Les enseignants encore en lutte doivent à présent se demander pour quelles raisons ils n’ont pas réussi à mobiliser durablement et profondément l’ensemble de la profession.
Il ne manque certes pas de motifs valables pour continuer à faire grève, à manifester, à informer, à mener des opérations médiatiques, afin de faire reculer un gouvernement et plus largement une classe politique hostiles à l’Ecole dans une logique toute libérale.
Pourquoi le mouvement de contestation s’essouffle-t-il alors même que nos dirigeants s’emploient à tuer les enseignants en réduisant sensiblement leurs revenus par le moyen de la réforme des retraites et en brimant leur liberté à travers la décentralisation qui un jour prochain fera des professeurs des esclaves ?
Les plus résolus demeurent bien seuls parce qu’aujourd’hui neuf enseignants sur dix sont déjà morts. Humiliés par Allègre et Jospin, lobotomisés par Mérieu et autres charlatans, bernés par Lang, ils ne sentent plus les coups de Ferry et Raffarin. Ces derniers n’ont réellement que peu de mérite à achever des cadavres.
Depuis plus de quinze ans, tous les gouvernements, de gauche comme de droite, ont volontairement sapé les contenus d’enseignement, vidé la mission des professeurs de son sens véritable. Avec la même ardeur, ils ont attaqué les disciplines, foulé aux pieds les savoirs, asservi les enseignants. Leur système éducatif a produit toujours plus de diplômes et de diplômés en renonçant à l’exigence de qualité.
Et durant cette période au fond de quel trou les enseignants se sont-ils terrés, combien de bottes ont-ils léchés, combien de mots ont-ils retenus au bord de leurs lèvres jusqu’à l’écœurement ?
Les plus jeunes ont subi la dictature pédagogique des I.U.F.M. Beaucoup en sont décervelés à vie, d’autres ont résisté à l’inculture ambiante mais sont victimes d’une peur diffuse qui paralyse leur volonté et interdit une saine révolte. Trop rares sont ceux qui ont osé dénoncer ces véritables centres de rééducation de l’Education nationale dans lesquels la médiocrité et l’incompétence se cachent derrière l’intolérance et l’autoritarisme.
Les enseignants plus âgés sont quant à eux blasés. Ils ont fait tant de concessions, ont courbé l’échine si souvent au cours de carrières sans histoires qu’une nouvelle attaque ne les émeut guère.
Après tout ou plutôt avant tout, une bonne note d’inspection, un changement d’échelon au grand choix, un emploi du temps de rêve ou des heures supplémentaires cicatrisent bien des blessures et les maîtres comme les professeurs préfèrent oublier au quotidien leur mission essentielle : donner à tous les élèves une chance égale d’atteindre l’excellence.
Depuis de trop nombreuses années, les décideurs de l’Education nationale (politiques, pédagogues officiels, experts en tous genres) ont abandonné ce noble idéal pour assouvir leur appétit de pouvoir. Professeurs abrutis, élèves abrutis, électeurs abrutis, tel est leur credo. Ils s’acharnent à transformer les écoles en centres aérés, à disqualifier définitivement les savoirs. Hélas, maints enseignants ne sont déjà plus que des veaux qui élèvent des poulets en batterie. Les uns comme les autres finiront à l’abattoir.
La gauche a tué l’enseignement, la droite flingue les enseignants. L’Ecole en meurt et avec elle nos enfants qui seront demain des animaux et non des hommes.
COLLEGUES, RELEVEZ LA TETE, REJOIGNEZ LA RESISTANCE !
Gilles Lehmann Professeur des Ecoles Limoges (Haute-Vienne)