, c’est à dire renoncer à l’essence même de ce que devrait être l’école. Et se condamner à ne pas remettre en question cette société injuste. Oser ces questions, oser de vrais débats, voilà un rôle fondamental de l’école dans ces périodes troublées. A l’Aped, nous voulons y contribuer modestement. C’est pourquoi notre régionale de Charleroi a mis sur pied un groupe de travail qui va étudier la question du rôle des médias dans la guerre. Particulièrement en Yougoslavie et dans le Golfe. Toutes les personnes intéressées peuvent nous contacter pour y contribuer. Le but est de produire un CD Rom utilisable en classe. Notre vœu le plus cher est que cette initiative soit imitée, multipliée. En Belgique et ailleurs. Afin que les profs apportent leur pierre à l’édifice de la paix. Afin qu’un jour, tous les matches de foot se terminent à la buvette et pas dans les tranchées.

L’appel Stop USA

(1) : The National Security Strategy of the USA, White House, 09/02
(2) : ibidem
(3) : La Libre Belgique, 15/4/96, cité dans " L’Ecole sacrifiée ", Nico Hirtt, EPO, 96
(4) : Voir l’article de Hugo Van Droogenbroeck dans l’ED n° 8

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