Jean Jaurès et l’éducation

Facebooktwittergoogle_plusmail

Figure emblématique du combat pour la paix, pour le socialisme, fondateur de l’Humanité, député, Jean Jaurès est bien connu pour son action politique. On a moins retenu de lui qu’il fut aussi un professeur de philosophie et que, toute sa vie, il a été extrêmement soucieux de la question scolaire et plus largement de celle de l’éducation. Cette anthologie est particulièrement bienvenue pour qui veut entrer dans une pensée puissante de l’éducation, à la fois politique et philosophique, en pleine capacité de mobiliser la réflexion sur bien des – problèmes d’aujourd’hui.

Une large place est faite au combat de Jaurès pour la laïcité, et en cette année du centenaire de 1905, bien des discours et des articles de l’anthologie peuvent alimenter les débats sur les enjeux essentiels de cette question.

L’éducation républicaine et laïque et la réalisation effective de l’école démocratique ne peuvent se penser que dans l’horizon du socialisme qui articule pour Jaurès les questions scolaires et sociales. L’autonomie intellectuelle de l’individu et l’émancipation collective de la classe ouvrière dans l’abolition de l’exploitation capitaliste sont deux visées fondamentales de la culture, ce qui ne conduit toutefois pas les instituteurs à être des prédicateurs du socialisme, car ce serait « le gâcher en le réduisant à une contrefaçon de catéchisme où la liberté vraie de l’esprit n’aurait aucune part ».

Mais ils ne peuvent non plus céder aux campagnes pour une certaine neutralité scolaire, synonyme de mort de la pensée, de l’efficacité intellectuelle et morale, « prime à la paresse de l’intelligence, oreiller commode pour le sommeil de l’esprit ». Quand le maître expose la fin de l’Ancien Régime, il n’a pas à « se défendre d’une adhésion enthousiaste à l’idée de la souveraineté nationale et du contrôle populaire ». Quand il parle des guerres de religion, il est inconcevable qu’il ne fasse pas valoir le sens de la tolérance, le droit absolu de toutes les consciences. De la même façon il n’est pas pensable de cacher aux enfants la lutte des classes qui s’est développée tout au long de l’histoire, car ce serait leur cacher un des aspects essentiels de lhumaine où se joue la structure profonde des sociétés. Il s’agit pour Jaurès de demander à l’école de donner aux enfants le « sens du perpétuel mouvement humain » pour qu’ils ne soient pas tentés de dire : « À quoi bon ? c’est impossible » lorsqu’ils auront à participer à la construction de nouvelles possibilités de libération. Et Jaurès d’insister sur les exigences de rigueur, de connaissance, de culture (classique et scientifique) qui doivent guider le travail des enseignants : il y va de l’appropriation populaire des moyens de l’intelligence du monde dans toutes ses composantes.

On trouvera également dans cette anthologie des articles qui portent sur le métier d’enseignant dans ses conditions d’exercice, telles que la nomination des instituteurs, leur syndicalisation, le repos hebdomadaire, l’éducation postscolaire… écrits à la lumière du projet démocratique de leur – auteur.

Aux instituteurs et institutrices de souligner la priorité absolue d’un apprentissage rigoureux de la lecture. « Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout. » Que les élèves soient « par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine ». Autant d’exigences qui hélas ! n’ont rien d’obsolète aujourd’hui… On ne peut que souligner l’importance de cette anthologie.

Janine Reichstadt

Jean Jaurès, De l’éducation (anthologie),
édition établie par Madeleine Rebérioux, Guy Dreux et Christian Laval, textes présentés par Gilles Candar et Catherine Moulin. Éditions Syllepse, 2005, 306 pages, 20 euros.