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Accueil du site || Divers || Lectures || Mais où diable va l’université ?

C’est cette question, teintée de -très- vive inquiétude, qui ouvre le livre de Jean-François Bachelet, L’université impossible. Le savoir dans la démocratie de marché, publié aux éditions Labor / Espace de Libertés, Bruxelles 2003, 91 pages. L’auteur connaît bien l’institution universitaire : docteur en sociologie de l’Université de Metz, il a une longue expérience de chercheur, il est aussi collaborateur scientifique et cadre dans une université belge. Il verse une pièce de plus au dossier déjà accablant de la marchandisation de l’enseignement. Et lance un véritable cri d’alarme aux citoyens attachés à une université démocratique.

Certes, l’institution universitaire n’a jamais été radicalement progressiste, encore moins révolutionnaire. Elle a toujours navigué entre des missions aussi diverses que contradictoires. Entre conservatisme et progrès, continuité et rupture, pouvoir et contre-pouvoir, idéalisme et utilitarisme, désintéressement et complicité avec les entreprises. Mais aujourd’hui, la pression se fait telle, pour la transformer en « supermarché à diplômes (pour futurs cadres flexibles) et à brevets (pour start-up innovantes) », qu’elle risque bien d’abandonner purement et simplement son rôle démocratique : être un lieu d’activité intellectuelle orientée vers la recherche critique de la vérité.

Que trouverez-vous dans ce livre ?

Après un rappel des différents rôles assignés à l’université depuis sa création, voici déjà huit siècles, Jean-François Bachelet s’attache à décrire, avec beaucoup de minutie, le « nouvel esprit du capitalisme » qui souffle actuellement sur l’institution... et ses conséquences sur la vie de ses travailleurs. Mobilité, changement, utilité, efficacité, rentabilité, individualisme, organisation managériale, primauté de l’économie et de la technologie, compétition, concurrence, projets, réseau, adaptation, rationalisation, flexibilité, apprentissage tout au long de la vie, interfaces avec le privé, évaluation permanente, dérégulation, liberté académique surveillée .... Autant d’idées et de pratiques à la mode que l’auteur se plaît à mettre à nu pour en dévoiler la vraie nature, marchande ... et anti-démocratique. Pour conclure, Bachelet en appelle à un sursaut des universitaires. Il est temps, selon lui, de rompre « le silence des labos » et de s’engager pour que reste possible une université où les connaissances jouent un rôle fédérateur, où chacun s’autodétermine en citoyen, où l’on apprenne à comprendre le monde dans un ensemble -non censuré et non fragmenté- de connaissances confrontées et reliées les unes aux autres.


P.S. La pression du marché sur l’université est à l’origine de deux autres ouvrages parus récemment.

- Il y a L’offensive des marchés sur l’université, le volume X (2003) d’Alternatives Sud, la revue du Centre Tricontinental (cetri), avenue Ste Gertrude 5 à 1348 Louvain-La-Neuve. Tél 010/48 95 60 - cetri@cetri.be http://www.cetri.be. Un ouvrage collectif préfacé par Nico Hirtt.
- Il y a aussi Universitas calamitatum : le Livre noir des réformes universitaires, ouvrage collectif, 224 p., collection Savoir/Agir, aux Editions du Croquant, 2003. Centré sur la réforme de l’Université française, ce livre n’en est pas moins intéressant, tant les tendances lourdes de ces réformes ressemblent furieusement à celles que nous subissons en Belgique.

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