Tout ce qui diminue la pression publicitaire est bon à prendre…

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La députée socialiste Julie Fizsman vient de déposer une proposition de résolution visant à interdire toute publicité commerciale aux abords des écoles, dans un rayon de 50 mètres, s’appliquant au territoire de la Région de Bruxelles-Capitale. Pour cela, elle s’appuie sur l’article 41 du Pacte scolaire, qui interdit les activités commerciales dans les établissements scolaires, sur l’article 42, qui met en place une commission de contrôle de l’article 41 et sur la compétence de la Région Bruxelloise en matière de règlementation des panneaux d’affichage.

Mme Fiszman a bien saisi les dangers du matraquage publicitaire, particulièrement sur les enfants et les mineurs d’âge en général (affaiblissement de l’esprit critique, conformisme consumériste, assujettissement psychologique aux marques, prescription d’achat sur les parents, etc.). Elle a raison de profiter d’une dynamique récente : en décembre 2006, les autorités de Sao Paulo ont tout bonnement interdit la publicité dans l’espace public, faisant démonter 13.000 panneaux ; plus près de nous, un an plus tard, Bertrand Delanoé, maire de Paris, inscrivait l’ensemble du territoire de la capitale en zone de publicité restreinte. Comme quoi, quand la politique veut, elle peut !

Mme Fiszman a également raison de demander que les panneaux ainsi libérés de la pub commerciale soient mis gratuitement à la disposition des pouvoirs publics par les afficheurs, pour des messages de sensibilisation auprès des mineurs. Voilà qui rééquilibrerait quelque peu le droit à l’expression citoyenne dans l’espace public, qui est, pour le moment, presque entièrement confisqué par les puissances d’argent. Les pollueurs de cet espace public, alias les afficheurs, daigneront-ils abandonner ne fût-ce qu’une minuscule part de leurs bénéfices au profit de ceux qu’ils nomment leurs « cibles », mais qui sont avant tout des citoyens ayant droit à un espace commun de qualité ? Cela dépendra du rapport des forces en présence, et l’on souhaite que la députée bénéficie d’un fort soutien populaire.

Enfin, Mme Fiszman demande qu’une cartographie précise et actualisée des supports publicitaires en Région de Bruxelles-Capitale soit réalisée, un projet auquel le collectif RAP avait pensé en son temps, mais qui n’avait pu être mené à bien, faute de moyens humains et financiers.

L’APED apporte son soutien à Julie Fiszman, tout en lui faisant part de ses propres remarques :
quid des abribus situés au-delà de la distance — toute symbolique — des 50 mètres ? Le dispositif légal devrait être étendu aussi à tous les arrêts des transports en commun (trams, bus) desservant les établissements et donc régulièrement utilisés par les élèves ;
quid des opérations de marketing organisées à la sortie des écoles (distribution d’échantillons, de bons, etc.) ? Il faut aussi élargir le terme « publicité » aux opérations interactives ;
enfin, ne perdons pas de vue la nécessité de combattre aussi l’intrusion marchande à l’intérieur des établissements. Il serait en effet incohérent de démonter un panneau sis devant une école pendant que l’on y distribue des « packs » aux élèves (entre autres exemples). À cela, on répondra que la décision incombe à un autre niveau de pouvoir… Mais la reconquête de l’espace public citoyen doit bien commencer par quelque part !