La propagande, mode d’emploi

jeudi 28 août 2008 par Bernard Legros

Edward Bernays, Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie, Zone-La Découverte, Paris, 2007, 141 p.

Le texte de l’Américain Edward Bernays (1891-1995), le « père des relations publiques », vient d’être réédité avec une préface du Québécois Normand Baillargeons. Que nous apprend-il principalement ? Que la propagande, contrairement à l’idée reçue et entretenue par les élites occidentales, n’est pas le propre des dictatures, mais bien des démocraties libérales, dans la mesure où c’est au cœur de la principale de celles-ci, les États-Unis, qu’elle a été élaborée dans les années 1920. On la comprend comme l’art d’influencer l’opinion et les comportements du public. Bernays a bien retenu les leçons de son oncle Sigmund Freud, en les dévoyant de leur objectif initial. Pionnier dans son domaine, il a pourtant été consulté jusqu’à la fin de sa longue vie. Si son discours est forcément daté, ses recettes continuent à faire flores, nos modernes spin doctors sachant à qui ils doivent leur dette. S’il est toujours très mal vu de parler de « complot », Bernays n’hésitait cependant pas à faire référence à l’existence d’un « gouvernement invisible » non élu, dont il est persuadé de la réalité, puisqu’il collaborait avec lui ! La propagande doit s’immiscer dans tous les interstices de la vie sociale : entreprise, politique, éducation, art, sciences, œuvres sociales et « activités féminines ». Ce texte va à l’encontre de la théorie bourdieusienne qui voudrait que les agents agissent spontanément dans le champ social en fonction de leur habitus, sans avoir besoin d’un « chef d’orchestre ». On peut imaginer qu’habitus et effets de propagande se renforcent l’un l’autre, très probablement.


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