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Accueil du site || Divers || Lectures || 1914 - 1918, la boucherie

Voici nonante ans - quatre-vingt dix pour nos amis français - que le monde plongeait dans l’effroyable boucherie de 1914/1918. Nous vous recommandons la lecture de trois ouvrages qui en rendent compte. Je me réjouis par ailleurs de partager pour la première fois cette rubrique avec Georges Heldenberg, bénévole à la librairie Entre-Temps du centre culturel Barricade à Liège.

Dalton Trumbo, Johnny s’en va-t-en guerre, Babel n° 624 - 2004 -306 pages - 9 euros (édition originale en 1939 sous le titre de Johnny got his gun).

Scénariste américain, Dalton Trumbo a publié en 1939, à la veille du second conflit mondial, un récit qui dénonce avec un réalisme extrême les horreurs de la guerre. Le narrateur, soldat américain engagé involontaire, découvre les absurdités et la boucherie dans les tranchées en 1917-1918. L’horreur est poussée à la limite extrême : touché par un obus, il se retrouve atrocement mutilé. Il prend progressivement conscience qu’il a perdu la vue, l’ouïe, la parole, mais aussi les bras et les jambes. A cet homme-tronc il ne reste plus que son cerveau ! Un cerveau pour penser et pour se révolter tout au long de ces 300 pages. La parution de cet implacable pamphlet antimilitariste connaîtra les foudres de la censure, le pacifisme étant alors assimilé au défaitisme et à l’anti-patriotisme. L’ouvrage suscitera un regain d’intérêt à l’occasion de chaque flambée militariste (guerre de Corée dans les années ’50, guerre du Vietnam dans les années ’70). Les conflits jettent dans l’opprobre de l’incivisme ceux qui s’y opposent, en Europe aussi : Boris Vian et son Déserteur, Giono, comme les Américains anti-Bush d’aujourd’hui. En 1971, l’auteur adaptera lui-même à l’écran son « Johnny got his gun » qui se verra récompensé par un Grand Prix du festival de Cannes et jouira ainsi d’une plus large audience. Un livre à lire absolument, aujourd’hui plus qu’hier encore, pour toutes les raisons d’actualité que l’on sait. (Georges)

Paroles de Poilus. Lettres et carnets du front 1914 - 1918. Sous la direction de J-P Guéno et d’Y. Laplume. Librio n° 245 (édition Radio France 1998)- 187 pages - 2 euros.

Il s’agit ici d’une sélection parmi les quelque 8000 lettres et carnets qu’a reçus Radio France quand elle a lancé un appel en vue de constituer ce témoignage. Un recueil passionnant à plusieurs égards. Ces lettres, parce qu’elles sont destinées à des proches, parents, épouse, amis, sont d’une sincérité, d’un bon sens et d’une simplicité touchantes. Très intelligemment, les auteurs ont publié des lettres de poilus français comme de soldats allemands. L’absurdité de la guerre n’en apparaît que mieux. La plupart des combattants étaient issus de milieux populaires, petits paysans ou artisans, qui n’avaient pas demandé à être là. Même si le patriotisme, fruit d’une propagande efficace, est très présent, nombre de lettres et de carnets sont extrêmement lucides et critiques quant aux enjeux du conflit et à son inhumanité totale. Même si chacun voit les choses à sa manière et les décrit dans son style propre, c’est la même horreur qui est évoquée. (Philippe)

Tardi, C’était la guerre des tranchées. 1914 -1918. Casterman 1993, 126 pages.

Tardi a signé textes et dessins de cette formidable bande dessinée. Dans la préface, il décrit son projet. « Une succession de situations non chronologiques, vécues par des hommes manipulés et embourbés, visiblement pas contents de se trouver où ils sont, et ayant pour seul espoir de vivre une heure de plus, souhaitant par-dessus tout rentrer chez eux ... en un mot, que la guerre s’arrête ! Il n’y a pas de « héros », pas de « personnage principal » dans cette lamentable « aventure » collective qu’est la guerre. Rien qu’un gigantesque et anonyme cri d’agonie ». Tardi atteint exactement ses objectifs. Le noir et blanc sert un dessin admirablement maîtrisé, réaliste, sobre et expressif à la fois. Si l’auteur fait aussi montre d’un art consommé du scénario pour cette dizaine de « tranches de guerre » vécues par des sans-grade plongés dans l’horreur, il n’en oublie pas moins de stigmatiser les logiques de cette boucherie : les intérêts des familles Krupp, en Allemagne, Schneider et consorts en France, fabricants d’armes et marchands de mort, le nationalisme, le mépris des dirigeants et des officiers pour les pauvres bougres exposés en première ligne. Les conséquences du conflit sont éloquentes : des millions de morts, des dizaines de milliers d’amputés, de mutilés. Communes, forêts et terres fertiles dévastées. 2500 milliards de Francs Or partis en canons, obus et autres saloperies ... de quoi offrir à chaque Européen de l’époque - hors Russie - une petite maison de quatre pièces ! Enfin, Tardi rend hommage aux dizaines de milliers de Nord - Africains, Indochinois, Sénégalais, Indiens ou Sikhs noyés bien malgré eux dans ce grand cloaque que fut 14/18. (Philippe)

Ph. Schmetz et Georges Heldenberg

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