Parmi les « traditionnels », il y avait bien sûr nos amis d’Ecole Sans Racisme. Ils ont guidé une promenade dans le quartier « africain » de Matonge et proposé, ainsi, un autre regard sur la colonisation du Congo. ESR a également mis à profit un atelier pour présenter le jeu Safi. Dans cette même catégorie, il faut bien sûr ranger Gérard de Sélys, qui nous a dévoilé la face cachée de l’Union Européenne lors d’une promenade dans le quartier bruxellois désormais baptisé « européen ». Par ailleurs, Gérard était présent pour répondre aux questions de ceux qui avaient choisi de regarder le documentaire « le cartable de Big Brother », consacré à la marchandisation de l’enseignement. Toujours parmi les amis « traditionnels » de l’Aped, nous pouvions compter sur la participation de Michel Collon, qui a pu faire partager une nouvelle fois à un public intéressé ses questionnements sur la fiabilité des grands médias dans un monde dominé par la recherche du profit. Preuves de « média-mensonges » à l’appui. Vital, pour ne pas se faire « avoir », et pour partir à la recherche d’infos alternatives. Quant à Anne Morelli (ULB), elle a abordé, devant un large public, la manière de traiter du fait religieux en classe, à la fois avec esprit critique et avec tolérance. Enfin, Piet Van de Craen (VUB) a posé la question de l’enseignement multilingue. Pour lui, un atout à développer pour augmenter le nombre de bilingues, trilingues, ... et favoriser ainsi la communication entre les peuples.
Nous l’avons dit, toute une série d’autres personnalités ont, pour notre plus grand plaisir, collaboré pour la première fois avec l’Aped. Ainsi, le Comité Belge pour l’Investigation Scientifique des Phénomènes réputés Paranormaux, dit « Comité Para », a envoyé trois animateurs pour aider les professeurs de sciences et autres enseignants du primaire à lutter contre l’irrationnel, qui semble toucher de nombreux jeunes dans une société qui manque peut-être de repères. Nous avons même pu assister à une démonstration de spiritisme fort impressionnante ...
Vincent Decroly (ex-parlementaire) et Geoffrey Geuens (Université de Liège, deuxième participation) ont fait partager, à un large public également, leurs réflexions critiques sur la notion de citoyenneté. Un sujet sensible : il est parfois difficile de remettre en question sa propre vision des choses, surtout lorsqu’elle est sincère. Mais c’est ô combien important, tant cette notion est mise à toutes les sauces. Stéphane Desgain (CNCD), lui, nous a permis d’aborder la problématique de l’eau sur notre planète. Problème particulièrement aigu dans le Tiers Monde, et qui nous renvoie à nos propres responsabilités. Malgré l’absence de l’ex Ministre concernée (qui nous avait pourtant promis sa présence plus de six mois auparavant ...), le débat sur le décret dit de Bologne (uniformisation des cursus dans le supérieur au niveau européen) a permis de souligner les enjeux fondamentaux de cette réforme, grâce à la participation de Renaud Maes (président de la FEF) et de Ruben Ramboer (VUB). La manière de traiter des rapports Nord - Sud dans l’enseignement fondamental a été abordée par Jean-Pierre Griez, de l’ONG « Le Coron », pendant que l’importante question des enjeux politiques des choix pédagogiques était discutée dans l’atelier animé par Michel Staszewski, de Cgé. Enfin, Marcel Crahay (Université de Liège et, tout récemment, de Genève) a montré pourquoi il est intéressant d’étudier les systèmes éducatifs scandinaves : ceux-ci obtiennent en général de bons résultats, aussi bien en termes de niveau que de lutte contre l’échec et contre les inégalités à l’école.
Fidèles à notre volonté de lutter contre les divisions, sources d’affaiblissement, nous avons, comme d’habitude, proposé une série d’ateliers en néerlandais. Nos amis du Nord du pays (et les bilingues) ont ainsi pu aborder de nombreux thèmes comme, par exemple, l’enseignement à Cuba, la « revalorisation du technique et du professionnel », ou encore le développement d’un point de vue tiers-mondiste à l’école.
Outre la participation, ce qui nous réjouit également, c’est le taux de satisfaction très élevé des participants. Aussi bien dans l’évaluation globale que pour les différents ateliers. Même si l’un ou l’autre couac n’a pas pu être évité : impossibilité de rentrer, comme prévu, dans le Parlement Européen, quelques participants « oubliés » à l’accueil pour la promenade Matonge, d’autres peut-être ? Nous nous en excusons, et en tout cas c’est promis : nous éviterons ces quelques désagréments la prochaine fois. Mais une fois encore, globalement, les sujets de satisfaction sont nombreux.
Particulièrement apprécié aussi, le discours de Nico Hirtt - lu, en l’absence du principal intéressé, retenu à Londres pour le Forum Social Européen, par l’auteur de ces lignes - sur la nécessité de se battre maintenant pour une Ecole Démocratique. Vous trouverez d’ailleurs ce texte dans ce numéro. Après une pause d’une heure trente, mise à profit pour visiter les stands, pour discuter, ou encore pour participer au repas de l’amitié, la journée s’est terminée en apothéose par la conférence d’Albert Jacquard, sur le thème « De quelle école avons-nous besoin ? » Ce n’est pas le lieu de résumer la conférence. Je ne résiste néanmoins pas à citer une phrase du célèbre orateur : « Les enseignants doivent être au service des élèves, le Ministre de l’Education doit être au service des enseignants et le Ministre de l’Economie doit être au service du Ministre de l’Education ». Une philosophie totalement partagée par l’Aped. Nous poursuivions plusieurs objectifs avec cette organisation. Premièrement, nous voulions que des enseignants progressistes de tout le pays puissent se retrouver, en un même lieu, pour partager leurs idées, leurs impressions, leurs expériences, pour qu’ils sentent qu’ils ne sont pas seuls. Deuxième objectif, permettre à ces enseignants de trouver des outils, des infos alternatives et des éléments de réflexion susceptibles de nourrir leurs cours de contenus critiques par rapport à l’idéologie dominante, mais aussi d’apporter des savoirs qui interpellent et aident à développer les valeurs de solidarité, de coopération, d’anti-racisme, etc. Un troisième objectif était de permettre une information et une réflexion sur les politiques d’enseignement initiées par une Union Européenne qui répond aux attentes patronales (Bologne, marchandisation), ou d’étudier des systèmes éducatifs qui réussissent mieux que les nôtres à relever le double défi de la qualité et de l’égalité. Le succès de participation, comme le déroulement de la journée, nous font penser que ces objectifs ont été rencontrés. Et ceci, grâce à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à son organisation : les intervenants des différents ateliers bien sûr, ceux qui ont les ont présidés, mais aussi tous ceux qui se sont acquittés d’une tâche, qu’elle soit dans l’ombre ou dans la lumière, et sans qui cet événement n’aurait pu avoir lieu avec autant de réussite. Nous les englobons tous dans nos remerciements. Cette réussite nous amène d’ailleurs à déjà prévoir un événement similaire à l’automne 2005. Où il sera question de fêter dignement les dix ans de l’Aped. Qu’on se le dise !
