Pour rappel, ce programme, conçu par des professionnels de la pub, vise à donner aux élèves les outils qui seraient nécessaires au décodage des messages publicitaires et aussi probablement à « faire comprendre le rôle de la publicité dans notre société » selon les propos ambigus de Frank Meysman, administrateur-délégué du Conseil de la Publicité (L’Echo, 02/10/2007). Les raisons qui nous poussent à dénoncer ce programme ont déjà été clairement exposées dans un communiqué de presse antérieur (novembre 2005). À l’époque, la ministre Marie Arena s’y était opposée, qualifiant ce programme de « manœuvre grossière » (Le Soir en ligne, 06/11/2005). Nous souhaitons qu’entre-temps elle n’ait pas changé d’avis et que la commission de l’article 42, veillant au respect de l’article 41 du pacte scolaire* et opportunément mise en place au printemps dernier, soit saisie de l’affaire.
Selon La Libre Belgique (03/10/2007), cette expérience aurait pourtant déjà été menée « dans plus de 2.000 classes d’élèves âgés entre 8 et 14 ans ». Dans ces conditions, comment comprendre Frank Meysman qui déclare dans L’Echo : « notre philosophie n’est pas de pénétrer les écoles. Les fiches sont transmises à la demande des enseignants » ? Dire une chose et faire son contraire ? Ou bien s’y prendre par la bande - les enseignants - plutôt que frontalement - l’établissement - pour contourner l’article 41, qui « interdit les activités commerciales dans les écoles » [c’est nous qui soulignons], et ainsi tenter d’en faire porter la responsabilité finale par les enseignants qui décideraient d’utiliser le programme dans leur école ?
Par ailleurs, le Conseil de la Publicité veut à tout prix éviter qu’un observatoire fédéral de la publicité soit créé, comme cela est pressenti, et s’échine à empêcher l’avènement d’une législation ad hoc au profit d’une illusoire et hypocrite « autorégulation », même si le JEP promet d’intégrer dorénavant en son sein des membres de la société civile. Inviteront-ils des militants de l’APED, de RAP ou de Respire ? Les paris sont ouverts !
Nous, membres de l’Appel Pour une Ecole Démocratique, du collectif Résistance à l’Agression Publicitaire et de l’asbl Respire, demandons ou proposons : que les indispensables leçons, cours ou animations visant à décoder les messages publicitaires soient de la responsabilité exclusive des enseignants, lesquels peuvent aussi faire appel à des associations indépendantes des pouvoirs économiques ; que la commission de l’article 42 prenne toutes les mesures utiles pour faire respecter l’article 41, tant à la lettre que dans l’esprit ; que les autorités publiques réitèrent clairement leur désapprobation du programme Media Smart et leur attachement à l’article 41 ; que les enseignants intéressés nous contactent pour élaborer ensemble un outil pédagogique original qui aille plus loin que le simple décodage, et débouche sur une analyse critique du message publicitaire et du système publicitaire lui-même.
Signataires : Aped, Rap, Respire
* Cet article interdit les activités commerciales et la propagande politique dans les écoles.
