« Combien de gens vous faut-il tuer avant d’avoir droit au titre de meurtrier de masse et de criminel de guerre ? », a-t-il lancé. Bien que comportant des passages sur son oeuvre et sur la littérature en général, la majeure partie de l’intervention du dramaturge est un long réquisitoire contre les États-Unis et leur passé interventionniste dans le monde.
Nos meilleurs voeux à Harold Pinter qui aujourd’hui lutte contre le cancer dans un hôpital londonien. C’est son éditeur qui ce 10 décembre a dû le représenter à Stockholm.
Les bonnes paroles de Mohamed ElBaradei
Le prix Nobel de la Paix 2005 a été décerné ce samedi 10 décembre à Oslo. Le lauréat de cette année, Mohamed ElBaradei, directeur général de l’Agence internationale de l’Energie atomique, a lancé un appel au désarmement nucléaire et souhaité que les armes atomiques soient autant condamnées que l’esclavage ou le génocide. Très bonnes paroles !
Il a réclamé qu’aucun nouveau pays - en dehors des 8 ou 9 pays qui l’ont déjà - puisse acquérir les armes nucléaires. Sa priorité est d’empêcher tout élargissement du club nucléaire. C’est en fait la seule exigence concrète, à court terme, qu’il a formulée. Il pointe ainsi son doigt accusateur avant tout sur l’Iran et la Corée du Nord.
La pétition des physiciens américains
Mais pourquoi y a-t-il aujourd’hui prolifération des armes nucléaires ? Réponse : à cause avant tout des Etats-Unis. Pour vous en convaincre, lisez la pétition des physiciens américains lancée en septembre 2005. Elle a été signée par plusieurs Prix Nobel américains et d’autres scientifiques célèbres. En voici un passage significatif : "[Le] changement dangereux de [la nouvelle] politique [nucléaire américaine] ignore le fait que les armes nucléaires se situent à une toute autre échelle que les autres armes de destruction massive et les armes conventionnelles. L’usage d’une arme nucléaire de façon préventive et contre un adversaire non nucléaire franchit une barrière, en voilant la distinction nette qui existe entre les armes nucléaires et non nucléaires, et augmente la probabilité d’un usage futur d’armes nucléaires par d’autres pays. Le principe sous-jacent du Traité de Non-Prolifération Nucléaire (TNP) est que, en échange de la promesse des autres pays de ne pas développer d’armes nucléaires, les états qui en sont pourvus poursuivront le désarmement nucléaire. Au lieu de cela, cette nouvelle politique américaine fait passer aux 182 Etats non nucléaires le message clair selon lequel les Etats-Unis s’éloignent sensiblement du désarmement et se préparent en fait à utiliser des armes nucléaires contre des adversaires non nucléaires. Elle encourage fortement les pays à abandonner le TNP et à développer eux-mêmes des armes nucléaires [souligné par moi], ce qui accroît d’une façon dramatique le risque de prolifération nucléaire, et, au bout du compte, le risque que des conflits régionaux dégénèrent en une guerre nucléaire qui peut potentiellement détruire notre civilisation". (http://physics.ucsd.edu/petition/)
1945, 1950 et 1955
Cet appel, lancé par les physiciens américains, est bien nécessaire en cette année anniversaire :il y a soixante ans, c’était les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki qui clôturaient la Seconde Guerre mondiale et annonçaient la Guerre froide. Il y a 55 ans, c’était le lancement de l’Appel de Stockholm pour la paix par Frédéric Joliot-Curie (prix Nobel de chimie 1935) qui était aussi clair que court : « Nous exigeons l’interdiction absolue de l’arme atomique, arme d’épouvante et d’extermination massive des populations. Nous exigeons l’établissement d’un rigoureux contrôle international pour assurer l’application de cette mesure d’interdiction. Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n’importe quel pays, l’arme atomique, commettrait un crime contre l’humanité et serait à traiter comme criminel de guerre. Nous appelons tous les hommes de bonne volonté à signer cet appel. » Cet appel a été signé par plusieurs centaines millions de personnes. Il est toujours d’actualité. Il y a 50 ans, cet appel était renforcé par le Manifeste Russell-Einstein qui se terminait par la résolution suivante : « Compte tenu du fait qu’au cours de toute nouvelle guerre mondiale les armes nucléaires seront certainement employées et que ces armes mettent en péril la survie de l’humanité, nous invitons instamment les gouvernements du monde à comprendre et à admettre publiquement qu’ils ne sauraient atteindre leurs objectifs par une guerre mondiale et nous leur demandons instamment, en conséquence, de s’employer à régler par des moyens pacifiques tous leurs différends ».
Que les Prix Nobel 2005 de Harold Pinter et de Mohamed ElBaradei soient les prémisses d’un nouvel essor du mouvement de la paix !
