En tant qu’acteurs de l’enseignement en Communauté française, nous dénonçons les conséquences potentielles d’une libéralisation et d’une dérégulation de services publics de base tels que l’enseignement, la santé et la culture qui pourraient résulter des prochaines négociations de l’OMC, notamment pour ce qui concerne l’AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services/GATS) .
Nous réaffirmons le droit de tout être humain à l’acquisition de savoirs qui lui permettent de comprendre la société dans laquelle il vit, de s’y insérer sur les plans professionnel, social et culturel et d’y exercer une activité citoyenne.
L’enseignement organisé ou subventionné par les pouvoirs publics répond à cette exigence démocratique en garantissant à tous les jeunes l’accès aux études et en s’efforçant de mener le plus grand nombre à la réussite scolaire - bien que de nombreuses améliorations restent possibles et nécessaires.
La marchandisation est préjudiciable à ces exigences démocratiques : elle risque d’affecter le financement de nos écoles par les pouvoirs publics, voire de l’interdire purement et simplement au nom de la clause de non-concurrence
En outre, cette désaffection des pouvoirs publics conduirait à court terme les capitaux et intérêts privés à s’immiscer plus encore dans la gestion et dans le processus de décision des institutions d’enseignement. La tentation serait grande d’instrumentaliser l’éducation pour produire des travailleurs « modelés et brevetés », spécialisés trop tôt et à outrance, au gré des désirs et des besoins des entreprises. Ce serait faire l’impasse sur le rôle capital que doit jouer l’enseignement pour l’accès aux savoirs, le développement d’une attitude citoyenne et critique et pour l’acquisition de compétences larges, dans le cadre d’une intégration sociale.
L’accès pour tous aux systèmes d’enseignement doit être préservé. Nous refusons que le principe de gratuité de l’enseignement, principe auquel la Belgique a marqué son attachement, notamment en signant le pacte de New-York, soit mis à mal par d’autres accord internationaux. Le danger est grand de voir se développer une sélection à l’entrée des études, sur la base de critères socio-économiques ou culturels.
Nous refusons que l’enseignement contribue à renforcer la dualisation de la société entre ceux qui auront les moyens d’accéder à une éducation coûteuse et de qualité et, les autres, qui seront à la merci d’un enseignement abandonné : sans âme, sans avenir, sans souci d’égalité des chances, d’accès et de réussite.
L’enseignement n’est pas un produit, ne se limite pas à un service, c’est un droit, une institution qui ne doit pas répondre aux contraintes d’un système marchand. Il est, en tant que bien public, facteur de progrès social et de développement. Il doit avant tout être un outil au service de la collectivité.
Tout est une question de choix de valeurs. Même si notre éducation reste certes améliorable, nous faisons le choix d’un enseignement organisé ou subventionné par les pouvoirs publics, accessible à tous, qui refuse les notions de concurrence, de rentabilité et d’employabilité à tout prix.
Nous demandons donc à Monsieur Verhofstadt, Premier Ministre et Président en exercice du Conseil européen, ainsi qu’au Gouvernement fédéral de notre pays, par l’entremise de son Ministre belge des Affaires étrangères, Monsieur Louis Michel, de prendre position de manière claire. A cette fin, nous lui demandons de faire tout ce qui est en son pouvoir pour sortir l’éducation, les soins de santé et la culture des services contenus dans l’AGCS. Nous suggérons au Gouvernement de la Communauté française de mettre en place tous les outils législatifs nécessaires à la protection et au renforcement de notre système éducatif.
De plus, nous ne pouvons que nous inquiéter et dénoncer le fait que ces négociations échappent à tout contrôle des parlements nationaux et que la société civile n’ait pas été consultée sur des décisions aux implications si étendues. Sans être secrètes, les négociations ne font pas l’objet d’une information large permettant un débat public. C’est aussi ce débat que nous voulons et auquel nous appelons l’ensemble des acteurs concernés.
Signataires :
APED (Appel Pour une Ecole démocratique) CGSP-Enseignement (Centrale Générale des services Publics) CSC-Enseignement (Confédération des Syndicats Chrétiens) FAPEO (Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel) FEDESUC-SEGEC (Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique) Fédé-Ulg FEF (Fédération des Etudiant(e)s Francophones) Lire et Ecrite MOC (Mouvement Ouvrier Chrétien) PSC (Parti Social Chrétien) SEL-SETCA (Syndicat de l’Enseignement Libre) SLFP-Enseignement (Syndicat Libre de la Fonction Publique) UFAPEC (Union des Associations de Parents de l’Enseignement Catholique)