Les enseignants du syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE), de l’Etat de Oaxaca, ont d’abord établi un campement dans le centre historique de la capitale du même nom. Ils revendiquaient au début une augmentation de salaire, des aides matérielles, comme des petits déjeuners et un transport gratuit pour les enfants, ainsi que le refus de la réforme de l’éducation, qui prévoit, outre une privatisation avancée, une négation de l’apprentissage de l’histoire pré-colombienne du pays. Ils sont bientôt rejoints par les parents les plus pauvres.
Le 14 juin, les forces de répression locale, sous les ordres d’Ulises Ruiz, gouverneur de l’Etat passent à la répression sanglante avec au moins 4 morts, de nombreux blessés et prisonniers. Le campement dévasté est bien vite reconstruit, et est agrandi, du fait du ralliement d’une bonne partie de la population de Oaxaca. Le centre de la ville est barricadé, et des tours de garde sont organisés durant la nuit. La principale revendication devient alors la démission d’Ulises Ruiz, élu grâce à la corruption et à la falsification des bulletins de vote. D’autres revendications sont la libération des prisonniers politiques, la fin de la répression et l’établissement d’une vraie démocratie.
Le 16 juin, une marche, la troisième organisée en deux semaines, réunit près de 300.000 personnes, sur un trajet d’environ dix kilomètres. Il y avait autant de monde sur la route que de gens autour, avec des messages de soutien à la lutte des enseignants, mais surtout contre la répression et pour la destitution du gouverneur. Depuis, la mobilisation et les manifestations se succèdent, toujours plus fermes. La répression s’accentue.
Face à la mobilisation massive, qui dure depuis 5 mois, avec le développement de fait d’un pouvoir populaire menaçant le système oppressif, le Parlement fédéral du Mexique décide d’inviter le gouverneur Ulises Ruiz à démissionner. Et, comme toujours, la bourgeoisie mexicaine a deux fers au feu. En effet, le dernier week-end d’octobre 2006, le président mexicain Vicente Fox envoie la Police fédérale préventive (PFP) - avec blindés et hélicoptères - à Oaxaca pour reprendre le centre de la ville. Les héros de la résistance populaire se replient sur l’université.
Le jeudi 2 novembre dans la soirée, à proximité de l’université, les insurgés, rejoints par la population excédée par la présence policière, parviennent à faire reculer la PFP, après six heures d’affrontements. Des dizaines de personnes ont été blessées. Après le recul de la police fédérale, les manifestants scandent : « Oui, nous avons réussi », « Le peuple, uni, ne sera jamais vaincu ». L’Appo appelle ses sympathisants à dresser de nouvelles barricades pour « stopper l’envahisseur » : « Nous allons installer de nouvelles barricades dans toute la ville jusqu’à ce que la police fédérale s’en aille ».
Pour informations complémentaires : http://www.intal.be/fr/article.php?articleId=568&menuId=1
L’Etat de Oaxaca est trois fois plus grand que la Belgique et compte 3,6 millions d’habitants. Parmi les 31 Etats qui constituent les Etats-Unis du Mexique, Oaxaca n’est dépassé que par le Chiapas pour ce qui est de la pauvreté. La ville de Oaxaca, capitale de l’Etat du même nom compte plus d’un demi million d’habitants. C’est une ville d’une beauté extraordinaire en style colonial espagnol, proche de deux fameux sites pré-colombiens, Monte Alban et Mitla. Tant de beauté, de culture et de diversité côtoient la misère noire.
