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Accueil du site || Divers || Débats || Un « bac » primaire ... Une mesure antidémocratique !

On peut lire dans le “Contrat pour l’école” des observations pleines de pertinence : « PISA 2003 confirme donc que le renforcement de l’équité est bien le défi à relever dans les prochaines années. » ; « L’effort à poursuivre est donc double : dépasser la moyenne des résultats des pays de l’OCDE tout en réduisant l’écart entre les résultats des élèves les plus « faibles » et ceux des élèves les plus « forts » en bannissant bien sûr tout nivellement des compétences par le bas. » ; « L’éducation est un enjeu de société majeur. Et la maîtrise par tous des compétences et savoirs de base, le vivre ensemble à l’école, la sensibilisation à l’acte d’entreprendre, l’éducation à la citoyenneté qui favorise la prise de conscience des valeurs démocratiques et le dialogue interculturel sont des fondements de la cohésion sociale et autant de vecteurs de croissance. ».

Hélas, le “Contrat” n’est rien d’autre qu’un gigantesque carcan ne permettant guère la réalisation d’aussi nobles objectifs. On avait déjà rencontré la même aberration dans le “Décret sur les missions de l’école” : son article 6, qui énumère lesdites missions, est parfait ; mais il a servi de prétexte à l’instauration d’une multitude de contraintes qui ne sont en rien corrélées avec les finalités poursuivies.

Le classement dichotomique de nos élèves aux épreuves Pisa est la conséquence des structures mêmes de notre système d’enseignement. Il est étonnant que de tels résultats puissent surprendre : les comparaisons n’ont aucun sens, puisque le principe qui y préside - confronter les performances des adolescents de 15 ans - n’est applicable que dans les systèmes où les enfants progressent dans leurs études par classe d’âge, sans redoublement.

Les évaluations périodiques standardisées ne sont pas dépourvues de valeur : elles permettront aux enseignants de situer objectivement les performances accomplies par leurs élèves. Lorsque ces performances seront mauvaises, et que la responsabilité leur en incombera, ils pourront s’interroger sur les mesures de redressement appropriées. Mais ils demeureront totalement dépourvus lorsqu’ils dépendront, pour remédier aux lacunes constatées, de couteuses mesures d’appui aux enfants en difficulté, de non moins couteuses mesures de formation appropriées à leur public, ou d’onéreux matériels didactiques rendant possible l’individualisation des apprentissages. Tant que, pour l’élaboration d’une authentique maitrise des “compétences de base”, nous ne disposerons pas d’un véritable tronc commun, la contribution de l’école à la ségrégation sociale se poursuivra imperturbablement ; avec, pour les épreuves Pisa, la dichotomie des résultats qui en est la conséquence inéluctable (mais qui n’est rien d’autre que l’une des innombrables illustrations de cette insupportable iniquité).

Un enseignement découpé en une école primaire de 6 à 12 ans suivie d’une école secondaire de 13 à 18 ans était parfaitement adapté à une société non démocratique réservant aux élites les meilleures situations. Mais une structure qui contraint tout élève de 12 ans, par le seul choix de son école secondaire, à se glisser soit dans le pipeline de l’enseignement supérieur, soit dans celui de la relégation et de l’exclusion ne répond en rien à la prétention affichée par les partis démocratiques d’offrir à chacun l’“égalité des chances”. Sauf rarissimes exceptions, le choix imposé à 12 ans ressortit à un inexorable déterminisme, et pérennise la stratification sociale. Les bricolages divers auxquels on a recouru pour tenter d’y remédier se sont avérés stériles palliatifs.

On est en droit de se demander pourquoi Mme Arena, suivie par l’ensemble des ministres de la Communauté française, renforce la nocivité d’un tel système en instituant une épreuve certificative qui bétonne la fracture primaire-secondaire. D’autant plus que la “Commission de pilotage” doit, dans le même temps, s’interroger « quant à l’opportunité d’organiser, au terme du tronc commun, une épreuve commune similaire à celle envisagée au terme de la sixième année primaire. Cette épreuve attestera de la maîtrise ou non des compétences attendues à 14 ans. » (deuxième des dix priorités du “Contrat pour l’école”, p. 19 ; rapport attendu pour le 30/06/2008). Nous vivons en pleine “Absurdie” !

Il n’est plus temps de replâtrer sous la forme de décrets ronflants ou de contrats verbeux un système scolaire archaïque, inique, inéquitable, conservateur ! Répondre aux défis que constituent les résultats dichotomiques de nos écoliers exige une restructuration complète de notre enseignement. Les Scandinaves ayant prouvé la pertinence de leurs options, inspirons-nous-en.

Il n’existe pas, dans cette perspective, d’alternative à l’amputation de deux ans de notre enseignement secondaire. Une école fondamentale de 5 à 14 ans, obligatoire et identique pour tous, conférant à chacun, sans la moindre solution de continuité, la pleine maitrise des compétences de base. Assurant l’indispensable formation des enseignants à cette nouvelle conception de l’éducation, et élaborant avec l’aide des universités et des éditeurs les matériels d’individualisation appropriés, la “Commission de pilotage” organise le temps et l’espace de manière à procurer à chaque enfant, à l’heure même de son décrochage et sans accumulation du moindre retard, les appuis de toute nature nécessaires à la poursuite de son parcours.

Objectivement éclairé de ses compétences réelles par une épreuve standardisée portant sur tous les aspects de sa formation de base, chacun, à 14 ans, est en mesure d’opter dans le secondaire raccourci pour les voies qui correspondent le mieux à ses aspirations et à ses aptitudes. Révolutionnaire ? Certes, mais cohérent. Et démocratique ! À l’heure de l’économie globalisée et de la société multiculturelle, l’école de masse a des exigences que ne peuvent plus satisfaire des institutions séculaires, même rabibochées. Donnons-nous-en les moyens, quelles qu’en soient les difficultés !

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